Les réformes de l'enseignement de la médecine à travers les archives du Ministère de l'éducation nationale (1905-1970)

    Pour la période antérieure à 1939 et notamment la réforme de 1934 (instauration du PCB), ont été dépouillé dans la série AJ16 (Ac. de Paris) les versements : 6357 Commission de l'enseignement supérieur (1928->), 6568, Faculté de médecine (1906->), 6703, idem. Pour la période 1940-1944 et notamment les travaux de la ' Commission de réforme des études médicales', on a consulté le versement 17512 dans la série F 17 (Education nationale, Direction de l'Enseignement supérieur). Il a paru judicieux d'insérer dans cette chronologie un document étranger à ces fonds d'archives : le rapport du professeur Robert Debré sur 'l'organisation de la profession médicale et la réforme de l'enseignement de la médecine' préparé au sein du Comité médical de la Résistance en 1944. Pour la période postérieure à 1945 et notamment les travaux du 'Comité interministériel d'étude des problèmes d'étude de l'enseignement médical, de la structure hospitalière et de l'action sanitaire et sociale' destiné à préparer la réforme hospitalo universitaire de 1958, on a consulté dans la série F 17 (Education nationale, Direction de l'Enseignement supérieur) les versements 17510 et 17513 ter (Comité interministériel), 17584, 17595 (Agrégation de médecine, textes, débats, règlements). Enfin, pour le suivi de la réforme, on a consulté au CAC les versements 77059 2-3 (versement Henri Rachou, chef du service des enseignements et du personnel universitaires), 77496 21-28 (PV des réunions du Comité interministériel jusqu'en 1970).

    2 septembre 1905 - Ministre de l'instruction publique italien à recteur de l'Académie de Paris

    Pour savoir si les cliniques parisiennes appartiennent à l'Université ou si les malades destinés aux écoles de médecine sont reçus dans les hôpitaux de l'État ou de la ville.

    1906 - Commission des études médicales

    Projet de décret relatif à l'installation d'un certificat d'études médicales supérieures (CEMS).

    2 avril 1909 - Assemblée générale de l'Association des membres du corps enseignant des Facultés de Médecine et des Facultés mixtes de médecine et de pharmacie de l'État .
    "Faut-il diviser les concours d'agrégation en deux séries indépendantes d'épreuves ou revenir à l'ancien concours? " par M. Grasset, prof à la Faculté de Montpellier

    Une objection dirigée contre le nouveau système des concours est celle-ci : l'arrêté du 28 juillet 1908 fait revivre sous une forme déguisée le certificat d'études médicales supérieures que l'opinion publique et les règlements ont définitivement condamné.... / Pour dissiper le malentendu je propose de rendre l'admissibilité à l'agrégation temporaire.
    Avantages du nouveau système : Extrêmement multiple et complexe dans ses applications et ses modalités pratiques, l'enseignement médical doit garder une haute et suprême unité : il doit toujours être médical, c'est-à-dire avoir toujours pour objectif l'enseignement de la science et de l'art médical. Par suite, quelle que soit la spécialité qu'il sera appelé à enseigner et à faire progresser, le futur agrégé doit toujours prouver qu'il a une large et complète éducation médicale..../
    On a d'abord pensé que ces connaissances médicales indispensables au futur agrégé (anatomie, histologie, physiologie, pathologie générale, clinique et ana pat.) pouvaient être demandées dans un examen : c'est ce qu'avait décidé décret du 25 juillet 1906 instituant un certificat d'études médicales supérieures. On sait les protestations soulevées.... En 1907 l'examen est remplacé par un concours
    Ainsi ce qui caractérise l'agrégation jusqu'à la guerre de 1870 environ, c'est la nomination jeune à l'agrégation et la possibilité d'avoir les connaissances générales excluant dans une certaine mesure la spécialisation si nécessaire aujourd'hui. Combien les choses ont changé! En quelques années dans toutes les branches de la science, nous avons vu le champ de nos connaissances s'étendre avec une telle ampleur qu'aujourd'hui il n'est plus un homme, quelque merveilleusement organisé qu'il soit qui puisse embrasser la totalité des connaissances médicales, mais qui ne soit obligé, s'il veut réellement y devenir un maître, de limiter sa curiosité, même dans la branche qu'il veut cultiver particulièrement. Nous sommes entrés dans l'ère des spécialités qui vont en restreignant leur champ chaque jour davantage.

    3 avril 1909 - Bulletin de l’Association des membres du corps enseignant des Facultés de médecine. Note du pr. A. Pinard

    Tous les docteurs devraient pouvoir se présenter à l’agrégation. Je considère que le vieux mode de recrutement a fait son temps. Oui, comme nous venons encore de l'affirmer à l'unanimité le concours doit être conservé car il constitue et constituera toujours, quoi qu'on en ait dit, la meilleure ou la moins mauvaise source de recrutement Aujourd'hui l'évolution de la médecine est telle que, sur ce terrain, comme sur tant d'autres, la division du travail s'impose, d'où l'avènement de nouvelles branches des sciences médicales. Or, si l'on reconnaît que le progrès a légitimé ces naissances, on paraît croire que l'étude spécialisée de ces branches va faire délaisser, oublier le vieil arbre médical. On redoute les spécialisations hâtives et on veut s'assurer avant tout que les candidats ont une forte culture générale. Eh bien, je pense moi qu'il appartient au jury de discerner parmi les candidats quels sont ceux qui possèdent cette culture générale et quels sont ceux qui sont les victimes d'une spécialisation trop rapide...

    22 novembre 1917 - Séance du Conseil de la Faculté de Médecine de Paris

    Rapport du ministre de France aux Pays-Bas sur l'influence allemande dans les universités hollandaises

    Janvier 1918 - Commission de l'enseignement et des examens. Faculté de Médecine, Paris, lettre circulaire du doyen

    Bien que le Gouvernement de la République se soit constamment préoccupé d'assurer le développement de l'Enseignement supérieur, il est aujourd'hui certain que notre outillage scientifique n'est plus en harmonie parfaite avec les besoins du pays et avec les devoirs nouveaux qui incomberont à nos universités et à nos grands établissements après la guerre.
    Les rapports plus étroits qui se sont heureusement établis entre la Science et l'Industrie exigent que l'on réserve une place plus considérable à l'installation de mécanismes plus compliqués que ceux dont on faisait usage dans le passé.
    D'autre part, dans la paix victorieuse, il faudra répondre à des demandes présentes pour combler des vides cruels pour préparer de jeunes actifs aux applications scientifiques, enfin le prestige et l'autorité morale acquise par la France attirera de nombreux étudiants et savants étrangers qui fréquentaient autrefois les universités des pays ennemis et qui viendront chercher chez nous une culture solide et généreuse. Déjà les États-Unis, par exemple, ont préparé l'envoi régulier en France de nombreux élèves de leurs riches universités... Il faudra donc accueillir convenablement ces hôtes.
    Annonce le lancement d'une enquête pour présenter nos demandes au Gouvernement.

    Réponse de Charles Richet. 'Rapport sur un institut de biologie médicale'

    Permettez- moi de répondre en quelques lignes brèves à votre demande relative à l'organisation future de l'enseignement physiologique. Si nous voulons poursuivre les errements anciens, c'est-à-dire exécuter dans nos laboratoires des travaux personnels, avec de-ci de là quelques travailleurs isolés, certes nous pouvons continuer sans grands changements.../ Mais d'après les indications que vous nous donnez, il s'agit d'autre chose : il faudrait pouvoir aux étudiants étrangers offrir une large hospitalité...
    C'est uniquement grâce à cette organisation habile que certains professeurs allemands ont pu attirer dans leurs laboratoires des groupes de jeûnes savants de tout pays qui se sont ensuite disséminés par le monde, propageant, par leur exemple comme par leur enseignement, l'influence allemande et contribuant ainsi involontairement à répandre cette illusion que la science allemande est tout. Le laboratoire de Charles Ludwig a été de 1866 à 1884 un modèle à ce point de vue. Mosso, Fano et Luciani en Italie, Earsley, Schaffer, Stirling en Angleterre, R Lépine en France, Léger en Belgique, Bowditci aux Etats-Unis, tous éminents physiologistes, devenus professeurs et maîtres à leur tour, ont, en leur jeunesse, travaillé dans le laboratoire de Ludwig. Mais pour attirer à nous les étudiants et les travailleurs des pays voisins, au moins faut-il leur présenter une organisation matérielle décente. Or, actuellement, nos laboratoires malgré tout ce que l'Etat a fait pour nous, ne sont plus au niveau des exigences de la science moderne. Assurément, jamais nous ne serons assez riches pour rivaliser avec les Instituts Rockefeller et Cernegie par exemple, car nos ressources seront toujours inférieures, pourtant il ne faut pas que l'infériorité soit manifeste. Le talent de nos professeurs devra le plus souvent compenser la très réelle infériorité (fatale) de l'agencement matériel.../
    Alors deux voies d'action sont ouvertes : ou reconstituer restaurer les laboratoires actuels, ou faire quelque chose de tout à fait nouveau. Je ne crois pas pour ma part que la réfection de nos vieux laboratoires puisse jamais aboutir à un résultat satisfaisant..../
    Pour faire oeuvre utile, il me paraît qu'il faudrait résolument créer comme annexe à notre Faculté de médecine, un Institut biologique ou mieux un Institut de biologie médicale qui serait le palais central de tous les laboratoires de la Faculté. Dans cet Institut biologique, les laboratoires différents pourraient avoir des salles (ou services!) communes (autopsie, opérations, balances, galvanomètres, analyses organiques, et surtout bibliothèque... (physiologie pathologie expérimentale pharmacologie, hygiène pathologie générale, chimie médicale, physique médicale...). La fréquentation des mêmes locaux par les divers chercheurs appartenant à divers laboratoires entretiendrait un échange d'idées très fructueux
    Parmi les exigences qui paraissent essentielles : celle d'un personnel de garçons de laboratoire zélé, davantage (en tout cas) et moins alcooliques que les garçons d'avant la guerre. Des animaleries, on pourrait garder les animaux dans des conditions moins exécrables qu'actuellement (pourquoi pas sur les terrains prévus à la Halle aux vins?), des ressources budgétaires plus élevées que les allocations présentes, des préparateurs et aides préparateurs n'ayant pas les salaires de famine actuels (1500F!)

    7 février 1918 - Université de Paris, Faculté de Médecine. Rapport sur la réorganisation de la Faculté présenté par la Commission de l'Enseignement et approuvé par le Conseil de la Faculté

    Quand les hostilités auront pris fin les médecins et étudiants étrangers viendront en grand nombre suivre nos cliniques et travailler dans nos laboratoires. Mais un grave problème se pose... trouveront-ils les installations et les outillages nécessaires? Autrement dit la Faculté de Paris pourra t elle soutenir la concurrence avec les Facultés allemandes? En accordant toutes les demandes formulées, on améliorerait l'enseignement de la médecine, mais on ne mettrait pas la Faculté de Paris au niveau des Facultés étrangères.../ Ce n'est pas la première fois que nous formulons nos revendications. En 1913, notre représentant au Conseil de l'Université présenta un rapport sur la situation de la Faculté de Médecine qui fut vivement critiqué. Le Recteur refusa de le laisser paraître... Il estimait que le travail pouvait être lu à l'étranger et qu'il fallait laisser ignorer la situation lamentable de notre Faculté de médecine.../ Aujourd'hui le moment est venu d'exposer franchement l'état de notre enseignement médical et d'indiquer les remèdes nécessaires. La situation de notre Faculté peut être exprimée en une phrase : "rien ou presque rien n'existe, tout ou presque tout est à faire...". Dans l'exposé, nous indiquerons successivement les améliorations qu'il faut apporter dans les laboratoires de l'Ecole pratique et celles qui conviennent aux services de la clinique.../ À l'Ecole pratique des hautes études, l'électricité n'a été amenée qu'en 1908.../ La Faculté a créé une chaire nouvelle de bactériologie, mais on ne sait pas ou la caser. Pas d'animaleries. Pas de salle d'opération aseptique. Un professeur de clinique chirurgicale qui voulait faire des recherches sur les sutures intestinales a été contraint d'aller travailler à l'Institut Pasteur.../ Il faut une réforme plus radicale : il faut créer un institut de biologie médicale, C'est une question de vie ou de mort pour la science expérimentale française. Dans cet institut seront groupés tous les services de la Faculté de médecine ayant pour objectif la recherche expérimentale. En Allemagne en pleine guerre, on vient d'ouvrir un institut de biologie médicale à Charlottenburg (Rubner) qui peut rivaliser avec les instituts américains les mieux installés. Différents projets de localisation dans Paris : place Maubert, Hôtel Dieu (il faudrait exproprier rue de la Bucherie). Il serait préférable de reprendre l'ancien projet de Paul Bert, portant désaffectation de la Halle aux Vins.../ En sollicitant l'achat d'un terrain nous ne faisons que réclamer pour la Faculté de médicine ce qui a été réalisé pour la Faculté des sciences (rue Cuvier, bld Raspail, rue Pierre Curie), le progrès scientifique exigeait ces extensions, (certes) mais la Faculté de médecine compte plus d'élèves que la Faculté de sciences et l'enseignement qu'elle donne a une importance sociale incomparable.../ Pour équiper les laboratoires, il faudra acheter du matériel, mais on ne pourra le faire qu'après la guerre, pour l'instant on devrait s'occuper du problème de l'achat des terrains.

    Les progrès de la science ont eu pour résultat de transformer les moyens d'investigation et d'appliquer à la pratique médicale des méthodes d'exploration nouvelles. Le laboratoire, autrefois petite annexe, est devenu aujourd'hui l'usine où se préparent et se complètent les diagnostics.. Cette orientation de la médecine a pour conséquence la nécessité de doter les services de clinique de laboratoires vastes et bien installés et de faire augmenter le nombre d'assistants. Enfin la thérapeutique utilise de plus en plus des moyens mécaniques et physiques..../ Les transformations nécessaires ont été accomplies dans tous les pays étrangers, seule la France est restée en dehors du mouvement. À l'étranger, les cliniques ont une autonomie parfaite, chez nous, elles sont soumises aux mêmes règlements que les autres services de l'hôpital..../ Partout à l'étranger, une consultation externe est annexée aux services de clinique et les professeurs ont le droit de recevoir les malades qui leur conviennent. Chez nous, la consultation et la réception qui leur appartenaient autrefois ont été retirées aux professeurs de la Clinique, ainsi d'ailleurs qu'aux médecins titulaires des hôpitaux et la Faculté a été contrainte d'accepter cette mesure si préjudiciable à l'enseignement.

    Une deuxième modification non moins importante consisterait à grouper autant que possible, les services de clinique dans des hôpitaux voisins de la Faculté et à ne pas les éparpiller dans des quartiers excentriques. actuellement la Faculté possède 21 cliniques.../ Projet pour construire un nouvel hôpital à édifier à l'emplacement de la Halle aux Vins pour qu'il se trouve ainsi à proximité de l'Institut de biologie médicale. L'avantage de cette organisation est évident : deux grands centres d'enseignement et de recherches seraient placés côte à côte et se complèteraient mutuellement. Les professeurs de clinique trouveraient à l'institut de biologie quand ils le jugeraient nécessaire tous les moyens d'investigation modernes et les professeurs de sciences expérimentales auraient à leur portée tous les matériaux cliniques utiles à leurs recherches. Cette organisation serait encore extrêmement profitable aux élèves qui, sans perte de temps, pourraient suivre parallèlement une double série de démonstrations expérimentales et cliniques.../ À Cochin, on pourrait réaliser une réforme plus complète en reprenant le service de médecine et les deux services de chirurgie. L'hôpital tout entier se trouverait ainsi rattaché à la Faculté. Mais ni à l'Hôtel Dieu ni à Cochin, nous n'avons l'intention d'enlever aux médecins ou chirurgiens des hôpitaux les services qu'ils possèdent. On les prendrait au fur et à mesure que les vacances se produiraient et on établirait dès maintenant avec l'Assistance publique une convention qui la dédommagerait des cessions qu'elle nous ferait. L'Assistance Publique ne consent pas à diminuer le nombre des salles qu'elle confie à ses médecins, elle exige de la Faculté des compensations qui paraissent légitimes et qui feront l'objet d'un accord. Nous n'avons pas non plus l'intention d'enlever à l'Assistance publique la gestion de l'hôpital Cochin, nous lui demandons de fournir le personnel administratif, les infirmiers et infirmières, etc. Le changement porterait sur la direction médicale des services hospitaliers : encore est-il que les internes et externes des hôpitaux conserveraient leurs places.

    Pour assurer le fonctionnement d'une vaste clinique, examiner et soigner un grand nombre de malades, le professeur, même assisté aura besoin de l'aide d'agrégés. Jusqu'ici les agrégés de médecine et de chirurgie étaient simplement chargés, tous les deux ou trois ans, d'une conférence théorique de pathologie. Ils ne participaient à l'enseignement clinique que pendant la période des vacances ou lorsqu'un professeur se faisait suppléer. Dans l'organisation que nous prévoyons, les agrégés rempliront un rôle actif et seront continuellement en contact avec les malades et avec les élèves. La plupart d'entre eux sont médecins ou chirurgiens des hôpitaux, mais ils ne sont pas encore titularisés. Les années les plus actives et les plus fructueuses de leur existence se passent à faire de temps en temps une suppléance.
    Augmenter le nombre des préparateurs et des moniteurs (+25)
    Parasitologie (+5)

    11 avril 1918 - Conseil de la Faculté de médecine de Paris

    Discussion du rapport de m. le pr. Broca relatif à la révision des programmes d'enseignement (cliniques spéciales, pathologie : obstétrique, accouchements...)
    Rapport Pozzi sur l'enseignement de la clinique gynécologique (en 5ème année)
    Pinard : se dit heureux de donner son avis sur cette importante question. Il estime qu'au cours de sa carrière, le futur médecin a très souvent l'occasion de s'occuper de questions se rattachant à la gynécologie. L'étudiant doit donc être initié à cette spécialité non seulement dans les cliniques chirurgicales générales, mais aussi dans la clinique gynécologique où il aura à examiner des cas intéressants et rares concernant cette spécialité. Réforme de la Faculté de médecine. Le Doyen fait état rapport demandé par L. Marin (pdt de la commission du budget) et par Klotz, ministre des Finances. Tous les deux sont partisans du projet. Klotz prie le doyen de lui faire un rapport sur les modifications à apporter à l'enseignement complétant celui relatif au projet de réorganisation des services de la Faculté

    26 novembre 1918 - Commission de l'enseignement supérieur, séance

    Il conviendrait de modifier le PCN afin d'en faire une préparation aux études médicales. Un certain nombre de professeurs seraient d'avis que toute la partie de sciences physiques, chimiques et naturelles appliquées à la médecine fut enseignée pendant l'année de PCN. Besançon estime qu'il serait bon que les premiers éléments des sciences fondamentales de la médecine fussent également enseignés au cours du PCN.
    Bezançon et certains de ses collègues pensent que l'enseignement de l'anatomie prend trop de place dans l'enseignement médical.
    Ne pourrait-on adopter en médecine le système des 'colles' admis dans certaines grandes écoles?

    Rapport présenté par m. Barth à la commission interministérielle des cliniques au nom d'une sous-commission chargée de visiter les services de clinique

    À l'hôpital des Enfants malades, à la clinique des enfants du premier âge (pr. Marfan) les services généraux sont misérables, presque inexistants, une reconstruction s'impose dont le projet n'est pas au point. À l'hôpital Cochin, la clinique médicale toute neuve occupe le rez-de-chaussée du pavillon Cornil. Elle a été organisée d'une manière parfaite sur l'initiative et grâce aux efforts personnels de m. le pr. Widal qui a contribué de ses deniers à la construction des laboratoires. Mais en fait de malades, la clinique ne dispose que de 80 lits, ce qui est insuffisant.


    22 mai 1919 - Conseil de la Faculté de médecine de Paris

    Rapport de m. Broca sur l'enseignement de la radiologie

    21 mai 1921 - Association des membres du corps enseignant (Fac méd. Paris)

    Rapport sur la réforme des études médicales (Latarjet, Mayer…)
    Proposition de rattacher le PCN à la Faculté de médecine. Renforcement du stage hospitalier.

    30 novembre 1921 – G. Weisse. Rapport adressé aux membres de la section de médecine du Comité consultatif de l’enseignement au sujet d’une réforme du concours d’agrégation

    Jusqu'à la guerre de 1870 environ, c'est la nomination jeune à l'agrégation (avant 30 ans) et la possibilité d'avoir les connaissances générales excluant dans une certaine mesure la spécialisation si nécessaire aujourd'hui. Combien les choses ont changé! En quelques années, dans toutes les branches de la science, nous avons vu le champ de nos connaissances s'étendre avec une talle ampleur qu'aujourd'hui il n'est plus un homme quelque merveilleusement organisé qu'il soit qui puisse, je ne dirai pas embrasser la totalité des connaissances médicales, mais qui ne soit obligé s'il veut réellement y devenir un maître, de limiter sa curiosité, même dans la branche qu'il veut cultiver plus particulièrement. Nous sommes entrés dans l'ère des spécialités qui vont en restreignant leur champ chaque jour davantage…./
    Celui qui doit devenir le spécialiste éminent a déjà dès le début de sa carrière eut sa curiosité éveillée dans une direction déterminée et c'est une des raisons principales, je crois, qui a empêché certains hommes, devenus dans la suite des médecins de grande valeur, d'entrer dans la voie des concours où il leur eut fallu pendant trop longtemps se plier à une discipline qui les écartait de leurs études de prédilection. C'est pour cela qu'on peut penser que lorsque la Faculté a du pouvoir à certaines chaires devenues vacantes, elle tournait avec regret ses regards vers des savants de réputation mondiale qu'elle ne pouvait appeler à elle parce qu'ils n'avaient pas de leur propre gré passé l'agrégation. Qu'il me soit permis de rappeler quelles difficultés nous avons rencontrées pour trouver dans le corps des agrégés le personnel nécessaire pour constituer les cadres de la Faculté de Strasbourg, surtout en ce qui concernait les spécialités qui par l'importance des services y tiennent proportionnellement une place plus importante que dans les Facultés de l'intérieur.

    23 janvier 1922 – Note du doyen Roger (Fac méd. Paris) à L. R. Williams. Fondation Rockefeller, Commission pour la prévention de la tuberculose en France

    Les recettes de la Faculté pour 1928 s'élèvent à la somme de 1, 415 MF (subventions de l'Etat), de l'Université et 0,4 de revenus propres.
    Les dépenses de personnel (3, 6 MF) ne sont pas imputées sur ces ressources
    La Faculté de médecine de Paris compte 42 laboratoires d'enseignement et de recherche, 13 labos de TP

    26 janvier 1922 - L. R. Williams à doyen Roger

    Monsieur le doyen, je vous remercie de la note que vous avez bien voulu me faire envoyer au sujet des laboratoires du budget de l'Ecole de Médecine et du nombre d'étudiants inscrits à la Faculté. Il est indiqué sur cette note qu'il y a 2188 étudiants, plus 1314 internes, 1400 externes et 1662 stagiaires. Ces trois groupes forment un total de 3376 et je ne comprends pas très bien combien tant d'internes sont en même temps étudiant ou si quelques-uns des étudiants classés comme stagiaires sont aussi internes ou externes parce que le nombre des stagiaires et celui des externes additionnés donnent un total de 3062, c'est-à-dire près de 900 de plus qu'il n'y a d'étudiants. Je vous serais reconnaissant de m'éclairer à ce sujet

    15 mai 1922 – Faculté de médecine de Paris. Convention pour la création du bureau des relations médicales avec l'étranger

    (pdt Harmann, doyen H Roger, vu et approuvé par le recteur Paul Appel)

    Conférences données par des professeurs de la Fac. de Paris à l’University Of London et par des professeurs britanniques à Paris
    F. Widal sur anti anaphylaxie
    H Vaquez sur l'érythrémie (maladie d'Osler)
    J Babinsky sur 'des réflexes de défense'
    Russel Wells : the circulatory effets of mitral stenosis
    Wilmot Herringham : Trench fever
    Sampson Handley : Lynophatic pathology
    E H Starling : On the mechanism of comensation in the Heart
    H J Waring : acuse pancreatitis
    G Elliot Smith : Stereoscopic vision and the evolution of Man

    13 juillet 1922

    Inscription des médecins aux cours financés par la commission for the prevention of Tuberculosis in France, dir. Linsly R Williams

    1er sept.1922 - Recteur de l'Académie de Paris à Doyen Faculté méd.

    Un journal a publié le 26 aout que l'Institut Rockefeller avait offert 200 MF à la Faculté de médecine de Strasbourg mais que cet institut serait revenu sur cette décision. La Faculté de Paris ayant opposé son veto à l'octroi de cette fortune à Strasbourg. Conformément aux instructions de m. le Ministre, je vous prie de vouloir bien m'adresser d'urgence le renseignement que vous possédez sur cette question.

    1924 - Rapport d’activité de la Faculté de médecine de Paris

    Malgré les efforts que nous faisons, les examens cliniques restent trop académiques Les candidats connaissent trop souvent les diagnostics qu'ils doivent établir. On ne peut les empêcher de fréquenter les services hospitaliers et de recueillir auprès de leurs camarades des renseignements qu'ils utiliseront. Les examens théoriques restent toujours les plus sérieux et l'on peut constater par la proportion des ajournements que les juges déploient une louable sérénité.

    20 novembre 1924 - Breton (I. Pasteur de Lille) à Directeur de l’Enseignement Supérieur (DES)

    Oui à l’agrég de bactériologie (la coupler à pathologie)
    L’agrégation de bactériologie doit répondre à l’idée d’une association indispensable de la clinique et du laboratoire. Par contre, il est absurde d’exiger d’eux des connaissances approfondies d’histoire naturelle médicale et de parasitologie

    15 décembre 1924 - M. Tiffeneau à DES

    Il faudrait ne pas recruter des agrégés en pharmacie chez les gens qui ont fait de la botanique (elle ne se rattache que de manière trop indirecte à notre enseignement)

    20 décembre 1924 - Fernand Bezançon à DES

    Question de la bactériologie, dans le cas où il serait possible de créer une section de bactériologie, ne pourrait-on proposer le choix entre ‘histoire naturelle médicale et parasitologie’ et ‘microbiologie’, termes qui recouvrent aujourd’hui l’étude des bactéries mais aussi tous les parasites microscopiques.

    23 juin 1925 - Doyen Strasbourg (Weiss) à DES à propos de l' introduction des concours d'agrégation à la Faculté de Strasbourg .

    La première épreuve d'agrégation n'a pas donné les résultats que nous espérions.../ Vous savez quelle appréhension nombre de mes collègues et moi-même avions à ce sujet pour notre recrutement étant donné que l'esprit de notre Faculté est de développer principalement l'enseignement pratique et la recherche, de préférence à la préparation livresque de plus en plus discréditée dans tous les pays et si souvent critiqué en France. Toutes les réformes faites depuis trente ans étaient orientées dans cette voie, nous espérions avec le nouveau régime atteindre le but poursuivi si longtemps et arriver à une meilleure sélection. Malheureusement le sens de la réforme n'a pas été bien compris par des jurys encore attachés par leurs origines à l'ancien système, ils ont confondu un examen largement ouvert avec un concours rigoureux. Si l'on s'en rapporte aux discussions qui ont eu lieu au Comité consultatif, il est évident que d'un avis unanime, la première épreuve ne devait servir qu'à un premier triage très approximatif des candidats sur des questions d'ordre général, ce qui n'a pas eu lieu. Dans plusieurs Facultés, nombre de candidats très bien préparés pour cet examen, s'il avait lieu dans des conditions pour lesquelles il avait été prévu, ont été arrêtés par un véritable barrage. Si cela continue comment allons nous faire pour avoir des agrégés après avoir pour ainsi dire été mis en demeure de renoncer à un système qui nous avait fort bien réussi?
    Comment allons nous faire pour avoir des agrégés après avoir été mis en demeure de renoncer à un système qui nous avait si bien réussi. ... Le risque est de détourner nos meilleurs éléments vers les maisons de santé et la médecine de caisse?
    La spécialisation : c'est l'une des raisons principales qui a empêché certains hommes devenus dans la suite des médecins de grande valeur d'entrer dans la voie des concours où il leur eut fallu pendant trop longtemps se plier à une discipline qui les écartait de leurs études de prédilection... C'est pour cela aussi que nous pouvons penser que lorsque la Faculté a du pouvoir à certaines chaires devenues vacantes, elle tournait avec regret ses regards vers des savants de réputation mondiale qu'elle ne pouvait appeler parce qu'ils n'avaient pas passé par l'agrégation.


    1927 - 'Ce qu'est véritablement une clinique française', conférence faite aux médecins polonais par M. le pr. A. Chauffard, recueillie et rédigée par le dr. Robert Clément, chef de clinique médicale (hôp. Saint Antoine)

    "Qu'êtes-vous venu voir ici? Non pas un homme, mais une clinique française. Je voudrais vous montrer comment elle fonctionne, quels sont ses acteurs et le rôle qui leur est dévolu et enfin les idées qui les dirigent,.... Je voudrais vous montrer l'âme d'une clinique médicale française.../ Outre celui qui la dirige, une clinique de Faculté comprend un personnel enseignant et un personnel, si j'ose dire, enseigné. À côté du professeur, trois chefs de clinique sont ses collaborateurs immédiats, lui facilitent et préparent sa tâche, le suppléent lorsqu'il est nécessaire. Deux internes jouent un rôle important dans la marche du service, assurent la liaison, la cohésion et le fonctionnement de tous les rouages. Trois chefs de laboratoire ont chacun leur tâche particulière et leurs aides. L'un est préposé aux travaux de chimie, de physique et de physiologie; un autre est chargé de la bactériologie et de l'anatomie pathologique; le troisième dirige les services radiologiques et d'électricité. Les externes, enfin, un groupe de jeunes, sont l'espoir de l'avenir, la pépinière dans laquelle se recrutent les internes. Il y en a sept, chacun étendant son domaine sur une salle de malades où il est chargé de la prise des observations des petites interventions et de l'application du traitement.../ La médecine est devenue très complexe. On ne peut établir un diagnostic complet et précis sans pratiquer pour chaque patient de nombreuses recherches complexes et délicates. Un service d'enseignement a besoin d'un personnel nombreux, de rouages multiples très spécialisés, mais venant tous converger autour du malade pour qu'à la lumière de tous les renseignements, le diagnostic puisse être approché avec toute la rigueur possible. Le personnel enseigné, celui qui vient s'instruire à la clinique est très disparate et cela rend plus difficile la tâche du professeur dont l'enseignement doit être profitable à tous. Stagiaires, étudiants en cours d'études ou de spécialisation, médecins français et étrangers se coudoient au lit du malade. La partie fixe est constituée par les stagiaires étudiants de première année de médecine dont la présence est obligatoire à la clinique. Trois idées directrices commandent notre méthode d'enseignement de la médecine aux étudiants.

    1/ L'étudiant doit venir à l'hôpital au premier jour où il est inscrit à la Faculté; il doit y venir quotidiennement pendant toute la durée de ses études. Pendant les quatre premières années, il est embrigadé, il est tenu à des stages obligatoires dans les divers services. Durant sa dernière année, il est libre d'aller où il lui plait, dans le service où il trouvera le mieux ce qui lui conviendra dans le sens où il veut s'orienter ou se spécialiser. L'étudiant de première année n'a encore aucune notion d'anatomie, de physioloGie. Ylsemble paradoxal, illogique de le mettre en contact le malade avant qu'il n'ait acquis au moins quelques notions. On peut répondre à cette objection qu'en réalité, on ne sait jamais tout ce qu'il faut pour bien examiner et soigner un malade, car les notions qu'il faudrait posséder s'étendent à l'infini. D'autre part, le jeune étudiant vient volontiers à l'hôpital, non pas comme un chat qu'on fouette, il est intéressé, il se sent médecin, il voit tout de suite s'il a la vocation ou non. Puis il apprend beaucoup de choses. Il commence son éducation sensorielle, qu'il est bon de faire de bonne heure et qu'on perfectionnera toute sa vie. On peut à un jeune élève faire entendre un souffle cardiaque ou pulmonaire, apprécier les qualités d'un pouls, palper un ventre, percuter une ascite ou une pleurésie, recherche des réflexes. Il s'initie, chaque jour, par l'exemple de ses aînés plus expérimentés dans l'art médical. Arrivé au seul de sa troisième année, il sera déjà débrouillé, adroit, il aura beaucoup vu, beaucoup appris. À propos d'un cas médical qui l'aura intéressé ou frappé, il aura lu en rentrant chez lui ce qui touche à la question, il se sera fait expliquer ce qu'il ne comprend pas et si son esprit est vif, son intelligence ouverte, il aura beaucoup compris. Notre étudiant et un peu comme une plante forcée, un peu poussée. Plus on lui montrera, plus il retiendra, plus il sera averti et bon médecin. Il prendra surtout l'habitude d'aller chaque matin à l'hôpital et il acquerra l'esprit médical si spécial dont il est bon de s'imprégner de bonne heure.

    2/ La deuxième idée directrice est de ne pas considérer les étudiants comme des cerveaux vides, comme des masses inertes. Nous les considérons dès le premier jour comme des jeunes médecins. ON les traite, non en subordonnés, mais en associés. Ils sont partie prenante dans la clinique. Ils ont leurs lits, leurs malades qu'ils interrogent observent, suivent parfois jusque post mortem. S'il y a une intervention facile, c'est eux qui la pratiqueront. Ils participent déjà à la vie médicale de la clinique.

    3/ Une clinique doit être une maison de verre : tout doit s'y passer à ciel ouvert. Les étudiants voient se constituer et évoluer sous leurs yeux nos diagnostics, certains après longues enquêtes, efforts prolongés, recherches multiples. Il y a des diagnostics qu'il faut mériter. Ce qui est utile pour l'étudiant, ce n'est pas d'écouter dans un amphithéâtre une histoire clinique tout arrangée, mais d'assister à la préparation de la leçon, c'est de voir la cuisine plus que de goûter le plat tout préparé. Il y a là une opposition radicale complète avec une autre méthode d'enseignement qui, je me plais à la reconnaître, a donné aussi des médecins de grande valeur. L'étudiant allemand n'est admis auprès des malades qu'au cours de sa troisième année de médecine. Lorsqu'il va à l'hôpital, c'est plus à l'amphithéâtre que dans les salles que lui sont montrés les malades dans des leçons magistrales. Le professeur allemand prépare sa leçon dans le secret de son cabinet. Ces méthodes opposées sont d'ailleurs en rapport avec le génie des deux races. Notre méthode n'est pas sans danger - je ne dis pas pour le malade - mais pour le professeur. S'il fait une erreur, elle n'échappe pas à l'esprit critique de nos étudiants, mais si un médecin a fait tout ce qu'il faut pour établir un bon diagnostic, on ne peut lui reprocher une erreur et rien n'est plus instructif qu'une erreur.

    1927 - Comité Franco Canadien

    Hommage au doyen et aux membres du conseil de la Faculté de médecine de Paris
    (Dr. A . H.  Delsloges dir. gen des hôpitaux de Québec, dr J E Dubé pr. à Faculté méd Montréal)
    Installation d'un service de fiches dans le service du pr. Labbé
    Rapport sur la création du comité franco-canadien pr le pr. G. Roussy
    (mbs du comité : Achard, Balthazard, Marcel Labbé, Roussy, Teissier, Clerc, Grégoire) 

    21 février 1928 - DES à recteur de l'Académie d’Aix en Provence

    Critiques faites par le corps enseignant à la réforme de l’agrégation médicale
    -Encombrement de l’"agrégabilité"
    -Système facultaire en fonctionnement régional
    -Nomination par des électeurs incompétents
    La Faculté méd. Paris demande à ce que les médecins des hôpitaux soient dispensés de l’épreuve clinique.
    Bordeaux, Toulouse, Nancy pas d’accord : pas de faveur spéciale pour les cliniciens.

    8 mars 1928 - Assemblée de la Faculté de médecine de Paris

    Marfan propose de supprimer les épreuves sur titres (facteur d’injustices), demande repoussée à l’unanimité.

    22 mars 1928 - Les 22 sections de l’agrégation médicale

    Anatomie, histologie, bactériologie, histoire naturelle médicale et parasitologie, physiologie, chimie médicale, physique médicale, pharmacologie, pathologie expérimentale, médecine (générale ?), anatomo pathologie, hygiène, médecine légale, neuro psychiatrie, dermato syphiligraphie, chirurgie générale, ophtalmologie, ORL, urologie, obstétrique, histoire naturelle.

    1928 - Rapport d'activité de la Faculté de médecine de  Paris (doyen Balthazard)

    Pour la première fois, cette année, a fonctionné le régime établi par le nouveau décret. Il a été appliqué aux élèves de 1, 3, 4 et 5ème années et semble avoir donné de bons résultats. Je ferai seulement remarquer la forte proportion des ajournements à l'examen de première année : 45% au lieu de 35% l'année précédente. Beaucoup de professeurs d'anatomie et d'histologie pensent qu'il est impossible d'enseigner en une seule année toutes les sciences morphologiques. La réforme serait donc pernicieuse à cette partie de l'enseignement. Aussi a t on demandé s'il ne serait pas possible de s'entendre avec la Faculté des sciences pour permettre aux élèves du PCN de venir s'initier aux éléments d'anatomie de la Faculté de médecine. Le travail supplémentaire qui leur serait ainsi imposé ne serait pas considérable et l'étude de l'anatomie humaine leur faciliterait même l'étude qu'ils doivent faire de la zoologie. La question n'intéresse pas seulement l'Université de Paris. Elle mériterait d'être soumise aux Comités consultatifs de la Médecine et des Sciences.
    Si les morphologistes ne sont pas satisfaits, les biologistes sont enchantés de leur nouvelle organisation. Après une année entière consacrée à la morphologie, ces élèves sont bien préparés pour comprendre la physiologie.

    À ce point de vue, la réforme est parfaite, elle marque un grand progrès. Depuis deux ans, la Faculté de médecine est chargée d'examiner les thèses pour le doctorat vétérinaire. Nous avons constaté avec satisfaction que la plupart de ces thèses sont excellentes. Elles dénotent chez les auteurs de très sérieuses connaissances scientifiques et constituent une collection de documents qui peuvent êtres fort utiles aux biologistes et aux médecins.../ Il faut reconnaître, en toute franchise, que les thèses de médecins sont souvent médiocres, mais il en est quelques-unes de remarquable. Elles ont exigé des recherches personnelles et sont fort appréciées à l'étranger. Il est malheureux qu'on ait réduit le chiffre de dépôt obligatoire. Le tirage de quelques exemplaires supplémentaires n'entraînerait pas pour les candidats de dépense appréciable et donnerait à la bibliothèque un précieux siège d'échange.../ Si nos laboratoires ne sont pas encore bien installés, des améliorations y vont être introduites. Des crédits ont été alloués sur la taxe d'apprentissage et sur le produit des jeux qui ont permis de réorganiser les laboratoires d'anatomie pathologique, de physiologie et de pathologie expérimentale. Un généreux donateur anonyme a promis une somme de 500 000F dont il a déjà versé 300 000 pour commencer l'installation d'un laboratoire expérimental dans le bâtiment de notre terrain de Vaugirard. Les travaux se terminent et l'on peut espérer qu'au début de mars 1927, le laboratoire pourrait fonctionner. il serait assez vaste pour recevoir un grand nombre de travailleurs.

    Les renseignements que j'ai fournis dans mes rapports précédents me permettront d'être fort bref, car je n'aurai qu'à répéter ce que j'ai déjà dit. Je signalais l'année dernière l'augmentation progressive des étudiants en médecine. Leur nombre qui était de 736 en 1924-1925 est monté à 902 en 1926-27, 300 en 1927-28. L'accroissement de la population scolaire n'est pas sans avoir des inconvénients, les locaux de la Faculté avaient été prévus pour recevoir chaque année 300 élèves, actuellement le chiffre est plus que doublé et nous ne savons plus comment organiser les travaux pratiques. Au défaut d'espace s'ajoute le défaut de crédits. Les droits des travaux pratiques ont été triplés alors que les produits utilisés ont quintuplé. Chaque étudiant coûte plus qu'il ne rapporte. La prospérité scolaire de la Faculté, loin d'améliorer sa situation financière ne fait que l'aggraver.../

    Sur les 987 élèves qui sont entrés à la Faculté, 690 sont titulaires du baccalauréat : 550 ont passé le baccalauréat de philosophie et 140 celui de mathématiques. J'ai déjà indiqué les inconvénients de cette dualité d'origine : j'y ai insisté dans une Commission nommée pour la réforme si longtemps attendue du PCN. Il serait urgent d'introduire pendant l'année préparatoire passée à la Faculté des Sciences, des cours complémentaires pour les élèves qui sortent de la classe de philosophie et qui n'ont pas une éducation scientifique suffisante. Cette lacune fait un obstacle à la poursuite des études médicales. Les professeurs de physique, de chimie et de physiologie sont constamment forcés dans leur enseignement d'user de formules mathématiques : la plupart des auditeurs sont incapables de les comprendre. Ils ne peuvent saisir une loi logarithmique car ils ne savent pas ce qu'on entend par logarithme.

    Quand ils arrivent à la Faculté, les étudiants sont répartis entre les diverses cliniques générales, médicales et chirurgicales. Ils y reçoivent l'enseignement des maîtres éminents et sont ainsi initiés à la médecine dans d'excellentes conditions. Mais dès leur entrée à la Faculté, les meilleurs élèves sont détournés de programmes scolaires par la préparation du concours de l'externat, ils négligent tout ce qui leur semble inutile pour le concours. Ils s'astreignent à apprendre des questions par coeur, ils découpent dans l'anatomie et la pathologie de petites tranches répondant au programme qui leur est proposé. L'année suivante, les élèves nommés externes sacrifient leur scolarité à la préparation de l'internat. Une fois internes, ils apprendront par coeur les questions pour le concours des hôpitaux. Toutes les sciences fondamentales dont la connaissance est indispensable pour comprendre la médecine et contribuer à ses progrès sont systématiquement laissés de côté.../ Cette dualité entre l'enseignement de la Faculté et les concours des hôpitaux pèse très lourdement sur l'éducation rationnelle de nos élèves. J'ajouterai que les externes et les internes, devant consacrer leurs matinées au service auquel ils sont attachés sont forcément dispensés des stages de spécialités, ils ne sont astreints qu'à un stage obstétrical.../ Je ne fais que signaler ce défaut de notre organisation qui nécessiterait une étude approfondie. Malgré les difficultés qu'éprouvent nos étudiants à se transporter des hôpitaux excentriques à la Faculté, les travaux pratiques ont été suivis fort régulièrement.

    Avril 1929 - Réforme de l’agrégation de médecine.

    Faut-il ou pas mélanger chimie médicale et chimie pharmaceutique ?
    Le problème de l’agrégation de médecine est qu'elle se prépare par spécialités. Exemple, l’urologie avec l’arrêté ministériel du 5 nov 1919, mais supprimée par la réforme de 1928, en revanche, création agr. chimie-pharmaceutique, toxicologie…

    1929 - Mouvement des étudiants en médecine

    Protestation contre la pléthore médicale. La question des immigrés roumains.

    1929 - Rapport d'activité de la Faculté de médecine de Paris

    On peut constater que le deuxième examen est celui qui donne les moins bons résultats ce qui tient sans doute à ce qu'il porte sur la physiologie, la chimie et la physique. Or ces sciences qui sont actuellement à la base de toutes nos connaissances médicales sont négligées par la plupart des élèves parce qu'elles ne figurent pas aux programmes des concours d'externat et d'internat.
    Comme les années précédents, les examens de clinique ne semblent pas bien vigoureux, ce qui tient simplement comme je l'exposais dans mon dernier rapport à la difficulté de les bien organiser.
    Les thèses au nombre de 485 ont été toutes acceptées. Beaucoup sont médiocres, quelques-unes sont remarquables. Les thèses pour le Doctorat vétérinaire continuent à être très satisfaisantes. Les professeurs de l'Ecole d'Alfort examinent de très près les travaux présentés et refusent de signer les manuscrits qui leur semblent insuffisants.
    Les examens des étudiants en art dentaire sont un peu meilleurs que l'année dernière. Le nouveau décret qui ne permet plus de commencer les études dentaires avec les certificats de la section agricole ou ménagère va certainement faire remonter le niveau, c'est une excellente mesure, mais une mesure insuffisante, une réforme complète s'impose..../
    Les crédits alloués aux laboratoires de recherches ne permettent pas de couvrir les dépenses des travailleurs, ceux-ci sont forcés de payer de leurs propres deniers les expériences qu'ils entreprennent. Je connais de jeunes savants qui n'ont pour toute ressource que leur traitement d'Agrégé et qui dépensent chaque année plus de 10 000 F dans leurs laboratoires. Heureusement, la Caisse des recherches scientifiques vient à leur secours et les prélèvements sur la taxe d'apprentissage permettant d'améliorer notre outillage. Mais il serait temps d'envisager un vaste plan de réforme. La Faculté est trop à l'étroit dans sa vieille école pratique. Il est indispensable d'aménager les bâtiments qu'elle possède rue de Vaugirard. Déjà grâce à la générosité d'un donateur anonyme, un laboratoire expérimental fonctionne depuis 18 mis, des travaux ont été commencés pour l'aménagement d'un Institut d'hygiène. Abandonnés faute de crédits, ils devraient être repris car il est inadmissible que Paris soit la seule grande ville du monde entier qui ne possède pas un Institut d'hygiène. 

    14 janvier 1930 - Décret portant sur la délivrance du diplôme de docteur en médecine aux étudiants d'origine étrangère (équivalences)

    14 novembre 1930  – Pr. Léon Bernard à doyen Fac méd. Paris

    Demande que la clinique de la tuberculose à l’hôpital Laennec reçoive des stagiaires de troisième année. « Il paraît en effet indispensable que le plus grand nombre d'étudiants en médecine, à défaut de la totalité, suive un enseignement de tuberculose, tant en raison de la fréquence de cette maladie et de la spécialisation qu'elle représente qu'à cause de la pratique des organismes médico-sociaux dont je dispose dans mon service et que de plus en plus les médecins praticiens ont à manier ou au moins à connaître ».

    Mars 1931  - Comité consultatif de l'enseignement supérieur, Section de médecine et de pharmacie. Réforme des études médicales
    (Balthazard, Carnot, Gosset, Lépine, Rist )

    La question de la pléthore médicale
    4162 étudiants en médecine à Paris en 1913
    4152 étudiants en 1930 (mais sur lesquels 413 roumains (plus de 500 en 1932) dont les 2/3 de juifs, or les trois quarts prétendent obtenir le diplôme d'état pour exercer en France (privilèges concédés aux moldo valaques en 1866, mais pas aux juifs)
    Accès aux études médicales le PCN
    Remplacer la sélection par le baccalauréat par un examen à l'issue du PCN

    1931 - Rapport d’activité de la Faculté de médecine Paris

    La question du transfert de la Faculté de médecine qui est à l'ordre du jour depuis plusieurs années a fait cette année l'objet des préoccupations du conseil de Faculté..../ Il n'est plus besoin de revenir sur la nécessité du transfert, bien qu'une campagne ait été menée en faveur de l'amélioration sur place de nos laboratoires. Certes le déplacement de la Faculté gêne toute une série d'habitudes.... (rue Cabanis)... Il ne nous appartient pas d'indiquer dans quelles conditions pourrait se faire l'échange entre le département de la Seine (A.P. de Paris) qui possède les terrains de Sainte-Anne et l'Etat... L'opération n'est pas purement arithmétique et la ville de Paris à intérêt à posséder une Faculté de médecine digne de la capitale.

    Rapport d'activité des laboratoires

    Institut d'hygiène de la Faculté de médecine, 15 rue de l'Ecole de médecine, 75006, L. Tanon
    Institut de médecine coloniale, labo de parasitologie, 15 rue de l'Ecole de médecine, dr. Galliard. La prophylaxie du paludisme à l’Ecole de malariologie (l’enseignement de la parasitologie paludéenne a été fondé par E Brumpt en 1926 sous les auspices du comité d'hygiène de la SDN. Enseignement de mycologie médicale créé en 1929 par le même Brumpt avec le concours de la Fondation Rockefeller, installation d'un service de mycologie médicale (Dr Langeron) qui comprend une mycothèque.
    Station expérimentale de parasitologie organisée dans le domaine universitaire de Richelieue à l'instigation du recteur Charlety
    Institut du cancer de la Faculté de méd. de Paris, 16 bis avenue des écoles, Villejuif, Gustave Roussy (laboratoire de physique)
    École de sérologie (ligue nationale française contre le péril vénérien, 44 rue de Lisbonne, Paris), Sicard de Plauzoles


    Janvier 1932 – Direction de l’Enseignement supérieur (DES). Exposé relatif à un projet de réforme des études médicales

    (commission Bathazard, Carnot, Gosset, Lépine, Rist).

    Jusqu'à présent les études et les examens du doctorat en médecine ont été les mêmes pour tous les étudiants de toutes les Facultés (programme uniforme). Le but du projet actuel serait de substituer à ce système un système plus complexe ou à côté d'un enseignement médical de base imposé à tout aspirant au grade de docteur en médecine, chaque candidat recevrait un enseignement particulier se rattachant à certaines disciplines selon ses goûts, ses aptitudes et sa destinée. La consultation des Facultés et écoles de médecine a montré que les étudiants désireux d'approfondir leurs connaissances dans certaines branches des sciences médicales n'ont pas toujours les facilités nécessaires. Certaines Facultés pourraient s'orienter vers des spécialisations déterminées si un régime plus souple des études le permettait. Néanmoins, au cours de la discussion, il a été observé que les Facultés ont pour objet essentiel de former de nombreux praticiens capables d'exercer la médecine générale aussi bien dans les communes rurales que dans les centres urbains. On ne saurait sans inconvénient grave réduire le nombre et la valeur de ces médecins auxquels ne peuvent suppléer les spécialistes les plus experts... Il s'agit donc d'éviter toute spécialisation hâtive
    D’où deux propositions :
    Projet Carnot : enseignement commun pendant les 3/4 premières années, spécialisation poussée en en 4/5, mais pas d’obligation d’un doctorat en médecine hétérogène.
    Ou alors, maintien de l’organisation prévue par le décret du 10 sept. 1924, i.e. unité de formation jusqu'à la thèse (5 ans) ; la spécialisation interviendrait ensuite avec un titre de spécialiste décerné par la Faculté (comme Nancy pour chirurgie, gynéco, médecine infantile etc.)
    Troisième proposition : introduire des matières à option en 4/5 années

    Mars 1932 - Rapport de M. Lépine, doyen de la Faculté médecine et de pharmacie de Lyon relatif au premier cycle des études médicales

    Au moment où l'instruction générale des étudiants est certainement moindre que dans le passé et ou la culture réelle est plus rare, il y aurait un véritable danger à faire des Facultés de simples écoles techniques. Le médecin ne doit pas être seulement habile dans la pratique de son art, il doit être instruit et avoir des notions suffisantes générales pour que son esprit soit à la hauteur des problèmes nouveaux que lui présentera chaque jour sa profession. On se rend bien compte que le prestige ancien dont la médecine jouissait en France était lié à cette condition et qui, si ce prestige a diminué, c'est parallèlement à l'affaiblissement des idées générales.../ Le premier cycle de trois années correspond sensiblement à ce que certains programmes étrangers appellent enseignement pré clinique. Toutefois, la commission fidèle au principe français a maintenu, comme l'on verra, l'enseignement clinique dès le début des études en l'aménageant de manière à économiser au maximum le temps des élèves. La commission a souligné l'importance croissante d'une physiologie dans le domaine s'élargit chaque jour et pour laquelle l'état normal se rejoint de plus en plus à l'état pathologique.../ On est resté aux dispositions de 1924 concernant l'anatomie, mais pour répondre aux justes préoccupations de ceux qui ont parfois trouvé excessif le développement de la dissection et ses finesses de technique, il a paru possible d'enseigner l'histologie en même temps que l'anatomie et l'on a même eu l'impression que cette association serait féconde..../ On envisage le renforcement de la pathologie en 3ème année. La commission a pensé qu'il y avait avantage pour chacune des disciplines indiquées à réduire le nombre des cours théoriques et à augmenter autant que possible les démonstrations, en attendant qu'une meilleure organisation matérielle des locaux et une plus juste répartition d'auxiliaires permettent d'augmenter sensiblement les manipulations individuelles.....

    1932 - Rapport de m. Carnot pr. à la Faculté méd. de Paris relatif aux enseignements à option du 2ème cycle d'études médicales

    Il apparaît avec évidence que le plus grave défaut des études actuelles de doctorat consiste dans leur caractère trop étendu et par là même trop superficiel qui tient au principe qu'un médecin doit être instruit de tout ce qui peut lui être utile pour l'exercice de sa profession.../ Mais l'universalité même des connaissances qu'on exige de lui l'empêche d'approfondir suffisamment les parties qui lui seront nécessaires. Par l'extension prodigieuse et sans cesse accrue de nos connaissances et par la nécessité de techniques spéciales de plus en plus développées, la profession médicale s'est trouvée dans la nécessité de se subdiviser pratiquement en une série de branches dont l'étendue est fonction de la capacité même de notre instruction professionnelle. Un psychiatre, un radiologue, un bactériologiste, un stomatologiste un gynéco un ophtalmo, s'ils doivent avoir un fond de connaissances communes indispensables, doivent aussi acquérir une solide instruction technique spéciale qui n'est pas organisée officiellement dans les Facultés et qu'ils doivent trop souvent recherche en dehors.

    16 avril 1932 - Enquête sur la réforme des études médicales, exposé du Comité consultatif

    L'uniformité des études médicales est réclamée par toutes les Facultés de médecine. De même les Facultés (mais pas les écoles) réclament une sixième année. Il y aurait avantage à revenir à l'habitude ancienne qui consistait à grouper durant les deux premières années les enseignements de la morphologie et de la physiologie. L'enseignement de l'anatomie notamment en une seule année a soulevé de nombreuses critiques de la part de ceux qui (en) sont chargés.../ Du côté de la clinique : rendre facultatif l'enseignement clinique en première année.
    Lépine n’est pas d'accord : il faut maintenir la clinique obligatoire en première année, une façon de faire qui est dans la tradition française et qui semble avoir donné jusqu'ici de bons résultats.
    La sixième année réclamée par tous devrait avoir une carrière essentiellement pratique (stages hospitaliers de perfectionnement, stages de garde, projet à discuter selon les disponibilités hospitalières des villes....)
    Pour les spécialités : mise en place d'un système de certificats.
    Rapport de la sous-commission des stages hospitaliers : m. A Lemierre rapporteur.

