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Bernard Halpern (1904 - 1978)

Voir aussi le rapport d'activité du 'Centre de recherches sur l'allergie' (ACB 1955 - 1965)

Bernard Halpern est né en 1904 à Tarnos-Ruda, en Ukraine, dans une famille juive de huit enfants. Il apprend, dans sa famille, le polonais, le russe, le yiddish et l'hébreu. Un prêtre de l'église uniate enseigne, en cachette, à cet élève surdoué le latin, l'allemand, le français et les mathématiques. En 1915, il est déporté avec sa famille en Sibérie dans un camp de travaux forcés. Libérée par les bolchéviques, la famille Halpern rentre en Ukraine en 1917. En 1920, lors d'un pogrom, leur village est alors dévasté par une bande de cosaques auxquels Bernard Halpern parvient à échapper. Il monte dans un train de prisonniers allemands qui rentrent chez eux et rejoint seul, à 16 ans, la Pologne où il s'installe sans papiers ni argent. Il achève ses études secondaires, vivant de leçons données à ses petits camarades. Après son baccalauréat, il obtient un visa pour la France. Il s'installe d'abord à Nancy, en 1925, où il s'inscrit à la faculté de médecine. En 1928, il vient poursuivre ses études à Paris.

En 1929, il est externe des hôpitaux et travaille en parallèle dans le laboratoire de biologie expérimentale du professeur Jean Gautrelet à la faculté de médecine de Paris. Entré comme garçon de laboratoire, il en devient rapidement un des principaux collaborateurs.

En 1932, il obtient un certificat de physiologie générale à la faculté des sciences de Paris et est nommé chargé de cours à l'Ecole pratique des hautes études.

En 1933, il rencontre Jean Hamburger qui est venu suivre le cours de Jean Gautrelet.

En 1936, Bernard Halpern est docteur en médecine (sa thèse porte sur le venin de vipère).

Ne pouvant postuler à une carrière académique au sein de l'université, du fait d'une réglementation qui requiert cinq années de résidence après la naturalisation, il se tourne vers l'industrie et, en 1937, débute sa carrière dans les laboratoires de recherche de la société Rhône-Poulenc comme directeur de recherches en pharmacologie, sous la direction du professeur Marcel Delépine. Ses travaux le conduisent à étudier le rôle des médicaments anti-histaminiques dans le traitement de diverses formes d'allergie. C'est l'époque des débuts de la pharmacologie et de l'industrie pharmaceutique, quelque temps après que la chimie allemande ait, en 1932, synthétisé les premiers médicaments, les sulfamides. C'est une époque où la pharmacologie française est au plus haut, avec, notamment, les découvertes des anti-histaminiques par Daniel Bovet, alors à l'Institut Pasteur à Paris. Dans cette période bouillonnante, au début de l'ère thérapeutique, Bernard Halpern est un acteur majeur qui contribue largement aux succès de la société Rhône-Poulenc et à la place de la France dans cette compétition en voie d'émergence.

En 1940, Bernard Halpern doit quitter Paris et se réfugier en zone sud où il exerce la médecine générale dans un village de l'Ardèche jusqu'à ce que la législation de Vichy le lui interdise.

En 1942, il trouve à nouveau refuge dans les laboratoires de Rhône-Poulenc nouvellement installés à Lyon, en zone libre. Dans ces circonstances pourtant tragiques, il démontre l'utilité anti-allergique de l'Antergan®, premier anti-histaminique utilisé en clinique humaine. Cette découverte attire l'attention des autorités allemandes, car ces substances permettent également de prolonger la durée de vie des poches de transfusion sanguine. Bernard Halpern parvient cependant à leur échapper en se réfugiant en Suisse avec sa femme et ses enfants.

En 1945, il quitte Rhône-Poulenc et entre au CNRS comme maître de recherche dans le laboratoire de Pasteur-Vallery-Radot à l'hôpital Broussais.

En 1947, il est nommé chef de laboratoire à la faculté de médecine de Paris.

En 1948, il est directeur de recherche au CNRS, puis directeur d'études à l'École pratique des hautes études.

En 1955, il est directeur du centre de recherches allergiques et immunologiques de l'Association Claude Bernard/Institut national d'hygiène (INH) à l'hôpital Broussais. L'INH devient l'Inserm en 1964 et Bernard Halpern en dirigera l'unité de recherche 20 (1964-1965). L'intitulé de cette unité devient « Recherches en immunobiologie » en 1966 et il la dirigera jusqu'en 1976.

