Biographie de Constant Burg 

Voir aussi deux interviews du pr. C. Burg  in Concours médical (15.10.1974) & Science et Avenir (2.1.1975)

Né à Aumetz (Moselle) le 28 juin 1924, le Professeur Constant,Burg est fils de médecin. A la défaite, en 1940, il habite avec sa famille en Lorraine annexée. En novembre 1942, il est enrôlé de force en Allemagne dans l' Arbeitdienst. A la suite. d'une première tentative d'évasion, il est incorporé dans une compagnie disciplinaire mais il réussit sa seconde tentative réfractaire de l'armée allemande, il gagne la Suisse. Là, il est détenu pendant un an dans un camp de travail dans le cadre des accords germano-hélvétiques. Il obtient ensuite les complicités nécessaires pour revenir en France et gagne alors le maquis de Haute-Savoie où il combat jusque en 1945. Il fait ensuite ses études de médecine à Strasbourg, puis sa spécialité en biophysique médicale auprès du Professeur André Chevallier. Il passe l'agrégation de biophysique médicale en 1955. Il sort major de sa promotion. Il est ensuite affecté à la faculté de médecine de Nancy comme professeur titulaire de biophysique médicale et chef du service de médecine nucléaire. Il y assume également la fonction d'assesseur du doyen de 1958 à 1965.

Nommé Directeur général de l'Inserm en 1969, il réorganise profondément celui-ci, lui apportant la consécration internationale et formant nombre de chercheurs, futurs responsables de la recherche médicale. Nommé au Conseil d'Etat en 1979, il y exprime sa passion pour la recherche comme son sens de la rigueur. Elu à la présidence du Conseil d'administration de l'Institut Curie en 1985, il s'attache d'emblée à plusieurs projets de grande envergure.

Grâce à sa pugnacité et à l'aide des mécènes qui lui font confiance, la construction de nouveaux espaces de soins - c'est ainsi qu'il aime appeler l'hôpital Claudius-Regaud - est une opération couronnée de succès. Cet établissement, ouvert en juin 1991, permet d'adapter les activités médicales de l'Institut à l'évolution de l'environnement hospitalier et sanitaire de cette fin de XXè siècle. C'est dans le même esprit que le Professeur Constant Burg a œuvré pour la création du Centre de protonthérapie d'Orsay (janvier 1992).

Médecin et chercheur, il est un spécialiste incontesté de la cancérologie expérimentale et de la radiobiologie. Fidèle à la tradition initiée par Marie Curie, il s'est toujours battu pour que les malades bénéficient, le plus rapidement possible, des résultats de la recherche fondamentale. En créant à l'Institut Curie le Laboratoire de transfert Garet, il ne vise pas d'autre objectif.

Fort de son expérience de dix ans à l'Inserm, sans cesse préoccupé de la qualité et de la pertinence de la recherche, le Professeur Constant Burg réussit à convaincre le Conseil d'administration qu'il préside, de la nécessité de promouvoir une politique scientifique tenant compte des missions de l'Institut Curie et de l'évolution de la science. L'ouverture d'un des principaux pôles européens de biologie cellulaire dans les locaux réhabilités de l'ancien hôpital est, tout comme le développement d'axes innovants en physique-chimie, un exemple de cette volonté.

Toute sa vie durant, cet homme de l'ombre a participé à de nombreuses missions au service de la Nation : Conseiller d'Etat pendant plus de dix ans, il a contribué, au sein des plus hautes instances nationales, à l'élaboration de la politique de santé de notre pays. Mais, ce «grand commis» de l'Etat, qui s'est toujours mis au service des autres, a avant tout été un homme de cœur. Beaucoup se souviendront de son émotion lors de l'inauguration, le 7 mars 1990, de la Maison des parents Irène-Joliot-Curie et de son allocution le 15 janvier dernier devant l'Association «Courir pour la Vie, Courir pour Curie».

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Le bilan de dix ans de recherche médicale Une interview de Constant Burg, directeur général de l'Inserm, France Soir, le 14 janvier 1975

Double célébration, dimanche, sous la présidence de Mme Simone Veil, ministre de la Santé : on a fêté à la fois le Xème anniversaire de la création de l'Inserm et l'inauguration du nouveau siège de cet organisme.
Dans les jours qui suivent, jusqu'au 22 janvier, au cours de conférences débats, animées chacune par une demi-douzaine de chefs de file, on fera le point sur «Dix ans de recherche à l'Inserm», en six domaines : cancérologie, néphrologie, hépato-gastro-entérologie, neurologie, endocrinologie, biologie du développement.
A cette occasion, le directeur général de l'Inserm, le professeur Constant Burg, lui même médecin, biophysicien et chercheur a accordé à Madeleine Franck une interview exclusive.

Madeleine Franck - Qu'attendez vous de ces manifestations qui vont marquer le Xème anniversaire de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dont vous êtes directeur depuis cinq ans ?
Contant Burg - Que le public apprenne – et cela grâce à vous les journalistes - si son argent a été bien employé ou non pour les progrès de la médecine. Car c'est une partie de l'argent des contribuables (280 millions pour l'année 1975) que l'Inserm répartit entre ses 129 unités ou groupes de recherches, répartis entre un millier de chercheurs qui lui sont rattachés directement et beaucoup d'autres aussi qui dépendent d'autres structures - l'université, le CNRS, l'Institut Pasteur. Je me considère comme le représentant du public. Si je mets quatre sous quelque part, je veux avoir l'intérêt de mes quatre sous.
A vous d'apprécier, cette semaine et la semaine prochaine, si, dans les domaines pour lesquels nous avons choisi de mettre le bilan sur table, les chercheurs que nous finançons ont apporté du concret. Ont apporté ce qui aidera dans l'avenir à mieux vivre, à vivre plus longtemps.