    26 avril 1932 - Confédération des syndicats médicaux français (CSMF). Lettre (ouverte) du dr. P. Cibrié aux professeurs des Facultés et écoles de médecine françaises

    Vous connaissez comme nous les inconvénients de tout ordre de la pléthore médicale. Ses inconvénients, pour employer un terme très atténué, ont été exposés maintes fois et par un certain nombre de maîtres et par les Syndicats médicaux eux-mêmes. La Confédération des syndicats médicaux après une lettre d'avertissement sur l'encombrement de notre profession adressée aux parents, aux maîtres et aux élèves de philosophie a estimé que son action devait comporter deux phases. La première phase avait réalisé l'obligation pour les étrangers postulant le diplôme d'Etat français avec toutes les prérogatives y attachées de se conformer aux règles générales suivies par nos nationaux. Il s'agissait donc de supprimer des transformations trop faciles et trop nombreuses des diplômes d'université en diplômes d'Etat et les équivalences véritablement excessives et injustes. Tout a été dit à ce sujet et nous n'y revenons pas. Cette première phase va être close par le vote de la loi Ambruster au succès de laquelle se sont employés activement les Syndicats médicaux. L'auteur et les rapporteurs de la Loi au Sénat et à la Chambre, mm. Ambruster, Dentu et Louis Bonnefous ne nous contrediront pas. La deuxième phase de notre action, plus délicate, consiste à réserver chez nous le diplôme de docteur en médecine aux candidats vraiment dignes de l'obtenir, à opérer une sélection et à élever le niveau des études. Il semple que trois postulats doivent êtres ici réalisés :

    1/ Nécessité de titres initiaux sérieux
    Vous n'êtes pas sans savoir que, dans le texte même de la Loi Ambruster, un article 7 prévoyait la nécessité pour s'inscrire aux Facultés de médecine, du baccalauréat A (latin grec). La Chambre a disjoint cet article. Certaines objections faites à la Commission de l'Enseignement sont impressionnantes et de nature en tout cas à empêcher une réforme aussi totale. Mais il nous paraît qu'un minimum de culture classique est nécessaire à la formation intellectuelle du futur médecin et la Confédération des syndicats médicaux estime que l'un des deux baccalauréats A ou A’ doit être exigé (latin grec ou latin seulement).Votre avis sur ce premier point nous sera précieux, il sera de nature, nous n'en doutons pas, à contrebalancer efficacement l'avis spontanément émis par les Facultés des Sciences, avis qu'on s'est étonné de voir seul produire jusqu'à aujourd'hui et qui a influencé la Commission de l'enseignement de la Chambre des députés.

    2/ Sévérité plus grande aux examens
    Vous connaissez le reproche général de la faiblesse de certains candidats reçus. Tout élève même fort médiocre qui commence ses études de médecine est pratiquement certain d'obtenir le parchemin alors même qu'il ne fournit qu'une somme de travail insuffisante. Ce reproche, il vous apparaît à vous, Professeurs, de le faire tomber de la façon la plus simple. Les Faculté de Droit vous ont montré l'exemple à suivre, Le Ministre de l'Instrction publique vient de prendre le 3 Mars dernier, un arrêté introduisant les épreuves écrites. Ces épreuves qui, pour être plus surement justes, devraient comporter l'anonymat tant du coté candidat que du côté Jury, permettront, mieux qu'un simple oral, de juger des insuffisances. De cette sévérité devenue indispensable, les étudiants sérieux ne sauraient se plaindre. Ils comprendront la fierté d'appartenir à une profession mieux défendue, leur diplôme aura une plus incontestable valeur, la médecine et les médecins y trouveront leur compte.

    3/ Réforme de l'enseignement de la médecine
    Sur ce point, nous entendons ne marcher qu'avec la plus grande prudence et strictement d'accord, nous l'avons dit et écrit souvent, avec le Corps enseignant. La CSM compte dans son sein une Commission de l'Enseignement comprenant sur dix membres, six Professeurs de Facultés ou Ecoles. Nous n'avons certes pas la prétention d'avoir mis au point de façon complète un invariable programme de réformes, mais l'amalgame que nous représentons de maîtres et de praticiens nous qualifie cependant pour donner une opinion autorisée et voici très résumés les principaux desiderata que nous souhaiterions voir réalisés.
    - Baccalauréat (série A, ou tout au moins A ou A')
    - PCN (mieux adapté aux études médicales avec stage hospitalier réduit)
    -Stages hospitaliers pouvant êtres effectués pendant les douze mois de l'année avec obligation pour les stagiaires de services de garde de jour et de nuit.
    -Enseignement clinique: quatre années de médecine générale puis une année de spécialité commune à tous les étudiants
    - 6ème année : A/ Pour les omnipraticiens, stage de perfectionnement et thèse
    B/ Pour les spécialistes, stage de la spécialité choisie, auquel stage serait consacré une septième année d'études.
    - Examen éliminatoire écrit et anonyme avec Jury anonyme à la fin de la première année des études médicales.

    Ceci dit, permettez nous, monsieur le professeur et cher maître de vous demander avec la plus vive insistance une réponse au référendum très officieux que nous vous adressons. Répondez-y très brièvement si vous le voulez. Développez au contraire tel point qui paraîtra utile, quelles que soient les opinions défendues par vous, nous vous remercions et ne manquerons pas de la faire entrer en ligne de compte dans notre enquête que nous sommes certains de voir utilisée. Cette enquête se subdivise en deux parties : la première concerne les titres initiaux à exiger pour l'inscription aux Facultés de Médecine. Une proposition de Loi sera en effet déposée, d'ici à quelques semaines afin de régler cette question des titres initiaux pour l'entrée dans toutes les Facultés. Pour les Facultés de Lettres et des Sciences serait admis par exemple la possibilité de l'un quelconque des trois baccalauréats, A, A’ ou B ainsi que certaines équivalences. Pour les Facultés de Droit et las Faculté de Médecine, il semble bien qu'un minimum de culture classique soit indispensable et que soit prévue la nécessité de l'un des deux baccalauréats : A (latin grec) et A' (latin seulement). Cette première partie de notre Enquête sera immédiatement utilisée par nous en vue de l'établissement de la proposition de Loi dont je viens de vous parler. C'est vous dire l'importance qu'attachera le Parlement à l'opinion du Corps enseignant et à celle du Corps médical tout entier. La deuxième partie a trait à la réforme elle-même des études médicales. La CSM trouvera dans votre opinion librement exprimée les indications pour le sens précis à donner à son action. La force morale apportée par votre autorité, jointe à celle dont dispose, vous le savez, les Syndicats médicaux nous est sur garant de la réussite d'une réforme infiniment souhaitable et urgente...

    8 décembre 1932 - Conseil de la Faculté de médecine de Paris. Création d'un certificat et d'un diplôme de gastro entéro hépatologie exposé de m. Carnot

    Léon Bernard fait remarquer que les enseignements complémentaires existent dans diverses branches. Un enseignement de la phtisiologie est donné aux médecins qui veulent se faire une carrière dans les dispensaires et les sanatoria. Mais le certificat qui leur est délivré est un simple témoignage d'assiduité et l'obligation d'examens sévères paraît très souhaitable. Il demande donc que les principes énoncés par monsieur Carnot soient appliqués à la phtisiologie dont l'importance sociale est notoire.
    Cougerot demande de même pour la dermato vénérologie
    Strohl explique que le diplôme, par le mémoire original qu'il exige, a le grand avantage de pousser les jeunes gens vers la recherche.
    Duval estime que toutes ces propositions sont empreintes d'un individualisme excessif. Pourquoi organiser l'enseignement complémentaire dans certaines branches sans se préoccuper des autres? Il demande qu'une commission soit nommée pour étudier dans son ensemble le problème des enseignements complémentaires.
    Roussy est du même avis et fait remarquer que la question intéresse toutes les Facultés.

    17 décembre 1932 - Sous commission du PCN (certificat de physique-chimie-sciences naturelles)

    (mbs. Balthazard doyen, Sigala, Maurain, Mayer, Roussy, Caullery)

    Sigala montre que les réformes semblent surtout écarter la morphologie pour s'occuper de biologie ou de physiologie…/ Pour A. Mayer le côté fonctionnement doit prédominer dans l'enseignement du PCN.
    Conclusion : création d'un certificat de ‘Physique-chimie-biologie’ (PCB) afin de renforcer les programmes dans le sens de la biologie et de ses fonctions…/ Introduire des médecins dans les conseils du PCN…/ Suppression du PCN en dehors des Facs de sciences.


    3 janvier 1933 - Maurain à Roussy. Sous-commission du PCN 

    L’accès aux études médicales (rapport V. Balthazard)

    La question de la pléthore étant tranchée, au moins théoriquement, il ne nous semble pas utile d'instituer un examen d'entrée dans les Facultés de médecine, autant du moins que l'on veuille conférer à cet examen la vertu de limiter le nombre des étudiants en médecine. Le nombre des étudiants en médecine français est plutot en décroissance, une propagande raisonnée faite dans les familles et auprès des élèves de nos lycéens empêchera qu'il ne redevienne excessif.../Si l'on prend soin de limiter strictement le nombre de étranger admis à postuler le diplôme d'Etat, puis à exercer en France, la pléthore sera évitée dans la profession. Certes, il restera l'encombrement de nos Facultés en admettant toutefois que les étrangers continuent à venir en nombre égal réclamer le diplôme universitaire au lieu du diplôme d'Etat, ce qui est pour le moins douteux. Même dans ce cas, on obvierait à l'encombrement par une meilleure répartition des étudiants entre les Facultés et Ecoles. Il n'est d'ailleurs pas impossible d'entrevoir une époque prochaine où nos Facultés et Ecoles mieux dotées matériellement seront en état de remplir leur tâche complètement, quel que soit le nombre des étrangers en surplus. Elles y seraient notablement aidées si chaque étranger payait équitablement ses frais d'étude au lieu de constituer, comme à l'heure actuelle, une charge pour les Facultés.../ La pléthore peut donc être évitée autrement que par l'examen d'entrée. Celui ci par contre permettrait peut-être de constater les aptitudes des étudiants pour les études médicales, mais il faut convenir qu'il réponde à nos idées touchant le libre accès à l'enseignement supérieur. Le même but peut-il être atteint par un autre moyen?
    Jusqu'ici le baccalauréat a été seul exigé des étudiants en médecine. Tour à tour, on demande le baccalauréat est sciences, le baccalauréat ès lettres, les deux. Actuellement, on se contente d'exiger un des quatre baccalauréats. Est ce suffisant? Certes non, car on arrive à la porte de l'Ecole de médecine après une préparation très différente, allant des études classiques, des humanités, aux études modernes sans grec ni latin. Si donc on dispense les futures étudiants en médecine d'un examen d'entrée spécial, au moins est il indispensable que l'année passée à la Faculté des sciences, au PCN, remplisse le but que on pouvait attendre de cet examen et fasse mieux. Non seulement le PCN permettrait de confirmer les aptitudes du futur étudiant en médecine, mais viserait à les développer, par une culture générale appropriée, dont la place n'est pas dans nos écoles de médecine qui sont des écoles d'application.../Dans ces conditions, l'examen de sortie du PCN remplacerait avantageusement l'examen d'entrée envisagé ci-dessus. Le préparation des élèves étant faite spécialement en vue des études médicales exige, pour être fructueuse, la création d'une section médicale au PCN, une partie des programmes et de l'enseignement pourrait être commune aux diverses sections, mais un programme complémentaire très spécialisé doit être conçu pour la section médicale. Il en résultera les conséquences suivantes :

    1/ Le conseil de perfectionnement du PCN doit suivre de près l'enseignement et veiller à ce que les programmes soient observés dans la lettre et dans l'esprit. D'où la nécessité d'introduire dans ces conseils un certain nombre de professeurs de nos Facultés de médecine.

    2/ Pour êtres réellement adaptés aux besoins de la médecine, certaines parties du programme devront êtres enseignés par des membres du corps enseignant des Facultés de médecine.

    3/ L'examen de sortie doit mettre en évidence les aptitudes des élèves aux études médicales. Il doit en même temps prouver que ces élèves ont acquis l'ensemble des connaissances générales qu'il est dans notre intention de supprimer du programme des Facultés de médecine. 

    On aurait des garanties sérieuses sur ce point en introduisant dans les jurys d'examen quelques physiciens, chimistes, anatomistes, histologistes, physiologistes et parasitologues de nos Facultés de médecine.
    Telles sont les réformes générales du PCN qui nous paraissent s'imposer et qui permettront de conserver cette utile institution, modifiée comme nous venons de l'indiquer, elle échappera dorénavant aux critiques de ses détracteurs et constituera la transition nécessaire entre les études secondaires et les études médicales, entre le lycée et la Faculté de médecine. Il ne subsistera plus aucun argument à frustrer les Facultés des Sciences des avantages que leur ont apportés les PCN. Toutefois, il est indispensable de grouper les élèves dans des centres assez importants pour que l'on puisse constituer une section médicale du PCN avec un personnel enseignant compétent, nous souhaitons dans la disparition des PCN dans les villes non pourvus de Facultés des Sciences.

    Les programmes du PCN

    Le grand reproche fait aux programmes du PCN est de ne pas tenir suffisamment compte de la destinée ultérieure des étudiants. Certes, il est indispensable d'inculquer aux futurs médecins des idées générales de la biologie, mais croit-on que l'on n'arrivera pas aussi bien à ce résultat en étudiant les vertébrés par exemple que les invertébrés ? Il importe donc que toute notion générale acquise au PCN ait pour conséquence de soulager les programmes des Facultés de médecine. C'est ainsi qu'à notre avis, l'embryologie et la cytologie doivent être enseignées en totalité au PCN. Nous reporterons donc dans les programmes du PCN toutes les connaissances générales qui n'exigent pas l'examen des malades et les démonstrations expérimentales spéciales. Les exemples seront autant que possible choisis chez l'homme ou chez les vertébrés sans que l'on n'anticipe jamais sur l'enseignement des Facultés de médecine. Avec l'aide de nos collègues, enseignant les sciences fondamentales, tenant en plus compte des travaux de la commission du PCN, nous avons dressé des programmes pour la physique, la chimie, l'anatomie, l'histologie, la physiologie et l'histoire naturelle que nous joindrons en annexes, non pas comme programmes définitifs, mais à titre de projet à soumettre à une commission spéciale.

    Les examens écrits pour l'obtention du doctorat en médecine (rapport A. Gosset)

    Tout le monde est d'accord pour reconnaître la trop grande facilité des examens dans les Facultés de Médecine. Les examinateurs, tout en se lamentant d'un état de choses qui va chaque année s'aggravant, ne sauraient, malgré toute leur bonne volonté et leur désir de réagir, avoir d'action efficace, car ils ne peuvent en tant que jutes des examens oraux qu'agir isolément et l'action isolée dans un problème aussi vaste est vouée à l'insuccès. La Facilité des examens du doctorat en médecine n'est pas seulement déplorée par les juges, elle est même critiquée par bien des candidats... quand ils ne sont plus candidats. Dans les dernières années d'études, aux examens de quatrième année, de cinquième année, il est bien difficile d'empêcher à un candidat, même très médiocre, d'arriver au doctorat. Du reste, dans les derniers examens, le candidat n'est jamais complètement nul, il a forcément recueilli quelques bribes pendant ses passages dans les hôpitaux et il est toujours capable de montrer un soupçon d'instruction en médecine, en chirurgie et même en thérapeutique.../ On peut poser en principe qu'un candidat qui a passé, même avec une peine infinie, les examens des trois premières années, franchira, sans trop de malheurs et trop de retard, les derniers degrés et parviendra à passer sa thèse. Et du reste que deviendraient ces étudiants ayant déjà derrière eux, y compris le PCN, quatre années souvent plus d'études médicales si le doctorat leur était refusé? Ce n'est point évidemment une considération dont on devrait tenir compte, mais avouons franchement qu'elle joue sur l'esprit des juges. Ce n'est point à la fin des études que peut et doit s'exercer toute la sévérité désirable, c'est à leur début, non pas seulement au PCN, ce point a été étudié par votre commission, mais et surtout aussi en 1ère et 2ème années. Les examens oraux son insuffisants, ils laissent passer les bons, ce qui est parfait, mais ils n'éliminent pas toujours les mauvais. Les candidats, dans les examens oraux font parfois des réponses tronquées que le juge bien souvent est obligé d'achever. Certains répondent sans avoir eu le temps de réflexion nécessaire, étalant dans un triste spectacle une série de notions confuses, non digérés. On les reçoit quand même car il sont répondu quelque chose et l'on apprend vite dans le métier d'examinateur à se contenter de peu!

    D'autres candidats de nationalité étrangère comprennent et parlent à peine le français et montrent une telle insuffisance non pas seulement de notions scientifiques, mais de simple langage, qu'ils ne devraient pas avoir le droit de se présenter dans de telles conditions.../ Si l'on substituait dans les examens des premières années d'études à ces interrogations pénibles dans lesquelles le professeur fait souvent plus que l'étudiant, des examens écrits, en exigeant des réponses précises, sur un programme connu, on obtiendrait vraiment d'autres résultats. Du reste, une autre Faculté a depuis plusieurs années réalisé cette réforme des examens écrits, les résultats, de l'avis de tous ont été excellents.../ Ce n'est pas diminuer la Faculté de droit de dire qu'autrefois dans un temps qui n'est pas encore très éloigné de nous, ce n'était pas toujours les meilleurs élèves qui s'y faisaient inscrire. A côté de l'élite, beaucoup en suivaient les cours parce qu'ils désiraient ne pas faire un effort excessif. Or, depuis que la Faculté de droit a instauré le système des examens écrits, ce qui ne supprime pas les oraux, tous les gens informés s'entendent pour reconnaître que le niveau des études a considérablement monté. Par contre, c'est maintenant dans les Facultés de médecine que se font inscrire les mauvais élèves, parce qu'ils ont la quasi certitude de parvenir au doctorat en médecine avec le minimum d'effort. Or, nous avons le devoir et dans l'intérêt de ces mauvais élèves eux-mêmes, et surtout pour l'enseignement que nous défendons, d'éliminer le plus tôt possible hors des Facultés de médecine ces étudiants non doués ou paresseux qui s'y sont égarés.

    Les examens écrits ne remplaceraient pas les examens oraux, les examens oraux fonctionneraient comme par le passé, mais les examens écrits qui se passeraient avant les oraux seraient éliminatoires. Pour certains enseignements, comme ceux de l'anatomie, de physiologie, de l'anatomie pathologique, par exemple, il est très facile de poser aux candidats un certain nombre de questions très courtes, très précises auxquelles les étudiants répondraient par écrit.../ Ces compositions écrites, faites avec toutes les garanties désirables, seront corrigées par un ensemble d'examinateurs et tous les candidats n'ayant pas obtenu un certain nombre de points seront éliminés. Mais il ne faut pas que les refusés puissent se représenter 2 ou 3 mois plus tard comme cela se fait aujourd'hui où un candidat éliminé en juillet se représente en octobre. Quelles notions solides d'anatomie ou de physiologie ou d'histologie a bien pu acquérir pendant la période des vacances alors que les enseignements sont fermés un candidat refusé en juillet? Tout candidat refusé en juillet à son examen écrit, sur ces matières primordiales devrait être reporté à un an. Le candidat reçu à l'examen écrit pourra, alors, se présenter à l'épreuve orale et s'il y est reçu l'examen lui est acquis, il restera à discuter si l'admissibilité d'écrit est définitive ou pour un certain temps à renouveler à chaque session.../ En première année, il y aurait un examen écrit pour l'anatomie, l'histologie, la physiologie, la bactériologie, la sémiologie médicale, la sémiologie chirurgicale. En seconde année, nouvel examen écrit pour le 2ème cycle de l'anatomie, etc. et pour toutes les matières enseignées. En 3ème année, il est très facile de faire un examen écrit pour les épreuves enseignées. Ces examens écrits permettraient, pendant les trois premières années, de poser une véritable barrière que ne pourraient franchir que ceux qui sont suffisamment doués et suffisamment travailleurs. Le niveau des études médicales se relèverait en quelques années. Quant à la manière de faire passer des examens écrits, à la manière de corriger les épreuves, il faut laisser à chaque Faculté le soin de décider suivant ses possibilités. Mais ce qu'il faut demander à toutes c'est d'avoir un programme précis, arrêté d'avance, porté à la connaissance des candidats sur lequel on soit en droit d'exiger d'eux des connaissances suffisantes. Du reste, cette manière de procéder est employée dans certaines villes de Facultés par l'administration des Hôpitaux pour recruter son personnel d'externes et d'internes et les résultats sont tout à fait satisfaisants. Inspirons nous dans les Facultés de ce que font les administrations hospitalières voyons même si nous ne pourrions pas agir de concert avec elles et parfois même très étroitement, c'est un point à étudier avec beaucoup d'attention et nous aurons alors, pour juger nos élèves et éliminer les mauvais des garanties plus grandes que celles que nous avons aujourd'hui.

    Conclusions

    Il y a lieu d'instituer des épreuves écrites dans certains examens du Doctorat en médecine. Si ce principe est admis, il restera à déterminer
    1/ quels seront les examens où les épreuves écrites seront instituées,
    2/ les programmes de ces épreuves écrites
    3/ les conditions matérielles des compositions écrites
    4/ le mode de correction.
    5/ Ces épreuves écrites suppriment elles pur les examens en question les épreuves orales? Ou se surajouteront elles à celles ci en les précédant? Et sont elles éliminatoires?


    Mars 1933 – Exposé du doyen G. Roussy sur le questionnaire relatif à la réorganisation des enseignements des spécialités post-scolaires instituées dans les Facultés de médecine

    L’enquête est confiée à une commission composée du soyen Balthazard et de mm. Léon Bernard, Carnot, Cunéo, Pierre-Duval, Sergent, Strohl, Roussy.

    Cours de perfectionement et leurs chargés: cardiologie, Clerc ; dermato-vénérologie, Gougerot ; gastro entéro hépatologie, Villaret, Fiessinger ; hydro climatologie thérapeutique, Villaret ; neurologie, Guillain ; Ophtalmo, Terrin, Dé ; ORL, Lemaitre ; phtisiologie, L. Bernard ; psychiatrie, Claude ; hygiène et médecine des enfants, Nobécourt et Lereboullet.
    Après un échange de vue l'assemblée a adopté à une forte majorité le principe de la réorganisation des enseignements de spécialités, en vue de la création d'un certain nombre de diplômes universitaires. Mais la Faculté de médecine n'a pas pu se mettre d'accord sur les modalités d'organisation de ces différents diplômes.

    8 avril 1933 - La Presse médicale. ’La réforme des études médicales’

    En ce qui concerne la liste des enseigneuses de spécialités non encore existantes, les difficultés sont apparues au sein des Facultés et cela pour différentes raisons : difficultés d'ordre matériel en ce qui concerne les enseignement cliniques et aussi d'ordre psychologique et pratique puisque la question de l'enseignement des spécialités touche plus ou moins directement à celles de l'exercice de la profession médicale. Donner une organisation plus ample plus méthodique aux enseignements de spécialités et par conséquent plus de valeur aux diplômes et aux certificats universitaires, c'est qu'on le veuille ou non aborder plus ou moins directement l'importante question de l'exercice des spécialités médicales…/ Même problème pour la création de certificats…/ Il est possible qu'un jour prochain les Associations professionnelles demandent aux universités de les aider à qualifier le spécialiste, celui qui consacre tout son temps à l'exercice exclusif d'une spécialité et cela sans toucher aux prérogatives que confère le diplôme de docteur en médecine conformément à la loi du 30 novembre 1892.

    16 mai 1933 – Dernières nouvelles de Strasbourg. ‘L’affaire Robert Weitz’

    A propos des résultats du dernier concours d’agrégation…/ un chef de clinique alsacien diffamé par le journal ‘Province d’Alsace’…/ Antisémitisme à propos de la nomination d’un agrégé parisien (Le Guyon) à la Faculté méd Strasbourg…/ Lettre de soutien du doyen Merklen.


    1934 - Décret du 23 janvier  et arrété du 16 mars visant à donner une initiation commune aux étudiants qui s'orientent vers les Facultés de Médecine et vers les Facultés des Sciences ( le PCB (physique-chimie-biologie) se substituant au PCN)

    1934 - Rapport d’activité de la Faculté de médecine de Paris

    ‘Ce document est insuffisant car lacunaire...’ (sic).../  Projet d'agrandissement de la Faculté de médecine de l'Université de Paris, rue Jacob. Le financement des travaux a pu être assuré grâce à l'établissement du plan Marquet et au concours tout à fait efficace apporté à la Faculté par l'université d'une part et le Ministère de l’Instruction publique de l'autre.../ Il y a lieu d'envisager la construction de cliniques nouvelles à Vaugirard, à Saint-Antoine, à Cochin, etc. Nouveaux bâtiments de la Faculté de médecine sont prévus sur le terrain de l'Hôpital de la Charité. Les nouveaux bâtiments devront abriter les cinq disciplines suivantes : anatomie, physiologie, histologie, chimie, physique qui seront fréquentées par les étudiants de 1 et 2ème années (promotions d'environ 800), un grand amphi de 1200 places…/ Priorité à l’anatomie, stockage de 300 cadavres, resserre spéciale ventilée pour les cadavres donnant des émanations putrides. Les étudiants opèreront eux mêmes la dissection par groupes de 5 sur un même sujet…/

    Rapport d’activité des laboratoires

    Institut du cancer, directeur G. Roussy. La section hospitalière de l'Institut a été inaugurée le 27 juin 1934 en présence du pdt. de la République/ Le sous directeur du laboratoire est le dr Leroux. En plus de la recherche pure, les labos de l’I. du cancer on compris qu'ils devaient faire de la documentation pour les services cliniques (L’institut comprend le labo d'anapat (a pratiqué plus de 1000 biopsies) Roussy, Oberling dirigé pr le dr Leroux, le labo de bactériologie dr Guy (1935), le labo de chimie et chimie physique (Sannié, les agents chimiques cancérigènes) (Mlle Abragam, Magat, spectro du sang des poules leucémiques), le labo de cyto biologie (Verne, Menecaux, action cytotoxique des métaux), le labo de médecine expérimentale (dr. Ch. Oberling), le labo de photographie (Mangini)).
    L’Institut d'hygiène industrielle et de médecine du travail créé en 1923 par un décret pris à l'initiative de Léon Bernard à rattaché l'Institut d'hygiène industrielle (créé dès 1908) par le Ministère du Travail (Comité Biologia). Le développement de cette médecine a suscité la mise en place d'un service didactique.
    Le laboratoire de médecine légale (Institut médico légal et de psychiatrie), pr. M. Balthazard. La recherche porte sur la carbonisation des tissus, poils, sang, poumons....

    Juillet-aout 1935 - Annales de l'université de Paris. Rapport annuel du doyen de la Faculté de Médecine. Projet d'agrandissement de la Faculté de med de Paris.

    Après de nombreux pourparlers l'AP a cédé à l'Université de Paris le terrain sur lequel s'élevait l'Hôpital de la Charité, partant de la rue Jacob et longeant la rue des Saints Pères jusqu'au bld. Saint Germain. Les travaux de terrassement sont en voie d'exécution.../ Les services de la Faculté sont actuellement groupés dans deux bâtiments, l'un dit "bâtiment de la Faculté" sis entre le boulevard Saint Germain, la rue Haute feuille et l'Ecole de médecine, l'autre dit 'Ecole pratique' sis entre la rue de l'Ecole de médecine la rue Antoine Dubois et la rue Racine. Depuis 1918, le nombre des étudiants qui se sont inscrits à la Faculté a augmenté dans de sérieuses proportions. Il a été enregistré de 750 à 1000 étudiants par année. Les locaux sont notoirement insuffisants pour procéder à un enseignement fructueux..../ Nos projets envisagent la construction de nouveaux bâtiments où seraient groupés les amphithéâtres, ainsi que les salles de cours et de TP et les laboratoires de recherche correspondant aux deux premières années de médecine, savoir, l'anatomie, l'histologie, la physiologie, la physique, la chimie.... Les nouveaux bâtiments seraient construits à l'emplacement de l'Hôpital de la Charité qui occupe actuellement une partie du terrain situé entre les rues des Saints Pères, Jacob et Saint Benoît. La dimension du terrain pourrait être augmentée par expropriation, d'une école communale, d'une bibliothèque paroissiale (Saint Benoît) d'un hôtel (les Deux Anges).../ Le financement de ces travaux a pu être assuré grâce à l'établissement du plan Marquet et au concours tout à fait efficace qui a été apporté à la Faculté par l'Université et par le MEN.../ Remarque : Il y aura lieu d'envisager pour une nouvelle tranche de travaux les modifications à apporter aux cliniques existant dans les différents hôpitaux : agrandissements, améliorations des clinques existantes et aussi et surtout construction de cliniques nouvelles à Vaugirard, à Saint Antoine, à Cochin, etc. La question est à l'étude à l'heure actuelle.

    Bureau des relations avec l'étranger : missions de professeurs français à l'étranger

    Binet en URSS, Debré à Belgrade et Sofia, Laignel-Lavastine à Madrid, Lemaitre à Utrecht et Budapest, Lemierre en Suède et en Norvège, Sergent en Belgique et au Canada, Hartmann, Lemierre et Nobécourt à Montreux.

    14 juin 1936 – Pr. E. Durand (membre du jury d’Agrég.) à doyen Fac. méd. Paris

    Refus de signer les propositions de nominations établies par le jury du concours d'agrégation de médecine.../ Le mode de recrutement des agrégés n'a de concours que le nom et n'est en réalité qu'une élection déguisée.... / Le système doit être réformé dans l'intérêt de l'avenir et du prestige de nos Facultés de médecine.

    26 juin 1936  - Lyon Républicain. ‘Protestation médicale’ 

    Aucun chirurgien des hôpitaux de Lyon n'a été nommé à l’agrégation. Dénonce le népotisme de la nomination et les échanges de ‘bons’ précédés entre Paris et la province.

    29 Juin 1936 - dr. D. Olmer ( Faculté de Marseille) à DES

    L’agrégation de médecine est une compétition qui n'a de concours que le nom, un jeu qui a ses règles et dont l'issue dépend du seul tirage au sort du jury... Il est admis que le jury désigné par le sort a la prépondérance pour la Faculté à laquelle il appartient.... En fait, c'est un seul homme qui choisit et il choisit 'son' candidat.../ Quand on pense qu'aucun règlement ne s'oppose à ce qu'un même juge soit désigné dans plusieurs concours successifs, on comprend le désarroi des candidats et leur découragement. Faut il s'étonner s'ils s'éloignent de la recherche scientifique et si, au lieu de travailler, ils cherchent plutôt à être incorporés dans le clan que leur donnera le plus de chances de succès?.../ Il vaudrait mieux supprimer un pareil concours indigne de l'université et chercher un autre mode de recrutement pour la désignation du haut personnel enseignant des Facultés de médecine. La carrière universitaire de ceux qui se destinent à l'enseignement de la médecine en dépend. Mais c'est aussi l'avenir même de l'enseignement médical et de la médecine française qui est en jeu.


    22 août 1940 – Pr. Jean Lépine, doyen fac de Lyon à Secrétaire d'Etat à l'Education nationale (S.E.N.)

    Il faut redorer le blason de la Faculté de médecine…/ Créer une inspection générale…/ Faire nommer les doyens  par l'Education nationale

    26 sept. 1940 –Doyen Lépine à Secr. Educ. natle.

    Les réformes Roussy ont été frappées d'impuissance parce qu'à l'époque où il était doyen il avait soin de prendre l'avis des facultés et de faire plébisciter les moindres détails... Roussy a conservé un sens idéologique admirable de la démocratie../ Il a toujours eu scrupule à imposer sa volonté…

    Pr. L. Imbert (doyen hon. Fac Marseille). Avant projet de réforme pour la Faculté de médecine(imp. Lecomte, Marseille)

    Bien que la Faculté de médecine appartienne au MEN, elle se distingue des autres facs par le fait qu'une grande partie de son enseignement , la plus importante, est donné non pas par dans des établissements universitaires , mais dans les hôpitaux. Or, ceux ci n'appartiennent même pas au min. de la Santé, ce sont des organes municipaux…/ L'hôpital : un milieu vivant ou professeurs et élèves fréquentent infirmières et malades. L'ensemble est centré non point sur le professeur, mais sur le malade. Il en résulte que l'enseignement est donné par l'exemple plutôt que par la parole…/ On peut soutenir sans chauvinisme la supériorité de l'enseignement clinique français sur tous les autres. Il faut (donc) que notre formation clinique soit préservée

    5 octobre 1940 - Pr. Alajouanine (transmis à MEN par R Alibert). Les facteurs médicaux dans l'organisation de l'instruction publique

    Recrutement et sélection des étudiants : éviter d'encombrer la profession par la pullulation d'indésirables…/ Epreuve physique (dépistage TB chez les étudiants)…/ Mise en place d'un système de fiches. Fiche scolaire, fiche morale pour renseignements familiaux et héréditaires (profil psychologico moral) développer le don d'observation qualité capitale en médecine. Il s'agit d'éliminer des sujets brillants, mais pervers ou débiles moraux qui ne doivent à aucun prix entrer dans la profession médicale…/ Aptitude intellectuelle et morale : le rôle des glandes endocrines en plus de l'hérédité et de l'éducation nécessite comme il a été dit plus haut d'établir un dossier scolaire pour dépister les anomalies psychologiques, par exemple les sournois.

    15 octobre 1940 - Doyen Lépine à Direction de l'Enseignement supérieur

    Pour expliquer pourquoi il ne souhaite pas se rendre à l’invitation de G. Roussy à Paris pour discuter des projets de réforme.

    30 octobre 1940 – Arrêté créant une Commission de réforme des études médicales

    Pdt. Duval. Membres : Maurain, Baudouin (doyen Fac. Paris), Lépine (doyen F. Lyon), Mauriac (doyen Bordeaux), Cornil, Leriche, Mondor, PVR, Alajouanine, Delay et aussi : Justin Besançon, Alexis Carrel, Mouriquand (Lyon), Hermann (doyen Lyon), Alajouanine, Léon Binet (Paris), Couvelaire

    Secr. Education natle. à René Leriche (s.d.)

    Le président de la Commission de réforme des études médicales, m. Sergent, me dit son étonnement de votre absence aux réunions. Ses membres seraient enclins à penser que vous cherchez à vous dérober à la discussion, votre présence dissipera cette impression et vous apporterez à vos confrères l'appui de votre autorité…/


    13 janvier 1941 - Commission de réforme des études médicales

    La commission nommée pour examiner la question de la réforme des études médicales a été composée comme suit : président, Emile Sergent (mb Ac méd, pro hon à fac méd Paris), Alajouanine (fac med Paris), Baudouin (doyen fac med Paris), Léon Binet (fac med Paris), Couvelaire (Paris), Delay (Paris), Lenormant (Paris), Maurain (doyen honoraire fac sciences Paris), Mauriac (doyen fac méd Bordeaux), Mondor (Paris), Pasteur Valléry Radot (Paris)

    Les questions essentielles à traiter

    - La suppression des écoles de médecine (Mauriac)…/ Prôner le monopole facultaire
    - Limitation du nombre des étudiants (Alajouanine)
    - Cycle des études élémentaires (durée, enseignement clinique, externat) (Baudouin, Pasteur Valléry Radot)
    - Cycle des études supérieures (doctorat, formation des spécialistes, rapport avec l'internat des hôpitaux, PVR)

    Pasteur Valléry Radot : Les études médicales poursuivent un double but, 1/ donner à tous les étudiants une formation scientifique, professionnelle, morale enfin, telle que soit constitué un corps de médecins praticiens instruites, conscients soucieux de leurs devoirs. 2/ Fournir à un petit nombre des connaissances plus poussées leur permettant de se livrer de façon utile à la recherche pure, à l'exercice de fonctions universitaires ou hospitalières ou à la pratique des spécialités…/ Des modifications aux études et au recrutement du personnel enseignant peuvent faciliter l'obtention de ce double résultat.../ Proposition pour un enseignement commun.../ Suppression du PCB dont l'expérience a montré qu'il ne correspondait en rien aux nécessités de la formation première du médecin. La plupart des matières enseignées au PCB le seraient, et dans des conditions meilleurs, au cours des deux premières années de médecine. Les autres pourraient l'être par un facile aménagement des programmes pendant la dernière année d'études secondaires.../ Limitation des diplômes annuellement délivrés par l'ensemble des Facultés et conférant le droit d'exercer la médecine en France et dans l'empire français. Pas de limitation d'étudiants étranger, mais ils n'obtiendront pas le diplôme d'Etat (!). Nécessité du numerus clausus. Il est certain que la pléthore est l'une des causes principales des défaillances morales de certains médecins.../ Les facultés de médecine ne seront ouvertes à ceux là seuls qui possèdent une culture classique. Une sélection rigoureuse, non pas à l'entrée de la fac de médecine, mais à la fin de la première année (un examen confié à un jury national).../  Il est enfin désirable que l'accès des études médicales soit, sinon interdit, tout au moins très largement restreint en ce qui concerne les jeunes filles, leur orientation normale doit être autre, en fait bon nombre d'entre elles n'arrivent pas à la fin de leurs études ou n'exercent pas leur profession. Enfin, la durée des études sera portée à six ans.

    23 juin 1941 - Pdt du Conseil supérieur de l'ordre des médecins (R. Leriche) à Secr. Educ. natle.

    Pour exprimer son inquiétude à propos de la pléthore médicale : ‘La situation est d'autant plus dramatique que les organisations de médecine collective que les dispensaires de tous ordres, enlèvent aux médecins praticiens une énorme clientèle qui jusqu'ici avait le libre choix médical.../ Dans ces conditions il est à craindre que ne se crée un prolétariat médical ne pouvant pas vivre en harmonie avec ce qu'exige la situation médicale du médecin et les devoirs de son état…/ Le numérus clausus n'est pas la solution idéale…/ La libération de places par le numérus clausus des médecins israélites ne visera guère que la région de Paris. En province, le nombre des médecins israélites est peu important et ceux qui s'y trouvent ne sont guère que des réfugiés (sic)…/ Il faut limiter l'entrée à la fac de médecine (même si le conseil de l'ordre n'ignore pas que l'idée même de la limitation est rejetée par des médecins éminents en vue des principes traditionnels de l'Université en France. Mais il est obligé de tenir compte d'une situation de fait très préoccupante…

    28 juin 1941 - Sous Secrétaire d'Etat à la Santé (S. Huard) à Secr. Educ. remarques sur le projet de loi sur la réforme des études médicales

    Transmission d’un avis de l'Ordre national des médecins à propos du numerus clausus. La pléthore dont souffre la profession médicale et l'afflux des étudiants dans les Facultés de médecine constituent un danger très grave pour la moralité d'une profession qui doit constamment demeurer au dessus des contingences matérielles dans l'intérêt même du malade et de la Nation.../ La nécessité du double baccalauréat aux études médicales, si cette condition avait été exigée dans le passé, combien de médecins, de chirurgiens et de spécialistes éminents se seraient vus interdire l'entrée des études médicales ? Il faut certainement tenir compte de la tendance naturelle de certains esprits, plus littéraires que scientifiques, ou inversement, et ne pas favoriser uniquement l'honnête moyenne ou pour mieux dire l'honnête médiocrité.../ Il est certainement opportun d'opérer une sorte de choix limitatif à l'entrée des études médicales. Mais ne vaudrait-il pas mieux se baser sur des épreuves proprement médicales au cours de la 2ème ou 3ème année par exemple alors que la voix mystérieuse de la vocation a pu se faire entendre et à opéré une sélection spirituelle médicale d'une bien autre valeur que celle tirée d'une composition de mathématiques ou d'une dissertation philosophique.
    La suppression de l'Externat des hôpitaux ne serait pas sans présenter de graves inconvénients. Les externes rendent en effet des services pratiques dans les hôpitaux et il serait très difficile de s'en passer. Le choix par le chef de service d'élèves faisant fonction d'externes parmi ses stagiaires aboutirait à un paroxysme de ce favoritisme maintes fois critiqué dans les études médicales. Il apparaît au contraire que l'externat concours dont le programme est purement médical pourrait être l'épreuve de sélection ou de barrage permettant de limiter l'accès à la profession médicale. L'internat pourrait être réservé comme vous l'indiquez aux seuls docteurs en médecine, mais il devrait être prévu que le concours pourrait être ouvert aux étudiants de 4ème année, l'internat étant un concours auquel on ne parvient généralement pas du premier coup. Les étudiants reçus internes avant leur doctorat n'accompliraient leur internat qu'après leur thèse, l'exercice des spécialités donnant lieu à un diplôme spécial devrait pouvoir être ouvert par équivalence aux docteurs en médecine ayant accompli trois années d'internat dont deux au moins dans la spécialité envisagée.

    G. Leclerc (dir de l’Ecole de méd. de Dijon) (s.d.)

    Faut-il supprimer les écoles préparatoires de médecine?

    15 juillet 1941 - Loi sur la nomination des professeurs des Facultés de médecine

    Attendus : Pour des raisons d'opportunité locale et souvent même pour des considérations d'intérêt personnel, des propositions ont été adressées à l’Education nationale en vue de la suppression ou de la transformation de chaires afin de justifier telle ou telle désignation.../ Des nominations ont été faites qui ont permis à un agrégé ou à un professeur nullement qualité par ses travaux antérieurs d'occuper provisoirement cette chaire dans l'attente d'une autre mieux adaptée à ses convenances et à sa compétence particulière…/ Il en est résulté que les sciences afférentes à certaines disciplines médicales ont été parfois peu ou mal enseignées…/ Cet état de chose a créé une situation facheuse tant pour le bon renom de la médecine française que pour la qualité de ceux qui sont appelés à la pratique. C'est pour y remédier....

    22 juillet 1941 – Note de la Fac méd Paris à  Secr. Educ.

    École des sages-femmes : limiter les candidatures, moraliser la profession

    2 aout 1941 - Emile Sergent (pdt. de la commission) à Verrier, chef de cab du Secr. Educ.

    J'ai été très satisfait de trouver à Vichy dans les articles publiés récemment dans la Revue des Deux Mondes par mon collègue et ami Castaigne sur la réforme des études médicales, les idées fondamentales que je soutiens depuis des années et et qui constituent les éléments essentiels du projet élaboré par notre commission

    13 aout 1941 - dr. Jean Gallois (Hôpital des Quinze Vingt, ex membre du C.A. du Syndicat médical de Paris) à Dir. Ens. sup. Etude sur la rénovation de la médecine

    Critique de la médecine sociale.../ Déplore la tarification unique : le plus expérimenté, le plus savant n'étant payé qu'au même tarif que le débutant, cet avilissement des honoraires ne correspondant plus à une activité médicale normale..../ Paperasserie envahissante.../ Médecine de série (dispensaires).../ Scandale des médecins marrons moins important cependant que les tentations offertes par le double système de tarification, même aux plus consciencieux.../ En ce qui concerne les assurances sociales : la charte médicale est tournée par les accords directs des caisses avec les hôpitaux..../ Quant à la fonctionnarisation, si l'établissement d'un service de santé civil analogue au service de santé militaire auxquels beaucoup ont pensé, il faut reconnaître que même le Front populaire ne l'a pas établi..../ Si la fonctionnarisation offre des avantages possibles pour le fisc et pour certains médecins, elle ne peut que ressusciter l'antique médecine de casernes : elle favorise le médecin peu consciencieux. Si le libre choix du médecin est supprimé, elle lèse le malade qui réside dans le secteur d'un mauvais médecin.../ Si le libre choix existe, elle lèse le médecin consciencieux le savant qui est surchargé de besogne. Elle favorise l'esprit de routine si néfaste en médecine..../ C'est un fait d'expérience que le malade français n'aime pas le médecin d'administration.

    4 septembre 1941 - Lyon Soir. 'Comment monsieur le professeur Leriche, président du Conseil supérieur de l'Ordre des médecins, voit les tendances et les devoirs de la médecine en 1941'.

    La première question est celle de la médecine de recherche car la médecine n'est pas une science terminée.../ Handicapée par le poids d'un vieux passé et par un individualisme excessif, nous avons trop d'instituts et trop fragmentaires à pauvre équipement, manquant du personnel nécessaire à toute recherche d'envergure..../ Pour une médecine humaine, il faut une organisation 'souple'. On ne doit plus, par exemple, concevoir une science endocrinologique se construisant dans l'abstrait avec de magnifiques réalisations chimiques, loin de la médecine des hommes qui elle suit difficilement d'incessants progrès. Les deux recherches doivent vire côte à côte, se prêter mutuel appui.../
    Il faut aussi des hommes nouveaux, en finir avec les concours.../ La discipline que nous devons donner à la France de 1941 exige que l'on renonce à créer des maîtres Jacques de la médecine qui font tout, tour à tour,  au gré des circonstances.../ Le service d'aujourd'hui ne peut plus être l'oeuvre d'esprits encyclopédiques fatalement superficiels..../
    Enfin il y l'organisation du statut de la santé publique. Les médecins doivent se persuader que la portée de leur mission dépasse le plan de leurs intérêts. La plupart des médecins l'ont compris depuis longtemps, mais ils doivent aller plus loin en s'oubliant plus encore.
    Fonctionnariser serait la plus mauvaise solution. Conscience d'immense danger social que constituerait un abaissement du niveau intellectuel et moral de la médecine, les médecins de 1941 veulent étudier eux-mêmes les solutions souhaitables de la politique de la santé et proposer leur programme aux administrations intéressées. C'est à cela que s'emploient silencieusement les activités du secrétariat d'état à la santé et le conseil de l'ordre. Qu'on leur fasse confiance et la France aura bientôt l'instrument de rénovation physique qu'elle peut souhaiter.

    Doyen J. Lépine à Secr. Educ. à propos de la réforme pour transmission via Chevalier

    Je me permets d'insister parce que je sais que les réformes que je préconise ne sont pas toutes du gout de mon ami Roussy, surtout en ce qui concerne l'autorité nécessaire aussi bien sur le corps enseignant que sur les élèves. Roussy a conservé un sens idéologique admirable de la démocratie. Il a toujours eu scrupule à imposer une volonté. Malheureusement dans un domaine où les intérêts matériels jouent un grand rôle et ou il est urgent de ramener un peu de désintéressement et d'idéal il n'est plus possible de chercher à persuader et surtout de conformer son opinion à celle d'une opinion moyenne. Ces dernières années, avant de parvenir au Rectorat, quand une modification était apportée dans les programmes ou les règlements des Fac de Med et que Roussy était rapporteur devant l'un de nos comités techniques, il avait toujours soin de faire prendre l'avis des facultés et de faire plébisciter les moindres détails de la réforme envisagée. Beaucoup de ses efforts ont été de ce fait frappés d'impuissance....
    (propose ses services comme conseiller)

    9 octobre 1941 - Sergent (pdt. commission de réforme) à Secr. Educ.

    Demande de soutien à l'Education nationale pour combattre certaines coteries médicales

    Acte dit loi du 19 octobre 1941. Secr. Etat. Santé et S. Etat Educ. au chef de l'Etat, Maréchal Pétain

    De tous cotés, des critiques sont faites au régime actuel des études de médecine. Elles tiennent au caractère même de la médecine qui est à la fois une science biologique, objet de recherche pure et un art professionnel exercés par des praticiens au chevet des malades. Ces deux objets sont confondus dans un même enseignement qui, par suite, n'est adapté ni à l'un ni à l'autre.
    Dans les Facultés de médecine, il y a trop de cours à entre, dans les cours, trop de théories hypothétiques à comprendre, trop de noms propres à retenir. Les examens trop théoriques entraînent les étudiants à se consacrer entièrement à la préparation livresque qui laisse peu de traces et à négliger l'observation qui, seul, permet les acquisitions définitives. On cherche à inculquer aux élèves les aspects de la vérité d'aujourd'hui au lieu de les rendre aptes à comprendre celle de demain. Plus que l'esprit fait d'observation et de critique, c'est la science médicale que l'on prétend enseigner.../ Si les études qui conduisent au doctorat en médecine sont critiquées, celles qu'entreprennent après le doctorat, les futures spécialistes, les chercheurs ou les professeurs le sont bien plus encore. Le souci de la recherche pure a pratiquement disparu. La médecine française malgré les personnalités brillantes qui l'honorent a perdu la direction intellectuelle de la recherche médicale.../ Les causes ne sont que trop faciles à trouver.Notre jeunesse est coulée de 18 à 35 ans par l'abus des concours dans un moule de préparation scolastique qui développe la mémoire, l'art de la présentation, l'esprit de chapelles, la flatterie à l'égard des hommes en place qui tue l'originalité et détourne fatalement de la recherche pour laquelle il faut du temps, de la méditation, de l'enthousiasme pour les idées et un désintéressement total..../ Connaissant cette situation, le SE de l'EN a jugé nécessaire de prévoir des réformes. Pour aboutir, il a fallu s'entourer des avis les plus autorisés et, sur sa demande, se réunit à Paris une Commission présidée par le pr. Sergent et composé des maîtres les plus illustres de la médecine française : les pr. Baudouin, Lenormant, Mauriac, Mondor, PVR, Alajouanine, Jean Delay. En outre, les avis du pr. Leriche pdt. de l'ONM, des doyens Cornil, Lépine, Euzières et Benoit ont été sollicités. C'est sur le vu de leurs observations qu'a été établi le présent projet de loi.

    Ses principes

    Seules les Fac de med seront habilitées à délivrer des diplômes (les écoles ne présentant pas de garanties suffisantes pour que leur maintien soit justifié).../ L'accès dans les Facultés ne sera permis qu'aux candidats possédant deux baccalauréats.../ L'actuel PCB sera remanié. Vialleton soutenait qu'il n'avait été inventé que pour enlever toute tendance spiritualiste aux futurs médecins, d'autres y ont vu un procédé détourné pour animer la fac de sciences. Désormais, le PCB sera orienté dans un sens plus nettement médical, la part donnée à la biologie y devenant prépondérante.../ L'art 4 prétend couper court à une pratique trop répandue : les meilleurs d'entre les étudiants délaissaient de bonne heure l'enseignement universitaire pour préparer des concours hospitaliers (externat). Aussitôt ce but atteint, cette élite se croyait dispensée de suivre l'enseignement de la Faculté et préparait d'autres concours (internat), si bien que la meilleure manière de faire un cours dans une Faculté était de n'en avoir suivi aucun. Désormais ce paradoxe sera aboli et seuls les docteurs en médecine pourront accéder au concours de l'internat.../ Enfin, l'une des grandes nouveautés du projet est de prévoir l'enseignement supérieur de la médecine et celui des spécialités débouchant sur un diplôme de "spécialité".../ Nous ajouterons enfin que cette réforme des études ne nous apparaît que comme le début d'une réforme plus profonde de la médecine. La réorganisation des hôpitaux et des Facultés doit être entreprise.... Le concours d'agrégation sera réformé ou aboli, le recrutement des professeurs ne devra plus dépendre d'une agrégation régionale...
    Nous attendons de cette réforme le renouveau de la médecine française : les malades y trouveront plus de garanties, les professeurs plus d'indépendance et plus d'autorité, les étudiants seront mieux sélectionnés et la recherche scientifique y gagnera le stimulant qui lui a bien souvent manqué jusqu'ici.

    19 octobre 1941 - Loi portant organisation des études médicales. Rapport au Maréchal de France, Chef de l'Etat français

    Les études médicales en France sont actuellement régies par un décret en date du 6 mars 1934. Ce régime ayant donné lieu à certaines critiques, M. le Ministre de l'Education nationale a décidé de réunir une Commission chargée d'étudier les réformes qu'il conviendrait d'apporter aux études médicales.
    Les principes généraux qui ont présidé aux travaux de la Commission sont les suivants :

    1/ Limitation du nombre et sélection des étudiants en médecine

    Après avoir envisagé différentes solutions, la commission a choisi
    - Le double baccalauréat, philo et maths
    -Et un examen comportant des épreuves écrites à la fin d'un PCB modifié dans le sens de la biologie médicale : PCB médical. Si la Commission a choisi cette solution de préférence à d'autres c'est dans le but de réaliser une sélection aussi précoce que possible.
    Le PCB médical est tout à fait différent du PCB réservé aux étudiants des Facs de sciences. L'enseignement de la physique se limite à la physique médicale. L'enseignement de la chimie comprend des compléments de chimie organique indispensable au médecin et la chimie biologique telle qu'elle est actuellement enseignée dans les Facs de Médecine.
    Cette modification profonde dans l'enseignement de la physique et de la chimie médicale est rendue possible par la formation scientifique générale représentée par le double baccalauréat exigé de tous les candidats. D'autre part, cet enseignement de la physique médicale et de la chimie médicale au PCB allège d'autant le programme d'enseignement des premières années de médecine. L'enseignement des sciences naturelles également orienté dans un sens beaucoup plus médical. Des enseignements tels que ceux de la cytologie, de l'embryologie, de l'ostéologie humaine y trouveront place, ce qui allègera le programme des années de médecine. Par le moyen du double baccalauréat, d'une part, d'un examen comportant des épreuves écrites à la sortie du PCB d'autre part, la Commission réalise une sélection suffisante pour qu'il devienne inutile d'envisager un concours d'entrée dans les Facultés de médecine.

    2/ Réforme de l'enseignement professionnel basal destiné à former des omnipraticiens

    À/ Réforme de l'enseignement de la Faculté dans le sens d'une simplification et d'une orientation plus proprement médicale des études. Aussi la Commission demande t elle une réduction des programmes pour certaines matières enseignées à l'omnipraticien et une diminution du nombre des examens, beaucoup trop nombreux dans le régime actuel. Elle accorde une place beaucoup plus grande aux enseignements et aux examens proprement médicaux (pathologie, thérapeutique) par rapport aux enseignements et aux examens portant sur les sciences annexes.

    B/ Réforme de l'enseignement à l'hôpital. L'enseignement à l'hôpital doit devenir de plus en plus pratique et de plus en plus individuel. La Commission demande dans ce but une modification de la répartition des stages, une modification de la répartition des stagiaires, maximum de 20 stagiaires pour 100 lits, ce qui nécessite une collaboration étroite entre les services de la clinique de la Faculté et les services des hôpitaux agréés par elle à des fins pédagogiques, enfin la création d'un personnel enseignant de moniteurs de clinique.

    C/ Réforme des examens. Les examens sont rendus moins nombreux mais plus difficiles. Il a paru souhaitable d'alléger les examens portant sur les sciences médicales et de renforcer les examens de pathologie médicale, chirurgicale et obstétricale qui sont dédoublées et comportent des épreuves écrites. Il est créé d'autre part des examens de radiologie et de médecine sociale

    3/ Création d'un enseignement de spécialités

    Sanctionnée par la délivrance d'un diplôme de spécialité qui sera nécessaire pour exercer les huit spécialités actuellement reconnues légalement par le code de déontologie ou par la délivrance d'un certificat spécial en ce qui concerne les spécialités dites libres, c'est-à-dire non reconnues légalement par le code de déontologie.

    4/ Création d'enseignements complémentaires

    Création, à côté de l'enseignement professionnel basal et de l'enseignement clinique des spécialités d'enseignements complémentaires de sciences médicales: ces enseignements complémentaires très divers auront chacun pour sanction un certificat d'études complémentaires qui pourra être exigé pour l'obtention de certains diplômes de spécialités ou pour l'obtention de certains grades universitaires (clinicat, agrég.)

    5/ Limitation de l'enseignement aux seules Facultés de médecine

    C'est-à-dire suppression des Ecoles de médecine qui ne présentent pas, dans l'ensemble de garanties scientifiques suffisantes. Si ce voeu ne pouvait être actuellement adopté, la Commission demande au moins que les Elèves des Ecoles de Médecine passent tous leurs examens dans les Facs de médecine correspondantes.