En 1959, il est nommé directeur à l'Ecole pratique des hautes études.

En 1961, Bernard Halpern est élu à la chaire de médecine expérimentale au Collège de France, occupée précédemment par François Magendie, Claude Bernard, Charles Nicolle et René Leriche.

Bernard Halpern est décédé le 23 septembre 1978 à Paris.

Instances scientifiques et de gestion de la recherche

Membre de la commission de médecine du CNRS (1959), membre du secrétariat général de la recherche scientifique et technique à la Délégation générale à la recherche scientifique et technique (DGRST).
Membre des commissions scientifiques spécialisées de l'Inserm « Génétique, immunologie et pathologie moléculaire » (1964-1967) et « Génétique, immunologie et pathologie moléculaire » (1968-1974), membre du conseil scientifique de l'Inserm (1964-1968).

Sociétés savantes – Académies

Membre de l'Académie de médecine et de l'Académie des sciences – Institut de France (1964).

Distinction - Prix

Médaille d'argent (1936), Prix Louis (1945) et Prix Jansen (1946) de l'Académie de médecine.
Prix Montyon de physiologie (1945), Prix Roy Vaucouloux (1956) de l'Académie des sciences – Institut de France.
Médaille d'argent du CNRS (1956), médaille d'or du CNRS (1971).8br /Officier dans l'Ordre national du mérite, commandeur de la Légion d'honneur.

Hommages à Bernard Halpern

Tous les deux ans, un symposium d'immunologie Bernard Halpern rend hommage à cette immense personnalité. (site du Collège de France, symposium 2004, 2008)
Le prix Bernard Halpern, créé par Renée Halpern, son épouse, a été décerné annuellement entre 1979 et 2000.
Un timbre-poste à l'effigie de Bernard Halpern a été frappé en 1987, qui fait partie d'une série sur les savants français.
Une place à Paris, dans le 5ème arrondissement, porte son nom, ainsi qu'une avenue à Créteil, sans compter une rue au Mesnil-Théribus (60) où est située la maison de campagne à laquelle il était très attachée.

