Source : http://infodoc.inserm.fr/histoire

Philippe Lazar est né le 21 avril 1936 à Paris.
Conseiller-maître en service extraordinaire à la Cour des comptes
Ancien élève de l'Ecole polytechnique (1956)

Parcours professionnel de recherche et d'enseignement supérieur : chargé de recherche à l'Institut national d'hygiène (INH) (1960-1963), directeur de recherche à l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) (1964-2001), professeur à l'Institut de statistique des universités de Paris (1964-1981), professeur invité à l'Ecole de santé publique de l'Université de Harvard (Boston, Etats-Unis) (1975), directeur de l'unité Inserm de recherches épidémiologiques et statistiques sur l'environnement et la santé (1977-1982)

Fonctions dans l'administration de la recherche française : président de la Commission de recherche en santé puis du Conseil scientifique de l'Inserm (1975-1982), rapporteur général du colloque national "Recherche et technologie" (1981-1982), directeur général de l'Inserm (1982-1996), président du Conseil d'administration de l'Institut de recherche pour le développement (IRD, ex-ORSTOM) (1997-2001)

Autres fonctions : président du Conseil supérieur de sûreté et d'information nucléaires (depuis 1998), président du Comité de gestion de la recherche médicale et en santé de l'Union européenne (1987-1991), président de l'European Medical Research Council (EMRC) (1994-1996), mmbre du Conseil d'administration de l'Agence universitaire de la francophonie (1998-2001), membre du Conseil de fondation de la Fondation Louis-Jeantet de médecine(depuis 1997)(Suisse)

Décorations : Commandeur de l'ordre national du mérite (1999), officier de la Légion d'honneur (1994), chevalier des arts et des lettres (1994)

Publications scientifiques les plus représentatives
Anthropologie
- Philippe Lazar. La naissance prématurée, un lien entre la station debout et le volume crânien ? L'Anthropologie, Paris, 90, 3 : 439-445, 1986.

Avortements spontanés
- André Boué, Joelle Boué, Philippe Lazar et al. Outcome of Pregnancies Following a Spontaneous Abortion with Chromosomal Anomalies. Am J Obstet Gynecol, 116, 6: 806-812, 1973.
- Philippe Lazar. Effets des avortements spontanés sur la fréquence des naissances gémellaires. C R Acad Sci (Paris), 282 : 243-246, 1976.
- André Boué, Joelle Boué, Philippe Lazar et al. Retrospective and Prospective Epidemiological Studies of 1500 Karyotyped Spontaneous Human Abortions. Teratology, 12: 11-26, 1995.

Carcinogenèse chimique
Philippe Lazar, Ivan Chouroulinkov et al. Benzo(a)pyrene content and Carcinogenicity of Cigarette Smoke Condensate- Results of Short-Term and Long-Term Tests. J Nat Cancer Inst, 37: 573-579, 1966.

Gémellité
- Denis Hémon, Colette Berger, Philippe Lazar. Some Observations Concerning the Decline of Dizygotic Twinning Rate in France Between 1901 and 1968. Twin Research, 3 : 49-56, Alan R. Liss Inc. NY, NY, 1981.
- Philippe Lazar. Maturation folliculaire, conceptions gémellaires dizygotes et âge maternel. C. R Acad. Sci (Paris), 319: 1139-1144, 1996.

Prématurité
- Nicole Mamelle et Philippe Lazar. Etude allométrique de la croissance relative de la tête et du corps chez le fœtus et le nouveau-né. J Gynecol Obstet Biol Reprod, 8 : 703-709, 1979.
- Philippe Lazar et al. Comparison of two Successive Policies of Cervical Cerclage for the Prevention of Pre-Term Birth. Eur J. Obstet Gynecol Reprod Biol, 9/5: 307-312, 1979.
- Philippe Lazar et al. Multicentered Controlled Trial of Cervical Cerclage in Women at Moderate Risk for Preterm Delivery. Br J Obstet Gynaecol, 91:731-735, 1984.

Quatre ouvrages de méthodologie statistique, Editions Flammarion médecine-sciences.
Autres ouvrages : Les explorateurs de la santé, voyage au centre de la recherche médicale, Odile Jacob, 1989 ; l'éthique biomédicale en question, Liana Lévi, 1996 ; la République a-t-elle besoin de savants ? (avec Michel Dodet et Pierre Papon), Presses Universitaires de France, 1998


Innover sans bouleverser

Philippe Lazar, Directeur Général de l'Inserm
Propos recueillis par Marie-Francoise De Pange, biologiste, journaliste au Quotidien du Médecin .