    Tels sont les principes généraux qui ont inspiré la Commission. Mais, en dehors de ces principes généraux, dont le texte de loi suivant porte, la marque, la Commission a émis deux voeux qui ne peuvent actuellement trouver place dans ce texte.../ Le premier voeu concerne les rapports de l'enseignement à la Faculté et de l'enseignement dans les hôpitaux. La commission juge qu'une collaboration étroite entre les membres de la Faculté et les membres du corps hospitalier est éminemment désirable, mais elle ne pourra statuer sur les modalités de cette collaboration qu'après entente avec les représentants du corps médical des hôpitaux, les représentants du Secrétariat d'Etat à la Famille et la Santé publique et des diverses administrations hospitalières.../ Le deuxième voeu concerne l'organisation de la recherche scientifique dans les Facultés de médecine. Le recrutement des chercheurs y devient de plus en plus difficile pour des raisons purement financières. Il n'est pas actuellement possible dans les Facultés de Médecine de faire aux chercheurs la place honorable qu'ils méritent. Une organisation de la recherche scientifique dans les Facultés de Médecine ne peut être faite que si le gouvernement s'engage à accorder les crédits nécessaires (par exemple pour la création d'instituts de recherches) et si la commission a une connaissance au moins approximative de l'importance éventuelle de ces crédits.

    Dr J. Bernard, F Barret, J B Brunier, 'La profession médicale, principe de base de son organisation en régime corporatif'

    L'Ordre des médecins doit être beaucoup plus qu'un tribunal.../ Le gardien de l'honneur de la profession médicale qui est si particulière et qui postule plus que tout autre la confiance de ses clients. Cette conception peut aller jusqu'à faire admettre que les membres d'un conseil, chefs moraux de la médecine, doivent avoir le pas sur les professeurs, ses chefs techniques puisque, effectivement, ils peuvent être conduits à juger ces derniers.

    8 novembre 1941 - Décret fixant la situation des professeurs de faculté vis-à-vis des administrations hospitalières .

    8 novembre 1941 -  L'Information Universitaire

    Discours de m. Baudouin (doyen fac méd.). La pléthore médicale (2700 inscrits) m'amène à dire qq. mots de la réforme des études médicales.../ Ripert secr Etat à l'Instruction publique m'a nommé dans la commission..../ La nouvelle fac de médecine, nom impropre puisqu'elle n'est pas destinée à remplacer la Fac actuelle dont elle est une annexe, d'ailleurs considérable.../ Certains ont mis en doute l'opportunité du projet, ce fut à tort. Si le nombre des étudiants doit rester ce qu'il est, il n'en reste pas moins que les services de la fac actuelle réclament d'être amplifiés et modernisés


    1942 - Pr. Leriche (pdt du Conseil supérieur de l'Ordre des médecins) à Sec. Educ. à propos de la limitation du nombre des étudiants en médecine

    Augmentation inquiétante du nombre des étudiants en médecine.../ Après avoir eu tendance à se stabiliser, bien au-dessus des besoins réels dans la période 1930-1936, le nombre d'étudiants en médecine depuis 1937 a suivi une courbe ascendante : il y avait 1545 étudiants en première année en 1937. Il y en a 2656 au 31 décembre 1941, malgré la limitation du nombre des étudiants israélites, malgré la suppression du recrutement d'Alsace et de Lorraine (chiffres du Bureau Universitaire de Statistiques).../ Or cette augmentation constante ne correspond à aucune nécessité nationale. Depuis longtemps, le chiffre des docteurs en médecine sortant des Facultés est supérieur à celui des places laissées vacantes par les vides annuels, supérieurs aux estimations les plus optimistes des besoins de la population..../ Il n'appartient pas à la Commission de chercher les motifs de l'engouement de la jeunesse pour la profession médicale. Mais il en est un qu'elle croit devoir vous signaler : la facilité d'accès et la certitude d'arriver un jour au diplôme de docteur..../ N'importe qui en somme peut devenir étudiant en médecine, même les refusés des écoles vétérinaires, certains d'avoir un jour le droit d'exercer une profession honorable.../ On ne saurait laisser les choses continuer ainsi assuré de voir se créer sous peu un lamentable prolétariat médical qui serait un danger pour notre pays.

    Statut de l'accès dans les Fac et Ecoles de Médecine, l'A. P. M.

    La Commission propose qu'à la place de l'actuel PCB soit organisé une année préparatoire aux études médicales (APM) dont l'examen de sortie serait une véritable épreuve éliminatoire.
    La réforme de 1934 (PCB) a eu comme conséquence de donner une part beaucoup trop considérable à des disciplines qui restent secondaires pour de futurs médecins et n'en fait aucune à des matières qui leur sont indispensables.../ Il est souhaitable que l'enseignement de l'APM soit donné par des facultés de médecine.../ Le but de l'enseignement de la Médecine étant l'étude de l'Homme à l'état de santé et à l'état de maladie, l'APM doit être orienté vers l'étude de la vie dans ce que celle-ci a de plus général et de commun à tous les êtres vivants, ce sera donc essentiellement une année de biologie générale. La place faite à la physique et à la chimie sera diminuée..../ Le personnel enseignant sera constitué par les professeurs des facultés de médecine et des facultés des sciences désignées par le Ministre sur proposition des doyens de ces Facultés, ce qui est conforme à l'art 1 du décret du 23 janvier 1934 portant organisation du PCB

    L'enseignement clinique

    Le recrutement du personnel de cette section est dominé par la nécessité de faire appel à des candidats fournis par une organisation non-universitaire, celle des hôpitaux dépendant de la Santé publique. L'institution générale d'hôpitaux universitaires apporterait en effet un tel trouble, entraînerait de telles difficultés de réalisation que la commission a rejeté cette solution qui n'aurait eu qu'un avantage théorique. Si l'on veut modifier le recrutement du personnel enseignant de la clinique, il importe donc d'obtenir l'agrément du min. de la Santé publique. La commission a ainsi été amenée à énoncer une série de voeux intéressant les concours d'internat et d'assistanat..../ Proposition de remplacer le titre d'agrégé, les agrégés étant remplacés dans leurs fonctions par des médecins des hôpitaux. Des chargés de cours chargés de l'enseignement élémentaire de la pathologie et de la clinique.

    Formation scientifique

    La Faculté de médecine n'étant pas organisée pour donner l'enseignement scientifique général d'un niveau supérieur désormais exigé pour la formation des chercheurs et des professeurs qu'elle désire recruter, il est nécessaire de recourir aux membres de la Fac des Sc et du Collège de France pour assurer cette formation scientifique de base..../ Projet d'un diplôme dit "de hautes études médicales" qui ne saurait être confondu avec les certificats délivrés aux docteurs en médecine désireux de se spécialiser dans la pratique des laboratoires d'analyses médicales.

    16 avril 1942 - Doyen Herrman (Lyon) pour déplorer que la commission se dessaisisse de la question de l'Agrégation

    Il faut rejeter l'internat des hôpitaux en fin de scolarité.../ augmenter le personnel enseignant.
    Quant à la formation morale du médecin, la commission a admis que l'un des meilleurs moyens de combattre les tendances utilitaires actuelles était de mêler aussi précocement que possible l'étudiant à la vie des oeuvres d'assistance sociale.../
    À propos de l'enseignement clinique, distinguer : la séméiologie pour l'enseignement élémentaire (avec stages hospitaliers), et l'enseignement clinique supérieur ou le prof. peut dispenser un enseignement original (ses travaux).../
    Rapports Fac-Hôpital : différence de la situation entre Paris et la province. À Paris, le problème hospitalier exerce une influence tyrannique sur l'enseignement médical. En revanche, à Nancy et à Montpellier la nécessité primordiale de l'enseignement est admise sans discussion..../ La commission unanime à regretter que la tendance actuelle semble plus favorable aux administrations hospitalières (dans le cas où l'intérêt de celle-ci s'oppose à ceux des Facultés).

    Mai 1942 - Note au sujet de la réforme des études médicales, bilan de la Commission

    Internat : intérêt des internes suppléants pour pallier au nombre de postes limité. Cette organisation de l'externat et de l'internat facile à réaliser dans les centres où les hôpitaux sont universitaires nécessitera pour les autres, soit une entente locale, soit un règlement général.
    Les médecins qui veulent accéder aux fonctions universitaires ou à celles de chef de service dans les hôpitaux devront se consacrer pendant trois ans à la recherche pure pendant lesquels il ne sera pas fait de clientèle
    Les travaux de la commission ont abouti à limiter le nombre d'étudiants habilités à postuler le diplôme d'Etat de docteur en médecine (acte dit loi du 19 octobre 1941)

    4 mai 1942 - S. E. Santé à Secr. Educ. Nat.

    La Commission a terminé ses travaux le 14 mars 1942. Proposition de mettre en place une commission interministérielle.

    (1942)  Max Ferdinand Jayle. 'Quelques suggestions sur la réorganisation des études médicales'

    Le fléchissement intellectuel et moral d'une profession qui d'un sacerdoce est trop souvent tombé au stade commercial..../ Que l'élite du pays fasse son mea culpa et ne trouve pas à sa conscience un dérivatif par le rejet systématique de toutes les fautes commises sur la masse et ses leaders.../ Je suis contre l'idée de PCB : mauvaise transition entre les études secondaires et la fac de méd. Ingérence de la face de sciences en médecine.
    - Nécessité d'un concours d'entrée est la réforme numéro un afin d'établir une certaine harmonie entre les besoins de la nation en médecins et l'activité des facs.
    - Réorganiser le PCB sous l'égide des facs de médecine
    - L'étudiant en médecine doit être un biologiste ayant des nations anatomiques suffisantes, mais non pas excessives avant de devenir un clinicien ou un thérapeute. Il faudrait donc inclure la biophysique et la biochimie dans le PCB
    - Les concours des hôpitaux : Ils ont pris une telle importance dans le programme des étudiants en médecine qu'ils représentent une ingérence inacceptable de l'A.P. dans les prérogatives les moins discutables des facs de médecine. Néanmoins, il faut préserver le système des conférences (excellente atmosphère de travail).../
    L'étudiant en médecine malgré l'effort considérable qu'il fournit ne s'intéresse plus faute de temps aux sciences expérimentales, il faut donner à son travail un sens biologique.../
    Les cadres de l'enseignement médical : combattre les intrigues et les complaisances (la chaire de compensation).À la décharge des professeurs, il faut reconnaître que les traitements alloués sont insuffisants et sans aucune correspondance avec celui d'un bon médecin praticien.
    Enfin, on pourrait faire appel, en particulier pour l'enseignement biologique, a des docteurs es science.
    Critiques et suggestions de réforme à apporter dans les facs de médecine au recrutement et à l'activité de son corps enseignant et chercheur : les postes sont trop peu nombreux et trop peu rémunérés, d'où les mécontentements, les caractères aigris, la hantise de parvenir au titulariat. D'où aussi l'exercice de la clientèle, trop répandu chez les hommes de laboratoire, trop abondamment pratiqué chez le clinicien et qui détourne l'universitaire de sa tâche essentielle d'enseignement et de recherche.
    Réformes proposées : augmenter les traitements, interdire l'exercice de la clientèle aux hommes de laboratoire et la réduire chez les cliniciens.../ Au cours des 3/4ème années, l'étudiant se consacrerait plus particulièrement à la pharmacologie. Il est inadmissible qu'un étudiant en médecine ne sache pas formuler une ordonnance ce qui le porte dans l'avenir à prescrire presque exclusivement des spécialités..../ Actuellement le futur médecin n'est pas davantage attiré par la thérapeutique qu'il ne l'était par les sciences biologiques.

    (1942) Réforme des études médicales, proposition de Jean Lépine

    Demande un examen systématique des étudiants de première année pour dépister les sujets tuberculeux. Propose la suppression de l'agreg : "une hypocrisie..."

    (1942) Anonyme, Organisation de l'enseignement de la chirurgie

    Les futurs chirurgiens devront faire des études spéciales. Il est inadmissible que n'importe quel docteur en médecine puisse exercer la chirurgie comme malheureusement cela existe actuellement : il en résulte de véritables catastrophes, infirmités de toutes sorte et trop souvent la mort..../ Il faut créer des services de chirurgie installés suivant les règles de la science moderne. Actuellement, même dans les villes de Faculté, il y a trop de petits services dépourvus de salles d'opération septiques et aseptiques nettement séparées. Actuellement, poussés par l'obligation de gagner leur vie, les jeunes chirurgiens sont lancés dans la circulation avec une expérience insuffisante, il en résulte un véritable danger public.../


    16 mars 1943 - Acte loi modificatif du décret du 6 mars 1934 qui établit un numerus clausus par un concours passé à l'issue de l'Année préparatoire médicale (A.P.M.) (en lieu et place du PCB)

    13 août 1943 - Décret qui dessaisit les écoles de médecine de l'A.P.M. au profit des seules Facultés de médecine

    Janvier 1944 - Correspondance des doyens à propos de l'APM

    Pour préconiser la hausse du nombre d'étudiants en première année et lancer un inventaire des moyens disponibles

    4 janvier 1944 - Fac de Lille à propos de celle d'Amiens

    Faut-il supprimer les écoles de médecine? La clinique n'est pas tout, il faut garder un enseignement magistral.../

    5 janvier 1944 - Compte-rendu sommaire de la réunion tenue dans le Cabinet du Secr. Educ. natl.
    Abel Bonnard (SEN), R. Grasset (S.E. à la Santé publique), Aublant (DGS), Serge Gas (IG AP), Prechac (DES), Maurel, A. Chevallier (INH), Leriche (pdt. ONM), Mauriac (Bordeaux) , Martinie, Baudouin (Paris).

    Grasset (S.S.E à la Santé)  déclare qu'il ne s'agissait nullement de rattacher les facs de médecin à la Santé, mais d'associer à l'Ens. sup les hôpitaux qui sont en voie de transformation suivant un plan dont il esquisse les grandes lignes. Il donne lecture d'une lettre du Maréchal datée de septembre 1943 qui déplore la décadence de la Médecine française dans l'ordre scientifique et clinique et dit qu'il est urgent d'y remédier. Grasset donne lecture d'un projet de loi visant ce but. Il précise qu'il a supprimé de lui-même un article qui prévoyait la suppression des professeurs de clinique (proposition Leriche), tous les médecins des hôpitaux étant investis de ce rôle.
    Doyen Pierre Mauriac (Fac. Bordeaux) et A. Bonnard (MEN) déclarent qu'ils ignorent tout de la lettre du Maréchal et qu'ils ne connaissent que très imparfaitement les projets de la commission Leriche et nullement son 'mémoire'. Mauriac ajoute que des entretiens qu'il a eus avec le Maréchal, il ne s'est pas aperçu qu'il attachât tant d'importance à la réforme des études médicales.
    Doyen Baudouin (Paris): il n'est que trop vrai que la science médicale française, entendue dans le sens que les Allemands donnent au mot 'Pathologie', i.e. Les recherches de laboratoire et plus généralement tout ce qui n'est pas examen direct du malade s'est laissé lamentablement distancer depuis 1870, pour différentes raisons. Mais cela est entièrement inexact en ce qui concerne la Clinique. À ce point de vue, la France a conservé son rang et, pour ce qui est de la valeur du praticien français, il n'a pas cessé d'être parmi les meilleurs du monde. En ce qui concerne la participation des médecins des hôpitaux à l'enseignement clinique que m. Grasset considère à juste titre comme nécessaire, m. Baudouin déclare qu'elle a toujours largement existé à Paris. Avant la guerre de 1914, la Faculté laissait même aux étudiants, y compris les étudiants de première année, la liberté hospitalière la plus complète. Ils s'inscrivaient où ils le voulaient, dans les services de clinique dans les services des médecins des hôpitaux, appartenant ou non à la Faculté. Là, le stagiaire apprenait la clinique un peu de bric et de broc au contact du chef de service et surtout des internes et des externes. Quant il avait de la bonne volonté et le désir d'apprendre, le système avait ses avantages. Devant le développement pris par les sciences médicales, on estime cependant qu'il était préférable de procéder d'une façon plus méthodique. Après la guerre de 14-18, et sous l'influence de Widal, on cantonna donc les étudiants de première année dans les services de clinique qui furent agrandis et organisés en vue de leur donner cet enseignement méthodique. Mais cela ne vaut que pour les étudiants de première année : les autres peuvent s'inscrire dans les services des médecins des hôpitaux qui ont demandé à recevoir des stagiaires, qui perçoivent une indemnité, plus que modeste d'ailleurs, et prennent le titre de 'chargé de cours de clinique annexe'. Ce sont ces médecins des hôpitaux qui donnent les notes de stage qui sont transcrites dans les dossiers des étudiants. Le conseil de fac n'a jamais refusé d'accorder des stagiaires aux médecins des hôpitaux qui en font la demande. De même en ce qui concerne les examens, les médecins des hôpitaux siègent dans les jurys de clinique et reçoivent une indemnité d'ailleurs ridicule (30 francs par séance).
    Grasset dit qu'il est heureux d'apprendre que les choses se passent ainsi à Paris. Mais Paris n'est pas toute la France et il s'agit de légiférer pour toute la France.
    Baudouin exprime son scepticisme sur le fait qu'on puisse légiférer en la matière pour toute la France. En province, le rôle de médecins des hôpitaux est tenu par des membres de la Faculté, mais le nombre de prof est souvent supérieur au nombre de services à pourvoir.
    Mauriac dit qu'à Bordeaux, il y a quelques médecins des hôpitaux et que la Faculté ferait volontiers appel à eux si elle avait de quoi les payer.
    Baudouin observe qu'en effet toute réforme des études médicales est une question d'argent. On nous rebat les oreilles avec ce qui se passe en Amérique. En 1938, date de son dernier voyage aux Etats-unis, la situation était la suivante. Dans les Medical Schools américaines réputées, les droits annuels (tuition fees) étaient de 500$ par an. Avec le dollar à 40 fr., cela fait 20 000 francs, dont 80 000 pour les quatre années d'études. À la même époque, les droits scolaires français étaient pour l'ensemble des cinq années de 6 000 fr. Comment dans ces conditions faire une commune mesure entre les deux types d'enseignement?
    Grasset et Leriche sont d'accord sur les difficultés financières de l'heure, mais estiment qu'elles ne sont pas un motif suffisant pour ne pas mûrir des projets d'une organisation idéale qui aboutira dans des délais impossibles à fixer pour l'instant.
    Baudouin et Mauriac s'excusent d'un malentendu. Ils craignaient d'avoir été convoqués d'urgence à une réunion destinée à entériner le rattachement des Facs de médecine au ministère de la Santé publique.
    Grasset, effectivement il est seulement question de discuter d'un projet de loi qui prévoit
    - La création du diplôme d'études médicales pratiques décerné par le SE à la Santé
    - La création au SE d'une direction de l'enseignement médical pratique
    On fait remarquer à Grasset que l'enseignement clinique, pour clinique qu'il soit, reste un enseignement supérieur et que par suite, il est dans les attributions de l'Education nationale de le donner et de le sanctionner.

    11 janvier 1944 - Doyen fac méd Strasbourg replié à Clermont-Ferrand à m. Paul Baron (pdt. de la commission de réforme)

    En ce qui concerne la 3ème année d'études, je crois devoir attirer votre attention sur l'intérêt particulièrement important de l'enseignement. L'anatomie pathologique comporte à mon sentiment le plus grand intérêt pour la compréhension des phénomènes morbides organiques, elle est en somme la base fondamentale de la clinique.

    11 janvier 1944 - Doyen de la fac de Toulouse à S.E.N.

    La pléthore qui a commencé à se manifester avant-guerre (1935).../ Le problème des stages hospitaliers. Limiter à 120 le nombre des étudiants en 2/3 années (450 lits de médecine générale à l'hôpital sur un total de 2000). Ce nombre est un maximum, sinon des élèves trop nombreux ne pourront recevoir une instruction clinique suffisante... Si on utilise nos services spécialisés (cancer, vénérologie, transfusion) cela ne serait pour les étudiants d'aucune utilité pour les 2/3 années et du temps perdu pour les plus avancés. Notre fac serait transformée en une écoles préparatoire d'ailleurs mal adaptée à ce rôle.

    13 janvier 1944 - Note du dr. P. Baron 

    - L'enseignement en Facultés est destiné à former des omnipraticiens
    - Stages hospitaliers (dès la 3ème année). Externat obligatoire. Limitation du nombre d'étudiants après l'APM.
    - Il faut diviser les études en deux cycles : 1/ doctorat médical pour les simples praticiens 2/ enseignants et spécialistes
    Hiérarchisation des disciplines enseignées : en première année anatomie et physiologie, deuxième année : pathologie et thérapeutique
    - Renforcer l'organisation de l'enseignement : obligation de suivre les programmes, assiduité, etc.
    "L'examen des horaires montre une certaine disproportion entre le temps requis pour l'enseignement hospitalier du matin et celui utilisé à la Faculté l'après midi. N'étaient-ce les stages cliniques, la durée des études pourrait être réduite à quatre ans comme aux Etats-Unis (ne pourrait-on organiser l'enseignement clinique l'après-midi?)
    - Après le doctorat, un stage de trois mois chez un praticien avant de pouvoir s'inscrire au tableau de l'ordre.
    - Réduire la durée de l'enseignement de l'anatomie (100 h en première année...)

    14 janvier 1944 - Doyen Gaston Giraud (Montpellier) à pdt de la Commission de réforme des études médicales (Baron)

    Distinction entre un cycle général d'études commun à tous les étudiants : cette initiative est vue très favorablement. Elle répond à un désir général de voir allégé pour le médecin praticien l'étude des disciplines dites fondamentales à propos desquelles on est entré jusqu'ici dans trop de détails, sans enlever aux étudiants qui désirant se perfectionner dans telle ou telle branche ou qui désirent suivre la filière des concours universitaires ou autres la possibilité de trouver à la Faculté toute la manne nécessaire.../ Cela a, bien entendu, pour corollaire la nécessité de comprimer les enseignements théoriques du début. Il ne semble pas que cette compression dans les projets qui nous ont été soumis ait été faite d'une façon aussi énergique dans certains domaines. Ainsi la chimie biologique se trouve sensiblement renforcée par rapport à l'état de choses excessif que nous critiquions. On compte actuellement y compris les leçons de chimie biologique de l'APM, 109 leçons au lieu de 70..../ L'APM comporte désormais 75 leçons de biologie cellulaire pure ce qui paraît communément excessif pour la généralité des étudiants.
    Giraud se dit non partisan d'un numerus clausus strict. En revanche, il préconise l'élimination impitoyable des étudiants qui n'ont pas la moyenne requise à l'APM et suggère le transfert des étudiants de 3-5 année dans les Ecoles de médecine (phase clinique)

    16 Janvier 1944 - Lucien Cornil (doyen Marseille) à Secr. Educ. natle.

    Difficulté de transformer les écoles de médecine en écoles d'application (la fac méd de Marseille fonctionne depuis mai 1930)

    17 janvier 1944 - Pdce du Conseil (P. Laval) à Garde des Sceaux et Secr. Educ. natle.

    À propos de la demande de rattachement de l'enseignement médical à la Santé (demande du recteur de la fac de Strasbourg du 31 déc. 1943). Réponse négative la même effectuée par les doyens et recteurs confrontés à la 'nature des choses'. L'enseignement de la médecine est partie intégrante de l'enseignement supérieur. En plus, risque de disparition de la formation professionnelle des fonctions 'recherche' des facs de méd.

    8 février 1944 - Giraud (doyen Montpellier) à Secr. Educ. natle.

    Tout le monde est d'accord pour reconnaître l'utilité des très grandes humanités pour les futurs médecins.../ Il ne s'agit pas seulement de leur fournir un trésor linguistique qui leur sera utile, mais bien plus encore de former leur esprit lui-même..../ Il me semble donc désirable que les futures médecins soient titulaires du bac latin grec. Cependant, il est légitime de désirer que l'enseignement secondaire les mette en possession d'un bagage scientifique suffisant pour qu'ils puissent aborder les études biologiques de manière plus directe. Suggestion deuxième bac philo sciences.

    27 juin 1944 - Loi, les professeurs de clinique médicale doivent posséder la qualité de médecins des hôpitaux

     - o -


    1944 - Médecine – Santé publique – Population  
    R. Debré. 'Organisation de la profession médicale et réforme de l’enseignement de la médecine' (texte préparé par le pr. R. Debré au Comité Médical de la Résistance, transmis au Comité Français de Libération Nationale à Alger)

    (Origine du document : BIUM)

    Chapitre premier : principes généraux

    L’organisation de la médecine et des études médicales fait, depuis ces dernières années l’objet de nombreuses plaintes. On ne saurait être satisfait de l’état de choses actuel et tout le monde est d’accord sur la nécessité absolue de réformes. Mais si chacun est désireux d’un effort de rénovation, par contre on doit reconnaître que rien de rien de très net ne résulte des interminables discussions qui se sont ouvertes.
    Or, la rénovation de la profession médicale et la refonte des études de médecine devront être l’objet des soins immédiats du futur gouvernement. En effet, le rôle du médecin devra, dans la société future, se développer : le médecin est un des agents principaux que le gouvernement devra employer pour résoudre le problème vital de la population française, pour lutter contre les maladies et les morts évitables et contre les fléaux sociaux. En même temps que l’hygiène publique, l’organisation de soins convenables pour tous les malades, quels qu’ils soient, devra être mieux assurée par une médecine mieux organisée. Enfin, le développement de alla recherche et du travail scientifique devra être placé à l’un des premiers rangs parmi les préoccupations gouvernementales, si l’on veut que la France reprenne son rang de grande puissance et de centre de rayonnement intellectuel. Aucune vraie réorganisation de la profession médicale n’est possible dans le cadre du système actuel, malgré toutes les bonnes volontés qui s’y emploient. En effet, on ne peut concevoir qu’une réforme simultanée et cohérente de la profession médicale et de l’organisation sanitaire de la France. Une fois l’accord établi sur les principes qui doivent nous orienter dans l’organisation de la profession l’équipement sanitaire du pays, le dispositif des études médicales devient plus simple à établir, et l’application des idées intéressantes émises et développées ces derniers temps dans les différents milieux médicaux, presque aisée à réaliser. Tout actuellement est vicié à la base par ces faits :

    1 – Que beaucoup de médecins ne sont pas instruits comme ils devraient l’être.
    2 – Que les médecins souffrent d’une mauvaise organisation de leur travail, tiraillés qu’ils sont entre les tendances étatiques et libérales de leur profession qui s’enchevêtrent sans trouver entre elles un juste équilibre.
    3 – Que les praticiens abandonnés à eux mêmes ne peuvent trouver, au cours de leur carrière, d’occasions convenables de s’instruire et de « se tenir au courant » et qu’il leur est souvent impossible de faire bénéficier leurs malades des progrès incessants de la science.
    4 – Qu’un certain nombre d’entre eux ont tendance à remplacer les règles morales de leur profession par la commercialisation de la médecine, ce qu’expliquent parfois, mais n’excusent pas, les difficultés de leur vie matérielle auxquelles il faudra remédier.
    5 – Quel les fonctionnaires de l’hygiène, en raison de la mauvaise organisation du pays, n’ont pas la place qu’ils méritent et ne jouent pas le rôle qu’ils devraient jouer.
    6 – Que le corps enseignant, partagé entre des tâches diverses, ne s’applique pas essentiellement à son métier.
    7 – Que le travail scientifique est loin d’être poursuive en France dans le domaine de la médecine comme il devrait l’être. La médecine française n’atteint pas, de beaucoup, sur le plan international, le niveau qui lui était jadis reconnu.

    Il apparaît que la prochaine organisation de l’hygiène et de la médecine en France dit être guidée par les principes généraux suivants qui inspirent toute la politique de rénovation nationale. Il faudra savoir adapter les dispositions les plus modernes, nous dirions volontiers les plus audacieusement modernes, à de vieilles mœurs et à des traditions qui contiennent d’excellents éléments, tout à fait respectables. Il nous semble qu’il est parfaitement possible de faire du neuf sans abîmer ce qui est digne d’être maintenu.Si l’on ne se laisse pas aveuglément diriger par des principes absolus, mais si l’on tien un comte objectif des faits, on peut parfaitement conserver et innover à la fois. Pour ce qui concerne la profession médicale par exemple, on peut ensemble les garder ou mieux, dirons nous, lui restaurer son noble caractère de profession libérale tout en créant sous la dépendance de l’Etat et des collectivités, une solide armature sanitaire.../ Un autre principe qui doit nous guider et qui conduit à la même conclusion est celui ci : il faut réaliser pour ce qui concerne la protection contre la maladie et les soins aux malades une véritable égalité entre les Français. Dans ce domaine, plus qu’en tout autre, l’égalité est sacrée. Dans ce domaine, plus qu’en tout autre, le nivellement doit être réalisé par le haut. Pour y parvenir, il faut atteindre deux objectifs : que chaque groupement familial ait son médecin, médecin de famille, bien instruit, continuant à s’instruire, convenablement honoré et point surmené ; en second lieu, que l’organisation sanitaire comporte un effort général de la collectivité pour assurer à chaque Français le bénéfice des progrès de la médecine par l’organisation de centres de médecine préventive et curative de centres de diagnostic et de soins.

    1 – Pour parvenir à ce double résultat, il faudra donc que chaque Français, que chaque famille française ait un médecin indépendant, exerçant librement.
    2 – Un effort vigoureux doit être entrepris pour réserver la médecine de soins au praticien. Il faudra lui rendre tout ce qui a été prélevé dans son domaine par les grandes sociétés industrielles, les compagnies, les banques, les diverses collectivités, l’Etat, afin que dans tous les milieux sociaux chaque famille choisisse son médecin. Le médecin de famille pour tous, dirons-nous volontiers.
    3 – Inversement, il faut réaliser l’accès à l’hôpital pour tous, l’hôpital devenant un véritable Centre de diagnostic et de thérapeutique pour toute la population.
    4 – Des centres de diagnostic et de traitements spéciaux (chirurgicaux, orthopédiques, ophtalmologiques, etc.) doivent être équipés dans les grandes villes, absorber les hôpitaux publics et les cliniques privées ou les placer sous une direction unique, la gestion matérielle étant assurée par le Ministère de la population et la direction technique par les Facultés de médecine.
    5 – Le corps enseignant doit être voué entièrement à sa tâche et mener une vie essentiellement hospitalière et universitaire.
    6 – Les Facultés de médecine doivent assurer la direction technique de tous les services hospitaliers de villes universitaires. Elles doivent être considérablement développées. Leur tâche doit être accrue par une participation active à la vie sociale, à l’élaboration et à l’exécution des mesures d’hygiène dans chaque région par le contrôle des organisations hospitalières et des centres de diagnostic et de traitements régionaux, par le contact avec les praticiens, pour lesquels aussi des cours de mise au point seront organisés.
    7 – D’autre part, la profession médicale doit être orientée vers la bonne mise en application de tout le programme sanitaire, dont la réalisation est urgente. Peut être n’est il pas inutile de rappeler à ce propos que la profession médicale doit être aménagée pour la prévention des maladies et le soin des malades et non pour l’intérêt des médecins. C’es en cela que consiste le caractère éminent et vraiment sacerdotal de notre profession. 

    Chapitre II – Médecine libérale et médecine collective. Le médecin de famille pour tous.

    Actuellement la médecine française est comme tiraillée dans trois direction différentes qui représentent trois tendances professionnelles : libérale, étatique et corporative. Sur cette dernière, nous n’insisterons pas. Il ne saurait être sérieusement question de confier la santé de tous les Français à l’ensemble du corps médical agissant comme corporation indépendante, qualifiée pour gérer les hôpitaux, les établissements de soins, organiser les mesures hygiéniques, (faut il l’ajouter) défendre les fiefs médicaux. En vérité les organismes corporatifs auront un rôle suffisant s’ils surveillent la morale professionnelle, conseillent les pouvoirs publics…, défendent les intérêts des médecins et enfin établissent les contrats collectifs avec les pouvoirs publics et les groupements d’assurés.../ Dans la société française contemporaine, la médecine est considérée comme une profession libérale, ce qui signifie ou devrait signifier – car il y a une grande marge entre la théorie et la réalité – que les études sont largement ouvertes à tous, que le médecin est libre de s’établir où il lui convient sur tout le territoire du pays, que l’indépendance de sa vie professionnelle est parfaitement respectée, que le malade choisit librement son médecine, que celui ci se fait honorer à son gré, que sa conscience seule le guide dans l’obéissance aux devoirs moraux de sa profession
    …/
    Les praticiens se plaignent à juste titre de la tendance de l’Etat et des collectivités à s’ingérer dans la médecine de soins et à diminuer d’autant leur domaine…/ On nous dit que ce mouvement est irrésistible, que nous devons accepter cette tendance qui pousse vers la médecins organisée, la médecine de l’Etat, la médecine collective. Que la médecine individuelle est une sorte de médecine de luxe, que la médecine collective deviendra nécessairement la médecine de demain. On a écrit que l’instauration d’un régime socialiste impliquant la socialisation de moyens de production et d’échange et la suppression du patronat et du salariat ferait disparaître les professions libérales et provoquerait la création de vastes services d’hygiène d’assistance médicale. Rien ne me paraît moins démontré. Quelle que soit l’organisation économique de la société – et le progrès à cet égard est indispensable et urgent -, il apparaît qu’elle ne doit pas troubler le colloque singulier entre le médecin et le malade…/
    Il faut (donc) éviter que les collectivités publiques et privées n’attentent à la liberté de la médecine de soins…/ (Cependant), les collectivités publiques n’en ont pas moins un rôle limité, mais fort important. (Elles doivent assurer) une assistance financière complète ou partielle aux malades qui en ont besoin. Tel est le rôle exclusif des Assurances sociales qui devront englober l’assistance médicale gratuite, les accidents du travail, les soins des mutilés, des invalides de guerre et de l’industrie…/ Qu’un contrôle soit nécessaire pour éviter les abus, rien n’est moins discutable, mais toute autre ingérence dans la médecine de soins que voudrait tenter l’Etat ou les collectivités doit être repoussée. Certes la médecine individuelle et familiale est plus coûteuse à l’Etat que la médecine collective, faite en série et à forfait, mais en cette matière l’économie n’est pas souhaitable. De cette manière l’Etat pourra obtenir que le médecin reçoive un minimum convenable, disons même confortable, de revenus professionnels…/

    Chapitre III – Les Centres de diagnostic et de soins. Traitements spéciaux, chirurgie, accouchements.
    …/

    Chapitre IV – Médecine préventive et équipement sanitaire
    …/

    Chapitre V – La vie des facultés de médecine et leur avenir

    …/
    Aucune réforme des études médicales, aucune amélioration de l’état actuel n’est possible si l’on ne part du principe fondamental suivant : le corps enseignant doit être voué à sa tache le professeur et ses aides doivent passer l’essentiel de leur temps l’hôpital et au laboratoire…/ Nos maîtres s’intéressent de toutes leurs forces à l’instruction et à la vie de leurs collaborateurs directs, mais l’étudiant n’est ni orienté ni guidé, surtout dans les grandes facultés. Un maître passant sa journée à l’hôpital pourra donner (à l’étudiant) plus de temps et plus d’attention…/ Ce corps enseignant voué à sa tâche, doit il être comme l’on dit ‘full time’ ? Pas d’une façon absolue ni générale. Ce qu’il faut c’est un changement de centre de gravité, mais la plus grande partie du temps consacré à l’hôpital n’exclut pas la possibilité de consultations en ville et même au loin, si le professeur prend l’engagement d’honneur de consacrer à son enseignement et à ses études la plus belle partie de ses heures et de ses efforts…./ Une pareille organisation suppose trois conditions fondamentales : que l’hôpital soit ouvert à tous les malades, que les membres du corps enseignant des Facultés de médecine changent au cours de leur vie de résidence et mènent la carrière universitaire de nos professeurs de lettres ou de sciences, comme de bien des professeurs des facultés allemandes ou des écoles américaines, que l’élite de chaque génération soit vouée très jeune à la carrière universitaire…/ Pour mettre en place ce dispositif, il faudra que dans les villes universitaires les Facultés aient à diriger techniquement tous les hôpitaux de la vielle sans exception. Plus de ces distinctions désuètes entre les services de Faculté et les services de médecins des hôpitaux ! Plus de distinctions entre les médecins des hôpitaux et les professeurs !…/ La Faculté de médecine installée dans tous les services hospitaliers des grandes villes deviendra donc fort naturellement le centre principal de diagnostic et soins particuliers pour toute la région. Il lui sera facile d’associer ses techniciens (anatomo pathologistes, biologistes, radiologues, physiciens, etc.) au travail des cliniciens et des thérapeutes…/

    Chapitre VI L’étudiant en médecine et les études médicales

    …/
    On a beaucoup discuté sur l’utilité de telle ou telle orientation préalable avant les études médicales. Haute culture par les humanités d’une part, instruction scientifique sérieuse d’autre part sont également nécessaires. (Soit) un baccalauréat sérieux et un PCB sérieux. La valeur de la culture scientifique de base au PCB doit être maintenue en modifiant complètement son programme. L’objection souvent faite, à savoir que les médecins n’ont pas besoin de telle ou telle connaissance scientifique n’est pas juste. Le médecin a besoin d’une bonne culture scientifique. Cette acquisition ne fera pas perdre à la médecine française ses qualités de finesse clinique. L’excellente tradition clinique ne s’affaiblira pas en France, mais notre culture scientifique de fond doit être rendue plus solide. Entrée libre à la Faculté ne veut pas dire entré facile. Il faut mettre à l’épreuve la vocation des futurs médecins. La Faculté de médecine est un centre de haute culture et, comme tel, ouvert largement. Mais c’est avant tout une école d’apprentissage professionnel pour le métier le plus difficile…/ Il faut donc choisir entre les jeunes hommes et cette manière limiter le nombre des médecins. La limitation du nombre de médecins doit, en effet, être en quelque sorte qualitative et non quantitative en éliminant impitoyablement les paresseux et les médiocres…/ Il faudra donc opérer la sélection assez tôt. Légère en fin de PCB, c’est en fin de première année que se fera l’élimination la plus importante.../ 
    Le stage hospitalier sera obligatoire dès la première année. L’enseignement clinique, base fondamentale, élément essentiel de l’enseignement médical, peut, en France, avec des réformes partielles, devenir supérieur à celui de tous les pays…/ Dorénavant de nombreux services seront ouverts aux étudiants de première année, puisque suivant note programme, tous les médecins des hôpitaux seront en même temps chargés d’enseignement comme maîtres de conférences. On pourra donc former des groupes de stagiaires peu nombreux…/ 
    La fusion entre le corps hospitalier et le personnel universitaire rendra aisée cette sorte de communauté d’enseignement qui s’oppose heureusement à la dualité absurde de l’heure présente où l’étudiant zélé abandonne l’enseignement de la Faculté et n’est guidé que par de jeunes conférenciers dans le travail important que constitue la séméiologie théorique et l’étude de la nosologie élémentaire…/
    L’essentiel de la réforme (proposée) est que la Faculté reprenne sa vraie place dans l’instruction théorique de tous les étudiants, les meilleurs comme les autres, que la Faculté donne et impose à tous l’enseignement de la séméiologie clinique et de la nosologie élémentaire dès la première année, donc prépare tous les étudiants à l’externat et à partir de la troisième année prépare en quelque sorte tous les étudiants à l’internat. Se trouvent donc réalisés, non l’externat et l’internat obligatoires, ce qui est leur négation, mais une préparation obligatoire commune, ceux qui n’auraient pu réussir aux concours jouissant à l’hôpital de stages bien organisés…/

    L’ensemble de (ces) réformes proposent une véritable révolution. Celle-ci n’est envisageable que si des mesures transitoires facilitent le passage entre l’ancien et le nouveau régime…/ Mais, à la vérité, pour accomplir cette révolution, il faudrait qu’un ministre fut doté de pouvoirs extraordinaires, quasi dictatoriaux, lui permettant de transformer des administrations qui dépendent actuellement de divers départements et services, ce qui n’est possible que si l’on réunit sous l’autorité très puissante et très large d’un grand ministère de la Population tout l’armement sanitaire, tout l’équipement hygiénique et toute la politique de santé du pays.

    Octobre 1944 - Comment développer en France la recherche scientifique dans le domaine de la médecine expérimentale (A. Lacassagne, arch. CNRS - 80-287)

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    14 novembre 1945 - Arrété mettant en place une Commission chargée d’examiner la question de la mise en harmonie du concours des hôpitaux et des programmes des facultés de médecine.

    Cette commission est composée de mm. Roussy, recteur de l’Ac de Paris. Baudouin doyen fac méd Paris, Debré, prof fac med et représentant du min Santé, dr Cavaillon, SG santé publique, Bouscatel dir assistance au min Santé, dr. Coste, Brocq secr. gal. Ac. chirurgie, Figon Inspect. gal. de la Santé

    5 mars 1946 - MEN à Min. Santé

    Projet de décret concernant la réforme du décret du 17 avril 1943 d’application de la loi du 21 décembre 1941. La question de la fusion du corps enseignant des facultés et du corps hospitalier a été soumise au comité consultatif des universités qui s’est réuni dans la première quinzaine d’avril. Le comité s’est montré tout à fait favorable à ce projet qui ne peut apporter que des améliorations à la qualité de l’enseignement de la médecine et à celle du personnel hospitalier.../ Projet d’une commission tri partite MEN, Santé et Min travail et prévoyance sociale qui aurait pour but d’étudier les conditions pratiques dans lesquelles les médecins, chirurgiens et spécialistes des hôpitaux pourraient donner un enseignement en médecine. En attendant que cette commission puisse formuler des propositions, il semble juste que les modalités réglant les concours aux diveres emplois hospitaliers soient arrétés conjointement par le MEN et la Santé

    21 mars 1946 - Min Santé (Tanguy Prigent) à MEN (René Capitant) à propos des Ordonnances sur la Sécurité sociale

    'Il est à noter qu’il s’agit d’une réforme tout à fait provisoire, mais à laquelle il convient de procéder immédiatement pour adapter la législation hospitalière aux nécessités actuelles de fonctionnement des hôpitaux tant du point de vue administratif que technique'.../ Il s'agit d'harmoniser le dispositif avec les dispositions prévues par les Ordonnances du 19 octobre 1945 sur la Sécurité Sociale. Sans doute une réforme de structure complète est elle indispensable en matière hospitalière, mais il paraît peu opportun d’y procéder en l’état actuel de la réorganisation administrative de la France et tant qu’une solution définitive ne sera pas intervenue à ce sujet.../ Le MEN est d'accord. Le Comité consultatif des universités s’est montré tout à fait favorable à un projet de fusion du corps enseignant des Facs méd. et du corps hospitalier. De très grands avantages seraient à escompter d’une telle fusion tant pour l’enseignement de la médecine que pour la qualité du personnel hospitalier. La commission devrait étudier à quelles conditions aux médecins des hôpitaux de délivrer dans certains cas un enseignement de médecine. Enfin il semble désirable d’effectuer le recrutement du personnel hospitalier et du personnel enseignant des facs de médecine, non plus sur un plan régional, mais sur un plan national.

    Projet de décret:

    Art 1 concernant la fusion du cadre enseignant des hôpitaux avec celui des facs de médecine. L’enseignement de la médecine est donné par des professeurs et des maîtres de conférences qui sont secondés par des assistants….
    Art 2 (projet) : Il n’est en rien dérogé à la réglementation en vigueur concernant les professeurs de Faculté.
    Art 5 : sont nommés dans les spécialités suivantes : anatomie, histologie, embryologie, physiologie, physique médicale, chimie médicale, anatomo-pathologie, bactériologie.

    4 juillet 1946 - Première séance du concours d'agrégation de médecine générale

    (Lemierre, pdt du jury, Cornil, Debré, PVR..).

    Le concours a réservé à certaines catégories de candidats énumérés à l'art. 2 de l'ordonnance du 15 juin 1945 relative aux victimes de la guerre et réservent 2 places sur les 7.
    Les agrégés parisiens :
    Gilbert Dreyfus (le scorbut), Fauvert (l’hémophilie), Hamburger (l’érythème noueux), R. Kourilsky (diagnostic du cancer primitif du poumon), Lamy, Schapira (myoglobine du muscle normal), Degos, J. Bernard reporté.
    À Strasbourg : Stahl, Kuhlmann (syndrome neuro anémique).

    3 décembre 1947 - Décret modifiant le décret du 23 janvier 1934 qui crée le PCB

    Rétablissement du PCB. Disposition prévoyant l’ajournement des candidats qui n'ont pas obtenu la note de 7/20.

    …/

    28 aout 1954 - Assemblée nationale. Rapport n° 9234 sur le projet de loi sur les hôpitaux et hospices publics (rapport Barrot). Programme pour une unification des différents hôpitaux.

    Pendant la deuxième partie du XIX siècle une double évolution se produit La médecine fait un énorme bond en avant avec Pasteur. On assiste en outre à la naissance de l’anesthésie et de la chirurgie moderne. En même temps, pas suite de l’industrialisation poussée, les villes deviennent tentaculaires et la misère croissante du prolétariat urbain naissant amène le législateur à voter les lois d’assistance.
    L’état doit serrer le problème de plus en plus près, d’où la création en 1920 d’un Ministère de l’Hygiène de l’Assistance et de la Prévoyance sociale, notre actuel ministère de la Santé publique et de la Population. Puis, les Assurances sociales en jetant dans le circuit des organismes payeurs nouveaux amènent ces derniers, à juste titre, à réclamer un droit de regard sur la gestion des hôpitaux. Toutes ces considérations sont à la base de la législation du 21 décembre 1941 (et décret du 17 avril 1943). Cet ensemble de texte forme ce qu’on appelle communément la 'Charte hospitalière'..../ A l’exception de quelques hôpitaux et hospices intercommunaux et départementaux, l’organisation hospitalière française est essentiellement communale. Rattachée à la plus petite circonscription territoriale française, son caractère local met obstacle à une politique hospitalière d’ensemble.
    Comparaisons internationales : le rapport Barrot signale le développement du 'home care' aux Etats-Unis. De même en Grande Bretagne à cause du manque de personnel hospitalier et de l'absentéisme du personnel'.

    9 juin 1954 - MEN, note sur la validité de l’article 114 du décret du 17 avril 1943 soumettant tous les praticiens universitaires aux dispositions des décrets des 8 nov. 1941 et 18 fév 1942

    Ces actes subordonnaient désormais l’accès à l’enseignement magistral de la médecine dans les chaires de cliniques à une nomination préalable dans les cadres personnels médicaux des services hospitaliers. Ils instituaient en même temps de manière directe et indirecte une tutelle et un droit de contrôle du ministre de la santé publique sur l’enseignement supérieur des sciences médicales. C’est dire combien ils bouleversaient dans ce domaine le régime statutaire des professeurs de l’enseignement supérieur.../ Ces arrêtés ont été annulés en 1944 par la loi portant rétablissement de la légalité républicaine en soulignant les réserves expresses qu’appelle une pareille disposition pour la simple sauvegarde des intérêts généraux et de la mission qu’assume l’université, notamment dans le domaine de l’enseignement et du développement des sciences médicales.

    12 janvier 1955- Commission mixte Education nationale-Santé

    (Debré, Hermann et Huriez)

    Debré : Il s'agit de donner aux hommes nommés par l'Education nationale tous les moyens possibles de travail dans les hôpitaux, en somme le droit de soigner. Nous devons être formels sur ce point. Notre équipe universitaire doit se voir facilitée sa tâche par la Santé publique et doit être intronisée auprès des commissions hospitalières. A ceci la seule objection que la Santé publique puisse faire c'est : "nous voulons être maitres chez nous". Mais cette réponse n'est pas valable. Ils peuvent être maitres dans les services hospitaliers, mais non dans les services universitaires. Ils ne sont là que des collaborateurs et doivent être de bons collaborateurs. Leur position non conciliante n'aboutirait qu'à nous faire créer des hôpitaux universitaires, ce qui serait grave pour eux car ils doivent bien admettre que notre présence leur donne du lustre.
    Berger (DES) propose une lettre signée par le MEN précisant un règlement des relations hôpitaux-Facultés. Pense que les prof de clinique devraient être soumis à une juridiction mixte
    Hermann : il faut défendre nos franchises, le droit d'être jugées par nos pairs
    Debré : envisageons une commission d'enquête nationale mixte. L'université a intérêt à s'agréger ce qu'il y a de bien dans les médecins des hôpitaux
    Hermann : sur le point de savoir s'il faut modifier le concours du règlement du concours d'agrégation, Hermann estime que ceci ne regarde pas la Santé publique
    Recrutement des chefs de clinique parmi les anciens internes : Debré estime que ce n'est pas possible pour un certain nombre de chaires (psychiatrie, stomatologie)
    Debré souhaite que le titre à donner aux médecins des hôpitaux soit envisagé sur un plan national (maitre d'enseignement clinique)

    1er mai 1955 - Giraud (doyen Fac méd. Montpellier) à DES (G. Berger)

    Je reviens sur votre projet de texte transactionnel entre l'Education nationale et la Santé. Si on met en place une commission de la Santé ou figurent des médecins des hôpitaux , candidats malheureux à l’agrégation qui auront peut être été battus par ceux la même qui, anciens agrégés, briguent une chaire de clinique médicale, il est capital que les membres de la commission aient la double appartenance, médecins des hôpitaux et agrégation.

    17 mai 1955 - Section permanente du Conseil de l’Enseignement supérieur

    G. Berger (DES) expose les difficultés que présente la réalisation d’un accord entre trois administrations différentes, université, administration locale et min Santé publique. Il faut que nous puissions nommer professeurs de clinique des hommes qui ne sont pas des médecins des hôpitaux, tout en protégeant le médicat des hôpitaux de façon à ne pas en diminuer la valeur en encourageant les candidats à ne plus le préparer.
    Binet estime que l’EN ne doit nommer prof de clinique que des hommes ayant le titre de médecin des hôpitaux
    Hermann aimerait que dans la partie adverse ( les hôpitaux?) il n’y ait pas d’arrière pensée lointaine de main mise de plus en plus grande sur les facultés de médecine. Il a été frappé par une opinion émise par m. Boisdé selon laquelle les Fac de médecine sont dans la position du locataire vis à vis du propriétaire.
    Giraud (doyen Montpellier) signale un autre aspect de la situation actuelle qui pourrait faciliter la solution de notre problème : la Santé publique elle-même est menacée par un autre organisme, la Sécurité sociale. En ce qui concerne le problème abordé, la solution idéale, mais irréalisable, serait que l’université aie des hôpitaux à elle. Pour la nomination éventuelle de non médecins des hôpitaux, nous risquons de voir la santé publique désigner comme juges des médecins des hôpitaux battus aux concours universitaires. Le résultat serait désastreux
    Berger demande s’il existe un texte qui permette de penser que le professeur nommé est chez lui à l’hôpital.
    Trotabas n’en connait pas et signale seulement l’existence d’un texte qui stipule que l’hôpital doit mettre un certain nombre de lits à la disposition du professeur (Conseil supérieur de l’université, juridiction administrative de l’hôpital, décret de 1943, Ordre national des médecins).
    Berger demande s’il n’y aurait pas intérêt à faire quelque chose de nouveau.
    Trotabas envisage la possibilité de grouper l'ensemble du corps professoral dans une seule juridiction. Il signale la difficulté d’utiliser la loi de 1941 puisqu’elle a été abrogée par l'Ordonnance du 9 aout et 18 nov. 1944 portant rétablissement de la légalité républicaine.
    Il s’agit donc de modifier l’article 16 de la loi du 21 décembre 1941 (et règlement d’administration publique du 17 avril 1943) qui déterminent les conditions de recrutement du personnel médical hospitalier (nommé par les préfets).../ L’évolution des techniques médicales et la complexité croissante des équipements correspondants ainsi que leur cout élevé ont pour effet de ne permettre le traitement de certaines affections qu’à l’hôpital. Il est donc indispensable de permettre à tous les malades quelque que soit leur origine sociale de se faire soigner à l’hôpital. D’autre part, il y a intérêt à permettre aux médecins , chirurgies et spécialistes des grands centre hospitaliers des villes d’une faculté ou école de médecine de concentrer toute leur activité professionnelle à l’hôpital (plein temps). Dans cette double perspective, il paraît équitable d’autoriser les hôpitaux importants en cause à réserver quelques lites pour la clientèle personnelle des médecins, chirurgiens et spécialistes intéressés.../
    La section permanente examine ensuite la question de la transformation en Facultés des écoles de médecine de Clermont Ferrend, de Nantes et de Rennes.
    Hermann estime que cette transformation est une de nos "armes" (sic) pour le "problème de tout à l’heure". Nous ne pouvons pas nommer des professeurs de clinique dans ces facultés tant que la question ne sera pas éclaircie et tant que nous n’aurons pas la certitude qu’ils pourront avoir un service dans les hôpitaux. Une telle décision est un acte politique.

    10 juin 1955 - Doyen Fac méd. Nancy (et pdt. INH) Jacques Parisot à DES 

    Pour exprimer son accord pour la nomination des professeurs de clinique.

    14 juin 1955 – Lettre de R. Debré à G. Berger

    Je préfère vous envoyer une lettre personnelle plutôt qu'une réponse officielle à la note du dr. Creyssel.... Mon opinion est ferme, ce texte me parait absolument inacceptable. A mon avis la position même du problème est fausse. Nos contradicteurs défendent de petits intérêts et nous de sages principes. L'université doit pouvoir désigner sans aucune difficulté, contrainte, pression ou accord préalable tous ceux qu'elle juge dignes d'enseigner la médecine et de participer aux progrès en médecine. Ceci non seulement en vertu d'un droit légitime et qui me parait inaliénable, mais aussi en raison de l'intérêt général. Car en fait qu'arriverait il se le texte proposé était par malheur adopté? Dans toute circonstance un peu délicate le veto jouerait. Un professeur qui s'est voué aux recherches biologiques (ce fut le cas du pr. Ambard, une de nos gloires de la génération actuelle) pourrait- il être appelé à diriger un service de clinique, comme il le fit à l'ouverture de la Faculté française de Strasbourg en 1919? Certainement non. Dans un cas analogue, les pressions locales obtiendraient des représentants de la Santé à la Commission un vote défavorable et l'on serait contraint de nommer à la place vacante un clinicien local probablement de moindre valeur. Qu'un médecin comme Clovis Vincent qui institua en France la neurochirurgie veuille l'enseigner, que dirait la Commission mixte? Sur la pression des chirurgiens locaux, elle refuserait.../ En effet, la réunion à laquelle vous avez bien voulu me convier l'a bien démontré, les intérêts que représentent nos contradicteurs sont ceux des administrations hospitalières urbaines, de certaines facultés de province trop jalouses de leur autonomie, 3/ des médecins des hôpitaux jaloux de la Faculté, 4/ du ministère de la Santé dont la faiblesse se cache derrière le masque d'une sorte d'intransigeance.
    Tous ces intérêts sont contraires à ceux du progrès et de la noble tradition universitaire. En France tout docteur en médecine peut être nommé professeur, tout médecin des hôpitaux même non agrégé peut être nommé professeur. Le recrutement de l'élite intellectuelle de l'université doit être entièrement libre. Cette doctrine seule est facteur de progrès. Je le répète encore, que l'université veuille un jour faire enseigner la clinique radiologique, la clinique physiothérapique avec les isotopes, etc., alors les intérêts ou médiocres ou sordides les particularismes se dresseront contre cette tendance et la dérogation sera refusée impitoyablement car la défense des intérêts souvent d'ordre financier ou des puissances locales est féroce.
    La seule position qui me parait devoir être tenue pour protéger l'avenir est celle ci :
    - Contrats souples dans chaque ville universitaire des locaux et services dont la Faculté a besoin.
    - Souveraineté absolue des désignations par la Faculté.
    - Acceptation par le professeur de clinique de toutes les obligations servitudes et responsabilités qui lui incombent.
    - Pour favoriser la fusion hôpitaux-facultés si souhaitables, établissement d'un accord..../ L'université a pour mission de se dresser pour le bien public contre les coalitions d'intérêts privés, les coteries, les particularismes injustifiés.


