Roussy

Voir aussi des extraits du dossier Roussy à l'Académie des Sciences  (E. Picard)

Médecin progressiste, Gustave Roussy (1874 - 1948) est le fondateur de l'Institut du cancer de Villejuif avant de devenir recteur d'une Université de Paris qu'il a tenté de réformer, proche des milieux politiques de gauche, lié à Léon Blum, est une figure emblématique de la France de la Troisième République. Né à Vevey (Suisse), issu d'une famille propriétaire de la firme Nestlé, Gustave Roussy a commencé ses études de médecine à la Faculté de Genève pour les terminer en 1906 comme interne des hôpitaux de Paris. Formé à l'école française de la clinique, mais intéressé par l'étude du système nerveux et des glandes endocrines, il ne conçoit pas l'anatomopathologie comme une science uniquement descriptive, mais comme une approche dynamique de la biologie. C'est dans cet esprit qu'en 1913, il s'installe à l'Hospice Paul Brousse de Villejuif pour se consacrer à la recherche sur le cancer, une maladie jusqu'alors négligée par le monde hospitalier. Au lendemain de la Grande Guerre, il s'attache à l'étude expérimentale de la maladie, d'abord son étiologie puis le mode de défense de l'organisme qu'elle atteint. Il étudie diverses substances cancérigènes puis le problème des métastases ce dont il conclut que le cancer doit être considéré comme une perturbation de la vie cellulaire. Il se préoccupe également de prophylaxie et il participe à l'organisation des centres régionaux de lutte anti-cancéreuse créés par le ministre Paul Strauss. Bientôt, son service de l'hôpital Paul Brousse est transformé en un 'Institut de recherche sur le traitement du cancer' qui sera inauguré par le président de la République en 1934. Grâce au soutien de la municipalité communiste de Villejuif, mais aussi de la fondation Rockefeller et du Gouvernement français, cet établissement à double fonction hospitalière et scientifique abrite à coté de laboratoires d'anatomie pathologique, de chimie biologique, de chimie physique et de médecine expérimentale, un appareil de radiothérapie ultra pénétrante de 600 kilovolts. C'est ainsi que dès les années 1930 à l'hôpital Paul Brousse, Roussy introduit l'une des premières pratiques de plein-temps hospitalier en France, premier pas d'une démarche qui va faire de l'hôpital une moderne une «usine à guérir» selon l'expression de P. Pinell 'Naissance d'un fléau, Histoire de la lutte contre le cancer en France, 1890-1940', Paris, Métaillé, 1992), ce qui aboutit paradoxalement à faire d'une institution fondée dans un but caritatif la seule à posséder les installations techniques requises par la médecine moderne. Nommé doyen de la Faculté de médecine en 1933, Gustave Roussy a également tenté de moderniser l'enseignement médical. Avec André Mayer, le titulaire de la chaire de médecine expérimentale au Collège de France, il entreprend d'introduire les sciences biologiques dans le cursus, transformant le certificat de 'PCN' (physique, chimie, sciences naturelles) en 'PCB' (pour 'biologie'). "Il faut, dit-il, retenir en priorité les sciences qui ont réellement une valeur éducative pour cette année d'initiation (aux études médicales)". De même, il propose de  rationaliser le concours de l'agrégation destiné à former les professeurs en ramenant le nombre de spécialités médicales de 24 à 15. Mais il s'est heurté au conservatisme de l'Assistance publique et au corporatisme du mandarinat médical et n'a pas réussi à faire aboutir le projet soutenu par la fondation Rockefeller d'intégrer les hôpitaux parisiens et la Faculté de médecine au sein d'une même entité. Cependant, proche du Front populaire et de ses dirigeants, il est nommé à la tête de la section de médecine expérimentale du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ainsi que recteur de l'Université de Paris et, en 1937, il pose la première pierre de la nouvelle Faculté de la rue des Saint Pères. En novembre 1940, après la défaite, à la suite de la manifestation des étudiants parisiens contre les occupants, Roussy est révoqué par le gouvernement de Vichy. Il ne retrouvera ses fonctions de recteur qu'à la Libération. Mis en accusation à la suite d'une obscure affaire de fraude fiscale dénoncée par le président du conseil, le MRP Robert Schuman, le 30 septembre 1948 Gustave Roussy a mis fin à ses jours. Réhabilité post mortem, le gouvernement décide de l'honorer en donnant son nom à l'Institut du cancer de Villejuif. 

Ci  dessous un article de L'Illustration à l'occasion de l'inauguration de l'Institut du cancer de Villejuif (22 mars 1930)