Oeuvre scientifique

Dès 1934-1935, en étudiant les venins de serpents, Bernard Halpern s'intéresse aux médiateurs chimiques endogènes. Il suggère que le venin de vipère agit par libération de l'histamine endogène. Ainsi, dès 1935, Halpern avait pressenti que certains processus pathologiques relevaient d'un mécanisme indirect impliquant la mise en liberté de substances toxiques contenues normalement dans les cellules. Par des manipulations in vitro, il étudiera, plus tard le mécanisme de l'anaphylaxie (phénomène d'hypersensibilité),
Dans les laboratoires de Rhône-Poulenc, Bernard Halpern s'est essentiellement consacré à l'étude des applications thérapeutiques des antihistaminiques. En 1937, Bovet et son assistant Staub, travaillant à l'Institut Pasteur, rapportaient l'action de dérivés de la diéthylamine, préalablement synthétisés par Fourneau, qui s'opposaient à certaines actions de l'histamine. En raison de leurs très mauvaise tolérance à faible dose, tant chez l'homme que chez l'animal, les recherches avaient alors abandonnées. En 1942, Rhône-Poulenc développe l'Antergan®, dont Bernard Halpern étudie, notamment sur le plan clinique, les propriétés anti-histaminiques et anti-anaphylactiques. En 1945-1946, Bernard Halpern décrit les propriétés physiologiques et les effets thérapeutiques des dérivés de la phénothiazine et, en particulier, ceux du Phénergan®. Par ailleurs, il montre que ces substances ont une action sédative sur le système nerveux central en relation avec leur action adrénolytique et antihistaminique centrale.
Dans le laboratoire de Pasteur-Vallery-Radot, Bernard Halpern travaille sur l'anaphylaxie et les problèmes d'hypersensibilité, ce qui le conduit à étudier des mécanismes généraux de l'immunité. Il montre ainsi que les phénomènes immunitaires et les phénomènes d'hypersensibilité relèvent du même mécanisme fondamental : « Dans un premier stade, il y a reconnaissance, par certaines cellules spécialisées, de la nature hétérologue de la substance ou de la cellule (greffe). Cette information est transmise à d'autres populations cellulaires qui réagissent par l'élaboration de globulines spéciales appelées anticorps ».
En 1950, Bernard Halpern fait des recherches expérimentales sur l'équilibre hydrique avec Jean Hamburger.
Son activité clinique et ses travaux de recherche se déroulent alors à l'hôpital Broussais où il accueille dans son service de clinique des maladies allergiques des élèves du monde entier et diversifie ses travaux de recherche. Parmi ses proches collaborateurs, on peut mentionner Alain Zweibaum, Guido Biozzi, Claude Stiffel et Baruj Benacerraf, futur prix Nobel, qui retournera aux États-Unis après avoir passé huit ans chez Bernard Halpern.
Entre 1951 et 1959, avec ces derniers, Bernard Halpern travaille sur le système réticulo-endothélial. Ce système a comme activité essentielle la phagocytose qui contribue à la lutte de l'organisme contre l'invasion microbienne, mais qui contribue également à débarrasser l'organisme des déchets cellulaires. Bernard Halpern tente de mieux comprendre ce phénomène, de façon expérimentale, afin de connaître les lois qui le régissent ainsi que ses réactions et ses responsabilités dans certaines maladies.
Le rôle de l'histamine dans les réactions d'hypersensibilité a été le fondement de ses recherches au cours des années 1950-1965.
Bernard Halpern remet en cause les théories de Franck Burnet, co-lauréat du prix Medawar pour le prix Nobel, selon lesquelles la définition individuelle de tolérance immunitaire (reconnaissance du soi et rejet du non-soi) est due au fait que les populations cellulaires compétentes, capables d'induire la formation d'anticorps contre les éléments propres de l'organisme, s'éteignent au moment de la naissance, en ne laissant que des clones cellulaires qui sont capables de reconnaître les éléments antigéniques.
De 1960 à 1976, une des lignes de recherche les plus importantes de Bernard Halpern concerne le sérum antilymphocytaire, destiné à pallier le problème de rejet des greffes.
En 1964, il découvre la tendance des cellules cancéreuses à s'agglomérer en tumeur dans un organisme en mouvement.
Timbre-poste à l'effigie de Bernard Halpern (1987)
Les travaux de Bernard Halpern et de ses collaborateurs ont fait l'objet d'environ 300 publications dont plusieurs dans des revues scientifiques internationales prestigieuses.