    19 mai 1956 - Min. Finances (dir. du Budget) à Min. Educ. natle. (MEN)

    Accord pour régulariser la situation des profs de fac. de médecine nommés par l'Enseignement supérieur qui exercent dans les hôpitaux

    13 juin 1956 - Min. Intérieur à Min. Santé (pour attribution à J. Dausset)

    Situation dans les hôpitaux publics des professeurs de clinique des facultés et écoles nationales de médecine. Par lettre du 16 avril 1956 vous m’avez communiqué projet de loi pour permettre à ces professeurs de donner des soins dans les hôpitaux (refus : les médecins des hôpitaux sont nommés par le préfet)

    6 septembre 1956 - Min Santé à MEN

    Situation des professeurs de clinique dans les hôpitaux publics de villes sièges de facultés ou école nationale de médecine. Projet de loi déposé par Noel Barrot destiné à modifier le Code de santé publique (modifier les articles 678 à 725). Les médecins des hôpitaux fonctionnent sous la responsabilité d’un chef de service : « dans les hôpitaux des villes siège d’une fac ou d’une écoles de médecine sont en outre chefs de service les professeurs de clinique médicale, chirurgicale ou de la spécialité de la dite faculté ou école.

    18 septembre 1956 - Décret instituant un Comité interministériel de l’enseignement médical, des structure hospitalière et de l’action sanitaire et sociale

    9 octobre 1956 - René Billières (MEN) à doyen Fontaine (Strasbourg)

    Le décret du 18 sept. 1956 a créé un Comité interministériel d'étude des problèmes de l'enseignement médical, de la structure hospitalière et de l'action sanitaire et sociale. J'ai pensé que le MEN ne pourrait être mieux représenté à ce comité que par vous même et je vous ai désigné parmi les 6 membres représentant mon Département. La première réunion aura lieu le 18 octobre 1956 à 15 heures au MEN (salle Lapie). Il est inutile de souligner l'importance que j'attache aux travaux de ce comité auxquels je vous remercie de participer activement.

    9 oct. 1956 - Sous secrétariat d'Etat à la pdce. du Conseil (Recherche) à MEN

    le décret du 18 septembre 1956 a prévu dans la composition du Comité interministériel d'étude des problèmes de l'enseignement médical qu'il constitue la présence de deux membres désignés par le SSE à la recherche scientifique. J'ai l'honneur de désigner à cet effet, m. le pr; Agr Fauvert, chef du laboratoire central et médecin chef du centre de traitement par les éléments radioactifs à l'hôpital Beaujon et m; le dr. Dausset assistant des Hôpitaux de Paris et chef de laboratoire au CNTS. 

    18 octobre 1956 - Première réunion du Comité interministériel de l’enseignement médical, des structure hospitalière et de l’action sanitaire et sociale 

    Composition : Debré pdt, G Berger (DES), Bugnard (INH), Boulongne, Choffe, Dausset, Fauvert, Fontaine (Fac méd Strasbourg), Leclainche (AP-HP), Martinet, Michel, Ponte Laborde, Robin, Roussel
    Excusés : Aujaleu (DGS), Binet (doyen Paris), Giraud (doyen Montpellier), Hermann (doyen Lyon), Lafitte

    Préambule de R. Debré :Dans le domaine de la recherche, la France se trouve dans une situation humiliante, malgré les effets du CNRS et de l’INH.../ Il conviendra de porter remède au malaise des praticiens qui, absorbés par leur tâche quotidienne ont des difficultés pour faire profiter leurs patients des progrès de la médecine et manquent parfois de l’équipement nécessaire aujourd’hui.../ 
    Mise en place du Comité. D’abord, une période d’organisation, information, recueillir des avis. Puis proposer des solutions. Faire évaluer notre travail par les commissions compétentes (concertation). Enfin phase de la décision ministérielle.

    Interventions des membres du Comité : 
    Vernejoul (pdt. du Conseil de l'Ordre) donne son avis favorable sur l'esprit de la réforme,
    Leclainche (Assistance publique) dit son intention d’une participation enthousiaste,
    Bugnard (INH) soulève le problème de la concertation entre administrations (MEN, Santé, Travail),
    Robin et Berger proposent de constituer une liste de personnalités.../ Prévoir aussi un représentant des médecins ayant fait l’expérience du 'full time' dans les hôpitaux parisiens

    Debré propose une liste de thèmes à traiter en commissions :
    - le corps enseignant
    - les études (le nombre d’étudiants, CHU)
    - la recherche (crédits, statut)
    - la réforme des hôpitaux
    - la médecine praticienne (la vie quotidienne du médecin)

    'Pour un plan de santéprésenté par l'Amicale des médecins radicaux (J. Dausset) dans 'L'Information radicale', 1956

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    1-3 novembre 1956 - Colloque national sur la recherche et l'enseignement scientifique, à Caen

    Colloque de Caen, 1-3 novembre 1956, 'Communication sur l'organisation de la recherche médicale française'
    Présenté par les Pr. Robert Debré et René Fauvert et le  Dr. Jean Dausset

    Colloque de Caen (nov. 1956). Enseignement de la médecine. Débat de la commission médicale
    Président M. de Balliencourt, rapporteur M. le Pr. René Fauvert, Les Cahiers de la République, 1956

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    21 novembre 1956 - Comité interministériel d'étude des problèmes de l'enseignement médical, de la structure hospitalière et de l'action sanitaire et sociale

    Vernejoul, Cibrié, Roueche, planchent sur le nombre des étudiants, l’organisation des fac de médecine, la création d’hôpitaux universitaires, le plein temps, la fusion des carrières (hôp./fac) et l’éventualité d’un recrutement national.
    Vernejoul : manque de professeurs, la dualité enseignement universitaire – enseignement hospitalier est le vice du système actuel. Mais la fusion des carrières semble difficilement envisageable (ne pas aller au dela de la réforme en cours), maintien de l’internat, oui à un recrutement national.
    Cibrié partisan du numerus clausus, sinon on va vers la pléthore.
    Fauvert, la consultation externe à l’hôpital pourrait servir à la formation permanente des médecins praticiens , Binet, Fontaine, Roueche participent à cette discussion
    Giraud : oui à l’augmentation du nombre de moniteurs, mais scepticisme sur le plein temps
    Dausset propose aux praticiens d’amener leurs malades à l’hôpital
    Fauvert : compte rendu du colloque de Caen (modifier le PCB, fusion enseignement-clinique,
    suppression de l’externat, nécessité de la participation à la recherche fondamentale des non médecins)
    Aujaleu se dit d’accord avec les conclusions de Caen
    Bugnard prône le développement de la physiologie. Il estime que son enseignement est trop réduit au profit de la biochimie.
    Rapports prévus sur le corps enseignant et études (Vernejoul, Fauvert), réforme des hôpitaux (Aujaleu, Choffe), la recherche (Bugnard, Dausset), l’exercice de la médecine (Michel, Roussel)
    Bugnard suggère de tenir toutes les facultés au courant des travaux du comité
    Giraud et Vernejoul demandent l’inclusion de Creyssel (pdt. de l’assoc. Des médecins des hôpitaux) dans le comité. Debré réticent.
    May, Lemaire, Jayle lancent débat sur le numerus clausus autour de l'argument  pléthore médicale v/ liberté universitaire
    Robin : rapport sur Strasbourg (pas de problème, l’hôpital universitaire fonctionne) A Strasbourg, on a démontré que les hôpitaux universitaires peuvent vivre conclut avec satisfaction le doyen Fontaine.

    20 décembre 1956 - Comité interministériel (audition des pr. des hôpitaux de Paris : May, Lemaire, Jayle et représentants des étudiants Delaporte et Lemerle)

    May : contre le numerus clausus, pour CHU et full time, médecine praticienne : comment l'adapter aux progrès de la science? Difficile de rendre obligatoire l'enseignement post universitaire, publication de brochures par l'Ordre national des médecins.
    Lemaire : inquiété par la pléthore, pour CHU et recherche
    Jayle : il faut remplacer le numérus clausus par une sélection, réformer le PCB, supprimer la dualité examens externes-fac. Développer un enseignement pré hospitalier théorique. "les étudiants sont partagés entre les hôpitaux la factulté et la préparation des concours hospitaliers. Je considère qu'un étudiant qui a été reçu à ses concours n'est plus pate à la recherche. Il faut supprimer le stage hospitalier du matin pour récupérer du temps au profit des sciences fondamentales. Privilégier le bac latin-sciences ou math. elem. Il est nécessaire d''avoir des médecins ayant une formation scientifique supérieure. Pour les CHU
    Lemerle : contre le numerus clausus, pour la sélection. Mais le problème est que la France manque de bacheliers scientifiques. Les étudiants se sont penchés sur le problème de la dualité enseignement scientifique - enseignement clinique. A l'heure actuelle il faut donner la priorité à la clinique., mais remplacer le stage de première année par une formation aux sciences fondamentales, l'hôpital doit devenir un centre de recherche. Tous les étudiants doivent exercer la fonction d'externe (suppression de l'externat)
    Aujeleu rappelle que le numerus clausus n'est pas demandé par la Santé mais par l'Ordre. Première et deuxième années, on est plus sélectif à Strasbourg qu'à Montpellier ou Lyon
    Robin : très bonne mission à Strasbourg (accueilli par doyen Fontaire)
    Hermann (Lyon) et Giraud (Montpellier) vont organiser des débats dans leurs facs
    A Strasbourg, les services hospitaliers s'autofinancent (c'est eux qui gèrent les honoraires versées par les caisses de sécu) Par ailleurs, les professeurs de sciences fondamentales sont rémunérés en qualité de conseillers scientifiques de la clinique ce qui permet d'affecter des sommes considérables au service de la recherche. L'unité du service, l'émulation entre les services. Mais il existe des inégalités entre les services, celui de radiologie est riche, celui de dermatologie pauvre. Le problème de fond est celui de liaison avec les sciences fondamentales n'est pas réglé (pas encore de statut pour les moniteurs médicaux par exemple). A Strasbourg on estime que l'internat est nuisible à la recherche. Mais il existe une liaison médecine praticienne - méd hospitalière au niveau des secrétariats de clinique.
    Inquiétude des médecins devant le nombre de candidats aux certificats d'études spéciales de médecine devant la désertion de la médecine interne.
    Fauvert a discuté de la réforme avec Mayer (André?) qui est pour les CHU, le PCB sélectif, la suppression de l'externat, propose créer des écoles d'application autour des CHU.
    Aujeleu : la philosophie de la réforme s'est élargie des préoccupations de modification de l'enseignement de la médecine à la modernisation des hôpitaux.


    16 janvier 1957 - Comité interministériel 

    Vœux à propos de l'internat. Les internes des hôpitaux des villes de Facultés devraient être nommés moniteurs. Le titre de chef de clinique serait réservé aux anciens internes des villes de facultés. Prévoir la rémunération des enseignants.
    Creyssel marque les limites du plein temps (soin et enseignement). Il faut moduler, mais il est certain qu’il faut faire bénéficier du plein temps les hospitaliers qui veulent se consacrer à la recherche. Les CHU ? difficilement réalisable. Si on envisage une recrutement unique PH-PU, quelle sera la place à la clinique des agrégés de sciences fondamentales ? Il propose des moniteurs plein temps et des profs mi temps.
    Bugnard tique.
    Creyssel avance l’idée de l’'option'.
    Le problème des médecins étrangers. La fac n’est elle pas trop laxiste ? Plainte du min. des Affaires étrangères sur les insuffisances du cursus médical français.

    13 février 1957 - Comité interministériel

    Debré tient à rappeler que l'un des problèmes qui doit faire l'objet des préoccupations essentielles du Comité est celui de la création et du fonctionnement des hôpitaux que l'on pourrait appeler hôpitaux spéciaux des villes universitaires de préférence à la dénomination utilisée jusqu'ici d'hôpitaux universitaires qui prête à confusion.

    Rapport Le Gorgeu sur le fonctionnement de la commission nationale d’organisation hospitalière (liens avec CGP)

    La commission attend avec impatience les recommandations du comité interministériel.
    Bugnard demande à ce qu’on fasse la point entre la Santé publique, l’Educ. natle. et la Sécu
    Aujaleu rassure Bugnard sur le fait que ‘la Santé sait où elle va’
    Michel (Sécu) d’accord avec Aujaleu. Jusqu’ici le CA de la Sécu estimait que l’Etat n’avait pas fait les efforts nécessaires et qu’elle n’avait pas à se substituer à lui.
    Le plan d’aménagement hospitalier défendu par Aujaleu et Leclainche,
    Creyssel soulève la question du personnel
    Aujaleu il n'est pas question de ne pas utiliser pour l'enseignement les nouveaux hôpitaux de Lille et de Toulouse
    Préparation d’un budget forfaitaire. En fait il s’agit de discuter de la contribution de l’Educ. natle. à l’opération réforme (CHU)
    Debré suggère d’intégrer dans le plan du min. Santé, le schéma et les normes établies par Dausset
    Leclainche rappelle qu'il existe déjà un plan établi pour cinq ans par la commission nationale de l'organisation hospitalière. Donc, jusqu'en 1962, il ne peut être question de prévoir la création de nouveaux hôpitaux en dehors de ceux prévus par le Plan. On ne peut escompter de crédits nouveaux, si l'on prend l'exemple de Paris et sa région deux projets : Ambroise Paré et création d'un nouvel hôpital 'Sud' de 500 lits (Antoine Béclère?)
    Fauvert, un hôpital de 500 lits est insuffisant pour en faire un hôpital universitaire
    Aujaleu : il importe de déterminer de toute urgence les exigences de l'enseignement dans l'hôpital
    Boulongue : Prévoir la participation du budget 'Education nationale'.

    Rapports sur la réforme des études médicales, Fauvert, Jayle, Dausset (sur le troisième cycle préparatoire à la recherche)

    Trois points
    -unification des enseignements dans un corps unique hôpital fac
    -création CHU (groupes hospitalo universitaires)
    -création du 3 ème cycle
    Dans l’immédiat : aménagement du PCB, suppression du stage de première année, modification de l’externat.
    Bugnard objecte qu’il faut augmenter le nombre de professeurs, donc qu’il faut susciter des vocations au monitorat. Bugnard réticent sur le concept de troisième cycle. Debré : soit disons cycle d’initiation à la recherche.
    Binet évoque le discrédit jeté sur l’enseignement médical français par le comité (!).

    1 mars 1957

    Réunion de la Société médicale des hôpitaux, présentation du rapport Fauvert.

    13 mars 1957 - Comité interministériel (le problème de l’administration communale du système hospitalier français)

    Débat Aujaleu (DGS) Michel (Sécurité sociale) : faut il inclure ou non les dépenses de très gros équipement de l’hôpital dans le prix de journée ?
    Objection Michel : la politique de blocage des prix contribue au déficit de la sécu, soit  80 MdF.
    (Séance privée)
    Cpte rendu : les missions d’information Robin à Lille, Dausset à Nancy.
    Leclainche presse le mouvement, crédits de 4 MdF sur quatre ans pour la création d’hôpitaux à l’AP-HP.
    Aujaleu : la province doit se préparer à suivre le mouvement.

    22 mars 1957 - Comité interministériel

    Cpte rendu de la visite de Dausset à Nancy
    Creyssel, a propos du Full time, certains services, par exemple ceux des maladies chroniques, cancer, ne présentent pas un très grand intérêt pour l’enseignement. De plus, il y a des chirurgiens de grande valeur qui sont trop absorbés par leur travail à la table d’opération pour faire de l’enseignement. Autre objection : l’insuffisance du nombre d’internes. (moduler le plein temps ?)
    Aujaleu : la loi sera d’application générale
    Fontaine : le plein temps évitera bien des hospitalisations abusives

    10 avril 1957 - Comité interministériel (discussion du projet de réforme)

    Lettre de L. Bugnard (dir. INH) lue en son absence :
    - Depuis 1946, je défends l'idée de réunir les lieux d'enseignement des sciences fondamentales et les hôpitaux, pour faciliter le travail des étudiants
    - C'est dans le même esprit que l'INH s'efforce de construire des UR médicales dans les hôpitaux travaillant en liaison avec les services de la clinique.
    - Cette fusion suppose un accroissement du nombre de centres d'enseignement.
    - A la fusion des carrières universitaires et hospitalières, je pense qu'il devrait être adjoint celle de la recherche. Après un certain temps passé à la recherche plein temps, je pense que moyennant certaines qualifications à préciser, le chercheur pourra être utilisé comme enseignant ou chef de service.
    - Le plein temps ne pourra être réalisé que progressivement
    - Prône un recrutement national unique, conséquence logique du plein temps, mais la question se pose de l'afflux de provinciaux dans la capitale
    - Le 3ème cycle serait à commencer en 6ème année.

    Leclainche. Pour la fusion des carrières, je regrette que l'Hôtel Dieu ne soit pas déplacé extra muros. L'AP a commencé d'étudier l'inclusion d'éléments universitaires dans ses hôpitaux. Prudence avec les modifications de l'internat. Contre la séparation de l'enseignement théorique et de l'enseignement clinique : l'enseignement doit être donné dans des hôpitaux universitaires. Signale que le plein temps fonctionne déjà dans dix services hospitaliers parisiens de médecine et de chirurgie L'expérience est satisfaisante, mais les statistiques sont difficiles à établir, l'avantage du plein temps n'étant pas seulement matériel mais aussi moral. En ce qui concerne la recherche, le projet d'une caisse autonome parait excellent. Signale la création d'UR dans les hôpitaux de l'AP par l'INH. Province? Regrette disparition des directions régionales de la Santé. Prévoir l'organisation de secrétariats médicaux. Surpris de voir le nombre de malades qui passent dans les hôpitaux et le peu de profit qu'on tire de ces observations, Leclainche signale l'installation à Paris d'un service d'électro-comptabilité. Il a aussi organisé dans le 10 ardt. parisien un service de soins à domicile pour les malades chroniques et certains convalescents. Pour Leclainche la réforme est un impératif absolu au risque de compromettre le prestige de la médecine française dans le monde (!).

    Hermann, étonné par le clivage sciences fondamentales - sciences cliniques, mais d'accord pour poursuite enseignement des sciences fondamentales en deuxième année.
    CHU? : système de conventions (laissé initiative des doyens?). Fusionner les carrières dès l'internat?- Il faut distinguer la fusion des fonctions et la fusion des titres. A Lyon, on a réalisé la fusion des fonctions : tous les médecins des hôpitaux recoivent des stagiaires, mais il se peut que des médecins des hôpitaux ne veulent pas faire d'enseignement. D'autre part tous les hospitaliers ne peuvent pas devenir universitaires. Réticences sur recrutment national : craint que les facs de province ne deviennent des centres de passage. Plein temps?- Irréaliste, certains services (dermato vénérologie) ne pourront occuper du personnel à plein temps. Crise de la recherche dans les fac de médecine : le montant des bourses CNRS est insuffisant, "il existe au CNRS une section de médecine, mais ses crédits sont limités et elle est peu adaptée aux problèmes médicaux"

    Clément Michel (Sécu). Je ne suis pas médecin, mais je m'étonne. Comment peut on concevoir que l'enseignement de la médecine soit fait en dehors des malades? Comment imaginer qu'un médecin des hôpitaux n'ait pas une vocation d'enseignant? Accord pour fusion des carrières, recrutement national indispensable, CHU inéluctables. Prévoir convention type établie par min Santé. Prévoir une double comptabilité pour ne pas mélanger soins et enseignement-recherche. Encore plus favorable au médecin plein temps qu'au service plein temps.OK pour les 5% de lits personnels. Il faut aborder le problème des spécialités médicales. A l'heure actuelle la proportion est de un médecin spécialiste pour deux généralistes. Mais la situation va en s'aggravant dans certains départements. Il serait souhaitable que le comité émette un avis sur ce sujet.

    Giraud (à propos du rapport Vernejoul Fauvert). Lorsqu'on dit que la majeure partie de l'enseignement se fait actuellement d'une façon bénévole, on emploie une formule à la fois vraie et fausse. Véridique parce qu'il est exact qu'une grande aide est apportée à l'enseignement par un personnel non officiel (les hospitaliers), mais inexacte parce que ce personnel non officiel tient moralement en grande partie, et en totalité dans certaines villes de province que nous connaissons bien, aux écoles universitaires. La solution est simple : il suffirait d'élargir les cadres en faisant un cadre général d'enseignants. Oui à l'enseignement fondamental tout au long du cursus, mais dans la cohérence. On ne peut songer à rejeter l'étude du métabolisme des glucides au moment du stage ou le diabète sera étudié. Plein temps? Utiles pour l'avenir. Fusion des carrières? Disons  favoriser l'interpénétration. La recherche ? Eviter les excès du caporalisme et les cloisons étanches entre recherche et enseignement. Propédeutique :  la maintenir à l'hôpital (anatomie physio) "ce n'est pas une raison parce qu'un étudiant ne peut pas comprendre la portée clinique de l'abolition d'un réflexe achilléen pour qu'on ne lui montre pas comment on peut être sur que le réflexe n'est pas aboli". Le rapport Fauvert est très sévère avec les cours théoriques en disant qu'ils ne sont pas suivis, je ne suis pas d'accord. Non à l'obligation du bac maths, non à la suppression du concours d'externat.
    Binet : pour soutenir les sciences fondamentales, il convient d'augmenter le personnel des facs de médecine
    Aujaleu : il est indispensable que le MEN donne le plus tot possible la garantie qu'il participera à la construction des CHU (lancement du plan hospitalier)
    Dausset précise que la question est à l'étude à la DES. "Ce budget ne doit pas être sacrifié comme il l'a été l'an dernier". Debré doit être reçu par le MEN.
    Aujaleu comme Michel effrayé par l'augmentation du nombre de spécialistes. A Strasbourg, 80% des internes préparent des certificats de spécialité (CES) et C2, tout cela étant préjudiciable à l'internat
    Vernejoul il ne faut pas toucher à l'internat et il faut élargir l'externat. Le Plein temps est une nécessité absolue. Mais difficulté de l'adapter aux petits services comme ceux de la clinique à la française. Plutôt interpénétration que fusion des carrières.
    Debré : poursuit-on la discussion générale ou passe t-on à celle des projets de loi?
    Creyssel : si l'accord est réalisé sur les vices à corriger, il ne l'est pas sur les remèdes qu'on entend proposer.
    Giraud, d'accord pour discuter sur textes.
    A propos des CES, Michel demande de leur donner un cadre légal
    Aujaleu : pense que si la réforme du PCB n'est pas incluse dans la loi, celle des CES ne doit pas y être introduite, leur qualification relevant de l'Ordre.

    15 mai 1957 - Comité interministériel (suite de la discussion)

    Dausset parle au nom des camarades de sa génération et au nom des chercheurs. Sur le plan technique, la médecine française n'est pas adaptée aux progrès de la science. Les jeunes générations veulent de la recherche. Fait un compte rendu de sa visité à Toulouse et à Bordeaux. A Toulouse, la réforme est accueillie avec quelques réserves (mais projet installation fac méd à coté de l'hôpital Purpan)
    Bugnard : Le problème de la réforme des études médicales n'est pas spécifique à la France. Doit on garder le praticien de médecine générale? A partir de quand doit on commencer la spécialisation? Des études de l'OMS ont été réalisées sur ce sujet. En France, manque de crédits de l'Enseignement supérieur pour la recherche.
    Robin : En ce qui concerne le plein temps, puisque la réforme ne sera effective que dans dix ans, il sera nécessaire de le rendre obligatoire dès son application
    Creyssel : il est nécessaire de faire cesser la dualité qui écartèle les étudiants entre les examens de la fac et la préparation du concours de l'externat. Toutefois, il me parait difficile d'admettre comme externe des étudiants n'ayant jamais travaillé dans un hôpital.
    Fontaine : pour la suppression de la dualité examens de la fac concours hospitaliers. Il faut supprimer le concours d'externat (donc tout étudiant doit faire de l'externat)
    Debré suggère que le titre d'externe soit maintenu tous les étudiants exerçant peu ou prou des fonctions d'externe.
    Aujaleu: oui mais, quid des écoles préparatoires (de médecine)?
    Debré admet que le problème n'a pas de solution immédiate.

    16 mai 1957 - Projet de décret modifiant le régime des études et des examans en vue du certificat d’études PCB

    Le PCB organisé en concours par les deux Facs (médecine et sciences).../ Programme de biologie : il est inspiré des travaux de la sous commission de réforme du PCB et il a été prévu par le doyen Morin en fonction d’une réforme plus complète.../ Ce réaménagement a consisté essentiellement dans la suppression de la séparation biologie animale – biologie végétale, ces deux chapitres étant intégrés dans un seul chapitre de biologie générale . 

    10 juin 1957 - Comité interministériel

    Aujaleu: la rédaction de l'art 12 du projet de loi ne lui parait pas satisfaisant, il craint que sa rédaction ne laisse la possibilité aux médecins d'opérer en dehors de l'hôpital. Il faut préciser que les hospitaliers pourront recevoir leurs malades dans leurs services
    Il sera tenu compte de la remarque de m. Aujaleu dit Debré
    Aujaleu, Michel, déplorent que le fonctionnement des hôpitaux échappe au gouvernement
    pouvoir disciplinaire, mise en place d'une juridiction mixte

    19 juin 1957 - Comité interministériel

    Robin et Dausset (à Rennes) terminent leur tour de France des fac méd.
    Débat sur la hiérarchie des moniteurs, assistants, chefs de servic
    Le Comité rejette la clause d'un numérus clausus pour la fac de médecine de Paris (qui avait été demandé par une fac de province?)
    Aujaleu et Leclainche soucieux de voir inscrit dans la loi la répartition des charges financières entre l'EN et la Santé. Par contre Robin et Michel n'y sont pas favorables
    Bugnard se demande si dans ce projet de loi, le troisième cycle trouve bien toute la place qui doit lui revenir;.
    Dausset, il serait bon de rassembler dans un seul titre toutes les dispositions qui ont trait au 3ème cycle. On y adjoindrait également quelques principes ou règles générales concernant la recherche.

    Juillet 1957 - Comité interministériel
    Avant projet de loi relatif à la réforme de l'enseignement médical et des hôpitaux des villes universitaires et au développement de la recherche médicale

    Il est incontestable que la France n'a plus aujourd'hui dans le domaine médical, la place qu'elle avait su conquérir. Un malaise est ressenti par les jeunes générations. Les étudiants, les externes, les internes, ne trouvent plus dans nos facultés la formation à laquelle ils peuvent prétendre. La mauvaise organisation du travail stérilise leurs efforts. Le choix des carrières se complique; les possibilités qu'elles offrent ne correspondent pas toujours à la valeur et au labeur qu'elles exigent.../ D'autres problèmes se posent aux praticiens comme aux spécialistes car l'exercice de la médecine subit la double influence de l'évolution sociale et du progrès technique. Il faut en tenir compte tout en sauvegardant fermement ses plus nobles principes.../ Nul ne niera non plus qu'il est difficile de pérenniser les méthodes actuelles de recrutement des médecins des hôpitaux. Elles ont causé des difficultés bien connues. Le temps s'estompe où toute nouvelle maladie, toute découverte thérapeutique portaient des noms français. Notre part dans les progrès récents n'est pas suffisante. Aucun prix Nobel de médecine n'a été décerné depuis plus de vingt ans à un Français ayant travaillé en France. Ce signe permet de mesurer notre retard.../ Enfin, au milieu du vingtième siècle, l'hôpital n'est plus, surtout dans une ville universitaire, un établissement charitable où les indigents étaient abrités et nourris, où certains médecins venaient bénévolement leur donner les meilleurs soins. C'est un centre de diagnostic et de traitement doté des moyens techniques les plus modernes et ouvert à toutes les catégories sociales bien que les assurés sociaux toujours plus nombreux, forment sa clientèle principale. Cet hôpital moderne est aussi un centre d'enseignement et de recherche médicale. Il faut tirer dans tous les domaines les conséquences de ces transformations. Mais cette situation qui a pu faire parler d'une crise de la médecine française, n'est pas due aux hommes doués de qualités praticiennes propres à l'exercice de toutes les formes de la médecine. Leur valeur triomphe souvent de difficultés multiples et se manifeste lorsque ces chercheurs trouvent, parfois à l'étranger, des conditions plus favorables à leur activité. Cet état de chose provient d'une véritable sclérose d'institutions anciennes que l'on n'a pas su adapter à temps aux conditions nouvelles créées par une évolution scientifique et technique accélérée. De nombreux professeurs, médecins et étudiants, ont au cours des dernières années courageusement dénoncé ces déficiences et réclamé les mesures qui s'imposent.

    Une réforme d'ensemble préparée par un comité interministériel

    Soucieux de la santé des Français et confiant dans la valeur incontestable du corps médical, le gouvernement a pensé que le moment était venu d'aborder dans son ensemble ce grave problème. L'expérience ayant montré le succès limité de réformes partielles préparées par une seule administration, un décret du 18 septembre 1956 a créé un Comité interministériel d'étude des problèmes de l'Enseignement médical, de la structure hospitalière et de l'action sanitaire et sociale.../  Des membres, en nombre limité, ont été désignés à titre personnel par le Ministre d'Etat chargé de l'Education nationale, le Ministre des Affaires sociales, le Secr. d'Etat à la Santé publique, le Ministre chargé de la recherche scientifique, le Min. de l'Intérieur, le Min. des Finances.../ En font partie notamment à côté de jeunes médecins et d'hospitaliers, des professeurs et doyens de nos grandes facultés, à côté du Directeur général de l'Enseignement supérieur, le Directeur général de la Santé publique, les directeurs de l'AP de Paris et de l'INH à côté du Pdt. du Conseil de l'Ordre, le Directeur de la Fédération nationale des organismes de Sécurité sociale, des universitaires. Le pr. Robert Debré de l'Académie de médecine en a été nommé président. Définie par le texte constitutif, la tâche du Comité consiste à étudier les moyens propres à adapter aux progrès de la médecine, l'enseignement médical, la structure hospitalière, la recherche médicale et la médecine de soins. Il a été établi dès l'abord que les situations acquises seraient respectées et que les hommes en fonctions choisiraient librement leur régime. La réforme définitive ne sera appliquée dans son ensemble qu'à la génération montante, donc progressivement.

    Une large consultation nationale

    Pour remplir cette lourde mission, le Comité a tenu d'abord à s'informer très complètement, pendant plusieurs mois, auprès des personnalités ou des organismes les plus qualifiés. C'est ainsi qu'ont été entendus notamment le Président de la Confédération des syndicats médicaux, les représentants des médecins des hôpitaux, des agrégés, des assistants, des internes, des externes, des étudiants, mais aussi les conseillers d'Etat présidents des Commissions du plan d'équipement scolaire et hospitalier et du Conseil supérieur des hôpitaux et le délégué général de la Fédération hospitalière. A côté de contacts parisiens, des missions d'information ont été accomplies par plusieurs membres du Comité dans les villes sièges de Facultés de médecine où plusieurs réunions ont permis d'utiles échanges de vue. Au terme de ce fructueux tour d'horizon qui fit apparaitre de nombreuses convergences d'opinions, les membres du Comité ont fait connaître leurs observations, désigné des rapporteurs sur chacun des grands problèmes examinés et décidé de préparer d'abord, avec le concours d'une commission spécialisée et des services compétents, les réformes relatives à la formation des futurs médecins. Mais il a été reconnu qu'une réforme profonde de l'enseignement médicale impliquait des modifications de la carrière du personnel enseignant, du statut des hôpitaux des villes sièges de Facultés ou d'Ecoles de médecine et devait prévoir une préparation à la recherche. Tel est l'objet de ce projet de loi. Des textes ultérieurs concerneront les autres tâches dévolues au Comité et notamment la modernisation de l'organisation hospitalière et certains problèmes concernant la médecine de soins, par exemple, la mise au courant des praticiens et une liaison organisée de ceux ci avec l'hôpital et son personnel. Ces projets s'inspireront tous du même souci de réaliser de véritables réformes de structure, mais seulement dans la mesure nécessaire et en sauvegardant, quand elles ont fait leurs preuves, les traditions nationales telles que le concours de l'internant et le libre choix des Facultés pour les nominations aux chaires de professeurs.

    Les raisons de la réforme

    De nombreux pays ont ressenti depuis quelques années la nécessité de rénover leur enseignement médical pour le mettre en harmonie, d'une part avec le caractère de plus en plus scientifique de la médecine et, d'autre part, avec les conditions nouvelles d'exercice professionnel, liées à la fois à l'évolution technique et aux transformations économiques et sociales des Etats modernes. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'UNESCO se sont préoccupés de ce problème qui a fait l'objet d'une conférence internationale à Londres en 1953. Mais une solution est sans doute plus urgente en France qu'ailleurs parce que nous vivons encore dans ce domaine sur les principes posés au début du dix neuvième siècle. Le régime même du PCB et des études médicales n'a guère été modifié depuis 1934.

    1/ L'absence d'un encadrement efficace des étudiants

    Le vieillissement de la structure de l'enseignement médical aurait pu être compensé dans une certaine mesure par la valeur des maîtres si le nombre de ceux ci avait augmenté en même temps que celui des étudiants. Il n'en est rien, à Paris surtout. Cette faculté qui reçoit plus de 40% des étudiants en médecins, compte quelque 80 professeurs alors que l'ensemble des facultés de province en comprend 140 environ pour les 60% restant. Il y a ainsi pour 100 étudiants, 3 professeurs à Paris contre 25 à Saint Thomas (l'une des 12 écoles de médecine de Londres) et plus de 50 à l'Université Columbia de New York. Certains de ces professeurs consacrent une partie importante de leur temps à leur clientèle privée. Un cours magistral devant 500 élèves, une présentation de malade devant une centaine ne suffisent pas à former le futur praticien alors que l'année universitaire ne dépasse guère six mois pour les cours et huit mois pour les stages hospitaliers. Aussi, les quelques 20 000 étudiants en médecine recourent ils à des enseignants bénévoles, médecins hospitaliers, chefs de clinique, internes, qui organisent à titre privé des conférences de préparation à l'externat et à l'internat. La qualité de cet enseignement ne compense pas le défaut d'organisation et le désordre d'études mal coordonnées.

    2/ La concurrence stérile de l'enseignement universitaire et des concours hospitaliers

    Actuellement, la dualité Hôpital-Faculté aboutit à l'anarchie. Le prestige, rentable, des titres hospitaliers nuit aux examens de la Faculté. Leur préparation est sacrifiée, l'assistance aux cours remplacée par la lecture hâtive d'un polycopié. La facilité relative des épreuves universitaires permet de conquérir cependant ses grades pour ceux du moins qui ont les moyens de se représenter le nombre de fois nécessaires.
    Il est vrai que les simples "stagiaires" perdus dans la foule de leurs camarades ne peuvent pas profiter vraiment de la qualité des maitres ni du contact des malades. Ils représentent cependant 60% des promotions de docteurs en médecine. Pour leur permettre de faire leur apprentissage avant de s'installer, on a dû prévoir un stage interne obligatoire en fin d'études. Créé depuis peu, certainement utile, il ne constitue qu'un palliatif. En outre, il a été envisagé avec faveur de prévoir une période de stage supplémentaire accomplie auprès d'un médecine praticien. On comprend dès lors l'attrait, pour les meilleurs, de l'externat et de l'internat où s'acquiert la véritable formation clinique. Mais cette solution n'est pas suffisante. Les places n'ont pas augmenté en proportion des candidats. L'âge moyen des reçus s'est élevé de 2 ans depuis 1939, ce qui rend plus critiquable le temps perdu à répéter trop longtemps les mêmes questions. Ce système ferme d'ailleurs les facultés sur elles mêmes. Les professeurs de clinique, issus du concours national de l'agrégation sont en fait recrutés sur place et ne changent de ville qu'exceptionnellement. Ils sont retenus par leur clientèle personnelle, mais surtout par leur titre hospitalier local qui ne leur permet pas de changer d'hôpital. Nommé de Lyon au Collège de France, le professeur Leriche, chirurgien de réputation mondiale, ne put obtenir un service dans les hôpitaux de Paris.

    3/ Le rendement limité des plus grands hôpitaux

    Les grands hôpitaux modernes représentent un investissement financier considérable qui explique leur prix de journée élevée. N'est il pas étonnant que leurs installations ne fonctionnent à plein que 3 ou 4 heures par jour, le matin lors du passage des médecins des hôpitaux? Cette utilisation à temps partiel du matériel et des locaux (notamment les appareils de radiologie, laboratoires, salles d'opérations...) augment le prix de revient de chaque acte, prolonge les durées d'hospitalisation, limite les possibilités d'enseignement et de recherche. Comme leurs étudiants partagés entre l'hôpital et la Faculté, ces maîtres de la médecine que sont les médecins des hôpitaux souffrent d'une mauvaise organisation de leur travail et d'un mauvais emploi de leur temps. Leurs journées sont morcelées à l'extrême entre leur cabinet personnel, leur service à l'hôpital, les cours à la Faculté et parfois quelques visites à domicile où à la clinique privée où ils opèrent. De même, assistants et chefs de clinique, à l'âge du plus grand enrichissement intellectuel, sont véritablement écartelés entre leurs diverses fonctions. C'est pour remédier à ces graves inconvénients que l'on a eu recours à des formules de plein temps pour certains médecins des hôpitaux. Le succès de Strasbourg a été mis en lumière; des expériences plus limitées sont en cours à Paris. Elles ont reçu l'adhésion non seulement des jeunes médecins, mais aussi des maîtres qui seraient heureux de se consacrer tout entier dans leur service ou leur laboratoire aux soins, à l'enseignement et à la recherche, en étant libérés des préoccupations et des difficultés matérielles.

    4/ La formation scientifique insuffisante

    Nul ne pourrait nier que la médecine requiert les plus hautes qualités morales et humaines, mais chacun sait qu'aujourd'hui le diagnostic et le traitement approchent de plus en plus d'une science exacte. Son apprentissage exige donc avec des connaissances beaucoup plus nombreuses et spécialisées une culture scientifique que l'étudiant ordinaire ne reçoit pas aujourd'hui. Le futur praticien doit donc désormais connaitre la biochimie et la physiologie et pouvoir utiliser au service des malades et de la recherche , non seulement les ressources des laboratoires, mais encore celles de la statistique, de la psychologie ou de la sociologie.
    Médecine préventive, médecine sociale, politique de la santé publique, organisation de la sécurité sociale, ne peuvent non plus être ignorées du futur médecin. Il faut songer que l'étudiant qui commence se médecine en 1957 exercera de longues années après la fin de ses études et devra être capable d'assimiler les nouveaux progrès qui ne manqueront pas d'être accomplis durant toute sa carrière.

    5/ L'inexistence d'un enseignement préparatoire à la recherche

    On a pu écrire que la médecine avait fait plus de progrès de 1925 à nos jours que depuis le commencement du monde. Esclave d'une tradition artisanale mal comprise, la France a pris dans le domaine de la recherche médicale un retard considérable. Malgré les efforts d'organismes comme l'INH et le CNRS, nous demeurons largement tributaires de l'étranger et devons importer contre des devises fortes ou fabriquer sous licence nombre de médicaments sauveurs. Plus que jamais, le travail médical exige l'agilité intellectuelle, la réflexion personnelle, l'initiative individuelle. Mais l'équipe de travail moderne favorise les efforts convergents des chercheurs dans des laboratoires dotés d'installations perfectionnées. Or, actuellement, il n'y a pour les chercheurs médicaux ni formation particulière, ni carrière possible. Il est indispensable d'y porter remède par une première série de mesures visant l'enseignement médical.

    Les grandes lignes du projet

    Le rôle du Comité interministériel aura été, moins d'imaginer des solutions inédites que de cristalliser des idées en marche, pour accélérer une évolution déjà amorcée. Le plan même du projet de loi ci joint montre bien cependant qu'il s'agit non de simples aménagements de l'état de choses existant, mais d'un ensemble cohérent de réformes de structure. L'idée directrice qui a recueilli une adhésion générale, c'est d'instaurer dans tous les domaines une véritable coopération organique entre les Facultés de médecine et les hôpitaux des villes de siège de Faculté ou d'Ecole de médecine. Cette harmonisation doit être réalisée dans le domaine des études comme dans la carrière du personnel hospitalier et universitaire, dans le régime des hôpitaux universitaires comme dans le développement de la recherche. Car l'enseignement de la médecine n'est plus un enseignement oratoire et littéraire. Il résulte avant tout de la participation aux soins aux côtés d'un 'patron' qui instruit et éduque autant par ses actes que par ses paroles. De même en France, surtout, la recherche médicale est et doit rester aux observations cliniques. L'INH a créé des unités de recherche dans certains hôpitaux, notamment ceux de l'AP de Paris. Ainsi, la pratique des grands centres hospitaliers montre que sont indissociables les soins, l'enseignement et la recherche et que ces trois activités orientées vers l'homme malade s'enrichissent d'une étroite collaboration qui s'étendra demain aux cours et aux laboratoires de nos Facultés.

    1/ La modernisation de l'enseignement

    Si l'organisation des examens et les programmes doivent rester du domaine réglementaire et s'inspirer des besoins qui se sont fait jour, il a paru nécessaire de consacrer dans la loi quelques-uns des principes du nouveau régime des études médicales. C'est d'abord un rôle accru des Facultés de médecine dans la préparation du PCB qui se fera en collaboration avec les Facultés des Sciences. C'est ensuite la formation scientifique de base qui occupera la plus grande partie du temps des étudiants et première et de deuxième année, sans que soit cependant totalement supprimé le stage hospitalier précoce de la propédeutique qui est dans la tradition française. Encore faut-il le faire utilement, nous l'avons vu. Pour l'obtenir, le Comité a voulu, tout en n'octroyant le titre qu'aux meilleurs, réaliser le voeu de Charles Nicolle en 1938 "... tous les étudiants en médecine devraient exercer les fonctions d'externes ".../ L'externat est maintenu. S'il continue à donner accès aux premières fonctions hospitalières, il est en même temps un examen de Faculté qui termine la deuxième année d'études et sanctionne le travail accompli dans ce premier cycle. Ainsi l'étudiant ne sera plus tiraillé entre l'hôpital et la Faculté, mais recevra la formation complémentaire des deux institutions. En outre, tout étudiant participera à l'activité hospitalière guidé par les internes moniteurs. Il passera sa journée entière à l'hôpital. C'est là également que, répartis en petits groupes de travail, les élèves accompliront leurs travaux pratiques. Ceux-ci seront organisés en connexion avec l'activité des services hospitaliers. Celle solution permettra d'assurer une liaison entre les études cliniques et biologiques à propos des malades et d'associer le personnel enseignant les sciences biologiques aux travaux des laboratoires, ce qui aboutira entre autres avantages, à leur participation à la masse commune des honoraires hospitaliers.
    Tout en gardant leur administration propre, les Facultés vont se rapprocher matériellement autant que possible des hôpitaux dans les centres hospitaliers universitaires où les étudiants passeront toute la journée, pendant dix mois pour le second cycle, à partir de la troisième année, au contact des malades et de leurs maîtres. Ceci exige que les Facultés où il y a le plus d'étudiants créent en leur sein même des collèges de médecine regroupant un nombre limité d'étudiants de la troisième à la sixième année et fixés sur un ou plusieurs hôpitaux universitaires.../ L'internat, creuset de nos élites médicales, demeure un concours local. L'organisation mise au point en commun par les autorités hospitalières et universitaires permettra surtout une certaine augmentation des places justifiées par les besoins des services et le nombre des étudiants. Ajoutons que s'il s'agit de revaloriser les études médicales, comme le demandent les représentants des étudiants eux-mêmes, il n'est pas apparu indispensable de renoncer aux traditions libérales de l'Université en limitant de façon autoritaire l'accès aux études médicales. Cependant, la sélection nécessaire sera assurée surtout pendant les premières années par le régime des examens.

    2/ L'unification de la carrière hospitalo-universitaire

    À l'heure actuelle, le corps enseignant en médecine est divisé en deux groupes distincts. Les professeurs de sciences fondamentales se consacrent entièrement à l'enseignement et à la recherche dans les Facultés. En règle générale, ils ne vont pas à l'hôpital et n'ont pas de clientèle privée. Il n'en est pas de même pour les professeurs de pathologie et de clinique qui ont presque tous passé, outre l'agrégation, un concours local de médecins des hôpitaux. Mais la coïncidence de ces deux qualités, résultat d'une double carrière, n'est pas générale. À Paris, notamment, de nombreux médecins et assistants des hôpitaux font de l'enseignement dans leur service sans appartenir à la Faculté et sans être réellement associés à sa vie. Il est apparu urgent d'unifier ces carrières parallèles en intégrant dans l'Université l'ensemble des enseignants. Bien entendu, les situations acquises seront respectées pour ceux qui refuseraient cette possibilité, mais pour les jeunes, il y aura un recrutement unifié des fonctions hospitalières et enseignantes dans les villes universitaires.
    Si l'on songe aussi que la recherche médicale est souvent animée par ces mêmes hommes, on comprend que l'on ait jugé indispensable que les enseignants de pathologie et de clinique, comme leurs collègues des sciences fondamentales, consacrent à leurs fonctions hospitalières d'enseignement et de recherche la quasi-totalité de leur activité professionnelle. De leur côté, les professeurs des sciences fondamentales seront associés aux travaux des hôpitaux des villes universitaires dont les laboratoires fonctionneront ainsi de façon continue. Ce régime à temps plein a été préconisé par les plus hautes autorités médicales. Il sera organisé de la façon la plus libérale. Ces médecins pourront en effet être appelés en consultation par un médecin, recevoir la visite de malades personnels dans leur service et les y faire hospitaliser. Si les universitaires en attendent un meilleur enseignement, le Directeur général de la Santé publique, le Directeur général de l'AP et le Directeur de la fédération nationale des organismes de Sécurité sociale en attendent un meilleur fonctionnement de nos grands hôpitaux. Les membres de cette carrière hospitalo-universitaire seront pour l'avenir recrutés par un concours national unique ouvert à tous les internes et aux chercheurs avec des sections spécialisées. Cette formule permettra une fructueuse circulation des hommes et des idées entre les différentes Facultés. Elle aidera notamment les Facultés nouvellement créées. Elle favorisera aussi l'expansion de la médecine française outre-mer et à l'étranger, ceux qui accepteront de passer quelques années hors de la métropole étant assurés de retrouver un poste convenable à leur retour. Les candidats reçus seront nommés à la fois maîtres de conférences et médecins, chirurgiens et spécialistes des hôpitaux des villes universitaires. C'est essentiellement parmi eux que seront ultérieurement choisis par les Conseils de Faculté, comme à l'heure actuelle, les titulaires de chaires. Bien entendu, il faudra ouvrir assez largement cette carrière pour remédier à l'insuffisance actuelle du nombre des enseignants et faire face aux besoins supplémentaires qui résulteront de notre renouveau démographique. Mais à côté des professeurs et des maîtres de conférences, des internes ou anciens internes désignés comme moniteurs, assistants ou chefs de travaux guideront l'effort des étudiants, réunis sous leur direction en petits groupes d'une quinzaine pour des conférences ou des travaux de laboratoires.

    3) L'organisation de groupements hospitalo-universitaires

    L'adaptation à l'enseignement des grands hôpitaux des villes de Faculté ou d'Ecole de médecine doit, compte tenu des réformes sus mentionnées, être développée pour permettre la vie en commun toute la journée des enseignants et des élèves à partir de la troisième année. Ces hôpitaux devront comporter toutes les installations matérielles nécessaires à l'enseignement sur place de la clinique et des sciences fondamentales appliquées. Mais il faut lever toute équivoque. Il n'est pas question de donner à la seule Université, la propriété ni la gestion des hôpitaux de villes universitaires, ni de faire prévaloir les nécessités de l'enseignement sur celles des soins. La gestion traditionnelle est maintenue avec des aménagements limités pour favoriser la coopération des enseignants qui sont aussi les médecins chefs de services, avec la direction administrative de l'hôpital. Des conventions passées entre la Faculté et l'hôpital préciseront les modalités de ces diverses activités. Le respect du malade sera, bien entendu, garanti et la présence continue des médecins ne pourra qu'améliorer encore la qualité et la rapidité des soins. Certaines de ces dispositions sont inspirées des réformes envisagées par la Commission de la Santé publique de l'Assemblée nationale.
    Les autorités universitaires et hospitalières collaboreront ici encore pour désigner parmi les hôpitaux existants ceux que leur situation et leurs caractéristiques permettront d'adapter rapidement à ce rôle d'enseignement accru et pour proposer les constructions nouvelles nécessaires. Sans être soumis au régime particulier d'hôpitaux de ville universitaire, certains établissements hospitaliers publics pourront être autorisés à accueillir officiellement des étudiants comme externes ou internes, lorsque le nombre de lites des hôpitaux de ville universitaire ne sera pas suffisant pour le nombre d'étudiants d'une Faculté ou Ecole de médecine.

    4) Le troisième cycle et la préparation à la recherche

    Favorisée déjà par l'accent mis sur l'enseignement scientifique de base au début des études médicales, la préparation à la recherche sera réalisée au cours d'un troisième cycle d'études. L'accès en sera libre pour tout étudiant ayant terminé la quatrième année. Les cours seront donnés par des professeurs de la Faculté de médecine ou de la Faculté des Sciences et par d'autres personnalités qualifiées par leurs travaux dans des organismes comme l'INH et le CNRS. Ils seront complétés par des stages dans divers laboratoires agréés. Les étudiants ayant terminé le troisième cycle pourront se présenter au concours national donnant accès aux postes non cliniques de la carrière d'enseignement, de soins et de recherche dans les hôpitaux de ville universitaire où les unités de recherche seront multipliées. Ils pourront aussi suivre une carrière de chercheurs dans les autres centres de recherche publique ou privés existant. La création d'un cycle d'initiation à la recherche et d'une carrière de chercheur médical réalisera ainsi pour la Médecine, une partie des propositions du Conseil supérieur de la recherche scientifique.

    Conclusion : une mise en œuvre rapide et progressive

    Ce projet doit donc mettre les Facultés de médecine à même de remplir les missions dévolues aux établissements d'enseignement supérieur par le titre IV du projet de loi portant réforme de l'enseignement public déposé en décembre 1956 sur le bureau de l'Assemblée nationale, en assurant la formation scientifique moderne et continue des praticiens, des enseignants, des médecins des hôpitaux et des chercheurs. En outre, l'accès plus largement ouvert, en cours d'études, à des fonctions hospitalières, enseignantes ou de recherche comportant une rémunération certaine et la création du concours national, favorisera l'élargissement souhaité du recrutement social des étudiants en médecine. L'application de la loi devra se faire dès que possible car ces réformes sont depuis longtemps réclamées et répondent aux voeux de la jeune génération tout entière. L'aménagement du régime des études notamment pour le PCB et la création du troisième cycle pourront intervenir rapidement par décret puisqu'il s'agit de mesures réglementaires n'entrainant pas, en outre, en elles-mêmes, des dépenses supplémentaires. Il en ira différemment des dispositions relatives au corps enseignant ou aux hôpitaux de villes universitaires. Mais l'augmentation du nombre des enseignants est de toute façon inévitable et sera limitée par l'adoption du plein temps. Des directives ministérielles ont déjà demandé que soient inscrites au plan d'équipement scolaire en cours d'élaboration les prévisions permettant des constructions des locaux d'enseignement nécessaires dans les hôpitaux à vocation universitaire existants ou à proximité immédiate. De même, les constructions hospitalières nouvelles dans les villes de Faculté tiendront compte du rôle d'enseignement accru qui leur est reconnu. Un hôpital de ville universitaire pilote matérialisera d'ici quelques années l'esprit de la réforme. Construit dans la banlieue de Paris, il mettra quelque huit cents lits de plus à la disposition des malades de la capitale et pour recevoir environ trois cents étudiants. C'est bien entendu le budget du Ministère de l'Education nationale qui supportera les dépenses d'équipement universitaire. En outre, comme le demandent depuis longtemps l'administration hospitalière et les organismes de Sécurité sociale et comme le principe en a déjà été posé dès 1943, une part forfaitaire des dépenses de fonctionnement de hôpitaux des villes universitaires représentent les frais supplémentaires d'enseignement et de recherche, bénéficiant à l'ensemble de la nation, sera obligatoirement prise en charge par ce même département ministériel. Les prix de journée de ces établissements en seront allégés d'autant. Le fonctionnement continu des services et les résultats de recherches plus nombreuses doivent rendre rentables les dépenses supplémentaires ainsi consenties, ne serait ce que par une réduction non négligeable des durées d'hospitalisation. Le texte prévoit enfin une application assez souple, qu'il s'agisse du recours à des conventions locales, de l'adaptation aux régimes particuliers de certaines villes ou régions, ou des mesures transitoires qui, nous l'avons dit, respecteront la libre décision des titulaires des fonctions actuelles. Ce projet contient la promesse d'heureux effets. Lorsque le Parlement en aura adopté les principes, le résultat dépendra de la coopération nécessaire de tous les intéressés. À côté des administrations responsables qui continueront à coopérer au sein du Comité interministériel, ce sont les dirigeants et les médecins des hôpitaux, les doyens et les professeurs, les chercheurs et les étudiants, qui donneront vie aux textes et assureront le succès d'une réforme que les témoignages recueillis ont montré attendue de tous.

    22 aout 1957 - Avant projet de décret portant création d’enseignement préparatoire à la recherche médicale dans le centre de préparation prévu par le décret du 31 juillet 1920 en liaison avec les Fac de sciences, l'INH, le CNRS et autres organismes de recherche publique ou privée.

    Note sur un avant projet de création d'un troisième cycle d'enseignement préparatoire à la recherche médicale

    Parmi les autres recherches, la recherche médicale se distingue par le fait qu'elle nécessite le plus souvent une double formation : d'une part médicale et clinique, d'autre part biologique et scientifique. L'harmonie nécessaire entre ces deux formations est souvent difficile à réaliser. La formation médicale et clinique sera acquise grâce aux fonctions hospitalières d'interne, d'externe ou de faisant fonction d'externe que les étudiants en médecine rempliront dans le cadre de l'hôpital de ville universitaire où ils auront reçu l'enseignement clinique donné par les moniteurs, les assistants et les professeurs de clinique.
    La formation biologique et scientifique donnée au cours des premières années de médecine soit être développée et complétée pour ceux qui veulent se destiner à la recherche. Le but d'un 3ème cycle d'enseignement préparatoire à la recherche médicale est de faciliter cette formation scientifique et technique. Il doit répondre à deux impératifs :

    - donner une culture scientifique orientée vers l'utilisation quotidienne autrement dit fournir au futur chercheur les instruments de travail dont il aura besoin tout au long de sa carrière
    - donner une fonction technique indispensable à toute recherche, autrement dit permettre à l'étudiant de travailler de ses mains sous la direction de chercheurs éprouvés. Mais ce cycle n'aura complété la lacune actuelle que s'il est donné de manière à éveiller les vocations vers la recherche et également s'il ouvre les portes d'une carrière enviable.