Marie-Françoise de Pange : Profitant du renouvellement des Commissions scientifiques spécialisées qui a lieu tous les quatre ans, vous avez procédé en 1990 à une réorganisation de ces commissions. Est-ce un principe ?

Philippe Lazar : Tous les quatre ans, en effet, l'Inserm a la possibilité statutaire de remodeler la liste de ses Commissions scientifiques spécialisées. Nous utilisons systématique ment cette liberté, de façon, notamment, à éviter toute tentation de repliement d'un milieu scientifique particulier sur lui même. Si vous voulez, d'une certaine façon, nous rebattons les cartes...

M.-F. P. : Cependant il ne faut pas désorganiser le système...

Ph. L. : Bien sûr, nous devons respecter une certaine continuité si nous voulons que les changements introduits soient acceptables par la communauté scientifique. Ainsi moins du quart des unités de recherche a, en fait, changé de "bloc" de rattachement, même si l'organisation générale des commissions a été modifiée.

M.-F. P. :Je suppose qu'en agissant ainsi vous cherchez à améliorer le fonctionnement de ces instances ?

Ph. L. : Bien entendu. De ce point de vue, il faut d'abord dire que nous devons respecter un certain équilibre quantitatif et qualitatif entre les commissions. je veux dire par là que la charge de travail de chaque commission doit être à peu près identique si l'on ne veut pas mettre certaines d'entre elles en situation difficile de fonctionnement. D'autre part, nous devons nous arranger pour que le niveau moyen de qualité des laboratoires soit comparable d'une co mission à l'autre, faute de quoi nous aurions ultérieurement beaucoup de mal à gérer le système.

L'ENJEU DU RECRUTEMENT

M-F-P : Mais ce que vous venez de dire ne constitue pas une motivation suffisante pour modifier les commissions, c'est une simple condition fonctionnelle que vous devez respecter. Vous avez donc un autre objectif ?

Ph. L. : Tout à fait. L'élément de politique générale que nous avons cherché à optimiser par la nouvelle répartition des commissions, c'est la compétence de ces instances du point de vue du recrutement des chercheurs, que ce soit leur recrutement initial, en général au grade de chargé de recherche, ou leur recrutement en cours de carrière (c'est-à-dire en fait leur promotion) au grade de directeur.

Engager un nouveau chercheur, c'est une décision qui n'est certes pas complètement irréversible : il m'arrive de licencier des chercheurs mais c'est un événement rare et douloureux. Il faut évidemment essayer de se tromper le moins souvent possible. De la même façon, le passage du corps des chargés au corps des directeurs constitue une étape essentielle dans la carrière, qui marque le style dans lequel une institution de recherche reconnaît, fondamentalement, la valeur des chercheurs qu'elle entend promouvoir.

M.-F. P. : Comment faire pour optimiser ces procédures ?

Ph. L. : Nous avons constitué les nouvelles commissions en privilégiant, au sein de chacune d'entre elles, un niveau particulier "d'intégration" de la recherche. Nous avons retenu cinq niveaux : celui de la génétique moléculaire, celui de la biologie et de la biochimie cellulaires, celui de l'organisation des systèmes, celui des technologies médicales et chirurgicales et enfin celui de l'approche des problèmes de recherche médicale et en santé à l'échelle des populations. Nous avons désormais une commission du premier type, quatre du second, trois du troisième et une de chacun des deux derniers. A chacun de ces niveaux d'intégration- il est possible de parler le même langage, même si les organes, les systèmes ou les maladies sur lesquels on travaille sont différents.

M.-F. P. : Mais, ce faisant, n'allez-vous pas quelque peu réduire la compétence des commissions vis-à-vis du jugement qu'elles peuvent porter sur les laboratoires de recherche, qui, par essence, travaillent souvent, eux, à plusieurs des "niveaux d'intégration" que vous avez décrits ?

Ph. L. : C'est dans une certain(mesure exact de façon formelle mais de gravité néanmoins limitée dans la mesure d'abord où les membres des commissions savent parfaitement ce qu'est une unité de recherche et comment elle fonctionne. De surcroît, c'est la raison pour laquelle nous avons modifié de façon parallèle la composition du Conseil scientifique et que nous avons l'intention de modifier sensiblement son rôle. Il passe de vingt cinq à trente membres, ce qui permet à la fois une extension de ses compétences par une représentation plus diversifiée de l'ensemble des champs de recherche de l'Inserm en son sein et d'autre part lui donne une plus grande puissance de travail pour effectuer les synthèses des informations en provenance de l'ensemble des commissions. Nous envisageons, en particulier, de diversifier les jugements portés sur une même unité de recherche en faisant appel aux diverses commissions scientifiques spécialisées correspondant aux principales facettes de ce laboratoire.