Sélection des principales publications

- Halpern BN, Wood DR. The action of promethazine (phenergan) in protecting mice against death due to histamine. Br J Pharmacol Chemother 5: 510-6, 1950.
- Halpern BN, Bourdon G. Comparison of the efficacy of phenergan and of neoantergan in the protection of the adrenalectomized mouse against histamine intoxication. C R Seances Soc Biol Fil 145: 1005-8, 1951.
- Halpern BN, Benacerraf B, Briot M. The roles of cortisone, desoxycorticosterone, and adrenaline in protecting adrenalectomized animals against heemorrhagic, traumatic, and histaminic shock. Br J Pharmacol Chemother 7: 287-97, 1952.
- Halpern BN, Briot M. Effect of adrenal cortex hormones on the metabolism of endogenous histamine. Rev Fr Etud Clin Biol 1: 151-63, 1956.
- Halpern BN, Biozzi G, Benacerraf B, Stiffel C. Phagocytosis of foreign red blood cells by the reticulo-endothelial system. Am J Physiol 189: 520-6, 1957.
- Halpern BN, Biozzi G, Nicol T, Bilbey Dl. Effect of experimental biliary obstruction on the phagocytic activity of the reticulo-endothelial system. Nature 180: 503-4, 1957.
- Halpern BN. Histamine and processes of histamine liberation. N Y State J Med 58: 2554-61, 1958.
- Halpern BN, Binaghi R. Selective permeability of living tissues to carbonic acid. Nature 183: 1397-8, 1959.
Binaghi R, Liacopoulos-Briot M, Halpern BN, Liacopoulos P. Influence of the ionic strength of the medium on the anaphylactic sensitization of isolated tissues in vitro. Nature 187: 697-8, 1960.
- Halpern BN, Stiffel C, Dedichen J. Influence of a liver fraction on the phagocytic activity of the reticulo-endothelial system in mice. Nature 190: 279, 1961.
- Halpern BN, Frick Ol. Protection against fatal anaphylactic shock with gamma-globulins in guinea pigs and mice. J Immunol 88: 683-9, 1962.
- Liacopoulos P, Halpern BN, Perramant F. Unresponsiveness to unrelated antigens induced by paralysing doses of bovine serum albumin. Nature 195: 1112-3, 1962.
- Neveu T, Halpern BN, Liacopoulos P, Biozzi G, Branellec A. Repression of delayed hypersensitivity to conjugated serum albumin during immune paralysis induced in guinea pig by heterologous proteins. Nature 197: 1023-4, 1963.
- Halpern BN, Drudi-Baracco C, Bessirard D. Exaltation of toxicity of sympathomimetic amines by thyroxine. Nature 204: 387-8, 1964.
- Halpern BN, Morard JC, Juster M, Robert L, Abadie A, Coudert A. Experimental collagen-like disease induced by repeated injections of papain, with evidence of autoimmune antibodies. Ann N Y Acad Sci 124: 395-411, 1965.
- Halpern BN, Biozzi G, Stiffel C, Mouton D. Inhibition of tumour growth by administration of killed corynebacterium parvum. Nature 212: 853-4, 1966.
- Halpern BN, Storb U, Fray A. Delayed hypersensitivity in vitro. Nature 215: 400-1, 1967.
- Goldstein I, Rebeyrotte P, Parlebas J, Halpern B. Isolation from heart valves of glycopeptides which share immunological properties with Streptococcus haemolyticus group A polysaccharides. Nature 219: 866-8, 1968.
- Halpern BN, Cachera JP, Crepin Y, Mojovic M, Lacombe M, Bui-Mong-Hung, de Mendoça M. Cardiac allograft permanent tolerance in dogs treated by sheep antilymphocyte gammaglobulins. C R Acad Sci Hebd Seances Acad Sci D 269: 2274-9, 1969.
- Halpern BN, Israel L. Study of the action of an immunostimulin associated with anaerobic Corynebacteria in human and experimental neoplasms. C R Acad Sci Hebd Seances Acad Sci D 273: 2186-90, 1971.
- Halpern BN, Fray A, Crepin Y, Platica O, Sparros L, Lorinet AM, Rabourdin A. Inhibitory action of Corynebacterium parvum on the development of malignant syngenic tumors, and its mechanism. C R Acad Sci Hebd Seances Acad Sci D 276: 1911-5, 1973.
- Likhite VV, Halpern BN. The delayed rejection of tumors formed from the administration of tumor cells mixed with killed Corynebacterium parvum. Int J Cancer 12: 699-704, 1973.
- Likhite VV, Halpern BN. Lasting rejection of mammary adenocarcinoma cell tumors in DBA-2 mice with intratumor injection of killed Corynebacterium parvum. Cancer Res 34: 341-4, 1974.
- Tapiero H, Monier MN, Shaool D, Harel J, Halpern B. Demonstration of repeated sequences of DNA complementary to polysomic messenger RNA from chicken liver. C R Acad Sci Hebd Seances Acad Sci D 280: 355-8, 1975.
- Puvion F, Fray A, Halpern B. A cytochemical study of the in vitro interaction between normal and activated mouse peritoneal macrophages and tumor cells. J Ultrastruct Res 54: 5-108, 1976.
- Halpern BN, Gauthier-Rahman S, Besluau D. Effect of Corynebacterium parvum on the immune response in guinea pigs. I. Mode of enhancement of the anamnestic response and development of delayted hypersensitivity after treatment with Corynebacterium parvum. C R Seances Soc Biol Fil 171: 1202-8, 1977.
- Halpern BN, Gauthier-Rahman S, Besluau D. Effect of Corynebacterium parvum on the immune response in guinea pigs. II. Passive transfer of enhanced anamnestic response and delayed hypersensitivity observed after treatment with Corynebacterium parvum. C R Seances Soc Biol Fil 171: 1209-16, 1977.
- Halpern B. Immunotherapy of cancer with corynebacterium parvum. Ann Allergy 40:155-7, 1978.
- Eliopoulos G, Andre S, Anagnou NP, Matsis C, Halpern B. Effect of Corynebacterium parvum on hemopoietic stem-cell kinetics. Int J Cancer 23: 114-8, 1979.

Ouvrage

- Halpern B. L'allergie. PUF, collection Que sais-je, Paris, 1965.