    Début préparation à la recherche : selon ses gouts et ses affinités l'élève pourrait choisir entre les quatre matières à option suivantes qui couvrent l'ensemble des disciplines fondamentales
    -La microbiologie dans laquelle s'intègreront la bactériologie, la parasitologie, la virologie, l'immunologie, l'hématologie, etc.
    -La chimie et la physique biologique
    -La physiologie et la physiopathologie
    -Les sciences morphologiques qui comprennent l'anatomie, l'embryologie, l'histologie, l'anatomo-pathologie
    Enseignement donné en fin d'AM : il est en effet très important que les internes ne soient pas empêchés par leur service clinique de suivre les cours et les travaux pratiques de troisième cycle.

    En première approximation on peut estimer que le nombre des étudiants suivant les cours préparatoires à la recherche serait limité et pour fixer les idées ne dépasserait pas 10% du nombre global des étudiants de quatrième année, soit à Paris, un nombre de 10 à 30 élèves par matières à option.../ Un enseignement dispensé non pas sous forme de cours ex cathedra, mais plutôt sur le modèle des conférences d'internat..../ Il est très important que les maitres soient des chercheurs confirmés; par exemple appartenant au CNRS ou à l'INH ou à des organismes semi privés de type Institut Pasteur, Association Claude Bernard, centres de transfusion, centres anti cancéreux.../ Certains étudiants complètent actuellement leurs connaissances scientifiques en suivant les cours des certificats de la Fac de Sciences, mais malgré la haute valeur de ces enseignements, on peut leur reprocher de ne pas être suffisamment orientés vers la biologie et la médecine. Certaines équivalences pourraient néanmoins être recherchées.

    La deuxième partie : stages en laboratoires pendant lesquels l'élève se verrait confier un travail personnel et solitaire sur un sujet forcément très étroit de façon à lui donner une responsabilité directe dans la conduite de l'expérimentation..../ C'est aux confins de deux disciplines que se font souvent les découvertes les plus fructueuses. Il parait donc indispensable que ce troisième cycle ne se termine pas sans que le futur chercheur ait pu vivre de la vie quotidienne d'au moins deux laboratoires de recherche en pleine activité dans des branches différentes, mais complémentaires..../ De plus il devra suivre des cours spécialisés où il se familiarisera avec certaines théories et techniques d'avant garde.../

    Mise en place d'un système de bourses de troisième cycle (fournissant une rémunération supérieure à celle des moniteurs de clinique).../ La carrière à prédominance de recherche constitue la véritable carrière du chercheur médical. Malgré la correspondance des traitements des chercheurs de l'INH ou du CNRS et des membres de l'Enseignement supérieur on peut dire qu'à l'heure actuelle cette carrière n'existe pas. Elle ne pourra exister que si elle conduit à des postes donnant d'excellents moyens de travail en même temps qu'à une situation matérielle et morale enviable. Ceci ne peut être réalisé que par une liaison étroite de la recherche et de l'enseignement..../ A la fin de ces années de stage, le futur chercheur serait maintenu dans les cadres de l'INH ou du CNRS par les commissions compétentes. Une sélection sévère doit être opérée à ce moment là. Le stagiaire qui sera refoulé n'aura fait qu'une année d'étude de plus que les six années de l'enseignement standard. Il pourra facilement s'orienter vers une autre branche de la médecine où il utilisera les notions acquises par exemple vers le laboratoire directement appliqué à la clinique.../

    Un chercheur qui aura réussi sa carrière devenu directeur de recherche pourrait être nommé professeur de spécialité à la faculté de médecine. Il entrerait ainsi à la faculté comme on entre parfois au Collège de France à titre strictement personnel. Il faudrait (donc) qu'un petit nombre de chaires soient réservées à des DR afin que le couronnement de la carrière de recherche par le professorat soit toujours possible, donnant ainsi un grand prestige à cette carrière.

    27 aout 1957 - Aujaleu (DGS) à Secrétaire d'Etat à la Santé publique et à la Population

    A propos du décret sur les situation des professeurs de clinique des Facs et Ecoles de méd. dans les hôpitaux publics, vous dite qu’il parait que le Règlement d'administration publique prévu à cet effet devrait pouvoir être établi sans aucune difficulté puisque qu’au sein de la Commission Debré ont été évoqués et résolus les différents problèmes posés par ce projet de loi, notamment en ce qui concerne les dispositions disciplinaires. Je suis disposé à procéder au dépôt du projet de loi si vous estimez que ce projet n’a pas de caractère désobligeant pour le Comité interministériel en laissant entendre que le projet  n’aura pas de suite avant de longs délais. Les règlements disciplinaires, évoqués par les travaux du comité, sont conçus dans l’optique d’une fusion complète des deux carrières universitaires et hospitalières.

    25 septembre 1957 - Doyen Giraud à MEN

    Les centres hospitaliers des villes universitaires se plaignent à tort ou à raison que la présence des étudiants et des services d’enseignement dans les hôpitaux entrainent un surcroit de dépenses…./ C’est la raison pour laquelle je me suis toujours déclaré partisan de demander une subvention compensatrice forfaitaire…/ Je pense que si cette subvention était rétablie et suffisante , elle nous permettrait d’en finir avec ces échanges de vue qui prennent quelquefois un caractère irritant, surtout lorsque les imputations prennent le caractère vague et inexact que je constate dans la note qui m’est aujourd’hui transmise.

    9 novembre 1957 - Comité interministériel (troisième cycle, réactions au projet, CES)

    Rapport Hermann (doyen Fac de Lyon) sur le troisième cycle des études médicales

    Il importe essentiellement d'attirer des étudiants vers la recherche et de ne pas les laisser y venir au hasard comme cela se fait actuellement. Je suis partisan de diriger les étudiants vers la recherche lorsqu'ils sont très jeunes, dès la 4ème année à un âge où ils se sentent encore assez désintéressés. Mais encore faut-il leur trouver des débouchés. Il faut relever aussi que les Facultés n'ont pas encore délibéré de cette question.
    Doyen Fontaine : les étudiants vers le troisième cycle en 5ème année pour ceux qui sont intéressés par la recherche les autres s'orienteraient en sixième année vers une carrière de praticien. En voulant les faire entrer trop tôt dans le 3ème cycle, on courrait le risque qu'ils manquent de la formation générale indispensable car la science médicale est en connexion intime avec tout ce qui touche aux malades. Un autre problème se pose également : celui des internes. Il faut créer des cliniciens chercheurs. Au cours de son internat l'interne pourrait être libéré pendant un an de toute charge de clinicat pour préparer une thèse de recherche.

    L. Bugnard est d'accord avec Hermann et Fontaine, toutefois il remarque qu'il n'existe pas assez de laboratoires où les étudiants puissent travailler.... Le ministère des Finances s'oppose au recrutement de jeunes chercheurs par le CNRS ou l'INH lorsque la demande d'admission est faite avant la fin des études médicales, i.e. avant le doctorat en médecine. La seconde difficulté réside dans le manque de places dans les laboratoires. Avec la création du 3ème cycle si les locaux nécessaires sont construits et l'avenir des chercheurs mieux assuré, cette difficulté viendrait à disparaitre. Ceci existe en Angleterre où la recherche et l'enseignement sont juxtaposés. La formation de chercheur est chose très difficile, les six années d'études médicales ne suffisent pas. Dans les fac de sciences ils se trouvent noyés parmi les autres étudiants, il faut donc commencer à former les étudiants dès la 5 ou 6ème année.... Notre jeunesse mérite un effort de la part du gouvernement.

    Hermann se dit soucieux que les étudiants qui ne pourront faire l'internat ne se dirigent en trop grand nombre vers la recherche....
    Dausset : il ne doit pas y avoir de concurrence entre l'internant et le 3ème cycle, il s'agit d'études parallèles. Mais rien dans l'avant projet n'a été mis au point pour améliorer les débouchés ouverts aux chercheurs.
    Doyen Binet : les facs de sciences craignent la médiocrité de certains candidats.
    Binet et Fontaine sont d'accord pour que les sciences physiques et la chimie générale soient étudiées dans les fac de sciences.
    Hermann souhaite que les fac de méd gardent la plus grande liberté l'organisation de l'enseignement de troisième cycle.
    Ribas : l'harmonisation entre l'internant et le troisième cycle pourra être prévu par le règlement d'administration publique.
    Le troisième cycle s'appellera de sciences médico-biologiques.

    Réactions provoquées par l'avant projet de loi

    Du coté hospitalier on souhaite le maintien de l'unité de gestion par les commissions administratives et le min. Santé. Nécessité d'un remboursement sur les crédits de l'Educ. natle., présidence des maires. L'institution du concours national au stade de chef de service est la mesure qui soulève les critiques les plus vives. L'anonymat rencontre une opposition quasi unanime. La direction de l'AP de Paris seule l'a défendue avec l'inspecteur divisionnaire de Bordeaux. On souhaite la mise en place du plein temps de manière progressive et pas systématique. On est sceptique sur la participation financière du MEN.
    L'Ordre estime que rien ne pourrait être pire que la maintien du statu quo (le fait que tous les étudiants soient appelés à l'externat favorablement accueilli).../ En résumé l'avant projet rencontre dans ses principes un accord à peu près complet en ce qui concerne du moins les administrations hospitalières les directions des hôpitaux et le min de la Santé. L'Association des Internes de Paris prend nettement position en faveur de la reforme dans la presse du matin.../ Du coté des facultés : réunion des doyens prévue le 4 décembre. Les Fac de sciences estiment que le PCB doit rester leur affaire. La question du concours national a soulevé de nombreuses critiques (on craint le centralisme parisien) il faudrait au moins rajouter le correctif d'une épreuve régionale. Les Fac de médecine souhaitent que le plein temps soit appliqué de manière libérale. Des précisions ont été demandées sur la situation matérielle des personnels plein temps. Dausset rappelle l'impatience des étudiants devant l'avant projet de loi dont ils ont maintenant connaissance et qui remédierait à l'écartèlement qui leur est actuellement imposé entre l'hôpital et la faculté.

    Certificats d’études spéciales (CES), rapport Vernejoul

    Il apparait nécessaire de réduire le nombre de médecins spécialistes et de modifier les listes de spécialités. Vernejoul propose que ceux qui ne réussissent pas l'internat puissent faire un CES.

    Décembre1957 - Observations présentées par la DES au Comité interministériel, suite à une enquête auprès des Facultés de médecine

    Il n’est pas question de donner à la seule université la propriété ni la gestion des hôpitaux, ni de faire prévaloir les nécessités de l’enseignement sur celle des soins. Encore faut il assurer l’Université qu’elle demeurera maitresse de l’enseignement et des recherches. Il convient absolument d’éviter une dissolution de la faculté dans l’hôpital.../ Il convient aussi de ne pas couper la 2ème de la 3ème année pour ne pas réduire les facultés à un rôle d'écoles préparatoire indignes d’elles….Dans cet esprit l’Ens. Sup. demande au comité interministériel de substituer à la qualification purement géographique qu’il a prévue, l’appellation d’hôpital universitaire qui marque mieux le désir d’aboutir à une étroite collaboration.../ Quelques facultés demandent le maintien de l’externat. Toutes marquent leur attachement à l’internat dont elles veulent maintenir la haute qualité (à Strasbourg toutefois une faible majorité a demandé la suppression du concours (19/18 ).../ Le titre II de l’avant projet « de la recherche médicale » est approuvé dans l’ensemble. Il convient toutefois d’attendre pour se faire une opinion que les facs aient pu prendre connaissance du projet de décret sur le 3ème cycle qui vient d’être communiqué. Je veux indiquer seulement que Strasbourg demande que l’Institut Pasteur figure à l’article 8 aux cotés de l’INH et du CNRS.


    31 janvier 1958 - Examen par l’Assemblée des Facultés de sciences du dossier fourni par le Comité pour la réforme des études médicales

    Joseph Pérès, doyen de la fac de sc. à Maurice Bayen, DES adj. MEN

    Le comité propose deux voies possibles pour le PCB
    - enseignement de culture scientifique générale
    - enseignement dit réaliste limité à ce qui sera nécessaire au futur médecin
    Le Comité où ne figurant aucun représentant des fac de sciences choisit la seconde option arguant de l’insuffisante formation des classes terminales (secondaire).../ Les fac de sciences s’élèvent contre ce choix.../ Il faut remédier aux insuffisances du système d’enseignement. Il avait été proposé au moment de la réforme ‘Bérard’ que le bac grec-philo soit obligatoire pour les futurs médecins. Mais c’est celui de math'élem ou de sciences ex qu’il faudrait réformer… Si les Fac de médecine veulent intégrer leur PCB grand bien leur fase, mais nous n’avons aucun désir de nous associer à une expérience qui rappelle par trop l’A.P.M. créée en 1943 par le gouvernement de Vichy.

    Nos critiques :
    - pas assez d’heures de maths,
    - le fait d’avoir évincé l’optique de la physique,
    - quid des TP de physique ?
    - La chimie, scindée en quatre sous disciplines (chimie générale, minérale, organique, biologique),
    - la biologie, portion congrue laissée aux facs de sciences. Il semble très difficile de traiter correctement en 7 h de cours tous les sujets énumérés sous la rubrique ‘hérédité et génétique’.../ Il semble tout à fait impossible de dépasser une suite de phrases assez vides de sens concret si l’on prétend donner en quatre heures toutes les notions prévues sous la rubrique ‘l’évolution’ ou sous celle de l’’influence du milieu, écologie’. On risque d’aller vers la conférence mondaine.

    Conclusion : si les directives du comité sont suivies, il faut laisser l’ensemble de l’application de la réforme aux facs de médecine. Si, par contre, on considère que c’est en se bornant à un enseignement trop technique (pseudo réaliste) que l’on risquera de fournir le plus de données vite périmées, tandis que les données générales restent, elles, toujours nécessaires et éducatives, si, en conséquence, on estime indispensable de limiter le programme PCB à ce qui sera nécessaire à un futur médecin, l’Assemblée des Facs de sciences propose :
    -d’introduire un examen des épreuves écrites éliminatoires (réalisable dès juin 1958)
    -exiger le bac maths ou sc ex pour s’inscrire en PCB,
    -aménager des locaux.
    Sinon la Fac de méd reprend le PCB et la fac de sciences récupère ses enseignants.

    26 février 1958 - Comité interministériel (la fronde des doyens)

    Incident provoqué par le doyen Hermann qui se plaint que ses interventions n'aient pas été portées au procès verbal , ainsi pour la prise en charge du PCB par les fac de médecine et qui menace de démissionner :
     "....vous m'avez opposé l'argument d'autorité, or quarante ans de pratique expérimentale m'ont accoutumé à une discipline intellectuelle où le sit pro ratione voluntas n'a jamais trouvé place. Je me suis donc réfugié dans le silence, et si je n'ai pas démissionné, c'est pressé par mes collègues de rester.... / Depuis que nous nous réunissons, il ne s'est pas passé une seule séance sans que ce qui s'accomplit actuellement dans nos facultés ne soit critiqué, amenuisé, parfois ridiculisé. Notre amertume a été grande de lire dans la presse des réquisitoires contre nos facultés. Celles ci se sont cabrées il faut que vous le sachiez devant les jugements injustes que l'on a portés publiquement sur elles, monsieur le Président, comme vous l'avez déjà dit publiquement à ceux qui n'adoptent pas vos vues les taxant de 'manquer de l'imagination nécessaire pour prévoir l'avenir', nous reprochant de nous 'abriter derrière la fausse application de certains principes pour défendre des habitudes collectives, des privilèges personnels, des abus, des intérêts particuliers'..../ Il se peut que je manque d'imagination, il n'est pas donné à tout le monde d'être prophète....Quoi qu'il en soit j'écarte d'un mot les autres imputations. Péjoratives, elles ne peuvent s'adresser à aucun d'entre nous..." .
    Hermann reproche à Debré de dresser les générations les unes contre les autres.

    Souci exprimé par le doyen Binet de voir se provoquer des scissions au sein des Facs de médecine : 
    "Les bâtiments non hospitaliers de la Faculté ne seront occupés que par une partie bien délimité et mise à part du reste du corps enseignant et qui prendra inévitablement figure d'école préparatoire. Il a de plus été mentionné dans nos discussions que les prof. de chimie et de physique biologie, de physiologie, verraient détacher leurs maitres de conf. dans le différents hôpitaux universitaires afin qu'il y ait des physiologistes, des chimistes, des physiciens annexés aux cliniques et travaillant avec elles et surtout pour elles. Si vous estimez, messieurs, qu'un tel dispositif ne crée pas une scission dans le personnel des facultés, je demande comment il pourrait s'en produire une plus grave puisque celle ci écarte du titulaire ses collaborateurs immédiats et éparpille ses élèves.../ Monsieur le président, vous avez très clairement exposé votre pensée en disant que 'les sciences biologiques doivent être intimement mêlées aux sciences cliniques'. Toutes les disciplines doivent être liées aux problèmes posés par le malade. Il faut joindre, topographiquement, intellectuellement et dans le temps tous ces enseignements et pour cela réunir étudiants et professeurs à l'hôpital.../ C'est bien là où je ne puis vous donner mon accord, car, avec cette réunion plus formelle que réelle, que deviendra la recherche ? Faut-il pour qu'elle s'accomplisse que les hommes de laboratoire travaillent dans un hôpital et n'est il pas préférable, plus encore indispensable, qu'ils conservent l'autonomie, je dirais presque la liberté qui est actuellement la leur. Je crois d'ailleurs qu'ils la conserveront quel que soit le lieu de leur travail et vous les aurez déplacés inutilement car en quelque endroit qu'ils se trouvent ils resteront fort heureusement des hommes de laboratoire, amoureux de leur tranquillité, désireux parfois d'isolement, attachés à leurs petites ou leurs grandes manies, ayant le seul souci d'entreprendre, avec les techniques et les méthodes qui leur sont propres, ce vers quoi les pousse l'originalité de leur esprit et dehors de toute application pratique. Au surplus a-t il fallu cette réunion hospitalière pour que s'accomplissent les plus grandes découvertes médicales de ces cent dernières années? Je n'évoquerais pas Claude Bernard et Pasteur. Leurs génies nous écrasent. Mais Charles Richet et Paul Portier ont ils découvert l'anaphylaxie dans un hôpital? Comment McLeod, Banting et Best, s'appuyant sur les travaux français d'Emmanuel Hédon et de Laguesse, ont ils découvert l'insuline? Et Hering comme Heymans, les fonctions du sinus carotidien? Et comment Flemming, Florey, Chain, Wacksman, Sherrington, Cannon et Pavlov ont ils travaillé? Et Fourneau et Tréfouel et Daniel Bovet, le plus récent prix Nobel de Médecine? Et les Cori et Kühn et Windhaus et Karrer et Reichstein le père de la cortisone? Et Duvigneau le premier à effectuer la synthèse d'hormones protidiques? Et en France, Ancel, Bouin, les promoteurs de l'endocrinologie sexuelle et leurs continuateurs, Courrier, Benoit? Et lorsqu'on cite André Cournand dont j'admire grandement les travaux, ne convient-il pas de rappeler que ces sont Chauveau et Marey qui lui ont ouvert la voie en 1863 en introduisant des sondes dans le coeur du cheval? J'arrête cette énumération que je pourrais allonger encore. Elle est à mes yeux démonstrative de la valeur imprescriptible de la science pure. Messieurs, croyez vous qu'un texte législatif puisse aller contre de tels enseignements historiques, tous les jours renouvelés. Je suis assuré qu'il ne suffira pas de quatre lignes imprimées au J.O. pour contrebalancer les impératifs des méthodes et la primauté des esprits créateurs. Mais elles peuvent les gêner ou les amoindrir..."

    Intervention du doyen Giraud : 
    "Nous sommes des universitaires et nous entendons d'une façon absolument formelle le demeurer dans la plénitude de nos attributions.... Lorsqu'un ministre, au cours d'une période sinistre de notre histoire a voulu par un coup de force brusque écarter les Facultés de médecine de l'Université et rompre le lien il a demandé aux doyens leur assentiment. La réponse a été : 'vous aurez non pas notre assentiment, mais notre démission immédiate'. Cette attitude sera la notre en toute circonstance si une tendance de sécession de cet ordre devait s'affirmer.../ Il est indispensable que les mesures prises n'aient pas pour conséquence l'amenuisement des facultés provinciales. Il ne faut pas que l'élite de leur personnel soit attiré par Paris.../ Enfin il convient que l'on ne méconnaisse pas ce qui été fait jusqu'à maintenant. En voulez vous des exemples? Cette fusion des carrières (sous une forme qui exclut certains excès que nous ne voulons pas inscrire dans la formule actuelle) dont vous parlez comme d'une grande idée nouvelle est demandée depuis 1946 par certains d'entre nous. Ce projet avait reçu l'accueil très favorable de ce très grand universitaire qu'on a récompensé des services éclatants qu'il a rendus à l'université et à la France, qu'on a récompensé de sa magnifique attitude patriotique en l'acculant à la ruine et au suicide : le doyen Roussy dont nous vénérons la mémoire parce que nous savons qu'il fut, face à l'ennemi, un patriote de grand courage et après la guerre un très grand recteur. J'avais été heureux de le voir approuver les tendances du projet qui lui avait été soumis à ce moment là..../ L'introduction de l'enseignement des sciences fondamentales dans les hôpitaux est aussi un des grands objets de la réforme, mais nous ne voulons qu'on paraisse ignorer que dès 1920 dans certaines villes, sous l'impulsion des plus admirables biologistes des temps modernes qui s'appelle Derrien, cette pénétration a été instituée. ... (D'ailleurs) dès 1944, le terme de biologiste des hôpitaux a été employé pour les professeurs de facultés...."

    En réponse, Debré fait appel à l'esprit bienveillant et de collaboration indispensable ainsi qu'à la bonne humeur nécessaire à la bonne marche du Comité.
    Hermann reprend sa démission
    Robin propose la sienne compte tenu des difficultés rencontrées lors de ses missions en province. Il croit que l'ère des compromis est arrivée. Il faut absolument que la réforme puisse aboutir, c'est un problème capital pour sa génération à lui et à Dausset. Debré lui demande reprendre sa démission.
    Vernejoul reconnait que la recherche médicale française subit actuellement un recul du fait de la dispersion des efforts et de l'absence de crédits
    Debré le remercie pour l'appel lancé par l'Ordre national des médecins.
    A propos de l'article 4, Binet dit que les études et les travaux pratiques se déroulent principalement dans les locaux d'enseignement situés à la Faculté.
    Hermann déclare ne pouvoir donner son accord à ce texte (art. 4) : l'on ne peut bouleverser toute la structure universitaire en éloignant le patron de ses étudiants et de ses maitres de conf.
    Vernejoul estime que les "écuries" d'externat actuelles nuisent à la santé des étudiants.
    Aujaleu fait remarquer que la réforme en cours aboutit à priver la Santé de sa prérogative de nommer les externes, elle l'accepte à la condition que la réforme soit utile (fin de la double filière).
    Creyssel donne son accord pour la suppression de la dualité actuelle d'examens et de concours.
    Creyssel, Giraud et de Vernejoul expriment leurs craintes qu'il n'y ait pas assez d'internes pour répondre aux besoins futures en moniteurs.

    10 mars 1958 - Comité interministériel (la question des hôpitaux)

    Aujaleu : un modèle de nouvel hôpital (CHU) : Nantes. Clermont Ferrand prêt à être financé. 
    Dausset plaide pour Caen.
    Problèmes de Nancy et de Marseille, éclatement géographique. 
    Debré : il ne faut pas laisser une situation de type "poursuite des évènements anciens" perdurer, sinon risque d’exil.
    Berger demande à Aujaleu la liste des hôpitaux à construire (avec des dates) « le doigt serait mis dans l’engrenage ». L’EN serait alors à même de décider des priorités à accorder.
    Donzelot (DES) : à Strasbourg il a fallu sept ans pour que la fac et l’hôpital se mettent d’accord.
    Dausset : parlons moins de juxtaposition et davantage d’intrication des services.
    Donzelot pose la question de la répartition des couts (MEN-Santé).

    24 mars 1958 - Comité interministériel

    Giraud : il y a eu des malentendus dans la reproduction du PV du 26 février dernier...Publications d'articles de presse qui confinent à la calomnie.
    Déclaration de Giraud (demandes d'insertion au PV du 24 février) : 'les vivacités de la dernière séance qui sont demeurées heureusement courtoises, ne doivent nullement être interprétées comme traduisant une hostilité à une réforme hardie, mais sage, que nous appelons de tous de nos voeux. Elles ne doivent pas davantage être considérées comme des attaques personnelles à l'égard d'un Président du Comité (Debré) qui est un très ancien ami, à l'égard duquel notre déférence est entière et dont nous n'avons cessé d'admirer la prestigieuse carrière et la remarquable et tenace énergie....'

    Poursuite de l’examen du projet de loi, problème du plein temps

    Vernejoul y est favorable, mais problème création de postes. Position du Conseil de l’Ordre : l’indépendance du médecin présente un double aspect, le droit du malade de choisir son médecin et la liberté du médecin de rester en contact avec le public. Il faudrait éviter de créer un corps de professeurs qui se couperaient des préoccupations des médecins en contact avec la clientèle de tous les jours.
    Debré : des mesures transitoires sont prévues
    Vernejoul : et le droit des malades graves de rester chez eux ?
    Fauvert : les examens nécessitent l’hospitalisation
    Clément Michel (dir. Sécurité sociale) : Est ce à la sécu de payer des enseignants ? Il faut doter l’hôpital public des moyens de concurrencer les cliniques privées (et il faut réglementer ces dernières)
    Creyssel : déplore qu’on ne fasse pas confiance aux médecins…
    Debré : la réforme est dertinée à la nouvelle génération. Elle n’empêche pas de réserver les droits de ceux qui sont installés dans la vie, dans leur carrière et dans leur ville.
    Aujaleu intervient pour le maintien du caractère exceptionnel de l’option lits privés.../ Pour le corps enseignant (Fac méd) : on pourra faire appel à du personnel des autres Facultés, voire à du personnel venant des organismes de recherche, INH, CNRS.
    DES, Fontaine (et Giraud) pensent que si certains professeurs demeurent en dehors de la carrière hospitalière l'on ouvre une brèche dans le système unitaire et la fusion des carrières qui sont à la base du projet de réforme étudié par le Comité. D'autre part on ne peut imposer à tous la carrière hospitalière ce qui serait difficle à admettre tant pour certains que pour l'administration....
    Creyssel constate que si l'on garde le principe unitaire dans sa rigidité, tous les professeurs devront passer par les différents échelons de la hiérarchie hospitalière
    Dausset remarque que la difficulté concerne surtout les professeurs issus du 3ème cycle et qui se seront ensuite lancés dans la carrière de la recherche. Il est alors important de les faire entrer à l'hôpital pour faciliter leurs travaux de recherche.
    DES : mais faudra t il leur attribuer des lits pour autant?
    Aujaleu : on peut classer les professeurs de Facs de méd. en trois catégories
    1/ ceux qui auront suivi la filière hospitalo universitaire (aucun problème)
    2/ ceux qui ne l'auront pas suivi, mais auxquels des laboratoires pourront être confiés
    3/ ceux pour lesquels il n'existe aucune correspondance hospitalière (c'est pour ces derniers que la difficulté existe)
    DES craint qu'avec une telle mesure des profs venant de diverses facultés (sciences, lettres, droit) ne puissent être nommés. Debré est d'accord. DES estime qu'il faudra admettre le principe de la fusion des carrières, au risque de stériliser le troisième cycle.

    2 avril 1958 - Leclainche (dir de l'Assistance publique de Paris) à MEN

    Pour faire appliquer par le préfet de la Seine la dénonciation de la convention du 23 oct 1920 régissant les rapports entre AP-HP et la Fac de médecine de Paris au sujet de la mise à la disposition de la dite faculté de lits de clinique.

    10 avril 1958 - Aujaleu à MEN pour transmettre les résultats d'une enquête sur les possibilités d'adaptation des hôpitaux des villes universitaires à leurs nouvelles fonctions d'enseignement

    Il apparait que le CHU tel qu'il a été défini par le comité interministériel pourra être réalisé au cours des années à venir dans les trois villes suivantes : Paris, Limoges, Nancy.../ Des blocs hospitaliers sont en cours de construction à Clermont-Ferrand, Dijon, Marseille, Nantes, Rennes..../ Il ne saurait être actuellement question de modifier profondément leurs plans, mais une adaptation parait possible qu'il conviendra d'étudier. Il sera plus souvent obtenu une juxtaposition qu'une imbrication des différents services (hospitalisation - enseignement - recherche).../ Comme je vous le signalais dans ma lettre du 24 mars, il importe de régler au plus tôt et d'une manière précise les différentes questions que posent la participation de votre Département aux frais d'équipement, d'entretien et de fonctionnement des Hôpitaux de ville de Faculté ou d'Ecole de médecine.

    16 avril 1958 - Comité interministériel (les concours hospitaliers)

    Vernejoul fait état des protestations des prof. de méd. des hôpitaux," là où est formée l’élite de la médecine française". Deux projets sont en présence, celui du Comité et le projet ‘Giraud'.
    En fait Giraud et Creyssel proposent une autre rédaction  pour les articles 12 et 13 : principe d’un examen de pré sélection. Un référendum a été organisé à Lyon et à Montpellier.
    Fontaine : les universitaires tiennent à la sélection précoce par les examens.
    Bugnard : la seule solution pour supprimer le bachotage est d'augmenter le nombre de places d’internat et d’assistanat.
    Debré : la jeunesse a besoin de faire prévue de sa valeur par des connaissances d’ordre général. Pour l’appréciation de ces connaissances, un concours est nécessaire. Le système actuel est stérilisant non lorsqu’il fait appel à la mémoire mais parce qu’il prévoit une succession de concours qui laissent les candidats dans l’incertitude sur leur sort pendant plusieurs années.../ Il fustige le népotisme de la corporation.../ Il est donc nécessaire d’avoir des épreuves écrites rigoureuses juste après l’internat et de prévoir un recrutement national vrai.
    Le projet Giraud défend le principe de l’ « épreuve des titres » pour assurer la nomination définitive.
    Fontaine : craint que le système Debré n’écarte de la carrière hospitalière-universitaire des candidats valables.
    Debré fait une proposition de synthèse : un concours à visage découvert national pour les maitres assistants. Epreuve simple laissant pratiquement aux patrons le choix de leurs assistants.
    Bugnard : il n’y a pas de raison de faire attendre certains sujets brillants déjà dotés de titres divers et qui ont tout intérêt à en terminer au plus vite avec la première épreuve.
    Giraud : l’administration tient à ses concours. L’administration de la Santé tient absolument à ce qu’il y ait à un moment donné une épreuve nationale anonyme stricte à caractère de concours. D’accord, mais nous considérons comme capital que cette épreuve soit initiale et non pas terminale de façon à ce que les candidats qui auraient franchi cette étape soient définitivement libérés de cette épreuve de mémoire.
    Les biologistes sont favorables au concours national, pas les cliniciens.

    1er juin 1958 - Exposé des motifs de la réforme du PCB

    Le régime actuel est fixé par un décret du 23 janvier 1934.../ Transformation beaucoup plus considérable que la création de l’APM en 1943, mais cette dernière réforme n’a été que provisoire.../ Malgré des ajustements, en particulier l’arrêté du 28 septembre des critiques ont été formulées et on a réuni des commissions.../ La réforme (actuelle) prévoit la coopération fac méd - fac sc. déjà posée par le décret de 1934, mais qui n’avait pu être mise en œuvre faute de moyens.../ Il est prévu des commissions ad hoc dans les fac de médecine pour répartir enseignement théorique et enseignement pratique.

    1 juillet 1958 - Comité interministériel (discussion de l’avant projet de troisième cycle préparatoire à la recherche biologique)

    Faut il confier le troisième cycle à la fac de méd. ou à la fac de sciences ?
    Debré et Dausset : la biologie relève de trois Facultés : Médecine, Pharmacie et Sciences, d’où l'intérêt d’une collaboration.
    Creyssel et Hermann se disent pour un 3° cycle exclusivement médical.
    Giraud pose le problème de l'équivalence internat-3° cycle.
    Debré : le 3° cycle doit former des chercheurs pour toutes les branches de la biologie, la communication entre facultés est indispensable. Presque toutes les découvertes jaillissent dans les zones frontières entre les différentes disciplines. La liberté de choix entre les trois facettes assurerait le maximum de richesse et de souplesse à cet enseignement. Le jury serait toujours mixte.

    23 juillet 1958 - Debré (lettre manuscrite) à Rolland (DES)

    Cher monsieur et ami, comme je viens de l'écrire à m..., l'entretien avec le président du Conseil a eu lieu hier. Le général de Gaulle a écouté avec intérêt et bienveillance l'exposé de notre projet de réforme. Je ne lui ai pas caché la force des objections et oppositions. Je lui ai dit aussi la sympathie marquée par les deux directions intéressées et particulièrement celle de l'Education nationale. Comme je vous l'avais indiqué, j'avais au préalable rendu visite à m. Devaux (dir. du Budget) qui m'a paru favorable et désireux d'étudier sans esprit d'opposition le cout de la réforme. Peut être l'avez vous vu déjà? Il m'apparait pour le moment que je n'ai rien d'autre à faire. Toutefois, j'ai fait préparer par mes collaborateurs assistants chefs de clinique la liste des problèmes quasi inextricables que pose l'établissement des mesures de transition. Je serais heureux d'avoir des nouvelles si vous aviez quelques informations à me communiquer et je vous souhaite après une lourde année de labeur un bon débarquement et un beau temps en Espagne.

    29 juillet1958 - Aujaleu à DES

    Pour demander modifications sur les conseils de discipline

    Septembre 1958 - Note interne (DES) sur la question des assistants

    Parmi les agents soumis au futur statut figurent les assistants de clinique et les assistants de biologie (art 10 et 11 ordonnance) qui constituent la base de la hiérarchie de personnel enseignant et hospitalier
    Le concours d’internat n’est pas modifié, mais il est prévu dans les aménagements du projet de loi que les étudiants reçus externes parmi les premiers dans les écoles de médecine pourront se présenter à l’internat de la ville de faculté dont dépend leur école de médecine. Il est souhaitable qu’une mesure analogue s’applique pendant la période de transition aux externes nommés par l’ancien système.../ Les anciens internes ne s’étant présentés à aucun concours d’assistanat ou de chef de service peuvent concourir dans le nouveau système seulement.../ Admission à l’agrégation : dans certains facultés où ce titre jouit d’une cote élevée car il est acquis par un effort important. Dans d’autres, il n’a que très peu de valeur. Il faut faire une étude Faculté par Faculté et envisager des mesures sur le plan local.

    6 octobre 1958 - Comité interministériel, R. Poignant diffuse le projet d’Ordonnance

    Titre I des études médicales
    Titre II : de la recherche médicale
    Art 8 : le personnel médical (PU-PH) doit contribuer au développement de la recherche médicale. Les CHU CHR peuvent conclure des conventions avec tout organisme de recherche public ou privé (CNRS, INH)
    Art 9 : Des enseignements de troisième cycle préparatoires à la recherche sont organisés par les fac de méd. Les enseignants sont des personnalité qualifiées appartenant à d’autres fac ou à tout organisme de recherche public ou privé (prévoir des chaires spéciales)
    Titre III : du personnel médical, enseignant et hospitalier
    Titre IV du fonctionnement des CHU
    Titre V dispositions financières
    Titre VI dispositions diverses (mesures d’applications)

    13 octobre 1958 - Doyen Giraud à DES

    Pour déplorer qu’il n’y ait pas l’équivalent du dynamisme d’un Conseil supérieur de l'Education nationale à la Santé et se plaindre des insuffisances du Conseil supérieur des hôpitaux.

    Novembre 1958 - Note DES sur le projet d’ordonnance relative à la réforme de l’enseignement médical

    Fusion des carrières et plein temps, c’est le caractère systématique des mesures proposées qui soulève le plus d’opposition. Le rapport adopté par le Conseil national de l’Ordre critiquant cet esprit de système pose le problème de la superposition exacte des nécessités hospitalières et des nécessités de l’enseignement. C’est là tout le problème car le principe même de la fusion des carrières hospitalières et universitaires n’a pas soulevé des critiques majeures. Il me paraît donc qu’il convient de s’écarter de la volonté ‘moniste’ du président Debré et de laisser aux ministres de tutelle la possibilité de maintenir en vigueur, aussi longtemps qu’il sera nécessaire dans tout ou partie d’un centre hospitalier, le système traditionnel.

    5 novembre 1958  - Assemblée générale de la Fédération des hôpitaux

    Compte rendu du projet de réforme. L’exercice de la médecine à l’hôpital : la question du partage des responsabilités entre cliniciens et administration hospitalière.

    2 décembre 1958 - Note Rougvin-Baville à I.G. Rolland sur le projet de réforme des études médicales

    Nécessité d’une réforme : Il n’est pas douteux que le niveau des études médicales en France est dangereusement compromis par l’état des choses actuels…/ La hausse du nombre d’étudiants rend impossible la formation clinique individuelle, les concours hospitaliers détournent les meilleurs éléments de la préparation des examens universitaires, quant aux autres ils obtiennent leur diplôme sans avoir été suffisamment en contact avec les malades. On s’explique la dévalorisation du système médical français non reconnu aux Etats-Unis un refus qui se fonde essentiellement sur le trop petit nombre de maitres et le caractère insuffisamment pratique de l’enseignement français.../ La réforme ne porte pas atteinte au principe de la médecine libérale qui continuera à être exercée comme précédemment par la quasi totalité des médecins français. Seuls les médecins de CHU ne pourront plus avoir de cabinets en ville, mais ils pourront recevoir des malades privés à l’hôpital. Le nouveau régime ne s’imposera d’ailleurs qu’aux médecins issus des futurs concours, les médecins en poste actuellement ayant une option entre le statu quo et le ‘plein temps’.../ Accueil du projet par le corps médical : le principe d’un rapprochement de l’hôpital et de la fac n’est contesté par personne. Cependant des craintes ont été formulées par rapport à deux modalités du projet initial du comité interministériel : le principe du plein temps absolu et obligatoire, le principe du concours national pour le recrutement de médecins des hôpitaux, mait. de conf. à la fac.

    11 décembre 1958 - Conseil d’Etat, extrait du registre des délibérations (Barjot rapporteur)

    Depuis des années, des voix de plus en plus nombreuses et aussi des plus autorisées n’hésitent pas à affirmer que notre régime d’études médicales a cessé de répondre à ce qu’on est en droit d’attendre de lui. Partagés entre la Faculté et l’hôpital, nos étudiants s’ils veulent acquérir la savoir clinique indispensable, n’ont d’autres ressources que la voie de l’externat et de l’internat, où peuvent seuls s’engager en nombre réduit d’entre eux…/ D’autre part, l’activité des hôpitaux sous sa forme médicale ne s’exerce plus durant une grande partie de la journée que de manière de plus en plus réduite. Or, si une telle organisation a pu paraître jadis satisfaisante, ou du moins admissible, il n’en est plus ainsi depuis les changements considérables intervenus tant dans la qualité des usagers que dans l’équipement de ces établissements…/ Il n’y a d’ailleurs pas que l’inconvénient financier de laisser sans emploi, souvent pendant la majeure partie de la journée, des matériels qui ont fréquemment exigé des investissements d’une grande ampleur. Elle tient aussi à ce que ce non emploi peut avoir sur l’efficacité et la durée des soins médicaux…/ (En définitive), le fondement de cette réforme se trouve dans la liaison organique qui sera dorénavant établie entre l’hôpital et la faculté et, par là même, entre la clinique et les sciences dites fondamentales.

    17 décembre 1958 - Télégramme du Conseil de l'Ordre à MEN

    Pour attirer attention sur les conséquences qu’entraineraient pour les malades non hospitalisés les dispositions légales contraignant sans exception des chefs de service à consacrer la totalité de leur activité professionnelle à l’hôpital et leur interdisant de ce fait de visiter à domicile des malades graves et parois même en danger de mort…./ La responsabilité de MM. les ministres sur la responsabilité qu’ils encourraient en promulguant une ordonnance qui n’a pas tenu compte des modifications légères, mais indispensables, demandées par las facs de méd. et des corps hospitaliers.
    (Signé : PVR, D’Allaines, René Moreau, Jean Delay, Justin Besançon, Brouet, Jean Louis Cortat, Jacob, Lucien Léger, de Vernejoul).

    Note de l’IG Rolland au MEN (à propos du précédent)

    Il semble que les signataires n’ont pas eu connaissance du texte de l’ordonnance tel qu’il résulte des délibérations du Conseil d’Etat, dérogations au régime plein temps. Dans l’esprit des auteurs du texte, ces dérogations en effet doivent être considérées comme normales. Tous les chefs de service pourront recevoir des malades privés à l’hôpital et pourront être appelés en consultation. Si j’ai bien compris la pensée du ministère de la Santé, on entend seulement interdire aux médecins plein-temps d’avoir un cabinet en ville et d’opérer dans les cliniques privées.

    31 décembre 1958 - Publication au J.O. de l'Ordonnance n° 58 1373 du 30 déc 1958 relative à la création de Centres hospitaliers et universitaires, à la réforme de l’enseignement médical et au développement de la recherche médicale

    12 janvier 1959 - Doyen Giraud à MEN (avec l'aval des doyens de Grenoble et Limoge)

    Pour demander une réunion des doyens qui se mettraient d’accord sur certains points demeurés litigieux (l’ordonnance qui a remplacé l’avant projet dit Debré n’et plus qu’un cadre extrêmement général)

    14 janvier 1959 - Doyen Fontaine à I. G. Rolland (DES)

    Soutien de tout cœur à la réforme d’autant que « nous savons bien que le 'plein temps' formule strasbourgeoise que nous appliquons depuis longtemps ne plait pas à tout le monde.

    Janvier 1959 - Note I. G. Rolland. L’ampleur prise par les discussions d’un avant projet de loi appellent une mise au point de la part du min. Educ natle. et min Santé

    Il n’est pas question de bouleverser brutalement l’hôpital, l’adoption du plein temps se fera progressivement. L’option entre le plein temps et le statu quo est un droit absolu.../  Depuis la fin de l’internat jusqu’à la nomination comme maitre de conf. des fac ou écoles, médecin chef de service des hôpitaux, le candidat engagé dans la voie des concours recevra une double fonction universitaire et hospitalière avec les émoluments correspondants..../ Le comité interministériel présidé par le pr. Debré a construit sont projet de réforme de la médecine sur deux principes essentiels : l’institution du plein temps dans les hôpitaux. La France est avec l’Espagne le seul pays européen où les hôpitaux fonctionnent encore à mi temps. La fusion des carrières hospitalières et universitaires en vue de la constitution d’un corps hospitalo universitaire et le regroupement géographique des locaux de soins d’enseignement et de recherche. La recherche se fera dans de bien meilleurs conditions qu’actuellement grâce à l’unité de temps et de lieu : le clinicien équilibrera sa vie entre la salle de malades et le laboratoire. De même le biologiste jusque là confiné dans son laboratoire loin du malade aura des contacts fructueux avec la clinique. A propos de l'inquiétude des anciens externes : en fait désormais les externes seront nommés sur la moyenne de leurs notes des deux premières années. Ici les anciens externes s’inquiètent : va t on recruter l’élite médicale sur les seules notes de sciences fondamentales sans faire intervenir les notes de clinique? Réponse : un examen de sémiologie est prévu.../ Les anciens internes sont favorables à la réforme à la condition que leurs privilèges ne soient pas remis en cause. Par exemple ils redoutent que le troisième cycle d’enseignement préparatoire à la recherche crée une élite biologique dont ils seraient exclus.../ Les chefs de services hospitaliers sont dans l’ensemble hostiles au projet, ils craignent de devenir ‘fonctionnaires’ et qu’on les prive de leur clientèle privée et que les tarifs qu’ils pratiquent seront bientôt dévalués. Ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour faire échouer l’institution du plein temps et proposeront des faux semblants comme les vacations d’après midi.../ Les syndicats des médecins praticiens s’élèvent avec vigueur et sans nuance contre le projet dans lequel ils voient un pas en avant vers la fonctionnarisation de la médecine, alors que le projet ne les concerne pourtant nullement. Il s'agit d'une opposition de conception philosophique sur le rôle du médecin.../ La vieille génération reste attachée à la grande tradition clinique donnant aux contacts humains toute leur valeur. Par exemple ils redoutent que l’étudiant passe ses deux premières années loin du malade, n’apprenant que des notions scientifiques abstraites dont ils n’ont nul besoin dans la pratique quotidienne. Il n’est pas question de nier l’importance en médecin du dialogue avec le malade, il faut seulement adapter la médecine traditionnelle aux foudroyants progrès techniques de ces dernières décades.../ Le problème du recrutement, l’opposition au concours anonyme (internat par exemple) « à un âge ou on doit avoir l’esprit libre pour faire des travaux personnels » Il est certain que l’idéal serait après le concours anonyme d’entrée à l’internat de pouvoir se livrer à des recherches personnelles sur lesquelles les candidats seraient jugés dix ans plus tard, un tel système fonctionne à l’étranger. Opposition Paris-province (crainte de la concurrence des Parisiens).

    Janvier 1959 - Réunion des Doyens de Facultés de médecine au Ministère de l'Education nationale à l'initiative du DES

    D'amblée il apparait que la demande d'un criblage à l’entrée des Fac de médecine est rejeté.../ Dans les grandes idées générales, il fut admis que l’on doit surtout enseigner les sciences biologiques en évolution, mettre un frein à des études en profondeur des sciences morphologiques, retenir qu’en médecine plus qu’ailleurs, on reste un étudiant toute sa vie, étaler ainsi un enseignement complémentaire des sciences fondamentales sur quatre ans en incorporant la chimie dans la clinique… Des digressions fort belles et de très haute envolée, rappelant les propos de Fontenelle sur la pluralité des mondes firent envisager d’ajouter à l’enseignement des sciences fondamentales, la psychologie, les langues étrangères, la mathématique en particulier indispensable pour l’étudiant qui avant l’alphabet médical aura été un pur littéraire, ou soi disant tel. On avait même songé, pourquoi pas, à un stage infirmier d’un mois ? Puis on est entré dans le concret : les difficultés commençaient, question du premier contact hospitalier. La place de l’anatomie va t elle perturber les disciplines fondamentales ? Des apaisements ont été apportés par le Ministère : la mécanographie pourra tout résoudre et à une minute déterminée de l’années, nous pourrons affirmer que tous les étudiants composeront sur les branches de l’artère axillaire, le chromosome, la progestérone.../ Devant les interrogations anxieuses des étudiants (élèves) j’ai personnellement un sentiment de culpabilité. Cette foule moutonnière a peu de réaction pour le moment, mais elle a ses chefs et dans quelques mois, selon la phrase fameuse de Bichat aux premiers jours de la Révolution, ces visages inconnus se présenteront aux portes de la faculté. Lorsque plus de 4000 étudiants seront dans la rue de l’Ecole de Médecine et que nous ne pourrons offrir ni toit, ni Maitre, que vos ne tendrez que vos mains vides à cette jeunesse, les moutons de bêlants pourront devenir enragés.
    P. Castaigne évoque les aspects hospitaliers de la réforme hospitalière et universitaire et de la réforme des études médicales qui correspondent à une vision optimiste du futur. Certes le choix de l’optant sera facile pour ceux qui sont déjà doubles, mais les profs qui ne sont pas hospitaliers sont perplexes, quelle tache hospitalière va t on leur confier ? Nécessité de choix individuels.
    D Bargeton attire l’attention sur la situation exceptionnelle de la Fac de médecine de Paris qui regroupe près de 40% des étudiants en médecine de France.

    20 février 1959 - Comité interministériel d'étude des problèmes d'étude de l'enseignement médical, de la structure hospitalière et de l'action sanitaire et sociale (préparation des décrets d'application)

    Pdt R Debré, SG Poignant
    Aujaleu, Berger, Binet, Boulongne, Bugnard, Choffe, Creyssel, Dausset, Fauvert, Hermann Leclainche, Martinet, Michel, Robin, Roussel, De Vernejoul
    Invité E. Balladur, audit au Cons d’Etat. chargé du dossier statut du personnel

    Le Comité est chargé des textes d’application de l’ordonnance de décembre 1958. Il reprend ses travaux dans une atmosphère quelque peu modifiée depuis l’an dernier. Il a en effet la certitude depuis la parution de l’ordonnance que la réforme sera appliquée.

    Mise en place de sous-commissions :

    1 - Clinique médicale (Debré), Clinique chirurgicale, (Fontaine, Mathey, de Vernejoul), Anatomie (Cordier), Anapat (Cazal, Delarue), Biologie clinique (J Bernard, Dausset, Fauvert), Chimie (Boulanger, Tayeau), Histologie (Mayer), Hygiène (Sohier), Méd légale et du travail (Simonin), Parasito bactério (Germez Rieux), Physiologie (Binet, Hermann), Physique (Bugnard, Chevallier)
    2 -  Pharmacie (Fabre, Berger)
    3 -  Dentisterie (pdt. Berger, Aujaleu)
    4 -  Psychiatrie (Dechaume, Delay, Henri Ey, Heuyer, Mignot, Sivadon)

    Le personnel des CHU

    Aujaleu intervient pour dire que la priorité est la rémunération du personnel des CHU, le min des Finances attend des avis urgents à ce sujet.
    Bugnard évoque le problème des investissements.
    Aujaleu évoque l'architecture des nouveaux CHU
    Fauvert signale au comité l’existence d’un hôpital universitaire presque parfait : celui de Tel-Aviv dont la commission pourrait demander les plans.
    Binet inquiet pour le cursus, faut il inclure première et deuxième années dans les CHU ?
    Bugnard : si le PCB est intégré dans les fac de médecine, les deux premières années seront plus particulièrement réservées aux sciences fondamentales. Les locaux actuels trouveront donc leur pleine utilisation.
    Creyssel : n’est il pas difficile d’inclure tous les services d’un hôpital dans un CHU?
    Debré : il y a l’esprit de la réforme et les aménagements possibles, mais a priori aucun service existant ne sera écarté.
    Dausset évoque la difficulté que soulèvera l’articulation des services de biologie existant déjà dans les hôpitaux avec l’introduction des chaires correspondantes.
    Hermann : deux conceptions s’affrontent sur les deux premières années de médecine (clinique ou sciences fondamentales).
    Debré : je comprends votre point de vue, mais nous sommes aujourd’hui pressé par le temps.
    Michel : il faudra veiller à limiter les déplacements des étudiants au sein des CHU.
    Dausset : actuellement dans les hôpitaux, le personnel de soin est constitué d’étudiants de 3ème et 4ème années.
    Bugnard dit que dans les hôpitaux universitaires il y aura moins d’étudiants en circulation que dans les hôpitaux actuels, puisque l’on n’y trouvera lus que des soignants.
    Vernejoul craint que la population médicale ne quitte l’hôpital si on le transforme en campus.
    Debré rappelle qu’au nombre de lits, il faut toujours ajouter celui des consultants. L’hôpital moderne sera ouvert à tous, les consultations et séjours y tiendront une grande place. Beaucoup de services comprendront peu de lits, mais de grands laboratoires ou se fera un important travail. La conception du rapport entre le nombre des étudiants et le nombre de lites doit donc être tempérée.
    Creyssel se dit sceptique sur les CHU en régions et propose des essais à Nantes, Marseille et Nancy.
    Fauvert fait mention d’un très beau terrain à Clichy pour Beaujon.
    Leclainche dit que les deux hôpitaux les plus murs pour la réforme au sein de l’AP sont Saint-Antoine et Cochin.
    Debré et Aujaleu proposent de maintenir l’ancien régime de l’Internat provisoirement le temps de laisser à la réforme le temps de se mettre en place. (Il s’appliquerait à partir de 1962).
    Creyssel est réticent aux modifications proposées et rappelle qu’en province un délai de trois ans existe entre assistanat et médicanat.
    Bugnard pense que le titre acquis après la première partie du concours doit valoir un traitement.
    Debré c’est un problème propre aux chercheurs et cette solution ne doit pas êtré étendue aux autres cas.
    Aujaleu : le premier concours ne donne aucun droit, le candidat ne sera pas forcément nommé assistant. D’autre part il ne faut pas craindre de voir nommer des médecins chefs de services à 32 ans…
    Debré estime que la discussion doit distinguer entre les sections cliniques qu’il propose d’étudier en premier lieu et les sciences fondamentales pour lesquelles a été imaginé un système particulier. Il considère que les épreuves de la première série doivent garder le caractère d’un concours et qu’il convient par conséquent de ne pas les ouvrir trop largement. Il se demande si un délai est nécessaire entre les deux séries. Il faudra prévoir la possibilité pour d'anciens internes d’aller vers l’assistanat.
    Bugnard propose que l’internat puisse dispenser de certains certificats et leur donner ainsi des facilités réelles.
    Aujaleu remarque que le problème de la formation des biologistes par la voie du 3ème cycle se posera avant 1961.

    9 mars 1959 - Sous commission de réforme des études médicales (rapport du pr. Jean Bernard)

    Il n’est pas nécessaire de souligner l’urgence d’une réforme. Il existe un consensus sur l'amélioration du PCB, le recul de la date d’arrivée de l’étudiant à l’hôpital, la modification de l’externat, le maintien de l’internat avec obligation beaucoup plus stricte du plein temps à l’hôpital, le développement de l’enseignement par petits groupes. Le système de nos conférences d’internat externat représente de beaucoup ce qu’il y a de meilleur dans l’enseignement actuel, c’est lui qui a permis à la médecine française de garder un certain niveau.../ Le plein temps :  en dépit de certaines oppositions pas toujours désintéressées, est indispensable à l’exercice d’une médecine hospitalière de valeur. C’est faute d’avoir pris au moment voulu les mesures nécessaires que la médecine française est actuellement moins brillante que par le passé. Cela est si vrai que, dès maintenant, certains services parisiens, bien que non inscrits sur la liste des pleins temps, fonctionnent dès maintenant sous ce régime. Cette situation de fait non officielle existe par exemple à Paris dans les services de J. Hamburger, J. Mathey, R. Fauvert.../ Le seul problème, mais difficile, est celui du mode d’introduction de l’application de ce régime plein temps compte tenu des insuffisances architecturales et autres de nos hôpitaux. Les chefs de service devraient obligatoirement devenir plein temps. Diverses modalités dont on trouvera aisément des exemples à l’étranger (Canada, Etats Unis) ou même en France (Strasbourg) devraient permettre l’exercice de la clientèle privée une partie du temps à l’hôpital. En aucun cas le chirurgien ne doit être autorisé à opérer ailleurs qu’à l’hôpital. Ce qui compte avant tout c’est l’unité du lieu de travail.