M.-F. P. : "Innover sans bouleverser" c'est, on le sait, votre méthode préférée. Mais cette fois la réforme n'a-t-elle pas provoqué quelques remous ?

Ph. L. : Des remous ? Franchement, non. Ce projet a été conçu par la Direction générale de l'Inserm puis soumis à son Conseil scientifique. Ce dernier a introduit des modifications importantes par rapport au schéma initialement élaboré, qui ont toutes été prises en compte. Dans l'ensemble, le projet a ensuite été très bien accueilli par la communauté scientifique. Il y a eu bien sûr quelques réactions réservées ou négatives, comme il est normal. Nous avons utilisé le canal d'Inserm Actualités et de sa tribune libre pour faire connaître celles qui nous ont été communiquées.

Les intercommissions : une ouverture vers l'extérieur

M.-F. P. :Je croyais toutefois que le Conseil scientifique avait exprimé des regrets quant à l'absence d'une commission spécifique sur les maladies transmissibles ?

Ph L : C'est exact. Si nous n'avons pas créé de commission dans cet important domaine, c'est parceque nous n'avons pas actuellement un volume suffisant de laboratoires travaillant principalement sur ces problèmes. Mais la remarque du Conseil scientifique est néanmoins tout à fait pertinente et nous lui avons apporté une réponse en utilisant une autre de nos possibilités statutaires, celle de créer une intercommission dans le domaine en question.

M.-F. P. : Qu'est-ce au juste qu'une intercommission ?

Ph. L. : C'est une instance d'évaluation qui a une composition analogue à celle des commissions scientifiques spécialisées, à ce détail près qu'il n'y a pas d'élection directe d'une partie de ses membres par leurs « pairs", mais que les élus sont élus au second degré par les membres élus des commissions scientifiques spécialisées. Cette procédure assure, si vous voulez, la prise de "greffe" de l'intercommission sur l'ensemble du système Inserm tout en permettant, par des nominations prises en dehors de nos secteurs habituels de compétence, d'étendre le champ de nos activités dans les directions choisies en liaison avec le Conseil scientifique.

C'est dans cet esprit que nous avions créé, au cours de la mandature 1983-1987, une intercommission dans le domaine des sciences humaines et sociales puis, au cours de la mandature 1987-1991, quatre intercommissions dans les domaines respectifs du vieillissement, du handicap, de l'évaluation et de la prévention. Après avoir consulté l'actuel Conseil scientifique sur la nouvelle structuration du champ des commissions scientifiques spécialisées, il était logique de lui demander son avis sur la nature des intercommissions qui accompagneraient les nouvelles commissions, et ceci dès le début de la mandature 1991-1995.

C'est ainsi que nous avons proposé aux ministres de tutelle de l'nserm quatre intercommissions. L'une d'entre elles est celle que j'ai déjà évoquée : son champ d'action porte sur la recherche concernant les maladies infectieuses et parasitaires en France et dans le monde. Elle devrait être le point de départ d'une coopération accrue avec toute une série de nos partenaires institutionnels et en particulier avec, je l'espère, l'ORSTOM. Les trois autres constituent des restructurations des actuelles intercommissions avec, selon les cas, contraction ou élargissement de leurs champs d'intervention. La première rassemble des éléments des anciennes intercommissions vieillissement et handicap et met principalement l'accent sur les problèmes de recherche concernant la prise en charge et la compensation des restrictions d'activités liées aux déficiences de toute nature qui leur donnent naissance. La seconde intercommission porte directement sur l'investigation clinique Elle aura un champ d'autant plus étendu d'intervention que comme vous le savez, la loi du 20 décembre 1988, dite Loi Huriet et Sérusclat, sur la protection des personnes qui se prêtent à des recherches biomédicales, est applicable dans l'ensemble de ses dispositions à partir du 1er janvier 1991, ce qui ne manque pas de poser toute une série de problème théoriques et pratiques. Cette intercommission traitera aussi des problèmes d'évaluation de procédures diagnostiques et thérapeutiques et d'un nouveau domaine, appelé par le projet de loi hospitalière et que je crois très prometteur : celui de la recherche "infirmière", c'est- à dire de la recherche sur l'ensemble des dimensions techniques et psychosociales liées au fonctions de ce corps d'agents de santé, et, plus généralement à l'ensemble des fonctions para médicales. La troisième intercommission traitera, elle, des problèmes de recherche posés à l'échelle des populations, qu'il s'agisse de prévention ou d'évaluation des systèmes de santé et de protection sociale.