M.F. - Vous exigez donc du rendement ?
C.B. - Et comment ! Avec une sévérité dont vous n'avez aucune idée.

M.F. - Mais on peut chercher des années sans aboutir ?
C.B. – Cela, c'est un mythe. Chez nous, un échec est aussi une découverte, dans la mesure ou l'échec est celui d'un chercheur digne de ce nom - et nous n'acceptons que ceux-là - c'est à dire d'un individu qui a un cerveau bien structuré, des idées et une méthodologie correctes. Nous récusons celui qui a des idées tordues, celui qui dit « je suis un génie, mais je ne trouve pas, ni dans un sens ni dans l'autre». Celui là est un parasite.

M.F. - Comment jugez vous la valeur des travaux d'un chercheur ?
C.B. - Depuis quatre ans, par un critère scientifique d'une rigueur extrême : par la publication des résultats de ces travaux dans un certain nombre de revues de qualité internationale. Des revues dont on sait qu'elles n'acceptent que des articles originaux, qui ont l'instrument administratif pour vérifier que ce qu'elles publient est original.


M.F. - Surtout des revues anglo-saxonnes, je crois ?
C.B. - Il commence à y avoir des revues de cette qualité en France. Il y en aura de plus en plus.

M.F. - D'après ces critères, quelle est la proportion des travaux valables faits sous l'égide de l'Inserm ?
C.B. – Etonnante. Une productivité inespérée. Tenez, voici le bilan pour 1975 des recherches «physiologie et pathologie endocriniennes», supervisées par notre commission scientifique n°7 (Constant Burg me tend un ouvrage de 530 pages où presque tout est écrit en anglais). Içi succès à 100%. Pas un seul des chercheurs dont les travaux n'y aient été publiés selon notre critère.

M.F. - Comment l'Inserm choisit-il les thèmes de recherche qu'il finance ?
C.B. - Deux impératifs. Le premier est de nature scientifique. Par exemple, ces dernières années est apparue l'importance essentielle des recherches en immunologie, parce qu'en dépendront, pour l'avenir, des progrès dans des domaines nombreux : en cancérologie, neurologie, gastroentérologie…
Deuxième impératif : celui que nous impose la collectivité. Par exemple, ces fléaux de notre société, tels les accidents de la grossesse, de la naissance, les enfants qui viennent au monde handicapés. C'est un cauchemar. Les chiffres sont impressionnants.
Guérir davantage, prévenir plus de maladies, c'est cela qui est en vue. Quand, dans un laboratoire, un chercheur comme Jean Rosa, à Créteil, trouve une anomalie nouvelle de l'hémoglobine. Quand à Lyon, Michel Jouvet met en évidence que certains médicaments agissent d'une façon différente suivant le moment plus ou moins proche du sommeil où ils sont administrés…

M.F. – S'il y a des domaines privilégiés, il y en a donc de sacrifiés ?
C.B. – Jusqu'ici, oui. N'oubliez pas, nous n'avons que dix ans. On s'est d'abord attaqué aux secteurs entraînant la plus forte mortalité. Maintenant, il faudrait aller plus loin. Les dents par exemple : aucun programme là-dessus. Important, pourtant, les dents ! On va souvent chez le dentiste, cela coûte cher… Rien, non plus, ou presque sur l'œil, l'oreille, les maladies de la peau. Insuffisantes également les recherches sur les troubles mentaux, les troubles du comportement. Or, en ce domaine, comme pour la périnatalité, la situation est alarmante. Il est grand temps de se consacrer davantage à la psychiatrie.
Quand, dans cette maison, on décide d'attaquer un secteur, c'est un bulldozer qui se met en marche. Encore faut-il que l'on nous en donne les moyens.

M. F. – «On» c'est l'Etat ?
C.B. – Oui. Et, ces dernières années, l'augmentation annuelle des crédits à la recherche biomédicale couvre tout juste la dévaluation de la monnaie. Donc, stagnation en francs constants… Le temps est passé où l'Inserm pouvait créer 130 postes nouveaux de chercheurs par an. Cette année : une quarantaine seulement.

M. F. – J'ai entendu des plaintes de la part de certains chercheurs…
C.B. – Bien sûr. Mais, croyez-moi, pour ce Xème anniversaire, mieux vaut mettre l'accent sur les progrès considérables réalisés que sur certaines survivances de la sclérose du passé. Chacun est traité en responsable, indépendant, adulte.

M. F. – Est-ce que beaucoup de chercheurs bougent ainsi ?
C.B. – De plus en plus. Le plus important, néanmoins, n'est pas d'user d'une liberté, mais de savoir que l'on en dispose.

M. F. – Je crois que les chercheurs voyagent plus qu'avant à l'étranger ?
C.B. – Indispensables, obligatoires, ces voyages. Aujourd'hui, un chercheur qui ne voit pas ce qui se passe ailleurs est perdu. Sur la somme annuelle qui est attribuée à un chercheur pour un programme, 3 000 francs sont expressément réservés à un ou deux voyages à l'étranger. Connaître les programmes des autres dès leur lancement, ne pas attendre des mois ou des années la publication des résultats obtenus par les autres équipes, c'est – avec notre système de sélection d'hommes et de femmes de très haute qualité – un des secrets de la remontée de la recherche biomédicale française.

Madeleine Franck

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