    Mode de recrutement des médecins des hôpitaux, agrégés, professeurs

    Il est très souhaitable que de larges échanges s’établissent entre les diverses facultés. La médiocrité, la somnolence de la plupart des facultés provinciales sont actuellement très affligeantes (excepté Lyon et, partiellement, Montpellier et Strasbourg). Cette médiocrité est pour une large part due à un système de népotisme qui rend tout progrès impossible.../ Comme il n’y a actuellement aucune valeur locale à étouffer en province, il ne faut pas craindre de disperser largement à travers la France les jeunes agrégés de Paris et de Lyon. Le plan adopté devra en tout cas éviter l’arrivée à Paris seulement en fin de carrière. La sélection idéale n’est pas possible, l’essentiel est d’écarter les médiocres et que la sélection se fasse seulement entre les bons. Tout concours anonyme est à rejeter (risque de répétition des fâcheuses habitudes que vous savez...) . Tout bachotage est à écarter. Le professeur, le chef de service doivent prendre la responsabilité de leur choix comme cela se fait partout, sauf en médecine.../ Compte tenu de cela, on pourrait prévoir l’établissement d’une liste d’aptitude aux fonctions de médecin des hôpitaux agrégé avec comme condition d’être interne et d’avoir travaillé qq années dans un centre de recherches cliniques et expérimentales.../ Essais d’application provisoire de la réforme : Necker, Enfants malades, Laennec chez MM Lamy, Marie, Hamburger, Netter, Mathey, et Bernard. Enfin, il faudrait obtenir de m. Leclainche (direction de l'AP-HP) qu’un certain nombre de places d’externes soit réservé à cette branche expérimentale.

    Commentaires

    La durée des études : Binet regrette la suppression d’une année.
    Aujaleu explique qu’une année actuelle ne représente pas plus de six mois d’enseignement.
    Bugnard : pour retarder la nomination des externes (après la troisième année).
    Gernez Rieux et Sohier regrettent que les étudiants n’aient aucun contact avec les malades au cours de la première année.
    Dausset dit que les sciences fondamentales continueront à être enseignées après les deux premières années.
    Binet s’étonne que les étudiants soient obligés d’aller chercher certains certificats ailleurs que dans les Fac de médecine.
    Berger : en ce qui concerne la thèse pour le doctorat en médecine, trois solutions sont possibles
    - le statu quo,
    - la suppression du grade de docteur en médecine,
    - le changement des épreuves pour la thèse.
    Giraud constate que la thèse est souvent écrite par d’autres que par l’impétrant. Mais le maintien du titre de docteur est indispensable. On pourrait n’exiger la thèse que pour ceux qui poursuivent la carrière des concours. Pour d’autres, peut être un exposé suffirait-il.
    Berger objecte qu’il est difficile de donner le même titre à des candidats qui n’ont pas subi le même examen.
    Cazal propose de réserver le doctorat au 3ème cycle.
    Sohier : alors il faut revaloriser la thèse.
    Giraud si on crée un 3ème cycle de sciences biologiques, pourquoi ne pas envisager aussi les sciences chimiques ?

    4 avril 1959 - Dr. Robert Dornier (assistant des hôp. à Nancy) au pdt. de la République

    Pour protester contre la disparition de l’ancien statut des Assistants des hôpitaux des villes de Facultés.

    6 avril 1959 - Compte rendu de la séance du Conseil supérieur des hôpitaux. Examen relatif au statut l’avant projet de décret des personnels des CHU

    Assistaient à la séance : pdt. Jouany, Aujaleu, Pr Lemaire, dr Cibrie, pr Creyssel, pr. Mollaret, A. Gardie représentant le DG de l’AP-HP, ...

    Aujaleu précise que le min. de la Santé, bien qu’il n’y soit pas obligé, a jugé utile de recueillir l’avis du du Conseil supérieur des hôpitaux. Donc il n’y a pas lieu de débattre de l’esprit de la réforme (en général).
    Mollaret demande qu’il lui soit permis d’exposer quelques remarques générales : Il convient de distinguer le domaine des sciences cliniques de celui des sciences fondamentales (où l’on ne pourra se prononcer que lorsqu’on connaître le futur 3ème cycle).
    Creyssel fait remarquer que des médecins de hôpitaux, maitres de conférences, ne sont titularisés qu’au bout d’un an, par conséquent les intéressés peuvent être éliminés au bout d’une année, une telle disposition n’a jamais existée. Aujaleu explique qu’elle a été demandée par le MEN.
    Mollaret fait remarquer qu’il existe un ‘hiatus’ regrettable entre l’internat et l’assistanat dans l’échelonnement des carrières.
    Evocation du problème qui consiste à affecter à des fondamentalistes des fonctions à la clinique.
    Mollaret et Creyssel redoutent qu’à défaut de précision dans les textes, il ne soit exigé des praticiens plein temps qu’ils soient à la disposition de leurs services vingt quatre heures sur vingt quatre. Il faut penser en particullier à l’organisation des gardes et des urgences.
    Gardie (A.P.) souhaiterait des précisions sur les horaires.
    Mollaret n'apprécie pas que pour le recrutement du personnel médical des CHU, on ait remplacé trois concours par seulement deux et qu'on ait supprimé des oraux.
    Aujaleu répond que, s’il est prévu des épreuves orales à visage découvert, tous les errements passés redeviendront possibles.
    Creyssel : le corps médical est opposé au système de concours envisagé pour le recrutement de médecins des hôpitaux.
    Mollaret insiste sur les écueils d’une solution uniquement fondée sur des épreuves écrites anonymes, il signale incidemment le rôle que jouera l’écriture des candidats.
    Le dr. Dupertout insiste sur les risques que font courir l'anonymat absolu. Il souligne à ce sujet qu'on ne choisit pas un collaborateur ou un associé sur épreuves anonymes.

    6 avril 1959 - Avis de professeurs à propos de la révision des programmes d'enseignement

    Envoi du programme de A Chevallier de l'I. de physique biologique Strasbourg.
    Pr Henri Redon (fac med Paris) : proposition d’inclure la cancérologie (10 à 12 h) dans le cursus. La cancéro n’est guère enseignée aux étudiants ce qui est source d’erreurs de diagnostics.
    Pr. Merle D’aubigné (Cochin) à doyen Binet : pour l’immense majorité des praticiens, l’enseignement pratique de la pathologie chirurgicale doit tenir une place beaucoup plus importante que celle des sciences dites de base. D’autre part, la pathologie chirurgicale de l’appareil moteur et en particulier les lésions traumatiques se trouvent très fréquemment confiées aux médecins praticiens. L’intérêt personnel de la plupart des chirurgiens enseignants étant centré sur la pathologie chirurgicale viscérale, je demande que dans le nouveau programme l’orthopédie et la traumatologie de l’appareil moteur soient individualisées.

    9 avril 1959 - Bargeton (fac méd Paris) à DES

    Envoi d’un projet de programme pour l’enseignement de la physiologie en vue du doctorat en médecine (1ère année : énergétique, muscle, système nerveux, digestion, fonctions rénales; 2ème année : respiration, circulation, croissance reproduction; 3 et 4ème années : sciences biologiques et exploration fonctionnelle appliquée à la clinique.

    Note Henri Rachou (chef du service des enseignements et du personnel universitaires)

    Le décret du 3 dec 1947 modifiant celui du 23 janvier 1934 qui crée le PCB propose d'ajourner le passage du certificat en cas de moyenne inférieure à 7/20.

    13 avril 1959 - Réforme médicale, projet de statut des personnels. Rapport sur les remarques faites par les différentes Facultés

    Toutes les Facultés sont d’accord pour protester contre la précipitation de délibérer d’un sujet qui bouleverse les Fac de méd (Hermann). Pas le temps de mettre en place des commissions, donc d’élaborer des contre propositions. 
    Nancy reproche au projet d’être une œuvre anonyme. 
    Strasbourg : la réforme va à l’encontre de la tendance générale de la recherche médicale dans le monde entier. 
    Marseille : elle porte atteinte à l’indépendance de la profession médicale, elle perturbe dangereusement les conditions normales de travail, la recherche et le recrutement du corps enseignant. 
    Lille : elle confirme la désagrégation de l’université en tant qu’établissement public autonome. 
    Paris et Lyon craignent que la recherche biologique fondamentale ne parte dans les facs de sciences (avec leurs profs), les facultés de médecine devenant de simples écoles d’applications. Les sciences biologiques risquent d’être privées de recrutement si le régime de la double rémunération est réservé aux cliniciens, mais on souhaite aussi que les cadres d’assistants et de chefs de travaux soient ouverts à des candidats non médecins, ce qui peut rendre plus difficile pour la Santé publique l’octroi d’une double fonction à tout le personnel des sciences fondamentales.
    Toulouse demande que l’internat soit exigé pour les sciences biologiques. 
    Lyon déplore de ne pas connaître le sort réservé aux pharmaciens et exprime la crainte qu’une dissociation ne conduise à faire des sections pharmaceutiques des écoles d’applications uniquement rattachée à la Santé publique.
    Paris évoque le hiatus entre la fin de l’internat et les concours d’assistanat médical. 
    Plus généralement, les Facultés paraissent redouter que la réforme n’aboutisse à les exclure plus ou moins de l’université.

    14 avril 1959 - Le Secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine (dr. M. Duhamel) transmet le vœu Piedelièvre

    Le texte qui bouleversera du jour au lendemain toute l’organisation de la médecine française ne tient aucun compte de l’avis des organismes qualifiés. Il aboutit en fait à une carte de fonctionnarisation forcée de tout le corps hospitalier.

    14 avril 1959 -Le  DES présente le projet de statut du personnel CHU à la séance de la Section permanente du Conseil de l’enseignement supérieur

    Hermann (doyen Lyon) évoque le danger que représente le projet pour l’avenir des facultés de médecine. Lui et le doyen Giraud (Montpellier) se sont abstenus lors du vote sur le projet.
    Giraud insiste sur la nécessité de laisser aux prof de médecine un minimum de liberté pour l’exercice de leur profession en dehors des heures de travail au CHU
    Hermann souligne les inconvénients du régimes prévu pour les prof. de sciences fondamentales. Pour satisfaire aux exigences du Min. de la Santé , les fondamentalistes seraient tenus d’assurer un service d’hôpital et ne pourraient consacrer qu’un temps réduit aux travaux de laboratoire… cela représente un danger pour l’avenir de la recherche.
    Le DES reconnaît que l’application du plein temps facile à réaliser pour les cliniciens pose un délicat problème pour les prof de sciences fondamentales. On ne peut pas exclure les physiologistes de la masse hospitalière. Si les physiologistes font de la clinique, alors ils abandonnent la recherche. Le DES souligne le danger que présente pour les sciences fondamentales la tendance actuelle du ministère des Finances de donner une priorité aux sciences appliquées.

    14 avril - Académie de médecine. Mise au point du pr. R. Debré à propos du voeu de l'Académie de médecine

    Dans sa séance du 14 avril, l'Académie de médecine a émis un voeu concernant la réforme des études médicales et des structures hospitalières. Je ne désire absolument pas ouvrir ici une polémique. Je voudrais seulement apporter quelques précisions et dissiper quelques malentendus. Il semble que certains de nos collègues n'aient pas exactement perçu le sens de textes complexes, tandis que d'autres ont cru, en toute bonne foi, que le gouvernement se proposait de promulguer, sans tenir compte d'aucun avis, le décret qui est en cause. Il n'est pas exact de dire que la réforme envisagée réalise une "fonctionnarisation forcée" puisque nos collègues des hôpitaux et des facultés choisissent librement entre l'ancien le nouveau régime et que des mesures transitoires réaliseront le passage progressif d'un système à l'autre. Il a été formellement établi que pendant cette période transitoire qui durera de très longues années tous les droits acquis seront respectés et que tous ceux qui sont engagés, même à peine engagés dans la carrière hospitalière ou universitaire pourront poursuivre jusqu'à leur retraite leur existence dans les conditions morales, administratives et matérielles - j'insiste sur ce point, car de fausses rumeurs ont été répandues à ce sujet - dont ils jouissent à présent. Parmi ces mesures sont à l'étude celles qui respecteront largement les droits des candidats à ces fonctions ou de ceux qui, ayant terminé leur internat, s'apprêtent à concourir. En outre - et même lorsque la réforme sera intégralement appliquée - les médecins des CHU jouiront, en tant qu'enseignants des franchises universitaires et, en tant que médecins, auront les devoirs et les droits de notre profession. Ils auront la possibilité de recevoir et de soigner à l'hôpital par entente directe ceux qui feront appel à eux. Ils auront aussi le droit - que nous tenons pour imprescriptible - de se rendre hors de l'hôpital, auprès des malades qui auraient besoin de leur aide. Ce n'est point là un privilège à leur accorder ou à leur refuser, mais l'expression même du devoir que nous impose notre métier de médecin. D'autre part, à aucun moment il n'a été question de mettre la réforme en application avant que soient fournis aux Centres hospitaliers des villes universitaires les moyens indispensables en personnel ou en matériel, nouveau motif d'accuser le caractère à la fois lent et progressif de la mise en application de la réforme. Il n'est pas juste, par contre, de parler d'un "programme extraordinaire" de constructions ou d'investissements financiers "énormes" dont la réforme envisagée serait la cause directe. La réforme, il est vrai, exigera que soient mis à la disposition des ministères intéressés d'importants crédits de construction, d'équipement et de fonctionnement. Mais ce qu'il faut dire aussi c'est que, si l'on voulait rendre efficace le système actuel sans en modifier la structure, il en coûterait davantage encore. La vérité est que l'ensemble de nos hôpitaux, de nos facultés et de nos laboratoires se trouve actuellement dangereusement sous équipé en personnel, en matériel, en crédits de fonctionnement. On l'a dit et redit, parfois même au sein de cette Académie. Mais la réforme oblige à regarder en face l'ensemble des besoins existants et aidera puissamment à les satisfaire.

    Dans le voeu qu'elle a émis, l'Académie s'est émue à la pensée qu'un décret de cette importance pourrait être promulgué d'une manière précipitée. Je ne crois pas qu'on puisse parler de hâte excessive quand on soumet à l'examen des instances compétentes, en avril 1959, le premier décret d'application d'une réforme décidée par une ordonnance de décembre 1958, après plus de deux ans de travaux et d'études, au cours desquels tous les avis ont été recueillis. Celui de l'Académie de médecine a été transmis à M. le Ministre de l'Education nationale par son secrétaire perpétuel, le professeur Bénard. Plusieurs membres de l'Académie ont ultérieurement été reçus par M. le Ministre de l'Education nationale et M. le Ministre de la Santé publique et de la Population. Rien ne permet d'affirmer que, dans la rédaction définitive du décret d'application, il ne sera pas tenu compte de leur avis. Actuellement, voici comment se présente la situation d'après les renseignements que j'ai obtenus. Un avant-projet - je dis bien un avant-projet, de décret d'application sur le statut du personnel hospitalier et universitaire a été élaboré - comme il est indiqué sur la première page du fascicule par un "groupe de travail fonctionnant auprès du Secrétariat du Comité interministériel". Vous avez bien entendu et compris, il s'agit d'un groupe de travail de juristes qui fonctionne auprès d'un secrétariat. Mais cet avant-projet n'a été ni rédigé, ni avalisé par le Comité interministériel, ni par les administrations intéressées. Il a été soumis à certaines autorités compétentes comme les Facultés pour être corrigé, amendé, complété, émondé, modifié dans sa forme comme il convient. Je dois dire que, personnellement, dès que je l'ai eu entre mes mains, j'ai préparé le texte d'une série de corrections importantes. Cette sorte de brouillon, ou de canevas, devait être communiqué tel qu'il était, précisément pour que puissent être faites, avant toute rédaction définitive, des propositions utiles. Il a donc été présenté tel quel aux Facultés de Médecine. Nous avons appris que certaines d'entre elles faisaient des réserves formelles, toutes demandaient que le texte soit examiné à loisir. Beaucoup d'entre elles ont d'ores et déjà étudié avec attention le texte qui leur était soumis et elles ont présenté des suggestions dont la plupart sont tout à fait compatibles avec l'esprit de la réforme et dont je souhaite personnellement qu'elles soient retenues. Messieurs les Doyens des Facultés de médecine ont été convoqués au Ministère de l'Education nationale le 13 avril pour faire connaitre leur opinion et recueillir des compléments d'information. Dans sa séance du 14 avril, la Section permanente du Conseil de l'Enseignement supérieur a décidé de constituer un Comité spécial d'étude, composé des Doyens et Professeurs de médecine et de pharmacie qui font partie du Conseil de l'Enseignement supérieur, auxquels se sont joints deux autres doyens. Ce groupe qui s'est mis au travail dès le 15 avril, tiendra sa dernière réunion le 28 avril et remettra son rapport le 29 à la Section permanente qui en délibérera aussitôt. Lorsque M. le Ministre de l'Education nationale recevra les conclusions présentées par ce conseil, il en fera part à son collègue M. le Ministre de la Santé publique et de la Population et tous deux procéderont à une dernière série de consultations avant d'arrêter leur position et de transformer - le mot transformer a tout son sens - en projet de décret l'avant-projet dont on s'est si fortement ému.

    Je voudrais ajouter encore quelques remarques personnelles sur le flot des rumeurs, des faux bruits, des procès de tendances, des interprétations fallacieuses répandues durant ces dernières semaines. En voulez vous quelques exemples? On a dit que les externes seraient désignés sans fréquentation préalable de l'hôpital et sans connaissance de la sémiologie, comme si l'ancien chef de service que je suis, qui prit durant toute sa carrière tant de soin pour le choix de ses externes, pourrait envisager un pareil dispositif. En vérité tout le programme des études va être établi dans l'orientation la meilleure et la plus sage. On a dit également qu'à la fin de l'internat, nos jeunes collègues seraient dans le désarroi. Alors que depuis tant d'années j'ai pris un tel souci de guider mes jeunes collègues à cette période difficile de leur existence, on voudrait que je n'aie pas demandé de prévoir pour eux une situation stable et convenable? On a dit que les concours allaient être politisés, comme si un homme qui a montré toute sa vie combien il fallait éviter les passions partisanes et qui a souffert comme juge des obligations désagréables d'un mauvais régime de faveur dans les concours, ne désirait pas rendre dans toute la mesure du possible les concours plus impartiaux et plus justes. Rien, dans aucun texte, n'apporte la moindre justification à ces critiques imaginaires. Je pourrais continuer à en faire l'examen devant vous, mais ceux d'entre vous qui me connaissent savent que je ne puis donner mon effort à un nouveau régime que s'il est à la fois national et libéral. Encore une dernière remarque. L'Académie de médecine a cru devoir émettre un voeu alors que régnait une atmosphère de polémique violente, alors qu'étaient convoquées des conférences de presse, répandus des ordres de jour bruyants, affichés certaines résolutions de combat, imprimées des déclarations passionnées, déformés les faits, répandues les informations insuffisantes, incontrôlées, souvent inexactes. Je ne crois pas que la profession médicale ait auprès du grand public tiré bénéfice de ce comportement. Et, dans le même temps, le texte du voeu voté par l'Académie à l'unanimité parle de la promulgation immédiate du projet de décret, lequel à la vérité n'existe pas encore. Il affirme que l'Académie a pris connaissance du texte. Est ce rigoureusement juste? Quels sont mes membres de l'Académie qui ont lu, ou même vu le texte incriminé? Quel groupe de travail, quel comité secret en a délibéré? Qui s'est informé du sens du mot avant-projet? Qui a demandé quelles modifications pensaient suggérer après lecture et réflexion le Comité interministériel, les administrations intéressées avant la décision des Ministres eux-mêmes? Je soumets, mes chers collègues, ces simples remarques à votre sage méditation.

    21 avril 1959 - La réforme de l'enseignement de la médecine et des hôpitaux. Intervention du dr. Leclainche (DG. AP-HP) devant l'Académie de Médecine

    C'est avec une vive surprise que j'ai pris connaissance du voeu adopté par l'Académie au cours de sa dernière séance, à laquelle je n'a pu assister ayant été obligé de me rendre à Berck justement ce jour là. Je tiens à déclarer que je ne me serais pas associé à des affirmations que je considère par trop péremptoires et même aventureuses. Je m'étonne aussi que, dérogeant à ses traditions l'Académie ait cru devoir adopter 'de plano' et adresser au Gouvernement un texte aussi catégorique, sans avoir confié à une commission le soin de l'étudier et d'en peser tous les termes. Cette procédure habituelle aurait peut être permis à tous ses membres de prendre connaissance du texte incriminé, d'avoir communication préalable du projet de voeu proposé et d'être en mesure de formuler, à son sujet et en temps utile, toutes les observations qui s'imposaient. Pour vous amener à abandonner cette procédure, on a invoqué l'extrême urgence. Or, je tiens à vous dire que cet argument était tout à fait erroné. Si vous me le permettez, je vais maintenant essayer de vous exposer les raisons de ma position.

    I - On ne peut prétendre que le projet de décret bouleverse toute l'organisation de la médecine, puisqu'il n'intéresse que les hôpitaux des villes de Facultés. D'autre part, contrairement à ce qui est affirmé, toutes les dispositions de ce texte n'entreront pas en vigueur "du jour au lendemain". Les dispositions transitoires respectent toutes les situations acquises. C'est à dire que tous les chefs de service des hôpitaux et tous les professeurs de Faculté en fonctions, même s'ils viennent d'être nommés, pourront rester dans l'ancien régime s'ils en expriment le désir. Ceci reporte donc l'application intégrale du nouveau décret à une date fort lointaine. 

    Vous avec déclaré :

    II - "Le décret aboutit en fait à une fonctionnarisation forcée de tout le corps hospitalier". Je ne pense pas qu' l'on puisse considérer comme de véritables fonctionnaires des personnages qui continueront à toucher des honoraires médicaux hospitaliers qui, d'après les renseignements officieux fournis par la presse, s'échelonneraient entre 6 et 8 MF, non compris les profits résultant de la clientèle privée reçus à l'hôpital, en consultation et en lit de clinique et non compris les honoraires pour des consultations à domicile en dehors des heures de service. Quoi qu'il en soit, si l'on tient absolument à considérer ces nouveaux chefs de service professeurs comme des 'fonctionnaires', je n'y vois personnellement aucun inconvénient. Mais pourquoi se scandaliser de ce que des professeurs déjà fonctionnaires voient de nouveaux collègues, médecins des hôpitaux, venir partager leur sort? Je sais bien que l'on veut considérer la réforme comme une menace pour les médecins praticiens. Je déclare tout net que si cette menace existait, je comprendrais parfaitement l'opposition de l'Académie, car je pense comme vous tous que la fonctionnarisation des médecins praticiens serait une très mauvaise chose. L'expérience poursuivie à cet égard par des pays voisins est loin d'être convaincante. Mais je considère que si la fonctionnarisation présente des inconvénients majeurs pour les médecins de famille, il n'en est pas du tout de même de la transformation partielle des médecins des hôpitaux en universitaires. D'autre part, ainsi que je l'ai déjà déclaré, je suis convaincu que l'institution du nouveau régime est une condition indispensable du bon fonctionnement de nos hôpitaux, étant donné les obligations actuelles et futures qui incombent à nos établissements. Enfin, je pense qu'instituer le plein temps pour les médecins des hôpitaux, c'est apporter aux malades et à la population tout entière des garanties et une sécurité telles, que les pouvoirs publics n'auront plus aucune raison de toucher au secteur privé des médecins de famille. Bien au contraire, un parfait équilibre et un heureux modus vivendi peut être facilement trouvé entre ces deux médecines à condition de créer entre elles des liens de confiance réciproques. Et ce dessein n'est nullement chimérique puisque, en plein accord avec les médecins praticiens, dans plusieurs secteurs de Paris, nous sommes en train de réaliser un tel système avec notre organisation des soins à domicile. 

    Vous déclarez aussi que :

    III - "Les conséquences de ce texte apparaissent des plus graves pour l'avenir de la médecine française". Cette déclaration parait également abusive. Même si l'on identifiait la médecine française aux médecins français, je crois que l'affirmation serait excessive. Ainsi que j'ai essayé de vous le démontrer, la réforme ne menace, la réforme ne menace nullement les "médecins" français, bien au contraire. Si sous le terme de "médecins français" on considère "la qualité des soins donnés", ce qui est bien, je suppose votre occupation essentielle, la crainte qu'exprime votre voeu est encore plus injustifiée. Peut on en effet douter que le malade ne soit demain mieux soigné entre un médecin de famille - qui aura reçu avec le nouveau régime une instruction plus complète - et un médecin des hôpitaux plein temps disposant d'un état-major renforcé et d'aménagements modernisés? Enfin si dans le terme de "médecine française" on entend la science médicale française, peut on raisonnablement prétendre que le travail de recherche n'aura pas de grandes chances d'être fructueux dans les nouveaux services plein temps et avec le nouveau statut de la recherche hospitalière?

    Madame, Messieurs, j'en ai fini. J'ai pensé qu'il était de mon devoir de vous faire connaitre, même a posteriori, l'opinion du Directeur général de l'Assistance publique sur un problème qui le concerne aussi directement. En dépit des statistiques invoquées, je suis sûr que, mieux informés, la plupart de nos chefs de service partageront demain une opinion qui est déjà celle des assistants, des internes et des étudiants. Enfin, il ne me paraît pas présomptueux de supposer que la réforme en cause rencontrerait l'adhésion complète des quelques cinq millions de malades qui, chaque année, fréquentent nos hôpitaux si on pouvait facilement les consulter.

    25 avril 1959 - Pr. René Moreau (Académie de méd.) à propos de la présentation du projet de statut à l'Académie par le pr. Debré, lui même

    La défense qu'il a faite avec une véhémence juvénile du projet auquel son nom est légitimement attaché (donne) des éclaircissements pour l’avenir qu’il nous a donné avec autant de fermeté que de fougue… Mais le texte de le l’avant projet dont la rédaction de style administratif a du être confiée à un lampiste anonyme nous le dit sans ambages : les médecins et professeurs nommés du concours national seront soumis au régime du plein temps et dans plusieurs endroits il est répété qu’ils seront assujettis au statut de fonctionnaire. Malgré la participation des groupements et syndicats médicaux, on n’a pas tenu compte des suggestions soumises ‘au comité présidé par m. Debré’. Il y a deux mois, après la publication de l’ordonnance qui donne force de loi au projet, nous avons cru devoir jeter un cri d’alarme : il a été entendu et les ministres nous ont longuement reçus. Ils nous ont démontré que nous ne savions pas lire un texte administratif et que le caractère impératif et absolu du plein tems était assorti de dérogations mentionnées dans un court paragraphe d’un article qui se découvrait trois pages plus loin. Des apaisements, des promesses formelles nous ont été chaleureusement prodigués. Nous leur avons fait confiance, nous avons arrêté notre élan. A Pâques, le texte du dernier avant projet nous est parvenu. Des promesses faites rien n’apparaissait. Nous continuons à nous méfier des règlements d’administration publique. Nous savons par expérience que tout ce que comporte d’excellent les organismes de la Sécurité Sociale a déçu nos espérances et que leur mise en place hâtive en a faussé le jeu. Nous redoutons que la réforme de l’enseignement hâtivement appliquée nous apporte les mêmes déceptions et que médecins et professeurs devenus fonctionnaires de l’Education nationale, subissent un jour la loi féodale de la Sécurité Sociale. Quant à l’avis de l’Académie de médecine, je tiens à préciser, publiquement, dans quelles conditions l’aventure s’est déroulée : une commission s’est réunie quatre ou cinq fois, elle a procédé à l’examen du projet qui lui était soumis, animée non d’un esprit de démolition, mais d’adaptation rapide.../ R. Debré qui présidait ce jour là l'Académie, nous a fait savoir que l’avis n’était que consultatif.../ Veut on un exemple de cette hâte intempestive ? Considérez  la transformation brutale de Cochin, de Saint Antoine et de la Salpetrière en CHU..../ Une première réforme à faire serait, et je vais peiner mon vieil ami le doyen Binet, de scinder en quatre Facultés celle de Paris qui aspire à donner un enseignement de qualité à 8000 étudiants. Suppression de l’externat ? Nous refusons de penser qu’un projet inspiré par R. Debré put comporter une telle hérésie médicale. Nous savons tous quelles qualités d’enseigneur possède monsieur Debré. Nous savons la solidité de son sens clinique et de son talent didactique. Toute sa vie il a enseigné ses stagiaires et ses externes, veillé sur ses internes et poussé dans la vie tous ses collaborateurs fidèlement attachés. Qui d’entre nous a, plus que lui, pu voir arriver un plus grand nombre de ses élèves aux hôpitaux ou à la faculté, à la suite de concours honnêtes et justes ? .../ Nous voulons que la réforme aboutisse sans fonctionnarisation autoritaire, sans politisation ni tutelle plus ou moins secrète : qu’elle reste une œuvre médicale servie par la passion que nous avons, tout comme R. Debré, de la médecine, notre métier.

    29 avril 1959 - Séance de la Section permanente du Conseil de l’enseignement supérieur

    Binet demande que conformément aux promesses de Debré, le projet de statut fasse l’objet d’un nouvel examen par les Fac de médecine. Il a pris l’engagement formel vis à vis de celle de Paris de la consulter sur un nouveau le texte
    Rolland (DES) répond négativement : le gouvernement est pressé de voir aboutir la réforme. Il estime inopportun de proposer au ministre une deuxième consultation des facultés.
    Embarras des doyens vis à vis de leurs mandants
    Hermann évoque la mauvaise foi du ministre de la Santé qui néglige le prestige et la compétence apportés par les professeurs des hôpitaux.../ Ils compensent largement les services qu’ils rendent. L'un des inconvénients du plein temps est d’éloigner les cliniciens de l’exercice de la médecine courante, la clientèle des hôpitaux étant constituée principalement de malades graves.
    Giraud pense que la coexistence de deux catégories de malades payants et non payants dans les hôpitaux aura des conséquences morales déplorables. Il estime préférable de laisser aux médecins des CHU le droit de soigner leur clientèle privée en dehors des heures de service.
    Rolland dit que cela impliquerait un contrôle du professorat peu compatible avec le prestige de la fonction.
    Giraud il est anormal de refuser à un médecin ayant accompli son service au CHU la liberté d’exercer sa profession
    Rolland : le min. de la Santé est hostile au contrôle
    Giraud insiste sur le danger qu’il y aurait à démanteler après chaque concours les équipes constituées dans les services. Il est indispensable que les professeurs puissent conserver leurs collaborateurs pendant quelques années et disposer du temps nécessaire pour former des remplaçants.../ Le refus d’admettre les anciens internes dans les villes de province me fait considérer que le but de la Santé est de porter atteinte à la primauté de l’internat des hôpitaux des villes de facultés.

    5 mai 1959 - Université de Poitiers, Ecole nationale de médecine et de pharmacie de Tours, dir E. Aron à DES

    Les Ecoles de médecine sont favorables à la réforme (anonymat total plus de différence entre les internes des écoles et ceux des hôpitaux) pour les concours de soudure entre l'ancien et le nouveau régime..../ Car le recours à l’anonymat permet d' éviter un dernier sursaut de « colonialisme » préjudiciable aux efforts de décentralisation et qui découragerait les jeunes provinciaux..../ Je me permets de préciser qu’à Tours, en vous demandant de pardonner l’immodestie d’un directeur ambitieux pour (la sienne), l’Ecole de médecine est édifiée sur le terrain de l’hôpital et que la réalisation du CHU n’est ainsi qu’une question d’étiquette

    19 mai 1959 - I. G. Rolland à MEN

    Les doyens de Facs de méd. et le Conseil de l’enseignement supérieur différent à propos de l’anonymat. Pour les doyens le premier concours ne doit pas être une épreuve très fermée, pas de bachotage. Pour Debré la méfiance vis à vis de ses anciens collègues l’emportant dans son esprit il demande que pour les premières années, l’épreuve écrite anonyme soit tenue pour essentielle.../ Une opposition de principe subsiste dans la génération la plus agée qui ne se résigne pas à voir limiter le libéralisme traditionnel de la profession. En revanche, la Fédération des étudiants en médecine de France est très en faveur de la réforme. La Fédération des internats de villes de faculté est pour (les internes de Paris demandent que le concours deviennent national). Les assistants et attachés des hôpitaux aussi, mais une minorité (chirurgiens) s’oppose à la généralisation du plein temps. Les syndicats de médecins ne contestent pas la nécessité d’une réforme, mais ils trouvent le projet Debré trop radical (sans jeux de mots !). Les jeunes hospitaliers parisiens qui ont voyagé à l’étranger se rendent parfaitement compte de l’anachronisme de nos institutions. La Confédération des syndicats médicaux est par avance hostile à la réforme. Elle y voit un pas vers la mainmise de l’Etat sur la profession, un risque de concurrence des hôpitaux universitaires qui drainera la clientèle à son profit.

    31 mai 1959 - Remarque de Mayer sur le mode de recrutement

    Pour les disciplines biologiques, la mode de recrutement tel qu’il est proposé dans l’avant projet risque de condamner toute recherche scientifique personnelle et originale pendant au moins toute la durée de préparation des concours (or, il y en aura désormais deux).../ Les principales critiques portent sur l'anonymat.../ La réforme n’apporte aucun progrès.../  Elle aggrave les conditions du cursus.../ Le plein temps n’est nécessaire que là où il est justifié (à la discrétion des hôpitaux et des facs).../ Si l’on tient compte que la fonction d’assistant est essentiellement transitoire et devant rapidement aboutir à un retour dans le rang, i e à la clientèle privée ou à l’accession au médicat, ce grand brassage de médecins dont la carrière n’est pas encore orientée paraît très délicat, voire même injuste et notre préférence va au concours régional pour le premier échelon..../ Inégalités Paris province : on devient très tôt chef de service et agrégé en province alors qu’à Paris on piétine pendant toute une jeunesse pour n’aboutir que très rarement.../ La fac de Paris est atteinte de gigantisme.../ Un concours national permettrait de remédier à toutes ces imperfections.../ L’exercice du plein temps rendrait impossible la situation scandaleuse de ces agrégés de province domiciliés à Paris qui vont en courant et entre deux trains faire leurs cours deux fois par semaine.

    2 juin 1959 - Rapport de la commission de l’Académie de médecine sur le projet de statut présidée par L. Pasteur Valléry Radot

    L'avant projet a déjà suscité une vive émotion.../ Mise en place d’une commission par le pr. L. Pasteur Valléry Radot, par esprit d’apaisement, pour trouver des solutions d’entente afin de réaliser la réforme indispensable des études médicales et de la structure hospitalière.../ L'Ac de méd. a recueilli les avis du Conseil de l’Ordre, de la Confédération des syndicats médicaux, de l’Académie de chirurgie, des médecins des hôpitaux et de la sté des Agrégés.../ Cette commission ne comportait, à notre grand regret que des parisiens : pr. Vernejoul, Delannoy, mais nous avons reçu les avis motivés de la province : doyen Hermann, pr. Creyssel de Lyon, doyen Giraud de Montpellier (qui faisaient partie du comité interministériel présidé par le pr. Debré), mais aussi pr. Broustet de Bordeaux, enfin le pr. Mollaret à notre demande a été appelé à titre consultatif.

    Deux grandes conclusions se dégagent de notre étude : toutes les mesures de réforme envisagées nécessitent l’aménagement préalable des locaux universitaires et hospitaliers existants et appellent la construction rapide des CHU. Alors seulement les nominations, fondées sur l’unification des carrières hospitalières et universitaires pourront être appliquées sans risque de faire crouler l’œuvre réformatrice. Aucune des réformes prévues ne doit porter atteinte aux principes généraux de l’exercice de la médecine, communs à tous les praticiens, quels que soient leurs titres ou leur fonction : le caractère libéral (souligné dans le texte) de la médecine française doit être maintenu et proclamé. Tout médecin doit, même s’il n’exerce qu’à l’hôpital être inscrit à l’Ordre des Médecins et se souvenir qu’il est tenu, absolument, au secret professionnel.../ La population hospitalière ne représente que 20% des malades d’une ville.../ Les mesures transitoires nous réservent sans doute des difficultés et des surprises. L’esprit d’objectivité qui doit être celui du médecin, du professeur, de l’homme de laboratoire, du savant voué à la recherche, doit présider à l’application de toutes les mesures envisagées sans parti pris, sans esprit de doctrine. Le problème de la 'force' plein temps ? L'article 2 du statut prévoit les lits et consultations privés. Demande de saisine de l'Ordre des médecins en cas de faute professionnelle ou déontologique : il faut rappeler aux rédacteurs du projet le principe constant, en matière judiciaire, que tout prévenu est présumé innocent tant qu’il n’a pas été légalement jugé, même s’il est médecin.../ A l’unanimité, la commission estime qu’il est nécessaire d’établir un rapport convenable entre le nombre des étudiants et celui des enseignants.../ Par dix voix contre une, la Commission demande que le titre chef de clinique-assistant soit remplacé par celui d’Assistant hospitalier universitaire.../ L’Académie de médecine défend l’anonymat du concours (art. 36) pour le recrutement des maitres de conf, agrégés, médecins des hôpitaux…

    A propos du Titre III : l’Ac de méd. estime que, si l’enseignement de l’art dentaire nécessite à juste titre un chapitre particulier, il est indispensable que d’autres disciplines bénéficient d’une même étude. Nous avons senti la nécessité de prévoir, en plus des deux grands groupes formés par les sciences fondamentales d’une part et les sciences cliniques d’autre part, un groupe de disciplines intermédiaires, telles que l’anesthésiologie et la médecine légale. De même, l’enseignement de l’anatomie pathologique doit être envisagé à part de l’enseignement des sciences fondamentales auxquelles elle est liée théoriquement ( ?) comme l’enseignement de la psychiatrie. A ces disciplines intermédiaires ne peut pas s’appliquer intégralement l’ensemble des dispositions propres aux sciences cliniques en raison notamment du nombre insuffisant d’anciens internes qui s’y consacrent…/ De même il faudra envisager à part le statut des sciences fondamentales dans le cadre des hôpitaux universitaires. Actuellement les professeurs des sciences fondamentales semblent désirer que les dispositions nouvelles ne les arrachent pas de façon obligatoire à leur seule appartenance universitaire. Ils paraissent redouter l’engagement hospitalier.

    Titre IV l’Ac. de méd. estime que l’expression « internes des hôpitaux dits de la région de Paris » est le produit d’un lapsus calami ( ?)

    Conclusions : nos raisons d’espérer sont multiples.../ L’amélioration des programmes et horaires d’enseignement.../ L’adaptation des hôpitaux à un nouveau mode de fonctionnement soins-enseignement-recherche, véritable préfiguration de l’hôpital universitaires dont nous voulons voir poser symbolique la première pierre. Réalisation d’un grand rêve..../ La fusion des carrières hospitalières et universitaires si longtemps attendue, peut être, à peu de frais, heureusement réalisée..../ La formule du plein temps appliquée au fonctionnement continu et harmonieux des services hospitaliers est unanimement acceptée suivant les modalités que nous avons exposées.../ La notion d’un concours national a été unanimement retenue, selon les modalités diverses indiquées plus haut. Notre souci de ne pas dissocier les équipes de travail nous à conduits à demander l’option régionale pour le premier degré.../ Pour aboutir, il faudra, je n’ai pas la vision prophétique des chiffres, des sommes immenses. Lentement, l’œuvre entreprise s’accomplira. Nous n’assisterons pas à son couronnement, mais je souhaite que ceux qui le verront seront encore des médecins, certes plus savants et plus calmes ( ?) que nous, des médecins assujettis à un statut imprévisible, rompus à une médecine surement tout autre que la notre, adaptées à un état social encore informulé, mais que médecins de 1980, bien français, libéraux et frondeurs peut être, indépendants toujours, soumis aux règles de la charité médicale, ils ne nous maudiront pas d’avoir osé à 70 ans d’âge fixer les règles de leur vie professionnelle par une audacieuse anticipation d’une vingtaine d’années. Je souhaite à ces collègues et confrères à venir de garder leur esprit français de clarté, de précision, d’ordre et de mesure, de conserver l’orgueilleuse modestie de ceux qui ont le droit de se tromper et qui gardent encore intacte la force du plus ancien et du plus noble privilège de l’Etre : la non violence et le droit du refus humain.

    5 juin 1959 - Michel Rougevin-Baville (cabinet) au MEN

    Il apparaît que le rapport de l’Académie est établi à partir du texte dit du ‘15 mai 1959’… Il y a lieu de souligner le caractère extrêmement modéré et serein des observations faites par l’Académie. Les modifications demandées portent sur trois points essentiels, les dérogations au plein temps, le concours du médicat et la question du bureau central des mutations. Sur le point 1 : l’Académie propose qu’une commission composée d’enseignants et d’hospitaliers désignent les services qui pourront fonctionner en plein temps. Refuser. Sur le point 2 : demande de régionalisation du médicat (elle est obscure). La commission relève que des dispositions spéciales devraient être prévues concernant les sciences fondamentales, l’anesthésie, la psychiatrie et l’anatomo-pathologie. Elle signale en particulier que les dispositions relatives aux sciences fondamentales n’ont peut être pas été suffisamment étudiées et que les fondamentalistes paraissent redouter l’enseignement hospitalier. Cette remarque ne me paraît pas dénuée de fondement et confirme l’impression que le projet du Comité interministériel a été étudié essentiellement sous l’angle clinique. Il me semble qu’il y aurait avantage psychologique à suivre les avis de l’Académie de méd. sur le plus de points possibles

    10 juin 1959 - Réunion MEN - Min. Santé

    Les avis de l'Académie de médecine à propos du plein temps sont remarquablement ambigus. Nous proposons trois modalités : le plein-temps intégral sans clientèle privée, le plein-temps avec clientèle privée, le plein-temps assuré par des médecins à temps partiel pouvant exercer en ville en dehors des heures de service.

    10 juillet 1959 - Min. Santé (B.Chenot) à min. Finances (direction du Budget) et min. Intérieur

    Le premier projet de décret portant statut du personnel CHU a rencontré de très vives objections de la part des intéressés. La principale modification porte sur l’obligation du régime de la fonction plein temps …./ l’Académie de médecine s’est spontanément saisie du problème au plus fort de la controverse et a accompli un notable effort de synthèse, le nouveau texte admet l’existence de services ou de dérogations à la fonction plein temps. Le personnel des CHU ne deviendra pas fonctionnaire

    29 juillet 1959 - DES à MEN. Note sur le projet de loi relatif à la réforme de l’enseignement médical, des centres hospitaliers et universitaires et au développement de la recherche médicale

    Certaines dispositions du projet de loi primitif ont provoqué de sérieuses réserves. On peut dire que les doyens, notamment, redoutant comme l’a dit l’un d’eux que les propositions faites par la Commission (interministérielle) n’aboutissent à une dissolution de la faculté dans l’hôpital, ne se sont ralliés à l’ensemble du projet que parce qu’ils n’ont pu se mettre d’accord pour en élaborer un autre.../ Du coté de la propédeutique, le nombre des étudiants dans les fac de sciences est tel qu’elles ne verront probablement que des avantages à n’avoir plus la charge de cette propédeutique..../ Je crois devoir en terminant attirer l’attention de m. le Ministre sur le fait que le projet de loi garde un silence total sur le sort réservé à la pharmacie et aux études dentaires.

    11 septembre 1959  - Note R. Debré à DES

    Pourquoi alourdir le titre de maitre de conférence en ajoutant agrégé ? L'inflation des titres est ridicule et le mot 'agrégé' rappelle inutilement le passé.

    16 septembre1959 - Note sur le problème du Bureau central (affectation des internes)

    L’affectation des jeunes médecins : bureau national ou bureau dans les grands CHU?.../ Délocaliser le fonctionnement des CHU/R si on peut admettre une certaine souplesse pour s’occuper des locaux à l’hôpital, beaucoup moins admissible en matière de fac (on ne deviendra pas prof de médecine dans sa ville d’origine).../  M. Dausset est favorable à l’idée d’un bureau central national.../ Le DES reproche à Debré de n’avoir pas soumis règle de fonctionnement du bureau central au Conseil de l’enseignement supérieur, contrairement à toutes les traditions universitaires comme à l’intérêt général.

    Octobre 1959 - Rapport sur les perspectives de développement de l’université de Paris

    (Seite, Hirsch, Richard, Bartoli).

    Considérations générales : fautes d’études préliminaires certaines questions restent sans réponse : Le nombre des bacheliers restera t il lié à l’évolution des effectifs ? Quels sont les besoins de la nation dans les différentes professions qui sont les débouchés normaux de l'Enseignement sup ? La médecine et la pharmacie par exemple, pourront-elles continuer à offrir des débouchés suffisants aux étudiants qui s’orientent vers ces disciplines ? Le problème de la répartition des étudiants entre université et grandes écoles…/
    Exposé sur les travaux à effectuer dans les hôpitaux de Paris, en vue de l’application de la réforme médicale et hospitalière, par le dr. X. Leclainche.

    26 octobre 1959 - Note DES à propos de l'affectation des internes

    A propos du Bureau central : R. Debré a renoncé, après une longue discussion, à réclamer un système de mutation fondé uniquement sur l’ancienneté…/ Pour éviter tout risque de régionalisation conformément au vœu exprimé par lui, les membres des bureaux locaux n’auront aucune priorité pour être nommés chefs de service.

    23 novembre1959 - Circulaire du MEN (André Boulloche) aux recteurs. Présentation de la réforme

    Le PCB est supprimé et intégré dans la première année de faculté comme le réclame depuis fort longtemps le corps médical (les facultés peuvent réaliser elles même la propédeutique précédent leur propre enseignement).../ Pour l’étudiant, la fréquentation de l’hôpital commence dès le second semestre de la deuxième année. L’enseignement clinique ne s’adressera plus à des grandes foules de stagiaires mais à des petits groupes.../ Pour éviter une dislocation pernicieuse de l’activité (pratique) et du travail (étude), suppression de l’externat.../ Enseignement biologique : les sciences fondamentales continuent d’être enseignées pendant les 3ème et 4ème années et leur étude s’articule étroitement avec celle des sciences cliniques.../ Les lignes directrices de la réforme comportent un enseignement médical en trois étapes : une première est consacrée à l’étude de l’homme normal, la seconde à la séméiologie (en particulier la microbiologie), la troisième à la clinique (les étudiants assurant la fonction d’externes).../ La microbiologie représente une discipline née du progrès de certains enseignements classiques (bactério, parasito, hamato) auxquels se sont adjoints des nouveaux chapitres (virologie, immunologie)..../ A partir de la cinquième années un certain nombre d’étudiants pourront s’orienter vers la biologie spécialisée (l’étudiant se destinant aux disciplines biologiques pourra consacrer un stage de 6 mois dans un labo de sciences fondamentales).

    26 novembre 1959 - Min Finance, direction du Budget à Min de la Santé (Max Querrien) et MEN

    Les dérogations au plein temps font tiquer le min. Fin. Il s’agit d’une anomalie…/ exorbitant…/ On reproche à la réforme de n’être pas claire sur le statut du personnel des CHU qui sont des fonctionnaires.../ Opposition à l'instauration d'un secteur privé à l’hôpital

    2 décembre 1959 - J. P Bader (INH) à DES

    A propos du délicat problème de recrutement des chefs de service

    9 décembre 1959 - Conseil d’Etat, rapport Barjot

    Correction du texte de l’ordonnance Art 7 : Les charges financières résultant de l’application de la présente ordonnance sont supportées en totalité en ce qui concerne l’enseignement public médical et poste universitaire par le MEN. En ce qui concerne la recherche médicale, les charges incombant à l’Etat sont réparties entre ce budget et celui du ministère de la Santé publique et de la population (mention INH entre parenthèses rétablie à la demande de B. Chenot)

    12 décembre 1959 - René Fabre (doyen fac pharmacie Paris) à DES

    Pour protester contre le projet de création d ‘un certificat supérieur de biologie médicale. Les internes en pharmacie regrettent que le projet ignore totalement le role et la compétence des internes en pharmacie dans le domaine de la biologie hospitalière.

    12 décembre 1959 - Doyen Giraud à MEN

    Pour demander une réunion des doyens qui se mettraient d’accord sur certains points demeurés litigieux ("l’ordonnance qui a remplacé l’avant projet dit 'Debré' n’et plus qu’un cadre extrêmement général")

    15 décembre 1959 - Faculté de Médecine de Paris. Conseil de faculté.

    ( Bargeton, Chaymol, Coste, Debray, Delmas, Desoille, Fasquelle, Giroud, Merklen, Piedelièvre, Lacomme, Varangot…)

    Protestation contre la suppression du PCB (la Fac de méd. risque d'être débordée par la propédeutique).../ La pharmacologie est une science fondamentale et pas clinique. Certificat d'études supérieurs de biologie médicale : rejet.../ Demande maintien de l’externat. Les cliniciens s’inquiètent de voir le classement de l’externat établi d’après des connaissances trop scientifiques n’ayant qu’un rapport éloigné avec la future fonction d’externe. La réforme ? Certes, elle a des points positifs, mais d’autres sont désastreux.../ Une bonne réforme ne consisterait elle pas à renforcer les moyens existants?

    16 décembre 1959 - Doyen Giraud au MEN

    Nécessité d’une libération aussi précoce que possible des candidats aux concours hospitaliers et universitaires par rapport aux épreuves de mémoire.../ Toute notre jeunesse universitaire et hospitalière comme l’université tout entière souhaite vivement être libérée le plus tôt possible de la nécessité des efforts de mémoire théorique…./ Nous voudrions une modalité de recrutement qui place au début de la carrière de nos jeunes gens, une épreuve de sélection très importante, très difficile, nationale , anonyme, indiscutable sans le concours d’aucune bibliothèque ni d’aucun livre et qui les contraigne à faire une fois pour toutes la preuve de leur acquit et de leur valeur…./ Plus tard, ils seront choisis sur les qualités qu’ils possèdent sans qu’ils aient été obligés à ces efforts de mémoire stérilisants dont Albert Einstein lui même a proclamé l’inutilité, passé un certain stade de la carrière…./ L’ensemble des concours tels qu’ils étaient articulés dans le dernier texte de l’avant projet de la Commission dite 'Debré' est parfaitement susceptible de retouches.

    16 décembre 1959 - Pr. Henri Galliard (Fac méd Paris, institut de parasitologie)

    Pour demander de ne pas faire disparaître l’enseignement de la parasitologie en tant que telle de l’enseignement médical.

    17 décembre 1959 - Gauthier (doyen Fac. de Sciences de Lyon) à DES

    Pour déplorer que l’enseignement de la biologie soit dissocié entre Fac de science et Fac de médecine

    17 décembre 1959 - R. Degos (H. Saint Louis) à MEN

    Apprend avec stupeur la suppression de l’enseignement de la dermato syphiligraphie. Les maladies vénériennes qui ont connu une régression temporaire, subissent actuellement une reprise notable.

    18 décembre 1959 - Doyen fac méd Paris à DES

    Un problème très grave est l’impossibilité de mettre en œuvre la réforme en 1960 (i.e. fusion des années 1 et 2 PCB remplacé par propédeutique). Problème d’effectifs, 3000 incréments à Fac méd Paris.

    28 décembre 1959 - Seimbille (école odontologique de Paris) à DES

    Deux diplômes pour faire un dentiste : le doctorat en médecine et le diplôme de chirurgien dentiste (créé en 1892, mais à titre provisoire). La dentisterie doit absolument faire partie de la réforme en cours des études médicales (oui à la suppression du PCB)

    29 décembre 1959 - MEN (A. Boulloche) à min. Fin

    L’institution d’un secteur d’hospitalisation privée est la condition sine qua non de l’introduction des fonctions plein temps à l’hôpital. Sa suppression enlève à la réforme toute chance d’aboutir dans les faits. Il nous est donc impossible de vous suivre sur ce terrain.
    Evocation d’un recours à l’arbitrage

    14 janvier 1960 - Groupe de travail pour étudier les modalités de l’organisation des concours nationaux

    (André Lemaire, G. Schapira)

    Pour l’anonymat du premier concours (le problème c’est l’anonymat impossible pour l’épreuve de travaux pratiques), mais avec une sélection plus sévère des candidats, par exemple : possession d’un doctorat es sciences, accomplissement d’un stage de 2/3 ans dans la spécialité.

    11 mars 1960 - Dr. Salomon à DES

    Le confort moral hospitalier, ses sanctions pratiques dans l’hôpital universitaire. Parmi les recommandations, l’enseignement des sciences humaines (la psychologie de l’homme malade)
    Fourniture d’un logement de fonction aux internes mariés. Salles de spectacle, lieux de cultes
    Cas des Nord africains, les mettre à part (spécificités culturelles)

    16 mars 1960 - Fac méd Montpellier à MEN

    Loubatieres, Negre se disent pour le  report de la réforme

    29 mars 1960 - Ordre national des médecins (Vernejoul) à propos du projet de création d’un grade de docteur en biologie médicale

    L'ONM estime que la création d’un doctorat en biologie médicale (ouvert aux pharmaciens ou aux licenciés ès sciences) porterait une grave atteinte à la valeur du grade docteur en médecine, c’est pourquoi il y est fermement opposé. Par ailleurs, le doctorat en biologie humaine doit il être délivré par Fac de sc ou Fac de médecine?

    5 mai 1960 - Com. gen. au Plan, Groupe de travail commun aux commissions de l’équipement sanitaire et social et de l’équipement scolaire et universitaire

    Rapport sur la réorganisation des hôpitaux de Paris et de la région parisienne (R. Molinard). Etat d’arriération des hôpitaux parisiens (par rapport à la province).../ L’indécision des pouvoirs publics quant aux responsabilités de l’AP-HP. Organisation du plein temps hospitalier : du point de vue universitaire, seul s’impose le plein temps pour ceux qui ont la charge de l’enseignement des stagiaires. C’est à dire que les Chefs de Clinique doivent être plein temps. Par contre, l’enseignement des élites (internes, externes) peut, du fait de leur petit nombre, rester classique.

    3 juin 1960 - Comité interministériel

    (Pr. Robert Debré (vice pdt.), dr. Aujaleu (vice pdt.), dr. Dausset (rapporteur), Poignant, Rougevin-Vaville, dr. Bricaire, pr. Bugnard, dr. Cayla, dr Denoix, Grimaud, pr. Lemaire, pr. Merle D’Aubigné, J C Salomon)

    Prévisions : 3 CHU en 1963,Saint Antoine, Cochin et soit Salpèt. , soit Necker. 5 en 1964, 6 en 1967 et 7 en 1968. Il s'agit de faire des CHU à 800 étudiants.
    Bugnard pose la question des terrains pour les labos.

    16 juin 1960 - Com. g. au Plan, Groupe de travail commisions de l’équipement sanitaire et social et de l’équipement scolaire et universitaire (Commission Le Gorgeu)

    Le Commissaire au Plan, Pierre Massé, a demandé la quantification de la réforme.../  Des missions envoyées sur place dans les villes de province pour localiser les futurs CHU (à Toulouse c’est facile : Purpan). A Montpellier, c’est plus compliqué : les hôpitaux sont plus éparpillés (on compte 8 établissements dont 3 concernent plus particulièrement la réforme).

    5 juillet 1960 - Mollaret au Conseil de Faculté (Paris)

    Réduire à une seule la chaire la pathologie exotique.