M.-F. P. : La création des intercommissions va sans doute vous amener à élargir le champ de vos coopérations avec diverses institutions ?

Ph. L. : Oui, tout à fait. Nous avons déjà signé un certain nombre d'accords par exemple avec des institutions hospitalières, comme l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, les Hospices Civils de Lyon, l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille et nous nous apprêtons à en signer avec d'autres centres hospitaliers. Si nous voulons, par exemple, créer des centres d'investigation clinique, il est clair que nous ne pouvons le faire seuls (comme cela se fait, et il faut toutefois le signaler, dans des institutions étrangères comme les National Institutes of Health aux États-Unis) mais que nous le pouvons en coopération étroite avec des institutions hospitalières et, singulièrement, hospitalo-universitaires. L'un des rôles de l'intercommission de l'investigation clinique sera aussi de favoriser la création et l'évaluation de tels centres.

M.-F. P. : Vous avez également profité des modifications de commissions et d'intercommissions pour changer la composition des collèges électoraux. Pourquoi ?

Ph. L. : Nous n'avons pas vraiment changé les collèges électoraux. Nous avons simplement poursuivi la politique d'ouverture, amorcée en 1987 par l'extension des possibilités d'inscription sur nos listes électorales des universitaires de rang A, en donnant les mêmes facilités cette fois-ci aux universitaires de rang B. Par ailleurs, nous avons modifié la répartition des postes au sein des commissions entre les différents collèges et nous sommes revenus au système électoral qui était en vigueur en 1983,

S'agissant de la répartition des élus, on peut dire, qu'en pratique, la réforme revient à remplacer un AI et un A2 par deux B) par rapport à ce qu'était la situation de 1987, ce qui permet de prendre plus directement en compte l'importance quantitative du corps des chargés de recherche à l'Inserm, qui comprend de l'ordre des deux tiers des chercheurs. Nous avons désormais, comme en 1983, trois chercheurs et trois universitaires de rang A, quatre chercheurs de rang B et deux universitaires de rang B (le corps électoral des universitaires de rang B est deux fois plus petit que le corps électoral des chercheurs de rang B, ce qui est donc tout à fait cohérent avec leur représentation) et trois ingénieurs, techniciens ou administratifs. Au total, tout cela ne bouleverse pas mais nuance ce que nous connaissions.

M.-F. P. : Êtes-vous content des résultats des élections ?

Ph. L. : je crois que le système a effectivement bien fonctionné. Nous avions 132 listes en présence pour cinquante collèges électoraux et, dans l'ensemble, la participation électorale a été très satisfaisante. Nous avons noté en particulier une très remarquable participation des chercheurs de rang A et, plus encore des universitaires de rang professoral qui ont voté à plus de 80%. On observe, cependant, ce qui est un peu inquiétant, que les chercheurs

M.-F. P : Quand on voit la liste de vos commissions, ne peut-on craindre de trouver en leur sein plus de biologie moléculaire que de médecine ?

Ph. L. : Je voudrais d'abord vous faire remarquer qu'il n'y a pas de commission de biologie moléculaire en tant que telle à l'Inserm ! Cette discipline imbibe maintenant l'ensemble du tissu biomédical et fait partie du stock de moyens d'interventions dont doit disposer tout secteur de la recherche. Mais je vois bien que vous faites allusion, là, aux regrets exprimés par certains quant à la conception des commissions qui ne seraient pas structurées par pathologies.