    28 juillet 1960 - Décret ramenant de 7 à 6 ans la durée des études médicales

    La première année comporte un ‘semestre scientifique’ qui se substitue au PCB et continue dans la majorité des cas à étre assuré par les fac de sciences. Un semestre de propédeutique médicale sera assuré par les Fac de médecine. En 1961, les Fac de médecine devraient ainsi se trouver confrontées à une double promotion

    6 aout 1960  - Décret instituant un cycle d'études en biologie humaine

    Quelques problèmes posés par la réforme : l’intégration hospitalière des fondamentalistes.../ Définir la charge hospitalière des universitaires.../ Recruter et créer des postes pour les biologistes exerçant à l’hôpital.../ La formation des fondamentalistes (fixer liste des fac habilités à dispenser des certificat d’études supérieures de biologie humaine (décret du 6 aout 1960).../ Problème des dégagements latéraux (les échecs)

    24 septembre 1960 - En application de l’art 68 du décret du 24 sept. 1960, demande sous condition d’exercer des fonctions temps-plein

    Respect des normes, obligations de service avec garantie de récupération ou de rémunération hors plafond. Un secteur privé valable avec droit jusqu’à sa réalisation soit à une liberté de clientèle en dehors des heures de service, soit à un statut type service temps plein.

    28 septembre 1960 - MEN-Min. Santé, note de synthèse sur les centres hospitalo-universitaires (CHU)

    Le décret publié au J.O. du 28 septembre 1958 détermine le statut du personnel enseignant et hospitalier des CHU. C'est l'un des principaux textes d'application de l'ordonnance du 30 décembre 1958... dont le but est de mieux associer médecins hospitaliers, enseignement et recherche : les Facultés et les établissements hospitaliers des villes universitaires, tout en conservant leur personnalité juridique et leurs organes administratifs sont tenus d'organiser conjointement l'ensemble de leurs services en centres de soins, d'enseignement et de recherche qui prennent le nom de Centres hospitaliers et universitaires.
    A la rédaction de l'ordonnance comme à la préparation des nombreux textes nécessaires pour son application ont été associés
    Le Comité interministériel créé par le décret du 18 sept. 1956 dont le président m. le pr. Robert Debré et les membres sont les véritables auteurs de la réforme
    Le groupe de travail commun aux commissions de l'équipement sanitaire et social et de l'équipement scolaire et universitaire présidé par m. Le Gorgeu (créé par arrêté du 10 décembre 1959 dans le cadre du Commissariat général au Plan)
    Le Conseil de l'Enseignement supérieur
    Le Conseil supérieur des hôpitaux

    Le décret du 27 septembre 1960 tout particulièrement a fait l'objet d'une très longue étude : l'avant projet établie en mars 1959 fut soumis au Conseil de l'Enseignement sup. et au Conseil supérieur des hôpitaux après avoir été communiqué aux Facultés. Les remarques et les suggestions des différents syndicats et organisations professionnelles ont été examinés avec une particulière attention, ainsi que le rapport adopté le 2 juin 1959 par l'Académie de médecine. Le Gouvernement a tenu le plus grand compte de toutes les critiques constructives.

    Les premiers textes publiés concernent la réforme des études qui entrera en application le 1er octobre 1961.Ce sont le décret du 28 juillet et l'arrêté du 2 aout 1960 : la durée totale des études conduisant au doctorat en médecine est ramenée de sept à six ans. Ceci est rendu possible par l'allongement de l'année universitaire, portée à quarante semaines.
    Les trois premiers semestres sont consacrés à l'acquisition des bases scientifiques indispensables, les quatrième et cinquième semestres à la séméiologie. Viennent ensuite les études cliniques proprement dites qui s'achèvent par le stage hospitalier interné de six mois. A partir du quatrième semestre, l'étudiant passera toute sa journée à l'hôpital. C'est là qu'il accomplira ses travaux pratiques et suivra les enseignements de sciences biologiques tout en recevant la formation clinique indispensable. L'enseignement est ainsi placé dans le cadre concret et humain de la maladie et du malade. L'augmentation sensible du nombre des moniteurs et des assistants doit permettre d'organiser un travail de petits groupes, nettement plus profitable pour les étudiants. 

    Un autre décret, en date du 6 aout 1960, institue un cycle d'enseignement préparatoire à la recherche en biologie humaine, ouvert à la fois aux étudiants en médecine, aux licenciés es sciences, aux pharmaciens et aux docteurs vétérinaires. Ce cycle d'initiation à la recherche doit permettre de former un plus grand nombre de chercheurs médicaux et de faciliter le recrutement du personnel nécessaire à l'enseignement des sciences fondamentales.

    D'autres textes actuellement en cours d'études fixeront le régime de l'externat et de l'internat : l''externat sera maintenu, mais les externes seront sélectionnés sur la base des notes obtenues aux examens de la Faculté. L'internat subsistera sans modification profondes : le concours de recrutement des internes, dont l'éloge plus à faire, conservera son caractère régional. L'internat et le cycle de préparation à la recherche en biologie sont à la base de la nouvelle hiérarchie hospitalo universitaire. Conformément aux dispositions posées par l'ordonnance du 30 décembre 1958, tous les membres du personnel médical et des CHU exercent conjointement les fonctions universitaires d'enseignement et de recherche et les fonctions hospitalières et l'accès à ces doubles fonctions est assuré par un recrutement commun.

    La carrière hospitalo universitaire a été conçue de façon à :

    1/ Eviter tout hiatus entre la fin de l'internat et les nominations ultérieures : les fonctions d'assistant (recrutement local sur titres) et de médecin adjoint (admissibilité au concours national) permettent à ceux qui se destinent à la carrière hospitalo universitaire de préparer le concours d'agrégation médicale sans avoir la charge d'un cabinet de ville.

    2/ Etablir un recrutement véritablement national sans rompre prématurément les équipes de recherche et sans multiplier les concours. Un concours écrit anonyme d'admissibilité permettra aux meilleurs de faire la preuve de leur valeur dans les quatre années qui suivent la fin de leur internat. Il sera suivi d'un autre concours national de type classique (épreuves de titres, épreuve clinique, leçons) conduisant au recrutement proprement dit. Le maintien de 'bureaux centraux' locaux et la création 'd'un bureau central national' permettront de maintenir dans leur équipe, pendant un certain temps, une partie des candidats reçus.
    Assujettis à la fois aux obligations dérivant des règles hospitalières et universitaires, les membres du corps hospitalier et universitaire bénéficieront désormais de garanties qui n'étaient jusqu'ici prévues qu'au profit des seuls personnels de l'enseignement supérieur. Des peines disciplinaires ne pourront leur être infligée que par une juridiction nationale. Des mesures transitoires très étudiées permettent de passer sans heurt au nouveau système de recrutement : outre les concours d'agrégation et de médicat qui seront organisé en 1961 selon l'ancien règlement, des concours transitoires ont été prévus pour donner toutes leurs chances à ceux qui sont déjà engagés dans la carrière hospitalière ou universitaire et qu'il est difficile d'astreindre à la préparation d'une épreuve écrite anonyme. L'ordonnance avait posé dans son article 5 le principe de la fonction plein temps. Le décret explicite cette disposition : l'activité des médecins et des biologistes de hôpitaux était hier morcelée entre l'hôpital, la faculté, le cabinet privé, les travaux de recherche, leur triple tâche : soins-enseignement-recherche, s'effectue désormais entièrement dans le cadre unique du CHU. Il en résultera des contacts plus étroits entre les médecins des CHU, ce qui favorisera la recherche avec les étudiants, ce qui améliorera l'enseignement.

    L'instauration du plein temps pour les chefs de service sera très progressive. D'une part un certain nombre d'entre eux pourront demeurer à temps partiel, s'ils le désirent. D'autre part, l'instauration du plein temps dépendra évidemment d'aménagements qu'il sera nécessaire d'apporter aux installations actuelles. La rémunération du personnel enseignant et hospitalier comporte deux parts; l'une est constituée par le traitement universitaire, l'autre qui est substituée aux honoraires actuellement versés par les malades payants des hôpitaux est à la charge des établissements hospitaliers. Elle correspond aux soins donnés aux malades ainsi qu'aux travaux de biologie. Le montant de la part hospitalière de la rémunération sera prochainement fixé par un arrêté interministériel. La fonction "plein temps" n'est pas comme on l'a parfois dit une fonctionnarisation de la médecine hospitalière. Les professeurs et maitres de conférences peuvent être appelés en consultation en ville. Ils peuvent recevoir à l'hôpital des malades personnels en consultation, deux fois par semaine. Ils peuvent les faire hospitaliser dans des lits mis à leur disposition à cet effet. Les médecins adjoints et les assistants peuvent recevoir leurs clients privés en consultation. Les uns et les autre pourront réclamer à leurs malades privés des honoraires qui seront fixés par 'entente directe'. Des dispositions inspirées des mêmes principes régissent l'activité des électro radiologistes, des anesthésiologistes et des biologistes des Facultés dont l'activité s'intègre désormais à la vie hospitalière. Les professeurs et médecins des hôpitaux actuellement en fonctions auront l'entière liberté de conserver leur statut actuel. Ils pourront également demander leur intégration dans le nouveau régime. Les délais et les conditions d'option seront prochainement fixés par un arrêté. Les intégrations seront prononcées par arrêté, soit directement, soit après avis d'une commission d'intégration composée de personnalités médicales éminentes. Les médecins exerçant actuellement la double fonction universitaire et hospitalière pourront être intégrés dans les nouveaux corps dès que leurs services auront reçu les aménagements nécessités par leur nouveau rôle, ou même immédiatement s'ils en font la demande expresse. Les médecins qui n'ont actuellement qu'une seule fonction, soit universitaire, soit hospitalière, pourront également être intégrés dans un second temps dans les catégories correspondantes des nouveaux corps.

    L'aménagement et l'équipement des vingt quatre centres hospitaliers régionaux qui vont devenir des CHU ont fait l'objet d'études approfondies du groupe de travail (Le Gorgeu). Ce groupe de travail s'est attaché à
    1/ établir le programme type et le schéma fonctionnel d'un CHU type ainsi que les normes de personnel (personnel médical et scientifique, auxiliaires médicaux, etc.)
    2/ faire le recensement de la situation actuelle et à présenter des propositions pour les besoins à venir compte tenu de la triple mission du CHU et de la réorganisation qui s'impose. Le rapport du groupe de travail sera remis dès la fin de l'année au gouvernement qui disposera ainsi de tous les moyens d'information nécessaires pour orienter son action.

    Septembre 1960 - MEN (DES Capdecome) à doyen Fac méd Paris

    Les assistants de la fac de médecine de Paris ne peuvent cumuler leur fonction avec celle de chercheur au CNRS ou à l’INH

    28 septembre 1960 - Décret n° 60 1030, rapport au premier ministre

    Afin d’assurer la qualité des soins, de l’enseignement et les progrès de la recherche médicale, l’article 5 de l’ordonnance (de 1958) prévoit que les membres de ce personnel consacrent à leurs fonctions hospitalières, à l’enseignement et à la recherche la totalité de leur activité professionnelle…. Pour les concours hospitaliers le décret pose le principe du concours unique et national

    28 septembre 1960 - Cabinet du MEN (Louis Joxe). Réunion des doyens pour préparer la conf. de presse du 28 sept. 1960 (note Rolland).

    Les premiers textes ont été publiés, l'un d'eux concerne les obligations de service. Je tiens à insister sur le caractère libéral de ce qui est proposé : les obligations universitaires sont simplement rappelées. Les tâches hospitalières énumérées. Il n’est pas question d’imposer un horaire strict – M. Aujaleu a affirmé devant le Conseil supérieur des hôpitaux qu’il était opposé à tout système de pointage – les tableaux de service seront arrêtés par une commission mixte composée du doyen et du directeur général du CHR. Votre rôle sera donc déterminant.
    (Joxe mentionne texte arrêté du 2 (ou 6) aout 1960 qui organise l’enseignement préparatoire à la recherche en biologie).
    B. Chenot (min Santé) : La médecine à plein temps n’exclut pas une part de médecine privée et cela est tout à fait essentiel si l’on veut éviter une fonctionnarisation des médecins, si l’on veut que l’hôpital soit largement ouvert sur le dehors et que le médecin reste en contact avec une clientèle différente de la clientèle hospitalière traditionnelle.
    A l’hôpital les médecins chirurgiens et spécialistes des hôpitaux sont autorisés à recevoir en consultation deux fois par semaine leurs malades personnels (qu’ils sont également autorisés à faire admettre à l’hôpital). Un certain nombre de lits leur est réservé à cet effet, 8% par service dont 5% pour le chef de service. Dans ce cas les honoraires sont perçus directement par entente directe entre le médecin et son malade..../
    A titre exceptionnel, les médecins plein temps peuvent aussi répondre à une consultation extérieure sollicitée par un confrère…/ Les médecins et spécialistes pourront bien entendu poursuivre les activités générales présentant un intérêt au titre soit de l’enseignement ou de la recherche et publier des œuvres scientifiques, littéraires ou artistiques…/ Leurs obligations seront arrêtées par le tableau des service.
    Question sur l’externat : un vieil étudiant qui rend de grand service à l’hôpital et à la Sécurité sociale mais qui n’a pas de Sécurité sociale. Réponse, il ne peut être fonctionnarisé)

    17 novembre 1960 - Circulaire relative aux assistants

    La réforme nécessite le recrutement de 250 postes de maitres de conférences.

    22 décembre 1960 - Rapport au Conseil de la Faculté sur les travaux de la commission de réforme des études médicales

    12 janvier1961 - Comité interministériel d’étude des problèmes de l’enseignement médical, de la structure hospitalière et de l’action sanitaire et sociale 

    Problème de la rémunération des hospitalo-universitaires (intégration des professeurs des sciences fondamentales). On regrette le manque d’information à ce sujet.
    Debré (pdt) rappelle qu’il est prévu d’incorporer les professeurs de sciences fondamentales à la vie de l’hôpital en leur donnant des fonctions hospitalières se rapprochant le plus possible de leurs capacités.
    Aujaleu affirme qu’il ne peut intégrer et payer comme hospitalier que ceux qui participent au diagnostic ou au traitement des malades. Par ailleurs tous les fondamentalistes feront aussi de la recherche
    Problème des cumuls avec CNRS et INH
    Rolland (DES) répond que le cumul ne semble possible qu’entre enseignement et hôpital
    Debré rappelle qu’un cumul enseignement – recherche n’est possible que dans des conditions exceptionnelles et spéciales (dérogations individuelles de l’art 11 du décret du 24 sept. 1960)

    16 avril 1961 - Commission Le Gorgeu

    Recommandations du groupe de travail. Prévoir des CHU à : Bordeaux, Clermont-Ferrand, Lille, Lyon (Edouard Herriot), Marseille (La Timone), Montpellier, Nancy, Nantes, Rennes, Strasbourg, Toulouse. Plus tard, Angers, Amiens, Besançon, Caen, Dijon, Grenoble, Limoges, Poitiers, Reims, Rouen, Tours.

    Avril 1961 - Commissariat général au Plan d'équipement et de la productivité. Groupe de travail commun aux commissions de l'équipement sanitaire et social et de l'équipement sanitaire et social de l'équipement scolaire et universitaire

    Rapport du dr. Dausset ‘Tentative de prévision des populations devant fréquenter les CHU'

    Le groupe de travail s'est attaché à :

    - Recenser toutes les sources statistiques présentes (B.U.S., min Santé, INED, etc.) portant sur l'évolution récente et l'état actuel des effectifs universitaires et hospitaliers,
    - Tenter d'établir des prévisions à partir de cette évolution récente sur les populations devant fréquenter les CHU d'ici 1970,
    - Faire une synthèse tendant à harmoniser les différents éléments de ces populations.

    Il est remarquable de constater que le nombre total des étudiants inscrits dans les Facultés de médecine est pratiquement resté stationnaire depuis 1950, environ 23000 à 24000 dans les Facultés et Ecoles de médecine..../ Par ailleurs, si le nombre des étudiants métropolitains de sexe masculin reste stationnaire en valeur absolue, une légère expansion s'est faite en faveur des étudiants de sexe féminin (passé de 18 à 24%) et des étudiants étrangers ou provenant de la communauté (de 6 à 10% de l'ensemble des étudiants).

    État actuel : L'origine sociale des étudiants en médecine : une statistique portant sur l'année 1957-58 montre que seulement 10% des étudiants sont de familles ouvrière ou agricole, que 50% sont fils d'employés ou de fonctionnaires et 23% viennent de familles exerçant des professions libérales..../ La section du baccalauréat passée par les étudiants en médecine en 1959 : on trouve environ 1/3 environ de 'philo', la moitié de 'sciences ex' et 11% de 'math. élem.'.../ L'âge moyen des étudiants, en médecine, toutes années réunies est de 21 ans.
    Les examens : sont reçus aux deux sessions, au PCB : 65%, en première année 65%, en deuxième année 81% et 90 à 95% les années suivantes.
    Globalement la moitié des étudiants terminant leur médecine ont été nommés à l'externat (environ 1100 par an). Il y a chaque année environ 370 internes de ville de Facultés ou d'Ecoles (dont 150 parisiens) qui sont nommés, donc environ 1,5 médecin sur 10 est ancien interne ou un externe sur trois ou quatre est nommé un jour ou l'autre interne. Les certificats d'études spéciales (C.E.S.) sont de plus en plus fréquentés. On comptait environ 3000 étudiants en 1949-50 pour près de 5000 en 1958-59, ce qui correspond à environ deux générations de futurs docteurs. La thèse : 2270 diplômes de docteurs en médecine ont été délivrés en 1958 (chiffre stationnaire depuis une dizaine d'années), dont 380 docteurs de sexe féminin.

    Démographie du corps médical. D'après l'étude démographique de Bourgeois-Pichat, il existait vraisemblablement en 1955, 57000 docteurs en médecine vivants issus des Facultés françaises. La même année d'après le Conseil de l'ordre 40700 médecins étaient inscrits aux divers tableaux départementaux. Tandis que 30300 médecins seulement déclaraient au fisc des bénéfices non commerciaux. Au cours des dix dernières années, le nombre de médecins inscrits à l'Ordre est passé de 32300 en 1950, soit un médecin par 1256 habitants à 44950, soit un médecin pour 996 habitants.

    Répartition des activités médicales en 1956, sur 36351 médecins. Médecins de soins 52% (30605), médecins hospitaliers plein temps (435) 0,75%, médecins salariés (médecine du travail, médecine scolaire) 3,20%, médecins administratifs, 2,52%, médecins à activité de recherche ou d'enseignement et divers (2200) 3,79%.../ On doit compter en plus 2600 médecins militaires et 2500 retraité soit un total de 41451 alors qu'il existe vraisemblablement compte tenu des décès, 58000 diplômés..../ Démographie du corps enseignant : professeurs, assistants et moniteurs de sciences fondamentales : 288, de clinique : 247.

    Conclusions :

    Il est certain que la consommation médicale augmentera et que de nouveaux débouchés vers la médecine de recherche ou sociale vont s'ouvrir. Mais on peut estimer aussi que le nombre de médecins nécessaires en 1970 atteindra le ratio de 1 pour 700 habitants... Il faudra donc délivrer chaque année 1000 diplômes pour le simple renouvellement et 3000 pour assurer cet accroissement, soit 4000/an ce qui est impossible compte tenu du nombre d'étudiants s'orientant actuellement vers la médecine. Dans ces conditions, il semble qu'il n'y ait pas à redouter dans l'immédiat de pléthore médicale..../ Il y a un rapport théorique entre le nombre des malades et le nombre des étudiants, tous deux étant liés à la population de la ville et de la région. Mais, dans les faits, d'autres facteurs influencent considérablement le choix par l'étudiant de sa Faculté ou de son école et par ailleurs un certain nombre de grands malades sont attirés vers les centres urbains importants. On assiste alors à une disparité entre le matériel clinique et le nombre des étudiants, ceci dans un sens comme dans l'autre. C'est ainsi que le calcul de l'activité médicale journalière par étudiant montre que trois Facultés seulement (Paris, Lyon et Strasbourg) ont un rapport étudiants - activité médicale au-dessus de la moyenne générale, de même que la plupart des Ecoles. Par contre d'autres villes de Facultés (Bordeaux, Montpellier et Toulouse) sont nettement au-dessous de cette moyenne.

    13 avril 1961 - Dr Henri Roland (dir du Centre de transfusion sanguine de Besançon) à Rolland 

    Pour poser le problème des villes dotées d'un hôpital non universitaire

    24 mai 1961 - M. F. Jayle à Rolland 

    Mes assistants n’ont pas la qualité pour devenir chefs de travaux selon la nouvelle formule…

    Octobre 1961 - Fac. de Montpellier, protestation contre la suppression de l'externat

    La durée des stages médicaux est insuffisante.

    27 octobre 1961 - Comité interministériel (externat, internat)

    Le concours d'externat est remplacé par un classement des étudiants  (note éliminatoire en dessous de 6. Dausset: il s'agit d'éviter que les étudiants ne fassent des 'impasses').
    Le concours de l’internat : Debré, à Paris l’oral dure 3 à 4 mois pour ne modifier les résultats que de 5 à 6%. Cette grosse fatigue pour le jury et les candidats pourrait être évitée.
    Aujaleu répond qu’un vœu du Conseil supérieur des Hôpitaux et un de la Fédération des internats des hôpitaux sont favorables au maintien de l’oral de l’internat, cela afin de préserver un contact humain entre jurys et candidats..
    Debré : le maintien de l’oral est incompatible avec la possibilité de se présenter dans deux villes différentes. Or, en maintenant l’oral pour un avantage minime, on perd le bénéfice très important d’un brassage à travers la France. 
    Le comité se rallie à la suppression de l’oral de l’internat.

    Liste des personnels universitaires compris dans les effectifs des CHU de Paris 

    Médecine générale et thérapeutique (ils sont 55), Bariety, Justin Besançon, Gilbert-Dreyfus, Kourilsky, Fauvert (biologie), Milliez, Pequignot, Housset, Boiron, Seligmann, Mathé, Frézal, Royer/ Pneumo phtisio, Meyer (André), Turiaf/ Dermato-vénérologie, Merklen (patho exp)/
    Pediatrie, Cathale, Lamy, Turpin, Lelong, Mozziconacci, Polonowski/ Endocrino et métabolisme, Hamburger/ Cardiologie, Soulié, Lenègre, Himbert/ Rhumato, De Seze/ Maladies du sang, Marchal, Jean Bernard (souligné dans le texte)/ Maladies infectieuses, Mollaret, Vic Dupont/ Neuro psychiatrie, Delay, Cataigne (clinique), Lhermitte, Denicker/ Chirurgie gale (ils sont 35), Sicard, Lortat-Jacob, Binet, de Gaulard d’Allaines/ Orthôp.édie et traumato (6), Merle d’Aubigné/ Urologie 5, Aboulker, Couvelaire/ Chirurgie infantile 3/ Chirurgie thoracique et cardio vasculaire 5, Mathey/ Neuro chirurgie (ils sont 2 David et Pertuiset)/ Gynéco et obstétrique (13)/ Ophtalmo (4)/ ORL (4)/ Stomato (3)/ Anatomie et organogenèse (3)/ Histologie et embryologie (5)/ Bactério, parasitologie, virologie (8)/ Immuno, sérologie, hémato, Bessis, Dausset/ Médecine légale et toxico (11)/ Physique biologique (9), Milhaud/ Chimie Bio et pharmaco, Lechat, mlle Lévy, Jayle, Schapira, Cheymol, Polonowski, Baulieu, Dreyfus, Kruh/ Physiologie, Hugelin, Bourlière, Binet, Giraud, Scherrer/ Anesthésiologie (4)/ Ananapat (8), Gautier-Villars/ Patho expérimentale, Benhamou, Boivin/ Histoire de la médecine (1 : Joannon)/ Electro radiologie (4), Tubiana

    21 décembre 1961 - Note Rolland (DES) sur les principaux problèmes posés par la réforme médicale 

    La situation est actuellement très tendue dans les facs de médecine. Un mouvement est prévisible qui risque si l’on n’y prend garde d’entraîner des troubles sérieux. Son origine : l’enquête de la Santé sur les effectifs et les décisions envisagées au min Santé en ce qui concerne le découpage des services. Conclusion : la Santé mène le jeu, les Facultés seront livrées à l’hôpital.../ Autres sources d’inquiétude, la lenteur de l’intégration alors qu’on a promis que tout irait très vite pour les optants du ‘full time’/ la difficulté pour les facs de trouver un terrain d’entente avec l’hôpital dont le souci majeur (et légitime) est le prix de la journée.../ La disparition des facilités que procurait aux cliniciens la libre disposition des masses./ Inquiétude des ‘fondamentalistes’ qui craignent de devenir les employés de l’hôpital et de ne plus disposer du temps nécessaire pour la recherche. Rapports de forces : les directeurs d’hôpitaux constituent une fédération très active appuyée par les municipalités./ Dans beaucoup de grandes Facultés à Paris et à Lyon en particulier, les cliniciens sont d’abord hospitaliers.../ Passivité des doyens.../ L’Education nationale est beaucoup plus près de la doctrine orthodoxe que la Santé, c’est l’un de nos atouts qui nous vaut presque toujours l’appui de Matignon. Matignon, mécontent des résultats, va vraisemblablement imposer un groupe de travail commun, Santé, MEN, Intérieur et SG. Il faut accepter cette formule pour démarrer sinon le risque est la prise en main des opérations par la Santé (Aujaleu).
    Nécessité de la prise en charge budgétaire de la réforme à l’hôpital par l’Etat. Pour le fonctionnement : budget Educ natle. Pour les investissements : souplesse, augmenter de 40% la part de la Santé.../ Obtenir que la procédure du bail emphytéotique soit généralisée pour toute construction universitaire sur terrain hospitalier.../ Rassurer les doyens (par rapport aux dir. d’hôpitaux), par exemple faire des doyens vice pdts de la commission administrative.../ Encourager les optants à faire un choix irréversible.
    La question des effectifs : D’après les indications du rapport Dausset qui sous quelques réserves de détail peuvent être tenues pour valables à 10% près, pour 44 étudiants en 1970, l’Education nationale aura besoin de 3200 biologistes de tous grades et de 5600 cliniciens pour 110 000 lits en 1970. La Santé publique aurait besoin de la moitié environ des biologistes et de près du double de cliniciens.../ L’ordonnance prévoit expressément que certains services hospitaliers pourront êtres exclus du champ d’application de l’ordonnance. M. Debré s’est toujours opposé à ce double secteur avec des raisons très valables. C’est toute la philosophie de la réforme qui est en cause..../ On aboutit de toute façon à un taux d’encadrement très supérieur à celui des sciences, ce qui est normal en raison du nombre de spécialités de base et des horaires d’enseignement. Il paraît indispensable de ne pas publier le rapport Dausset pour éviter des controverses passionnées avec les facs de sciences.../ Le rapport Dausset pose aussi un autre problème grave, mais moins urgent : celui de savoir si un effectif maximum ne devrait pas être fixé pour chaque Faculté, compte tenu de la capacité hospitalière des CHU (éventuellement orientation géographique autoritaire des étudiants).

    23 décembre 1961 - Note Michel Debré : relative à l’application de la réforme hospitalo-universitaire annexée à la lettre du Premier ministre en date du 23 déc.

    Note pour hâter la mise en place des différents éléments de la réforme. Notamment : l'équipement des CHU. Il faut faire preuve à la fois de souplesse (humanité dans la politique d’intégration) et de fermeté (une politique d’équipement avec des priorités claires).../ Évocation du problème des médecins algérois.

    Mars 1962 - Premier Ministre à MEN sur le problème de planification des effectifs pour les CHU

    Annonce grande souplesse budgétaire.../ Mais l’information ne remonte pas suffisamment vers le groupe de travail du Comité interministériel, M. Debré lance le MEN à la recherche des statistiques

    15 mars 1962 - Proposition de créer un organe souple pour harmoniser MEN et Santé 

    19 mars 1962 - Note (manuscrite) de Robert Debré en réponse à la lettre du 12 mars du DES Capdecome

    L'initiative du DES visant à alléger certains programmes ne peut être qu'approuvée. D'après le document annexé à la lettre du DES, l'allègement porte essentiellement sur l'enseignement des sciences fondamentales des trois premières années. Ce document n'indiquant que la réduction des horaires, mais non la modification des programmes, il est impossible de juger totalement du problème au fond. Cependant ce texte ne modifie pas le dispositif selon lequel, en fin de compte, le PCB est ramené à un semestre. Il le rend même réglementaire. Un pareil dispositif est certainement tout à fait inefficace pour donner le minimum souhaitable de culture scientifique nécessaire à de futurs médecins étant donné l'hétérogénéité de l'enseignement secondaire (dont ils sont issus). Il est donc suggéré le dispositif suivant, une première année de sciences fondamentales pré médicales où l'enseignement peut être suivant les circonstances partagé entre les indications horaires. En première année, six cents heures environ consacrées au programme prévu pour le premier semestre, plus la biophysique, la biochimie du deuxième semestre. En deuxième année, 600 heures environ consacrées à l'anatomie, physiologie, histologie, (illisible), biophysique et biochimie, psychologie plus des exercices de séméiologie normale de 400 heures

    20 mars1962  - Capdecome (DES), note à l’attention du MEN à propos de la durée des études médicales

    La réforme demande aux doyens de programmer le cursus sur six ans.../ Demande aux facs de science de réduire leurs programmes.../ Réponse il n’en est pas question d’alléger le programme (A. Gautheret : responsable enseignement de la biologie à fac sc Paris intervenant sur mandat ferme de Debré).../ Les doyens de fac méd évoluent vers les 7 ans, mais alors la question se pose : doit-on reconstituer le PCB dans les fac de sciences ou une année préparatoire dans les facs de médecine ?

    20 mars 1962  - Situation des intégrations

    A Paris : 6 effectives, Préavis : 132 notifiées, 61 signatures EN, 0 Santé 
    La question de la confrontation des effectifs Santé publique – EN.
    La commission Le Gorgeu a retenu pour 1963 les opérations suivantes : Paris (Saint Antoine, Cochin, La Salpet, Bichat, Kremlin-Bicêtre), Reims, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg. 
    Les crédits nécessaires sont de 15 milliards de F. La Santé publique propose d’ajouter Caen et Limoges

    11 avril 1962  - Comité interministériel

    Pdt. R Debré, SG Poignant
    Mebs Aujaleu, pat, Choffe, Dausset, Fauvert, Fontaine, Frézal, Giraud, de Vernejoul

    Développement des enseignements post universitaires pour les médecins praticiens.
    Vernejoul : cette question a deux aspects.../ Il faut mettre les praticiens au courant de l’évolution de la clinique et de la thérapeutique, actuellement l’initiation des médecins est faite pour une large partie par les prospectus des fabricants. Un enseignement rationnel est absolument indispensable.../ L’enseignement post universitaire peut se rattacher à l’idée d’une promotion professionnelle, il peut s’agir d’acquérir des qualifications particulières vis-à-vis de la Sécurité sociale.../ L’enseignement post universitaire peut se faire à l’hôpital, ouvrir les portes de l’hôpital aux praticiens..../ Faut-il que ce perfectionnement soit obligatoire ? Les avis sont partagés (!) Il faudrait que les médecins en stage soient remplacés (dans leur cabinet) par des étudiants en stage (6e année)
    Place de la médecine légale dans les CHU.

    15 mai 1962 - D. Schwartz (INH) à I.G. Rolland sur l’enseignement de la statistique en médecine

    Nécessité d’un enseignement statistique.../ La variabilité essentielle de tous les caractères biologiques d’un individu à l’autre fait qu’aucune interprétation scientifique des données ne peut être obtenu dans les SDV sans un mode particulier d’analyse qui fait la part de cette variabilité individuelle : c’est le rôle de la méthode statistique.../ C’est pourquoi la méthode statistique en médecine a reçu un développement considérable dans beaucoup de pays depuis un certain nombre d’années, apportant une aide précieuse à la recherche médicale. La France est restée très en arrière dans ce mouvement et il apparaît essentiel que la réforme des études apporte à cet enseignement la place qu’il mérite. Bien que basée sur le calcul des probabilités, la méthode statistique peut être comprise et appliquée sans connaissances mathématiques particulières.
    Impératifs d’un programme d’enseignement. Dès le début des études médicales, il est nécessaire d’insister sur l’importance de la fluctuation des caractères en biologie et sur ses conséquences.../ Il faut ensuite inculquer à tous les médecins un minimum de connaissances indispensables soit à leur culture générale (conduite d’un essai thérapeutique ou d’une enquête étiologique, notions d’épidémiologie), soit pour permettre une collaboration demandée par plusieurs organismes. C’est ainsi que les enquêtes de morbidité effectuées dans un département demandent la collaboration de tous les médecins de ce département.
    Cet enseignement pourrait être effectué en liaison avec l’institut de statistique de l’université de Paris qui a organisé depuis 1954 un enseignement de statistique en médecine.

    27 juin 1962 - D Schwartz à Capdecome (DES) 

    L’introduction d’un enseignement de statistiques dans les études médicales me préoccupe plus sérieusement que jamais et je désire vivement vous voir en même temps que monsieur l’Inspecteur général Rolland pour établir un plan d’action. Mon ami le mycologue Agr. Georges Mathé qui a des préoccupations analogues pour l’enseignement de la cancérologie pourrait-il dans ce cas se joindre à cet entretien ?

    2 Juillet 1962 - Note Capdecome

    Ne pas mêler  les deux affaires

    24 octobre 1962 - Recours de médecins à propos de l'intégration en CHU

    Recours formé par le mycologie. Mollaret et le Syndicat national des médecins chirurgiens et spécialistes des hôpitaux publics contre l’arrêté du 24 oct. 1962 modifiant les dispositions relatives à l’aménagent des services hospitaliers

    12 novembre 1962 - Comité interministériel

    Désignation des chefs de services dans les CHU (parisiens)
    Aujaleu : si le service considéré est aménagé pour fonctionner à plein temps (ou d’ici 1964) il doit obligatoirement être réservé à un praticien ayant accepté d’exercer à plein temps.
    Damelon (DG AP) demande si on peut faire des exceptions pour les hospices.

    19 novembre 1962  - Groupe de travail pour étudier les modalités de l’organisation des concours nationaux.

    Exposé des problèmes concernant l’anatomo-pathologie (J. Delarue) : l’anapat est une discipline charnière, elle participe par ses caractères à la fois des disciplines cliniques et des disciplines fondamentales et forme donc une transition naturelle. Elle assume une mission propre, mais comporte aussi un aspect de réflexion pratique qui l’associe au travail des cliniciens. C’est pourquoi d’ailleurs on y accèdera désormais par une voie clinique et biologique.../ Le principe du concours sur dossier pour les fondamentalistes semble pouvoir être acquis, mais il faut absolument les insérer dans un dispositif qui permette d’apporter aux cliniciens le concours dont ils ont besoin.../ Bargeton : il est indispensable que le concours permette de vérifier la culture générale des étudiants.

    Conférence de m. Tordeux (Bi 1962), ‘Les réformes récentes intervenues dans le statut du personnel médical hospitalier’

    Pendant très longtemps, il y a eu une ambiguïté sur ce qu’était exactement le corps médical hospitalier. On avait voulu sauvegarder le caractère libéral de l’exercice de la médecine que ce soit en ville ou à l’hôpital et pratiquement l’activité hospitalière n’était qu’un prolongement de l’activité libérale du médecin de ville qui venait à l’hôpital le matin. Le médecin d’hôpital ne bénéficiait à cette époque que d’une rémunération dérisoire, c’était le médecin des pauvres, l’hôpital était le refuge des malheureux. C’est donc sur le plan strictement médical que les médecins hospitaliers s’intéressaient à l’hôpital pour bénéficier d’un titre recherché qui leur permettait de se procurer des avantages substantiels, non pas à l’hôpital, mais dans leur clientèle de villes. Petit à petit il y a une évolution dans cette situation du fait du développement de la Sécu. Les médecins hospitaliers ont perçu des sommes de plus en plus importantes au titre des honoraires hospitaliers. Et l'on peut dire maintenant que dans la plupart des cas, la médecine hospitalière procure des émoluments substantiels aux médecins hospitaliers. Malgré tout, cependant, le caractère libéral de la médecine avait été préservé par le principe de la rémunération à l’acte. Ce qui explique que les médecins hospitaliers, bien que travaillant auprès de collectivités publiques, recevaient des rémunérations supérieures à celles des agents au service de l’Etat ou des collectivités. Cependant peu à peu une évolution s’est faite dans la conception de la rémunération du personnel hospitalier. Les médecins eux-mêmes bien qu’ils se défendent parfois de cette évolution ont pensé qu’à côté des honoraires perçus aux titres de leur activité hospitalière, ils pourraient bénéficier des avantages sociaux attribués aux salariés…./ Ce n’est qu’à une date très récente que le Conseil d’Etat a reconnu le caractère de salaire des honoraires perçus par les médecins à l’hôpital…./ Ainsi, la situation du médecin vis-à-vis de l’hôpital s’est trouvée peu à peu cernée de tous côtés dans un contexte très étroit de salarié. Le développement de la Sécurité sociale et l’accroissement du nombre des malades s’adressant à l’hôpital, la gravité de leurs cas ont eu pour résultat de rendre nécessaire d’assurer le fonctionnement médical des services hospitaliers de façon continue par du personnel à plein temps.../ Le plein temps est apparu de façon très timide dans la réglementation. On a d’abord évoqué en 1948 la possibilité d’accorder des taux d’honoraires plus élevés aux médecins qui consacraient toute leur activité professionnelle à l’hôpital. Dans la pratique, il arrivait que des médecins (y) consacrent toute leur activité professionnelle, mais ils n’étaient tenus à aucun engagement envers l’hôpital et ne bénéficiaient pas d’un statut particulier. Du jour au lendemain ils pouvaient cesser cette pratique et même créer une clinique privée concurrentielle sans cesser pour autant d'être médecine hospitalier…/
    Le plein temps ayant acquis droit de cité officielle en 1958, il fallut procéder à l’élaboration d’un statut de la médecine à plein temps. Cette élaboration a pris deux voies différentes, mais qui se rattachent lune à l’autre : d’une part, celle qui a abouti à la réforme des études médicales et au plein temps dans les CHU, d’autre part le plein temps dans les hôpitaux dits de seconde catégorie, i.e. Non situés dans une ville siège de Faculté ou d’école de médecine. 

    18 février 1963 - Comité interministériel. Groupe de travail pour étudier les modalités de l’organisation des concours nationaux

    Cancérologie : après discussion, on admet que la suppression de cette discipline est une bonne chose, mais quid des chaires de cancérologie qui ne préparent pas leurs étudiants à un concours ? 
    Lemaire propose des chaires de spécialisation.
    Polonowski : Il n’y aura pas harmonisation des activités des sciences cliniques et fondamentales puisqu’elles sont irréductibles les unes aux autres, mais seulement harmonisation des personnels.
    Schapira : ce qu’il faudrait ce ne sont pas des CHU, mais des CUH (crispation à la commissure droite des lèvres de m. Demolon), l’idéal serait en effet des hôpitaux universitaires
    Legrain demande que les postes à créer ne tiennent pas compte uniquement des besoins, mais aussi de la nécessité de garantir aux jeunes générations les débouchés qu’ils peuvent espérer
    Lemaire fait état d’une assurance (confidentielle) qu’il aurait eu de Debré (le vieux) (sic) qu’on ne tiendrait pas compte des besoins pour la création de postes. Murmures du côté des internes qui ne semblent pas persuadés
    Sciences morphologiques : Huard souligne que les nouvelles sections de concours sont la mort de l’anatomie
    Chimie biologique : Problème de la pharmacologie. Cheymol dit que la pharmaco est irréductible à la physiologie ou à la chimie et ne peut recevoir de candidats n’ayant pas de formation spécifique. Si on maintient les sections du concours telles qu’elles sont actuellement, on arrivera à la disparition de la pharmacologie en médecine au profit de la pharmacie.

    18 sept. 1963 - Groupe de travail chargé de l'étude de l'enseignement préparatoire à la recherche en biologie humaine (doyen Beau)

    R. Debré : le comité interministériel de réforme des études médicales a demandé la création d'un groupe de travail devant lui proposer ainsi qu'à la DES (MEN) les modalités d'application du décret du 6 août 1960. Il s'agit de fournir aux CHU des chercheurs médicaux, des enseigneurs (sic) de science fondamentale et les responsables des centres d'exploration biologique.../ Au départ, le souci était de réaliser avec ce 3ème cycle l'équivalent approximatif pour la biologie de ce qu'est l'internat pour les disciplines cliniques. Le DES signale son souci d'harmoniser entre les 3ème cycles des différentes Facultés et qu'à ce propos, ceux des facultés des sciences pourraient servir de modèle.
    Discussion
    Ne pense t on pas que les certificats d'études supérieures de biologie vont faire double emploi avec les actuels certificats de spécialité?
    Faut-il parler de certificat ou de diplôme?
    Bugnard, Froment, souhaitent que les organismes publics, CNRS, INH, soient associés à l'organisation de cet enseignement.
    Discussion sur le moment des études médicales où doit s'insérer cet enseignement préparatoire à la recherche. Pour certains, c'est en fin de scolarité, pour d'autres au début. Pour d'autres enfin le choix doit être laissé à l'appréciation de l'étudiant.

    Octobre 1963 - Bulletin d'information du Syndicat national des agrégés en médecine de France (M. Ribon, Nancy)

    Problème des refus d’intégration. La position des deux ministères est différente.../  À l’Educ. nat., la compréhension est naturellement très large et certains espoirs demeurent.../ À la Santé, le climat est beaucoup plus intransigeant, l’intégration de certains de nos collègues à mono appartenance ne paraissant devoir se justifier que dans la stricte mesure où une rentabilité hospitalière immédiate serait assurée.

    6 novembre 1963 - Groupe de travail chargé de l'étude de l'enseignement préparatoire à la recherche (doyen Tayeau)

    Liste des spécialités : anatomie, histologie et cytologie normale et embryologie, anatomie pathologique et cytologie, physiologie, physiopathologie, biochimie, biophysiqe, p(aroacologie, bactériologie virologie, parasitologie mycologie, hématologie, demande d'une nouvelle section de biologie sociale (épidémiologie).
    Plusieurs membres de la commission demandent que la génétique bien que devant être enseignée en cours de la première partie fasse néanmoins l'objet d'une option de la deuxième partie du cycle d'enseignement (3 ans).../ Les internes de médecine ne sauraient effectuer leurs quatre années dans un laboratoire, mais l'une des quatre années d'internat pourrait être effectuée dans un laboratoire agréé.../ Le mémoire de recherche pourrait être remplacé par le doctorat es sciences ou par un troisième cycle.

    27 novembre 1963 - Conférence de presse organisée par SNE Sup et UNEF : 'la situation de la fac de médecine de Paris : où en est la réforme hospitalo-universitaire ?'

    La construction des CHU

    Depuis 1958, seul le chantier de Saint-Antoine progresse, celui de Cochin vient de commencer, ceux de la Salpetrière de Necker et de Créteil ne sont pas encore mis en route.

    La recherche médicale

    Le cycle d’études préparatoires à la recherche en biologie humaine (ou troisième cycle) démarrera t il en 1964 comme le déclare le DES ?…./ Le gouvernement veut-il développer la recherche médicale avec les crédits alloués à l’INH ? L’année 1964 ne voit que 94 postes nouveaux de chercheurs et les crédits de payement pour l'équipement passent de 4 millions en 1963 à 2,5 MF en 1964. Sait-on qu’il est actuellement impossible de donner une fonction de recherche à tous les assistants car les moyens matériels, locaux et aussi la rémunération sont insuffisants ? .../ Un docteur en médecine accepte difficilement de travailler à temps plein pour le traitement offert à un assistant débutant (1000 F environ) tant que l’intégration effective dans les CHU ne sera pas faite..../ Compte tenu que le ministère de la Santé s’oppose par principe à l’intégration dans les CHU des universitaires qui ne seraient ni médecins ni pharmaciens (disciplines biologiques), contrairement à l’esprit et à la lettre des textes sur les CHU, les licenciés es sciences qui voudraient se consacrer à la recherche médicale hésitent très légitimement à la faire et ceci limite le recrutement.

    Organisation et financement de la recherche médicale dans les CHU

    Il convient de répartir les crédits en donnant une indépendance budgétaire plus grande aux professeurs et aux maîtres de conférences qui ne possèdent actuellement aucun crédit dont ils puissent disposer librement, sauf les dotations de matériel du CNRS ou de l’INH…/ À l’hôpital, les dépenses liées aux activités de recherche sont si peu isolables (où fini la routine où commence la recherche ?) qu’une grande partie de la recherche médicale actuelle dans les hôpitaux se fait par une espèce de financement clandestin. Une multitude d’actes et d’examens, effectués dans un but prospectif donc de recherche et non dans un but diagnostique ou curatif immédiat, sont précisément facturés au titre d’examens et d’actes de routine. Ces dépenses grèvent lourdement le prix de journée des hôpitaux et sont supportées pour l’essentiel par les organismes de Sécurité sociale. Certes la Sécurité sociale ne refuse aucunement de financer la recherche médicale. Elle y contribue volontairement dans bien des cas (cf. notre entretien avec les dirigeants de la FNOSS sur cette question). Mais elle souhaiterait que sa contribution figure en clair, de même que celle de la Santé publique ou de l’Education nationale.../ La rémunération universitaire est prise sur le budget de l’Education nationale…/ Ceci explique pourquoi la Santé publique est hostile à l’intégration de certains universitaires dans l’effectif hospitalo-universitaire lorsqu’elle estime que l’activité qu’ils sont susceptibles de déployer ne consistera pas en actes médicaux donnant droit au paiement d’honoraires par le malade.../ B. Herszberg (SneSup) défend la réforme universitaire et l’ouverture de la fac de médecine aux sciences.

    6 décembre 1963 - Les professeurs et maîtres de conférence d’histologie et d’embryologie à la fac de méd. (Paris) à pr. Debré

    Pour réclamer la dissociation de l'embryologie et de l’anatomie… Les mettre ensemble représenterait un recul d’un quart de siècle et le retour à une situation ancienne qui avait été jugée alors incompatible avec l’évolution des sciences biologiques. Certes, l’histologie, l’embryologie, la cytologie restent solidement attachées à la morphologie au sens général de ce terme, mais souvent à un ordre de grandeur ultra - structural qui implique une totale discordance de méthodes entre elles et l’anatomie. Les méthodes fondamentales y comprennent désormais la microscopie électronique, l’histochimie, la culture de tissus et d’organes, l’expérimentation interprétée statistiquement, en outre leur perspective est de plus en plus orientée vers la corrélation entre les structures microscopiques et les ultrastructures d’une part, et d’autre part la chimie, la physiologie, la génétique, souvent la pharmacodynamie. On ne saurait concevoir la formation des chercheurs et des enseignants dans ces disciplines, sans une instruction de base et une information faisant une très large part à ces matières. Il n’est pas concevable d’ajouter à cette exigence déjà sévère la poursuite à quelque degré que ce soit d’études anatomiques.

    Note P. Seuten à DES

    Les assistants des fac de médecine n’ont tout simplement pas le temps de faire de la recherche fondamentale.../ Il est évident que toute activité hospitalière d’un assistant ou d’un moniteur ne peut se faire qu’aux dépens de la recherche ou de la culture scientifique des intéressés…/ Le pays a t il intérêt à cette démission ? Personnellement je ne le crois pas.

    17 décembre 1963 - Groupe de travail chargé de l'étude de l'enseignement préparatoire à la recherche en biologie humaine

    Bargeton déclare que l'examen des textes établis montre que leur application stricte risque d'aboutir à un résultat monstrueux, à la fois par la somme des connaissances exigées des candidats et par la succession des épreuves. Il faut ouvrir aux jeunes gens les portes de la recherche le plus tardivement possible et laisser la possibilité aux vocations tardives de se déclarer, établir une sélection à l'entrée sans toutefois ajouter un concours supplémentaire.
    Le tronc commun
    Fasquelle : l'erreur est de créer un tronc commun. Il faut restituer son indépendance à la microbiologie.
    De même pour l'anatomie dit Delarue. Il faut améliorer, mais ne pas décourager, les candidats moyens.
    Froment suggère que le stage de laboratoire puisse être remplacé par un stage hospitalier.
    Mayer estime qu'il est inutile d'être médecin pour être chercheur, le passage par l'internat et l'externat est inutile.
    Dausset : le certificat n'est pas une présélection au grand concours, mais une école de formation.
    Sur une question de Jean Bernard au doyen Tayeau, il est dit que l'on entend par physiologie pathologique l'ancienne pathologie expérimentale. L'exploration fonctionnelle par exemple est une des branches de la physiopathologie.
    Nezlof demande que la génétique soit ajoutée à la liste. Refus de la commission.
    Scherrer demande l'harmonisation de cet enseignement et celui des certificats de spécialité. Il demande aussi comment subsisteront les étudiants pendant leurs stages en laboratoires.
    DES : ils auront des bourses de troisième cycle.
    Dausset demande une évaluation des épreuves par une autorité élevée (nationale ou internationale).
    Cheymol demande, au contraire, une appréciation beaucoup plus libérale.

    18 décembre 1963 - Comité interministériel (carcinologie, internat)

    Audition de G. Mathé concernant le problème de la carcinologie

    Intervention de G. Mathé sur la carcinologie : à la naissance, un enfant mâle a 22% de chance de faire un cancer, une femelle 25 % et ces risques augmentent naturellement au cours de la vie. Aussi plusieurs pays ont-ils inclus l’enseignement de la carcinologie dans les études de la médecine elle-même, notamment en Belgique. En France, il existait une agrégation de carcinologie depuis 1956, mais la réforme de 1958 n’a pas prévu de section de concours correspondant. Aussi beaucoup de jeunes ne s’engagent pas dans cette voie faute d’y voir une perspective de carrière. Il faudrait en fait un concours national…/ C’est un des drames de la carcinologie actuelle que ses représentants issus de disciplines très différentes ne se comprennent pas.
    R. Debré remercie Mathé qui se retire. Il rappelle que le comité avait envisagé que la spécialisation en carcinologie s’effectuerait au niveau des chaires et non au stade du concours national.

    Audition du dr. Guenin (pdt. de l'intersyndicat des médecins, chirurgiens et spécialistes des hôpitaux de Paris) relative aux concours et au statut de l'Internat 

    R. Debré : Quel que soit l'attachement sentimental que beaucoup ont pour cette épreuve traditionnelle, c'est une charge écrasante pour les juges dans les grands centres et une angoisse pénible pour les candidats. Actuellement, à Paris, l'oral dure trois mois entiers. Avec l'augmentation du nombre des candidats qui résulterait déjà dans le régime actuel de la fusion entre internat de Paris et internat de la région de Paris et qu'accroîtra le système de la double présentation, il durerait beaucoup plus longtemps. Sur une durée aussi longue, plusieurs mois, il n'existe plus de justice. Des événements affectent la composition du jury.Les juges sont épuisés de fatigue, leurs appréciations changent. La part du hasard s'accroît à l'excès et finalement on ne modifie que très peu les résultats de l'écrit.
    Dans les villes de province, le maintien de l'oral ferait apparaître un danger : celui de minimiser les différences de notes à l'écrit pour donner à l'oral un rôle décisif. On pourrait ainsi même inconsciemment avantager certains candidats locaux dans un esprit contraire à celui de la Réforme que veut encourager l'effort de brassage à travers la France.
    Il convient (donc) que le Comité (interministériel) évalue à leur pleine valeur les objections au rétablissement de l'oral, beaucoup plus importantes que l'intérêt d'entendre s'exprimer le candidat. D'autre part il convient de prendre clairement conscience de ce qu'est dans la réalité l'oral de l'internat, compte tenu des conditions précédentes. Dans certaines grandes écoles (Polytechnique, ENS, ENA) l'oral suppose un tête-à-tête prolongé, minutieux entre juges et candidat. Ce dernier parle très longtemps au tableau, les juges l'écoutent, l'observent et l'étudient. Après des années, ils en gardent le souvenir. Or, dans les conditions de l'internat parisien où se présenteront 50% des candidats de toute la France, l'expérience est très nette : au bout de quelques semaines, les juges sont si las, si fatigués de ces apparitions de candidats un à un sortis comme un diable de sa boîte, racontant leur petite affaire et disparaissant, qu'à une heure de l'après-midi, les juges, soi disant avides de ce contact humain, ne savent plus s'il s'agit d'un garçon ou d'une fille... Songeons à ces chirurgiens qui ont opéré avant les épreuves 6 heures du matin et arrivent fatigués. Il faut bien se représenter que cet oral n'est nullement celui de Normale, de Polytechnique ou de l'ENA, mais une véritable parodie... Pour ne rien changer pour 9 candidats sur 10, le changement pour le dernier n'étant pas toujours absolument inspiré par la valeur de son épreuve..../ Le maintien de l'oral aboutirait par la force des choses à quelque chose d'affreux à Paris avec le nombre de candidats sans aucune valeur à cause de la durée et conduisant en province à annuler l'effort de mélange que l'on veut faire.

    Discussion
    R. Debré évoque une solution transactionnelle qui consisterait à faire passer l'oral seulement aux candidats dont le succès est douteux, avant le choix définitif. La machinerie et l'organisation des épreuves, la fatigue et les frais imposés aux candidats peuvent-ils l'autoriser? Il n'en est pas convaincu.
    Aujaleu est d'accord.
    Fauvert estime l'oral tout à fait inutile. Dans les jurys où il a siégé, il a calculé que l'oral ne modifiait que 7% des résultats et pas toujours dans un sens heureux. Le seul argument valable pour l'oral serait l'intérêt présenté par la préparation à laquelle s'astreignent les candidats pour le subir....
    Lazorthe apprécie la préparation dont l'oral est l'occasion, il le réserverait éventuellement au classement des reçus
    Aujaleu : le système est bien lourd au regard des avantages
    Debré rappelle qu'une épreuve de garde, écrite, remplacera l'oral et exigera la même préparation
    Creyssel estime qu'il faut un oral généralisé ou pas du tout. Il croit que les oraux pourraient être passés dans un temps plus court en siégeant de 8h à 22h.
    Debré : les variations de jugement des jurés entre le matin et le soir sont très importantes. L'internat de Paris fournit l'exemple d'un dispositif de sélection de valeur où l'oral est sans portée réelle. De plus il est difficilement concevable d'abandonner son service (hospitalier) pendant 2 à 3 semaines au minimum.
    Fontaine et de Vernejoul regrettent la préparation à l'oral, fructueuse pour les candidats.
    En conclusion : Le comité approuve le dispositif d'ensemble du concours prévu avec trois concours obligatoirement passés à des dates définies et à chaque concours d'être candidat dans deux villes différentes. Il approuve également le dispositif relatif à l'affectation des internes dans les services : le choix des places s'effectuant suivant le rang les trois premières années, puis au choix libre la dernière. Après six mois passés dans un service cependant, un interne aura priorité sur tous les autres candidats pour y rester pendant la période des six mois suivants. Les candidats choisiront leur affectation selon leur classement parmi la ville de Faculté et les villes d'écoles qui en dépendent (par exemple : Paris, Angers, Reims, Rouen...). Ils porteront le titre d'ancien interne de la ville où ils ont exercé leur internat. Il considère enfin que l'augmentation du nombre des candidats doit entraîner le remplacement de l'oral par une 'épreuve écrite de garde'.

    27 janvier 1964 - Comité interministériel (problèmes posés par l’éventuelle création d’une section de carcinologie) 

    Debré (pdt), Poignant, Epifanoff, Aujaleu, Cordier, Creyssel, Dausset, Davril, Fauvert, Fontaine, Frézal, Giraud, Lazorthes.

    Aujaleu : comment attribuer des services aux carcinologues (et comment composer le jury du concours) ? 
    Debré rappelle la thèse de Mathé : la carcinologie étant l'étude complète des tumeurs malignes fait appel au concours de disciplines diverses (donc deuxième concours).
    Aujaleu rappelle que des carcinologues pourraient aussi venir du premier concours 'électro radiologie' (la question : la carcinologie est elle une spécialité ou une discipline ?).../ Il rappelle qu’on dirige vers les centres anti-cancéreux, les malades qui nécessitent des traitements complexes, mais qu’il n’existe pas de services de carcinologie dans les hôpitaux. Par ailleurs les centres anti-cancéreux ne recrutent pas de carcinologues mais des chirurgiens, des ORL, des électro radiologistes, etc./ 
    Rolland rappelle que la création de l’agrégation de carcinologie n’avait pas été sans difficulté. Il n’avait pas été possible de constituer cette discipline en agrégation de clinique en raison des mêmes difficultés  auxquelles se heurte le Comité aujourd’hui.../ Au cours de cette longue discussion au cours de laquelle les membres du Comité ont marqué l’importance que représente la carcinologie au sein de la pathologie.
    Debré constate que l’adoption des propositions du pr. Mathé fondées sur des constatations apparemment valables et raisonnables conduirait à des solutions inapplicables. Il n’est donc pas possible de créer une section de carcinologie au deuxième concours.

    25 février1964  - Comité interministériel (Aujaleu quitte la DGS pour l'INH)

    R. Debré : à la suite d’un remaniement profond au min. de la Santé, le dr. Aujaleu est appelé à quitter ses fonctions pour succéder à Bugnard. Une œuvre considérable l’attend à l’INH à la suite de son prédécesseur pour développer la recherche médicale. Le dr. Aujaleu, depuis le début du travail entrepris par le Comité y a participé avec sa foi dans le progrès, son souci de développer les hôpitaux, tout en manageant ce qui devait l’être du système antérieur.../ Avec ses collaborateurs, il a apporté une aide essentielle, inégalable au comité. Le pr. Debré espère fermement d’ailleurs que E. Aujaleu pourra continuer à lui assurer cette aide. M. Debré regrette aussi la collaboration précieuse de L. Bugnard qui va occuper un poste de direction au CEA avec la charge de développer la recherche biologique conjointement avec ses fonctions de professeur de physique à la Faculté de médecine de Paris.
    Internat : l’oral est maintenu

    6 avril 1964 - Doyen Giraud à Davril (DES)

    Note au sujet de la nécessité qu’il y a d'établir pour la construction de nouveaux CHU et pour la transformation des CHR déjà existante, une série de règles rigoureuses
    Note au sujet des laboratoires d’hémodynamique : séparer le labo d’hémodynamique du service de cardiologie, c’est mutiler irrémédiablement les possibilités de travail des chaires et des services de cardiologie médicale et chirurgicale sans aucun profit pour personne et au préjudice des malades.
    Note au sujet de l’état du tableau des effectifs du personnel médial et chirurgical du CH de Montpellier

    22 avril 1964 - Note de Constant Burg (Fac de Nancy) 

    J’ai eu une très longue entrevue avec m. Debré pour lui faire part de nos difficultés. Je lui ai exposé la nécessité de rétablir un enseignement d’une vingtaine d’heures de biophysique appliquée à l’exploration fonctionnelle en 3ème et 4ème années de médecine. Il a vivement déploré que ceci n’ait pas été prévu par le décret d’août 1963 et il m’a conseillé d’intervenir auprès de la commission des doyens par le truchement du doyen Lazorthe. D’autre part monsieur Debré pense que l’intégration de l’ancien PCB dans les facs de médecine correspond à une nécessité physiologique de l’enseignement médical. Une solution simple à ce problème serait de donner la possibilité d’assurer cet enseignement aux chaires fondamentales qui en manifesteraient le désir et ceci sans vouloir d’emblée intégrer à la fois la physique, la chimie et la biologie. Enfin monsieur Debré envisage favorablement la nécessité de créer dans les chaires fondamentales un corps d’enseignants originaires de la faculté des sciences et pouvant aller jusqu’au grade de maître-assistant. Cette solution rendrait l’enseignement de l’ancien PCB aussi économique en fac des sciences qu’en fac de médecine. Monsieur Debré m’a demandé d’entretenir monsieur Davril (DES) de ces différents problèmes et j’ai l’intention de lui demande audience à ce sujet très prochainement…

    9 mai 1964 - J. Hamburger (CHU Necker) à MEN

    J'apprends que sur la liste des spécialités prévues dans les futurs concours notamment dans les concours dénommés transitoires' et 'concours balais', la néphrologie ne sera pas représentée. J'ai l'honneur d'attirer votre attention sur les conséquences graves d'un tel oubli, sacrifiant les meilleurs de nos futures cadres et rayent de la médecine française de demain une des disciplines qui contribue le plus, je crois, à son renom actuel. Nulle spécialité aujourd'hui n'est aussi spécialisée : la direction des dizaines de centres français de reins artificiels, le diagnostic et le traitement des 250 000 malades qui, chaque année en France, relèvent de la néphrologie ne peuvent êtres placés entre les mains des praticiens de médecine générale dont aucun ne saurait convenablement assumer des responsabilités aussi particulières dans l'activité clinique et thérapeutique comme dans la recherche et l'enseignement. La Société française de Néphrologie compte plus de membres que la plupart des autres sociétés spécialisées et ce nombre s'accroît chaque année... Ce serait un désastre que de voir tarir brusquement dans cette spécialité le recrutement des futurs chefs de service et enseignants...

    21 mai 1964 - Comité interministériel (internat, médecine légale)

    Debré, Poignant, Epifanoff, Cordier, Creyssel, Dausset, Frezal, Giraud, Lazorthes, Mathé, Cocrelle.

    Lazorthes désirerait savoir où en sont les projets concernant l'internat
    Mathé : les projets ont été soumis au Conseil supérieur des Hôpitaux. Par ailleurs, les externes ont écrit au ministre pour protester contre la surcharge des programmes, en particulier en anatomie.
    Lazorthes indique qu'on lui avait demandé au départ de préparer 150 petites questions, mais que dans son ensemble, le Comité s'était déclaré défavorable à cette formule qui fait appel à la mémoire pure. C'est alors que le projet actuel a été établi qui comporte 37 grandes questions.
    Lazorthes demande où l'on s'en trouve aujourd'hui concernant la préparation aux concours de spécialité.
    Mathé signale que le problème de la médecine légale n'est pas résolu
    Demolon : le problème à résoudre demeure celui des fonctions hospitalières susceptibles d'être exercées par le médecin légiste.
    Rolland après avoir rencontré de nombreux médecins légistes et toxicologues estime que si la médecine légale s'oriente dans l'avenir vers une médecine d'expertise, il pourrait exister un service de médecine légale à l'hôpital. Sinon, il faudra envisager une brèche dans le système du plein temps pour cette discipline.
    Debré est d'accord.
    Aujaleu avait recherché avec les membres de ces disciplines les activités hospitalières qui pourraient leur être confiées. Il avait été retenu des services de médecine préventive, de maladies professionnelles ou même des services à créer de 'bio statistique'. Dans la formule envisagée, la section 'médecine sociale' n'ayant plus de contenu doit disparaître.
    La pharmacologie demande l'autonomie au premier concours.
    La carcinologie est créée au deuxième concours (après chirurgie, médecine générale, anapat et ORL)

    Examen d'un projet de décret instituant un cycle d'études en biologie humaine (groupe de travail présidé par le doyen Beau)

    Exposé du doyen Beau : un projet de texte a été préparé en vue de remplacer le décret n° 60-842 du 6 août 1960, dont les dispositions sont jusqu'ici demeurées lettre morte, à défaut d'intervention des textes d'application nécessaires à sa mise en oeuvre.
    ....../
    Les étudiants en médecine susceptibles de poursuivre ce cycle pourraient s'inscrire à partir du 6ème semestre afin de les laisser libres de n'étudier que leurs programmes les trois premières années.
    Frézal pense que les étudiants ont un programme déjà très lourd les trois premières années, mais il demande que la liberté leur soit laissée de commencer plus tôt le cycle de biologie s'ils le désirent.
    Cordier pense qu'il est important de laisser les étudiants se consacrer uniquement à leur programme pendant les trois premières années. Il lui paraît préférable de ne pas encourager des vocations trop précoces.
    Mathé remarque que si un étudiant désire faire des certificats de sciences, on ne peut pas le lui interdire.
    Debré rappelle que certains étudiants veulent apprendre davantage que leur programme strict, il faudrait leur laisser toute possibilité de le faire.
    ...../
    Mathé constate que ce qui manque aujourd'hui aux futurs biologistes et chercheurs ce sont des notions de mathématiques et des connaissances de technologie.
    Frézal craint qu'il ne soit pas réaliste de vouloir tout faire en partant de rien. Il lui paraît souhaitable d'utiliser l'enseignement des facultés des sciences où certains certificats sont très bons en créant seulement certains enseignements à la Fac. de médecine.
    Mathé rappelle que le SNES avait souhaité que tout l'enseignement du cycle de biologie soit fait à la Fac. de médecine.
    Dausset pense qu'il n'y a pas de postes actuellement, mais ce n'est pas une raison pour ne pas envisager la création de cet enseignement en biologie.
    Debré pense qu'il est nécessaire de créer un enseignement de la biologie dans les facultés de médecine, mais qu'il faut préparer un projet solide et pousser à sa réalisation.
    Beau : c'est l'esprit dans lequel nous avons travaillé. En attendant de pouvoir créer un enseignement de la biologie dans les facultés de médecine, il faut utiliser celui qui est fait dans les facultés des sciences.
    Mathé pense que l'enseignement de la Faculté des sciences n'est pas adapté aux besoins du chercheur en biologie.
    Giraud est d'accord. Une culture mathématique est indispensable ainsi qu'une formation technique.

    20 juin 1964 - Comité interministériel (Suite de la discussion relative au projet de décret instituant un cycle de biologie humaine)

    R. Debré rappelle que la réunion est consacrée à poursuivre l'étude d'un projet qui intéresse les jeunes de manière majeure.../ Il ne faut pas perdre de vue au demeurant que les facultés des sciences manifestent à l'égard de ce projet un très vif intérêt et ont affirmé leur désir de collaborer à leur réalisation. Le premier point à étudier est celui du couronnement des études biologiques qui devraient conduire à un diplôme national lequel permettrait de se présenter au concours national, aux recrutements du CNRS et de l'INH (en fait désormais INSERM). A un stade plus élevé, au-delà de ce diplôme, un doctorat en biologie humaine pourrait être prévu. Debré y pense depuis longtemps. Il avait déjà préconisé antérieurement une réforme du régime de la thèse obligatoire en médecine. La soutenance eut été remplacée par une cérémonie d'intronisation, comme en Belgique et la possibilité de préparer une thèse véritable réservée aux seuls étudiants qui le désirent. Cette opinion n'a pas prévalu jusqu'alors. Un problème analogue est aujourd'hui soulevé pour la biologie : la thèse de biologie humaine pourrait être décernée par les facultés de médecine, sans que, cependant, le jury ne soit composé uniquement de médecins. Il conviendrait enfin d'étudier la correspondance avec les degrés hospitaliers.../  Debré estime qu'une telle thèse devait ouvrir la possibilité aux biologistes de se présenter au grand concours national, comme il en est de l'internat pour les cliniciens.
    Mathé est d'avis que la notion de thèse en fin des études de biologie est très importante, cependant il faudra lui trouver une dénomination qui la différencie de la thèse ordinaire de médecine.
    Fauvert rappelle l'importance de la qualité de la thèse de doctorat es sciences pour la sélection des chercheurs du CNRS et pour toute leur carrière. L'intérêt est moins net toutefois pour le concours national.
    Beau exprime un certain étonnement : le Comité (interministériel) ne discute t il pas de dispositions qui existent déjà? Depuis 1902, la Faculté de médecine de Nancy délivre un doctorat en biologie humaine, mais ce doctorat d'université était quelque peu tombé en désuétude.
    Poignant était initialement partisan de ce doctorat de biologie de niveau semblable à celui du doctorat de la Fac de Sciences. Mais ce qui est recherché actuellement est une formation équivalente à celle de l'internat. Il y a dans ces conditions une disparité de niveau.
    Giraud est d'accord. Il estime que cet ensemble est d'un niveau plus élevé que celui de l'internat. À l'exiger pour le concours, on créera un hiatus avec la clinique.
    Beau : on complique les choses. Le décret du 24 septembre 1960 parle de certificat, le groupe de travail a envisagé un diplôme et l'on en arrive au doctorat!
    Fontaine : ou bien le cycle de biologie arrive au niveau de l'internat ou bien s'il arrive au niveau du doctorat es sciences, il pourrait remplacer le concours national pour les biologistes.
    ...../
    Synthèse de Debré : 1/ Le Comité est d'accord sur le principe de la création d'un doctorat de biologie humaine décerné par les facultés de médecine, mais avec des jurys mixtes, les juges pouvant venir des horizons les plus divers. 2/ La thèse de biologie humaine ne serait pas requise pour la présentation au premier concours national hospitalo universitaire (ext) en vue d'une carrière de biologiste, mais constituerait un titre très utile pour le deuxième concours (int), ainsi que pour la formation des chercheurs.
    .../
    Dausset propose la dénomination 'Cycle d'études de biologie humaine' au lieu de 'cycle d'enseignement préparatoire'
    Aujaleu s'interroge sur le sort des externes qui désireux d'aborder les études du cycle se trouveront nommées dans un centre où il ne sera pas organisé.

    Organisation de l'enseignement 

    Bargeton suggère de s'orienter vers la création d''actions fortes' dont le niveau de base supposerait que les étudiants possèdent déjà les notions du programme de Math. élem. ou au moins de Sciences ex.
    Aujaleu demande si la création de cet enseignement "fort" ne créerait pas une inégalité entre étudiants en ce qui concerne le classement pour l'externat en créant un privilège en faveur de certains étudiants suivant l'orientation de leurs études secondaires.
    Mathé craint que les étudiants qui suivront les sections fortes ne préparent mal leur séméiologie. Il faudrait que l'ouverture vers la biologie demeure possible aux bacheliers philosophes, le recours aux sections fortes est inutile pour l'anatomo-pathologie et la biologie cellulaire.

    Programmes et horaires

    Debré : les jeunes se sont montrés très favorables à un enseignement de technologie.
    Bargeton : enseigner la technologie dans la première partie, comme préconisé par Mathé, paraît prématuré. Les techniques sont très compliquées et se démodent très vite.
    Fauvert croit possible de suivre une voie moyenne en faisant étudier les principes généraux des grandes techniques.../

    Conditions d'existence des étudiants en biologie

    Frézal demande à quel stade de leurs études les étudiants seront susceptibles d'être recrutés comme attachés (de recherche)?
    Bargeton pense qu'il est important de les nommer avant la fin de ces études afin de leur fournir des moyens d'existence
    Lazorthes préférerait que l'on attribue des bourses aux étudiants
    Dausset suggère que l'on puisse nommer attachés les candidats dans une discipline lorsqu'ils possèdent le certificat correspondant.
    Rolland pose le problème des équivalences avec les Fac de Sciences
    Debré estime que le Comité ne doit pas prendre positon officiellement (tout de suite), mais insister sur l'importance d'assurer la vie matérielle des biologistes, étudiants non externes ni internes, voués à la recherche et à l'enseignement.
    Rolland croit difficile de nommer attachés les intéressés avant que ceux-ci aient fini leurs études, des bourses de troisième cycle lui paraissent plus adaptées à la situation.

    23 Septembre1964  - Haut comité médical de la Sécurité sociale (Ministère du Travail). Groupe de travail chargé du contrôle médical de la sécurité sociale dans les hôpitaux

    Pdt. Prof Brouet, Vernejoul, Lhermitte, J R Debray (J. Bernard abs exc), pr. Creyssel (pdt du syndicat des médecins chirurgiens), pr. Lortat Jacob, chirurgien des hôp. de Paris

    Pharmacie hospitalière : elle fonctionne de manière déplorable. Le problème de son contrôle par la Sécurité sociale ou faut il passer par l'information des médecins ? 
    Vernejoul est pour l'info des médecins.
    Durand (pharmacien des hôpitaux de Tours) dit que la Sécurité sociale ne fait aucun contrôle.
    Il souligne la difficulté de trouver une documentation impartiale sur la valeur technique des médicaments, le résultat précis des essais notamment. Au congrès de Bagnère de Bigorre on a souligné les économies qui pourraient être faites en interdisant les hôpitaux aux visiteurs médicaux.
    Brouet : l’information est fondamentale. La thérapeutique s’est entièrement renouvelée.

    21 octobre 1964 - Haut Comité Médical de la Sécurité Sociale. L’exploitation des laboratoires hospitaliers, rapport par le doyen Tayeau et le pr. Marquevielle

    Quelle organisation peut-on concevoir? Soit des laboratoires centraux (Tayeau pour dans le cas d’un grand CHU), soit des labos d’unité, soit des labos annexes aux services cliniques (c’est à ce propos que s’est cristallisée l’opposition entre chefs de labo d’origine biologique pure et ceux qui sont imprégnés par la clinique). Le seul point d’accord est que ces laboratoires doivent êtres maintenus dans les services mettant en œuvre des techniques spéciales : réanimation respiratoire, épuration extra-rénale (nécessité d’avoir en permanence le malade ‘sous la main’), endocrinologie, audiologie, phtisiologie (cultures de BK), cardiologie (cathétérisme)
    Le problème des petits laboratoires rattachés aux chaires mérite d’être évoqué. À mon avis, ces laboratoires ne doivent faire que des recherches et ne rentrent pas dans le cadre de cette étude. En ce qui concerne les CHR, il doit exister un laboratoire central (centraliser les examens de routine)

    13 novembre 1964 - Interventions parlementaires

    Demandes d'interventions pour les étudiants qui échouent à la fin de la quatrième année de CPEM (intervention de parlementaires).

    Novembre 1964 - Note de protestation des étudiants de la Fac de Marseille

    Revendication des étudiants de Marseille avec le soutien de la Confédération des syndicats médicaux "soucieux de la formation des futurs médecins" à propos d'un examen de séméiologie, une partie des questions étaient hors programme.

    24 novembre 1964 - pr. J-F Cier (pdt. INSERM) à MEN 

    Comme vous me l’avez demandé, je vous précise ce qui me semble dangereux dans la place faite actuellement à la médecine expérimentale dans l’organisation des premiers et deuxièmes concours nationaux (telle qu’elle ressort de l’arrêté du 30 juillet 1964). La médecine expérimentale n’est plus accessible, non seulement en venant de la médecine générale (premier concours), mais également en venant de la physiologie (deuxième concours). Ainsi, au pays de Claude Bernard qui fut un physiologiste mais aussi le père de la médecine expérimentale, les physiologistes ne seraient pas exclus de cette branche importante de la recherche médicale, branche dont l’importance ne peut aller qu’en augmentant pourvu qu’on la fournisse en hommes capables de la développer.


    21 janvier 1965 - Comité interministériel. Problème de l’enseignement médical post-universitaire (groupe Jean Bernard)

    Actuellement, il s'agit d'un enseignement trop théorique qui touche trop peu de médecins ( 10 à 15%)
    Proposition d'un enseignement en stages hospitaliers de deux semaines tous les 2 ou 3 ans (dans les CHU)…/ Il serait possible de commencer rapidement des expériences à Toulouse, Nancy et Tours et à Paris dans les services de Milliez, Brouet, Mallet.../ Pour inciter les médecins à y participer, on peut envisager de leur donner le titre de membre correspondant du CHU/ Plus tard, il serait judicieux de mettre en place un Office national dépendant du ministre de la Santé.
    Giraud souhaite que les doyens de fac de méd organisent eux-mêmes cet enseignement.
    Comment, avant qu’il ne soit obligatoire, obtenir que beaucoup de médecins fréquentent cet enseignement ?
    Creyssel : c'est le problème du remplacement du médecin de cabinet qui décide de suivre cette formation.
    Dausset il est nécessaire de créer des liens organiques entre CHU et praticiens.
    Vernejoul : la médecine est une des rares professions ou la promotion professionnelle n’existe pas. La notion de notoriété avait été créée pour y pallier, mais il est difficile de trouver des critères d’appréciations uniformes et des variations considérables sont constatées à cet égard d’un département à un autre. La notoriété pourrait dans l’avenir être basée sur la fréquentation de l’enseignement post universitaire. Vernejoul se prononce pour l’obligation à terme proche.

    Les programmes

    J. Bernard estime qu’il conviendra de demander aux praticiens d’exprimer leurs désirs par le canal de la profession. Des programmes seront établis, centrés sur les nouveautés thérapeutiques et envoyés à tous les médecins. La chirurgie et l’obstétrique paraissent hors des possibilités actuelles. Mais il faudrait enseigner ce que tout médecine praticien doit savoir en ces matières. Les stages initiaux se dérouleront en médecine générale et pédiatrie.
    Frézal rappelle que l’enseignement post universitaire est l’une des missions dévolues aux CHU
    Debré suggère la possibilité de conférer au stage un intérêt de dépaysement, voire touristique, en permettant au médecin de participer à des stages en des régions éloignées de son domicile.
    J. Bernard persiste à penser qu’il n’est pas souhaitable de faire enseigner des praticiens chevronnés par de jeunes chefs de clinique.
    Pour la formation post universitaire : faut-il des offices régionaux ou un office national? 
    Dausset : cet enseignement doit rester facultaire.
    Tout le monde est d’accord pour la création d’un office national constate J. Bernard
    Giraud : " Faut il faire table rase du passé? Jean Bernard ne mentionne pas nos réalisations de Montpellier" (!). Le gros problème, ce sont les généralistes (il est d’accord avec J Bernard). Il faut le faire dans les CHU mais en séparant les étudiants et les praticiens… Mais je me permets d’indiquer mon opposition très vive à une direction régionale de l'enseignement universitaire qui serait rattachée à l’Académie et indépendante de la Faculté. L’enseignement post universitaire appartient par définition aux fac de médecine et cela d’une façon d’autant plus satisfaisante que la réforme a créé enfin ce grand corps hospitalo-universitaire dont j’avais demandé dès 1946 l’institution. Le groupe de travail n’a pas esquivé une difficulté essentielle : celle de l’obligation de cet enseignement, théoriquement nécessaire, mais je crains qu’on ait quelque peu sous-estimé les difficultés de mise en oeuvre. Je fais toute réserve sur le titre de mise en place de 'correspondant de CHU (nous ne connaissons que trop l’usage qui est fait dans la pratique de certains titres fallacieux). Enfin, il faut refuser un enseignement anonyme, le maître qui le dispense y perdrait son autorité.

    Problèmes de la recherche dans les CHU

    Debré demande que dans les commissions du 5ème Plan des représentants de la recherche soient associés aux représentants du MEN et de min Santé. Il n’y a pas eu de demandes pour les recherches des instituts de facultés. 
    Fauvert pense que ces demandes n’ont été négligées qu’à défaut d’information émanant des ministères.
    M. Rebaté assure qu’une enquête de l’Ens. sup. sur les recherches hautement spécialisées va parvenir aux doyens. Les demandes provenant de sources différentes seront confrontées dans la commission spéciale du 5ème plan.
    Lemaire remercie Debré d’avoir évoqué ce problème d’actualité : c’est ainsi qu’à Saint Antoine premier CHU parisien, va s’ouvrir un étage supplémentaire pour la recherche, cependant aucun crédit n’a été prévu…/

    Avril 1965 – Bulletin du Syndicat national de l'Enseignement supérieur  (Supplément du n° 106)  

    L’avenir de l’enseignement et de la recherche dans les facultés de médecine par A. Behar et F. Grémy

    Contestation du caractère adapté de l’enseignement reçu. Cette constatation est particulièrement nette chez les étudiants de 3ème année promotion qui est pourtant particulièrement bonne puisqu’elle a su sauter le double obstacle d’examens A et B « c’est trop ou trop peu », trop pour les futurs praticiens trop peu pour le futur chercheur ou le futur clinicien hospitalo-universitaire. Le compromis réalisé actuellement entre les impératifs divergents de formation technique et d’enseignement supérieur est également nuisible aux différentes catégories professionnelles qui seront issues de la Faculté.
    On devrait faire la séparation Recherche Clinique plus tôt (dès la première année pour la recherche ?)

    Rôle des disciplines biologiques et avenir de la recherche fondamentale dans les CHU Congrès du SNE Sup., 2-4 avril 1965

    Le congrès constate que dans les CHU sous la pression du ministère de la Santé, d’organismes et de personnes encore attachées à une conception caduque de la médecine, les disciplines biologiques risquent d’être détournées de leur but, à savoir promouvoir la recherche fondamentale aussi bien qu’appliquée..../ Les conventions prévues au décret 63-1015 du 7 oct. 1963 pourront-elles être passées entre les CHU et l’INSERM pour le financement de recherches d’intérêt particulier ? C’est probable et notre syndicat se propose d’étudier la question… Certains de nos collègues pensent que ce mode de financement permettrait de résoudre à court terme bien des problèmes relatifs à l’intégration des chaires de sciences fondamentales et au financement de la recherche dans les CHU.

    3 août 1965 - Arrêtés fixant le régime des examens conduisant au diplôme de docteur en médecine

    29 octobre 1965 - Jean Bernard au MEN

    Demande d'habilitation de l'immuno-hématologie comme stage d’un mois (réclamations d’élèves qui ont suivi l’enseignement d’immuno-hématologie, mais qui ne sont pas habilitées à pratiquer les examens biologiques des femmes enceintes). Proposition acceptée MEN à M Aff, 12 avril 1966.

    Rapport au Comité interministériel du groupe de travail chargé de l'étude des problèmes de l'enseignement clinique aux étudiants non externes, ni internes

    Pdt. pr. F. Lhermitte, Bricaire, Choussat, Gosset, Frézal, Hamburger, Laporte, Laurence, Levrat, Olmer, Royer, Scherrer, Sthal

    Le groupe de travail, constitué au cours du premier semestre 1965 a étudié uniquement le problème de l'enseignement clinique dispensé aux étudiants en médecine qui ne sont ni externes ni internes et envisagé les réformes susceptibles de lui être utilement apportées. Les stages dans les services cliniques constituent un élément essentiel de l'enseignement médical. Les cours théoriques sont certes indispensables, mais seule la pratique de la vie hospitalière peut donner la formation technique et humaine nécessaire aux futurs médecins. De là résultent l'importance attachée à une organisation aussi bonne que possible des stages dans les hôpitaux et la nécessité de trouver une solution valable aux nombreuses difficultés que leur organisation rencontre actuellement. Cependant, les problèmes rencontrés et les solutions à y apporter différent profondément selon l'année d'études considérées. En ce qui concerne les premières et deuxième années, les données sont essentiellement quantitatives et l'effort doit s'orienter vers la recherche d'une utilisation optimale des possibilités d'accueil existantes. Les stages de spécialité sont, en général, moins soumis aux impératifs du nombre, par suite, d'une part des effectifs d'étudiants plus réduits et d'autre part de l'existence d'un nombre de plus en plus important d'externes. Pour ces trois années, le problème est essentiellement d'ordre qualitatif et peut se résumer dans le choix des spécialités obligatoires.
    Enfin en ce qui concerne les stages internés de 6ème année, la solution aux difficultés actuelles doit être recherchée dans la suggestion de mesures plus vastes concernant l'ensemble des futurs médecins présents à l'hôpital et éventuellement dans un cadre autre que le CHU.

    Les stages de 1ère et 2ème années

    Les étudiants de 1° et 2° années représentent en moyenne 43% du nombre total des étudiants, non compris les CPEM et les CES. Tous effectuent des stages obligatoires..../ Cette situation entraîne deux conséquences, des groupes de stagiaires trop nombreux: le nombre des étudiants par groupe varie de 10 à Strasbourg à 28 à Montpellier et à 20 à Paris. Un nombre insuffisant de malades par étudiant, là encore une extrême inégalité apparaît entre Facultés : 3 malades pour 2 étudiants à Lille, un pour deux à Montpellier, 1/3 de malade pour un étudiant à Paris....

    Autres problèmes

    Le nombre trop important des stagiaires ne permet pas de les affecter tous à des lits de malades. Cette intégration rencontre également des obstacles d'ordre psychologique et ne peut se faire que dans le respect du malade. À l'inverse, l'absence de tout contact avec les malades risquerait d'entraîner à plus ou moins long terme, une déshumanisation de la médecine. Un juste équilibre doit être trouvé : l'intégration des étudiants à la vie de l'hôpital est indispensable à partir de la troisième année, elle est souhaitable en deuxième année, mais non en première année..../ lorsque les salles d'hôpitaux sont peu à peu remplacées par des chambres individuelles ou à trois ou quatre lits, il est évident que ces difficultés deviennent insurmontables. Cependant l'intégration à la vie d'un service peut se faire par d'autres moyens : consultations télévisées, réunion du staff, etc.

    Des solutions

    Des stages organisés le matin : le système traditionnel. L'expérience de Lyon : les stages organisés l'après midi.../ Pour augmenter l'efficacité des stages, il conviendrait d'augmenter leur durée.../ Certains membres du groupe ont proposé l'utilisation de services hors CHU. (Mais) il ne peut être question d'envoyer des stagiaires dans des établissements privés qui n'ont ni le personnel d'encadrement nécessaire, ni en général, de services de médecine générale. Les hospices pourraient dans certains cas être utilisés, tout au moins dans les services chroniques qu'ils peuvent abriter, à l'exclusion formelle des hospices de vieillards. Aménagement des programmes : en première année : appareils respiratoire, cardiovasculaire, digestif, foie et voies biliaires, maladies infectieuses. Deuxième année : rein, système nerveux, glandes endocrines, sang et organes hématopoïétiques, métabolisme, appareil locomoteur.../ Les raisons de cette modification souhaitée sont les suivantes : d'une part, l'étude de la séméiologie digestive et hépatique permet dès la première année de présenter de nombreux malades atteints de ces affections, d'autre part le passage de la séméiologie rénale en deuxième année permettrait l'étude approfondie de la physiologie rénale en première année.

    Les stages de spécialité

    Les données du problème se posent de manière différente dans les diverses Facultés et écoles de médecine en fonction de deux éléments : l'existence d'un rapport plus ou moins favorable ou défavorable entre le nombre des étudiants et celui des malades. La spécialisation plus ou moins grande des services qui varie avec l'importance et la tradition du centre hospitalier..../ Par exemple à Paris les besoins hospitaliers ont amené à créer une trentaine de services de pédiatrie où les étudiants sont répartis par petits groupes de 7 ou 8 stagiaires... Au contraire, il n'existe dans le CHU de Paris qu'un seul service de psychiatrie et il en reçoit 200 à la fois.../ Liste des stages obligatoires : pédiatrie (4 mois), obstétrique (2 mois), neurologie, psychiatrie, cardiologie, maladies infectieuses, pneumo-phtisiologie, médecine générale, chirurgie générale..../ Le groupe de travail a abordé la question de l'opportunité de créer un stage de "soins médicaux". L'idée d'un stage de soins, infirmiers a paru en définitif devoir être écartée. Actuellement, sans doute, à la fin de leurs études les futurs médecins risquent de ne pas savoir pratiquer les soins médicaux élémentaires. Le groupe de travail a cependant estimé matériellement impossible l'introduction de ce stage nouveau en première ou deuxième année compte tenu du nombre des étudiants, de leur age et de leur manque d'expérience. L'impératif du respect du malade s'oppose en outre à ce que des soins d'une certaine importance soient confiés à des stagiaires trop jeunes.

    15 mars 1966  - Doyen M. Zamansky (Fac Sc. Paris) à P. Aigrain (DES) à propos du certificat préparatoire aux études médicales qui remplace le PCB (CPEM)

    Problème d’harmonisation des horaires entre Facs de sciences et Facs de médecine.../ Les études de médecine sont redevenues pratiquement ce qu’elles devaient être quant à leur durée. Il paraît indispensable qu’un minimum de formation scientifique soit donné à des jeunes gens qui, arrivés à l’age d’homme, auront la plus grave responsabilité qu’un homme peut avoir : la santé de son prochain…. / Aucune solution ne me paraît possible en dehors d’une année de CPEM réservée en entier à un enseignement scientifique…/ Je profite de ce message pour dire combien les commissions de la Faculté sont opposées au système des questions à choix multiples et rappeler, discrètement, le jugement sévère que mes collègues ont porté sur ce système et son contenu…. Vous me pardonnerez, je l’espère une dernière phrase grandiloquente en apparence : il y va de l’avenir de la médecine française.../ Le CPEM est une cote mal taillée : 140 h de chimie proprement dite et 40 h de biochimie ‘médicale’.../ Si on veut rendre le CPEM plus accessible aux étudiants possédant seulement un baccalauréat de philosophie, il n’est tout de même pas exagéré de souhaiter que ces étudiants futurs médecins bénéficient d’un enseignement de chimie fondamentale de 150 heures.../
    Le CPEM est organisé par les Facs de médecine à Bordeaux, Montpellier et Nancy, ailleurs il l'est par les Fac de Sciences..

    26 avril1966 - Comité interministériel

    Groupe de travail sur le recrutement des disciplines fondamentales, rapport Bargeton.

    Séance consacrée aux problèmes des concours dans les disciplines biologiques.../ Principes : le choix entre les candidats doit être fondé par principe davantage sur les travaux de ceux-ci que sur la démonstration de leurs connaissances. La nature des épreuves doit permettre de juger des gens aptes à la recherche et aptes à remplir une mission biologique hospitalière.
    Creyssel redoute que par cette formule les qualités d'enseignement (d'enseignants?) des candidats ne soient pas assez mises en valeur et n'influencent pas suffisamment le classement.
    Conditions de présentation : doctorat en médecine, maîtrise en biologie humaine, présentation d'un mémoire (DEA?)

    Exigence du doctorat en médecine

    Bargeton : c'est une nécessité indispensable (sic) pour les spécialités en contact avec le maladie. Une exception a paru possible pour la biochimie et la pharmacologie : les fonctions dans ces disciplines ont été très bien remplies jusqu'à maintenant par les pharmaciens dont le droit d'accès est expressément consacré par le décret du 24 septembre 1960.
    Lazorthes, Dausset, Fauvert regrettent qu'on adopte une position assez restrictive, un peu malthusienne. Ils souhaitent que l'accès des concours reste ouvert aux pharmaciens : microbiologie, physique biologique, chimie biologique, pharmacologie.
    Fontaine souhaite le maximum de libéralisme possible dans toutes les disciplines, même en anatomo-pathologie
    Fauvert estime qu'aucune faculté ne peut se priver de collaborateurs extérieurs, en particulier en bactériologie, en pharmacologie où l'on manque de personnel.
    Debré exprime l'opinion que la collaboration des pharmaciens et de docteurs en sciences est nécessaire, en particulier pour développer la pharmacologie. 
    Bargeton pense qu'il ne verrait pas d'inconvénients à assouplir la clause (d'accès). Mais on pourrait même aller au-delà et il lui paraîtrait normal d'ouvrir la physiologie à certains docteurs es science (mais non aux pharmaciens).
    Fauvert rappelle que cette extension peut être limitée par les nécessités hospitalières puisqu'il est souhaitable que les physiologistes soient chargés d'explorations fonctionnelles, il est indispensable qu'ils soient médecins. Cette situation se présente en beaucoup de disciplines fondamentales, ainsi les physiciens font aussi des explorations fonctionnelles avec les isotopes.
    Debré souligne la force des objections de Fauvert. Le développement d'activités hospitalières des fondamentalistes est essentiel. Un fait récent dont il peut témoigner le marque : dans le cadre de la réforme projetée en Grande-Bretagne, la commission compétente a été particulièrement frappée et intéressée par la décision de confier l'exploration fonctionnelle aux biologistes. Il conclut qu'il sera sage de soumettre le choix entre les deux solutions possibles à l'administration.

    Le mémoire

    Frézal rappelle que le mémoire du cycle de biologie est qualifié de 'DEA' (diplôme d'études avancées).
    Dausset marque vigoureusement son souci que l'on soit très exigeant en ce qui concerne la valeur scientifique du mémoire qui peut alors exiger plusieurs années de travail qui serviront de base pour les concours ultérieurs.
    Bargeton estime que le niveau 3ème cycle serait suffisant.
    Dausset redoute qu'après admission du mémoire, les étudiants ne dispersent leur intérêt. Debré observe cependant qu'il peut y avoir intérêt à changer d'orientation après le début de carrière.
    Fauvert demande si pour des sujets spécialisés, le jury ne pourrait s'adjoindre des membres particulièrement compétents.
    Bargeton répond que le projet prévoit expressément la possibilité de faire participer à cette commission des membres de l'I. Pasteur, du CNRS, etc.
    Dausset souhaiterait qu'entre temps, ce mémoire soit approfondi, enrichi. Un mémoire du niveau d'une thèse de 3ème cycle lui paraît insuffisant.
    Debré pense qu'il n'est pas nécessaire de prolonger cette première étape. C'est la deuxième seulement qui fera du candidat un enseignant dans un CHU.
    Fauvert demande que soit introduite la notion de rapport écrit fait par un rapporteur qui puisse être choisi parmi des experts en dehors de la Faculté.
    Debré partage cet avis, cette notion est déjà admise pour la clinique.

    Projet de décret relatif au régime des études et des examens en vue du doctorat 

    Physique, maths : l’atome, métrologie, mécanique corpusculaire, mécanique ondulatoire
    Chimie : les fonctions (acides aminés)
    Biologie : le matériel génétique et son mode d’action

    20 -21 mai 1966 - Vœux émis par la Fédération d’internes et d’anciens internes en médecine des hôpitaux des villes de faculté de médecine et de faculté mixte de médecine et de pharmacie de France. Congrès de Strasbourg.

    Radiologie

    Des démarches visent à faire de la radiologie une discipline mixte, à la fois fondamentale et clinique…/ La Fédération des internes rappelle que la radiologie fait partie intégrante et inaliénable des grands disciplines cliniques parmi lesquelles elle occupe le troisième rang par ordre d’importance après la médecine et la chirurgie. Tant en diagnostic qu’en thérapie, la radiologie est entièrement et exclusivement consacrée à l’examen et aux soins des malades. Ses connexions nécessaires avec la recherche fondamentale (en particulier la radio physique) sont de même ordre et de même essence que celles également nécessaires pour la médecine et la chirurgie. Son classement comme discipline mixte aurait pour conséquence de la dégrader. 

    Unicité du concours d'internat

    Instauration d’un concours d’internat pour les hôpitaux de deuxième catégorie, risque de provoquer recrutement d’internes qui obtiendront des avantages que ne justifierait pas le niveau de leur formation.

    Création de nouvelles Facultés et écoles de médecine

    La Fédération attire l’attention des pouvoirs publics sur les graves inconvénients qui ne manqueraient pas de résulter de la nomination dans les nouveaux CHU du personnel hospitalier actuellement en fonction dans les villes intéressées. Cette disposition présenterait un grave préjudice pour les anciens Internes

    Juin 1966 - DES à doyen Fac méd Paris

    Les assistants de la fac de médecine de Paris ne peuvent cumuler leur fonction avec celle de chercheur au CNRS ou à l’INH.../ De ce fait n’entreraient en médecine expérimentale que des cliniciens anciens internes des hôpitaux.../ On peut craindre que bien des maîtres de conférences agrégés ainsi nommés ne soient beaucoup plus cliniciens qu’expérimentateurs et que les chaires de médecine expérimentale dans les Facs de méd ne soient que des chaires de passage.../ Je pense qu’il serait très souhaitable qu’on puisse accéder à la médecine expérimentale non seulement en venant de la médecine générale (premier concours) mais également en venant de la physiologie (deuxième concours)..../ Ainsi, au pays de Claude Bernard qui fut un physiologiste mais aussi le père de la médecine expérimentale, les physiologistes ne seraient pas exclus de cette branche importante de la recherche médicale, branche dont l’importance ne peut aller qu’en augmentant pourvu qu’on la fournisse en hommes capables de la développer.


    12 avril1967 - Doyen M. Zamansky (Fac sc. Paris) à DES 

    À propos des médecins malgaches (médecins de brousse) incapables de passer le CPEM. Faut-il envisager des dispenses? 

    6 mars 1968 - Comité interministériel 

    L'enseignement post universitaire. Rapport Jean Bernard. Danger des initiatives privées. Problème à inscrire en priorité du 6ème Plan.

    4 juillet 1968 - Dr Plazy, Syndicat national des médecins homéopathes, à MEN 

    L’homéopathie qui a la faveur d’un très grand nombre de malades est exercée en France par environ 1500 médecins dont 600 de façon quasi exclusive. Elle est reconnue par la Sécurité sociale et ses remèdes figurent au Codex. Mais aussi extraordinaire que cela apparaisse, elle n’est pas enseignée à la Faculté. Cette situation d’autant plus déconcertante que dans certains pays étrangers, il existe des universités homéopathiques (Brésil) ou des centres hospitaliers homéopathiques (Mexique) ou que l’homéopathie est enseignée à la Fac de médecine de Francfort. (Le diplôme de médecine homéopathe étant validé en Allemagne).../ En France, cette discipline était donc enseignée en dehors de la Faculté.../ Conséquence n’importe quel médecin peut se parer du titre d’homéopathe.../ Enfin, une commission de l’homéopathie a été créée à la nouvelle Fac de médecine de Paris. Elle demande la création d’un certificat d’études spéciales d’homéopathie (spécialisation). Malheureusement, il est vraisemblable que l’opposition de la plus grande partie du corps professoral qui ignore l’importance de nos travaux scientifiques tiendra en échec ce projet.../ On pourrait donc le remplacer par création d’une chaire libre d’homéopathie.

    28 janvier 1969 - DES (J. Sirinelli) à Housset (Fac méd Paris)

    Le MEN et le min des Affaires sociales organisent conjointement un certain nombre de groupes de travail destinés à la mise en place de la réforme hospitalo-universitaire. Y sont nommés, le Pr. Royer chargé de mission au min. Affaires sociales et le pr. Tubiana chargé de mission au MEN.

    25 février 1969 - La carrière des médecins hospitalo-universitaires (projet)

    Autant la médecine praticienne française a conservé une qualité convenable et doit être maintenue dans son statut quo, autant la médecine de pointe, i.e. la médecine hospitalo-universitaire a régressé, sinon dans l’absolu, du moins dans le relatif. Elle occupait autrefois la toute première place des médecines mondiales, elle est située aujourd’hui après la médecine de tous les pays anglo-saxons et de tous les pays de culture inspirée des anglo-saxons saxons. Les quelques succès enregistrés dans la recherche clinique et les quelques services remarquablement organisés pour cette médecine de pointe ne sont que les exceptions qui confirment la règle générale. Cette régression, au moins relative, de la médecine hospitalo-universitaire française est liée à ses structures hospitalières et universitaires périmées.

    4 mars 1969 - Groupe de travail IV, chargé de l’étude des fonctions et des carrières hospitalo-universitaires

    Représentation syndicale (SNCS : Tomkiewicz, Lazar, F Kourilsky, mme Schapira, Chevrie, Rosselin, Hatzfeld)
    Intersyndicale des chefs de clinique (Pissaro)
    Syndicat des biologistes CHU (Semaille, Burg, Boulanger)
    Syndicat autonome (Meyniel)

    La carrière des médecins hospitalo-universitaires (projet Frézal)

    Défauts majeurs des structures actuelles. 
    Retraite à 70 ans des professeurs et chefs de service. Non remise en question des fonctions. Les responsables de départements, d'instituts ou d'unités de recherche ne sont élus que par leurs pairs. Certains cumulent même une ou plusieurs directions avec une clientèle privée. Il en est de même des doyens ou présidents.
    Éloignement des cliniciens de la biologie et, réciproquement, alors que dans les pays anglo-saxons, la grande majorité des cliniciens consacrent une partie de leur temps supérieur à 50 % au laboratoire. Études biologiques très insuffisantes des futurs cliniciens hospitalo-universitaires, tandis que dans les pays anglo-saxons, les futurs cliniciens reçoivent une formation biologique maximale, théorique et pratique. Les chercheurs vivent à part du monde hospitalo universitaire dans lequel ils ne sont pas intégrés. Les carrières hospitalo-universitaires n'ont pas dans la pratique été ouvertes aux candidats formés dans d'autres Facultés que les facultés de médecine et aux candidats étrangers.../ Propositions : les carrières hospitalo-universitaires et de recherches sont confondues, bien que les deux types de fonctions demeurent distinctes jusqu'à la matiérisme non comprise. Aux grades de Maitre et de Directeur de recherche, la commission souhaite une participation des chercheurs à l'enseignement, limitée à deux demi journées par semaine, ce qui devrait permettre d'éleer leur salaire et de réduire ainsi notablement la différence entre le bi-salaire des chercheurs, différence qui est beaucoup moins marquée avant la maitrise.

    Les carrières hospitalo universtaires (rapport du groupe de travail Mathé, Kruh, Fabiani, Greco)

    Nécessité d'une réforme.../ La gravité des évènements de mai dans les secteurs hospitaliers et universitaires médicaux a souligné l'urgence et la nécessité d'une réforme profonde. La qualité de la médecine hospitalo-universitaire française ne cesse de régresser, sinon dans l'absolu, du moins dans le relatif: elle occupait autrefois la toute première place dans les médecines mondiales. Elle est située aujourd'hui après la médecine des pays anglo-saxons et de tous les pays de culture inspirée des anglo-saxons saxons. Les quelques succès enregistrés dans la recherche médicale et les quelques services remarquablement organisés pour cette médecine de pointe ne sont que les exceptions qui confirment la règle générale.

    Défauts majeurs de l'organisation actuelle

    Les structures hospitalo-universitaires : actuellement le recrutement au niveau des maitres de conférences agrégés, médecins, chirurgiens ou spécialistes des hôpitaux est national. En fait, chacun reconnaît que le recrutement ne s'effectue que par la voie d'une cooptation locale, tempérée par le hasard.../ À court et à moyen terme, le personnel hospitalier universitaire titulaire demeure un personnel d'état.Les conflits entre les besoins locaux et les décisions prises à l'échelle nationale risquent donc de devenir plus aigus, à moins qu'un cadre complémentaire hospitalier et universitaire dépendant uniquement d'instances locales ne puisse être créé.../ Le système hospitalier français étant particulièrement décentralisé, est sous la responsabilité de gestion directe des instances départementales et municipales. Le ministère des Affaires sociales ne peut jouer qu'un rôle d'incitateur sans avoir toute l'efficacité souhaitée.../ La commission déplore tout particulièrement l'éloignement des cliniciens de la biologie et réciproquement des biologistes de la clinique, alors que, dans les pays angle saxons, la grande majorité des cliniciens consacrent une partie de leur temps supérieure 50% au laboratoire. Les études biologiques des futurs cliniciens hospitaliers universitaires sont très insuffisantes, tandis que, dans les pays angle saxons, les futurs cliniciens reçoivent une formation biologique maximale, théorique et pratique. Les chercheurs vivent à part du monde hospitalo-universitaire dans lequel ils ne sont pas intégrés.../ Les carrières universitaires en médecine n'ont pas, dans la pratique, été ouvertes aux candidats formés dans d'autres facultés que (celles) de médecine, ni aux candidats étrangers. La nomination de professeurs associés reste, hélas, exceptionnelle.../ L'absence de tout niveau intermédiaire entre le grade d'assistant chef de clinique, auquel on accède dès la fin de l'internat, et celui de maître de conférences auquel on ne parvient souvent que dix ou douze ans plus tard entraîne une période d'incertitude que sa longueur rend intolérable et après laquelle une reconversion nécessaire vers le secteur privé de ceux qui n'ont pas été nommés maître de conférence devient matériellement difficile et moralement pénible.

    Les us et coutumes propres à ce personnel.../ La commission déplore les habitudes qui ont plus de force que les textes légaux et qui détournent souvent de leur application prévue par le législateur, les règlements en vigueur. Elle relève à ce propos les promotions insuffisantes basées sur la valeur, l'absence de mobilité, l'excessif développement de particularismes locaux et des attitudes corporatives entraînant la trop fréquente méconnaissance des problèmes d'intérêt général. On peut ainsi relever de nombreuses entorses à l'application des textes légaux en vigueur, entorses qui ont pour effet d'augmenter 'le malaise des âmes' perceptible actuellement dans le milieu hospitalo-universitaire. Ainsi, depuis 1958, la réforme hospitalo-universitaire a mis en place le cadre réglementaire devant permettre la mobilité et les échanges inter Facultés : ces textes sont restés pratiquement lettre morte. Il arrive actuellement que des bi appartenant temps plein, affectés à un CHU, exercent leurs activités dans un autre établissement ou se prêtent des activités les détournant de leur plein temps universitaire. La commission n'ignore pas que dix ans après la mise en route de la réforme hospitalo-universitaire 18 % seulement des services hospitaliers des CHU ont été pleinement équipés pour le plein temps hospitalo-universitaire. Elle déplore que cet argument soit trop souvent utilisé à des fins personnelles par des membres du corps hospitalo-universitaire qui, tout en ayant accepté le statut, à plein temps, ne continuent pas moins l'exercice de leur clientèle privée en dehors du milieu hospitalier. La commission attire l'attention des pouvoirs publics sur la nécessité de rendre effective une réforme quelle qu'elle soit en moins de 5 ans si on ne veut pas la voir périmée avant même que d'être appliquée. Elle souligne l'intérêt à ce que les mesures dites transitoires soient appliquées dans un laps de temps limité. Un des malaises les plus graves qui pèse actuellement sur la carrière hospitalo-universitaire vient de ce que le statut ait prévu dans les mesures transitoires de la réforme hospitalière universitaire de 1958 des intégrations dites différées non limitées dans le temps. Au rythme actuellement suivi, la réforme de 1959 n'aura sa pleine application que 50 ans après sa mise en route. L'accélération des temps modernes interdit d'envisager une application établie sur un si grand nombre d'années

    Solutions envisagées

    Les carrières hospitalo-universitaires et les carrières de recherche sont parallèles, bien que les deux types de fonctions demeurent distinctes, les passages de l'une à l'autre sont possibles au niveau de chaque promotion.../ L'entrée dans la carrière se fait par trois voies. Les cliniciens pénètrent dans la carrière par l'internat clinique qui est confondu avec les certificats d'études spéciales (CES). Pendant cet internat, les internes peuvent préparer des certificats de biologie humaine et leurs équivalents. Deux certificats plus un CES donnent droit avec la thèse de doctorat en médecine au titre de maître en biologie au titre de maître en biologie humaine.../ À la fin de l'internat, après obtention du CES et de la maîtrise en biologie humaine, l'interne peut devenir sur nomination locale et sur poste disponible, attaché d'enseignement et d'hôpital. Il peut poursuivre la préparation du doctorat en biologie humaine tout en participant à l'enseignement et à l'activité hospitalière. Il reste attaché au minimum deux ans, ce qui peut lui permettre d'achever sa thèse tout en terminant à un niveau élevé l'acquisition des connaissances liées à sa spécialité. Les internes de quatrième année peuvent passer un an dans un hôpital de deuxième catégorie sous la direction et la responsabilité du personnel de cet hôpital.../ Les fondamentalistes pénètrent dans la carrière par l'internat en biologique qui est confondu avec les CES et qui dure deux ans. L'interne peut préparer des certificats de biologie humaine. À la fin de l'internat, après obtention du CES et de la maîtrise en biologie humaine, l'interne peut devenir sur nomination locale et sur poste disponible attaché d'enseignement et d'hôpital et ceci pour une durée de quatre ans.../ Les internes en clinique peuvent passer une année de leur internat comme internes en biologie. L'internat aussi bien clinique que biologique peut compter dans le stage de préparation du DERBH s'il permet le travail de recherche nécessaire à l'obtention de ce diplôme.../ Des attachés d'enseignement mono appartenant plein temps (i.e. non patentés et effectuant un service de 40 heures par semaine) devraient pouvoir êtres affectés à l'UER par nomination locale après obtention de la maîtrise en biologie humaine, ils peuvent ne pas être docteurs en médecine. Ils devront poursuivre des travaux de recherche. 
    La situation du chercheur à plein temps peut constituer une autre voie pour pénétrer dans la carrière hospitalo-universitaire, les chercheurs à temps plein sont recrutés par les instances nationales de la recherche, notamment l'INSERM et le CNRS. Ils peuvent après leur stage de recherche postuler à une fonction d'attaché de recherche ou d'attaché d'enseignement d'hôpital ou d'attaché d'enseignement.
    Thèse en biologie humaine : ...les titulaires de la thèse peuvent postuler à l'inscription sur la liste d'aptitude aux fonctions de chargé d'enseignement assistant des hôpitaux ou de chargé de recherche. 
    Chargés d'enseignement assistants des hôpitaux et chargés de recherches : l'inscription sur la liste d'aptitude permet de postuler un poste de chargé d'enseignement assistant des hôpitaux disponibles dans un CHU ou à un poste de chargé de recherche disponible dans une unité de recherche.../ Nomination aux maîtrises : La nomination au grade de maître de conférence-médecin-chirurgien-spécialiste biologiste des hôpitaux est faite par les ministres sur proposition de la commission mixte UER-CHR. Celle des maîtres de recherche est faite sur proposition des instances nationales de la recherche. Les postulants à une poste doivent présenter leur programme de recherche et les besoins en équipement et en crédits de fonctionnement.../ Tout maître peut postuler à un poste de professeur ou/et de directeur de service hospitalier ou de directeur de recherche : la nomination est également faite par les ministres sur proposition de la commission mixte UER-CHR et du comité consultatif des universités pour les postes hospitalo-universitaires et par les instances nationales de la recherche pour les postes de directeur de recherche. Les chaires sont remplacées par des départements d'enseignement : les membres du département à partir du grade d'attaché élisent leur président pour cinq ans, il est renouvelable. Il est souhaitable que la retraite soit avancée à 65 ans, cette mesure pouvant être progressive, elle pourrait être avancée d'une année chaque année jusqu'à 65 ans. La commission insiste vivement sur la nécessité de mettre fin à toute prolongation de dérogation.

    22 janvier 1970 - MEN à Min. Santé et Affaire sociales

    La loi du 12 novembre 1968 déroge au principe de la doubles fonction hospitalière et universitaire en ouvrant l’accès des unités d’enseignement et de recherche médicale  à des personnels relevant de disciplines scientifiques autres que médicales proprement dites..../ La mesure trouvait sa justification dans l’évolution de la médecine depuis une dizaine d’années qui conduit à introduire dans les études médicales des enseignements à caractère purement scientifique tels que certaines branches de la physique, de la chimie et des mathématiques... Cette mesure avait un caractère volontairement très limitatif et concernait uniquement la physique, la chimie et les mathématiques à l’exception de la biophysique et de la biochimie afin de ne pas porter atteinte au principe de la double fonction hospitalière et universitaire à plein temps des personnels purement médicaux recrutés au titre des disciplines médicales.