Fonctionellement, l'objection n'est pas tout à fait légitime : de nombreux mots du vocabulaire médical sont conservés dans les intitulés des nouvelles commissions. Mais, incontestablement, et je vous en ai d'ailleurs donné les raisons, la structuration que nous avons adoptée correspond à des impératifs qui ne recouvrent pas complètement les modalités habituelles d'organisation de la médecine en spécialités. C'est précisément la raison pour laquelle nous avons, en cours d'année 1990, poursuivi avec beaucoup d'énergie le développement de ce que nous appelons nos "comités d'interface" entre l'Inserm et un certain nombre de sociétés de spécialité médicale. Ces comités sont maintenant près d'une vingtaine et ils permettent d'établir des liens entre l'Inserm et pas loin d'une trentaine de telles sociétés. Il s'agit de structures souples, constituées d'un petit nombre de représentants de ces sociétés et d'un nombre équivalent de représentants des diverses commissions de l'Inserm qui ont des liens logiques avec le secteur médical concerné. Le rôle de ces comités est d'organiser des journées communes d'information, des colloques au cours desquels cliniciens et chercheurs peuvent se rencontrer et amorcer des collaborations -, ils stimulent la création de réseaux de recherche clinique, participent de façon active à l'attribution des postes d'accueil destinés aux internes et aux anciens internes ; ils cherchent à étendre leur champ d'intervention au niveau européen, en profitant des liens privilégiés qui existent entre certaines sociétés médicales et leurs collègues du continent. je suis, pour ma part, convaincu que ce dispositif, qui est très bien reçu par les cliniciens, joue un rôle majeur en terme d'amorçage de nouvelles relations entre des équipes qui ne connaissaient pas l'Inserm et notre institution.

M.-F. P. : Ce désir de créer des liens, de faire tomber des barrières, se retrouve aussi dans vos relations avec les régions...

Ph. L. : Tout à fait. En 1990, nous avons bénéficié des premiers travaux de la deuxième mandature des conseils scientifiques consultatifs régionaux. Vous savez que ces conseils n'ont pas de pouvoir d'évaluation, mais cela ne réduit en rien leur capacité à infléchir les directions dans lesquelles l'Inserm peut se développer. J'ai saisi en première priorité ces conseils régionaux d'une demande de participation active à la préparation du rapport de conjoncture et de prospective qui sera, en 1991, la première responsabilité opérationnelle du nouveau Conseil scientifique dans sa vocation de participation à l'élaboration de la politique scientifique de l'institut. que le Conseil scientifique se réunisse pour fixer les grandes lignes de son approche conjoncturelle et prospective et ce n'est que postérieurement à sa réunion que nous saisissions, d'une part, les commissions scientifiques spécialisées et, d'autre part, les conseils scientifiques consultatifs régionaux d'une demande de collaboration à l'établissement du rapport. Il nous a semblé que le processus pouvait être temporellement inversé sans porter préjudice aux responsabilités du Conseil scientifique. En effet, ce dernier a tout intérêt à pouvoir bénéficier dès sa constitution d'informations actualisées sur la réalité de la présence de l'Inserm dans les diverses régions et sur les divers sites sur lesquels il peut se développer. C'est à partir d'une analyse de ces informations et de celles qui pourront être fournies par l'administration qu'il sera le mieux en mesure de faire des propositions en matière de développement de l'Institut, site par site, en liaison avec l'ensemble de ses partenaires naturels.

Une ouverture active vers l'Europe

M.-F. P. : Vous intéressez vous aussi à l'Europe et à ses régions ?

Ph. L.: Il faut l'avouer, l'Europe de la recherche médicale a un peu piétiné en 1990. Après les perspectives ouvertes, fin 1989, par le projet de doublement du budget de la Communauté européenne consacré à la recherche médicale et en santé, les décisions opératoires ont été retardées pour diverses raisons qui tiennent aux modalités de fonctionnement des instances européennes. En fait, les premiers financements correspondant aux nouvelles actions envisagées ne parviendront dans les laboratoires que dans le courant de l'année 1992...

Cependant, cette vision un peu désenchantée de la technique de fonctionnement communautaire ne doit pas masquer la réalité du développement de nos interactions avec nos voisins, et, en particulier, du rôle que peuvent jouer les régions de ce point de vue. Il est à noter que les relations qu'entretiennent un certain nombre de régions de notre pays avec d'autres régions européennes ne sont pas toutes fondées sur une contiguïté géographique : certaines d'entre elles tiennent aux relations historiques qui peuvent exister entre différentes régions du territoire européen. Nous poussons évidemment beaucoup les conseils scientifiques consultatifs régionaux à cultiver ces relations culturelles et scientifiques ; l'année 1990 a vu un certain nombre d'initiatives tout à fait intéressantes se développer dans cet esprit.

A noter enfin le dépôt, en 1990, du premier projet de création d'une unité Inserm en Europe hors du territoire national, dans les mêmes conditions qu'une création au sein de l'Hexagone. Il appartiendra, bien sûr, à nos instances d'évaluation scientifique d'apprécier la qualité et la priorité relative du projet, mais son existence et la reconnaissance de sa légitimité administrative sont tout un symbole de notre volonté de contribuer très activement, au delà des mots, à la construction européenne.

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