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Robert Debré est né à Sedan le 7 décembre 1882. Il a mené ses études secondaires à Paris, au lycée Janson de Sailly. Il entreprend d'abord des études supérieures à la faculté des lettres de Paris, en sections littéraire et philosophique (1900). Il se tourne ensuite vers la médecine* et suit les enseignements de la faculté de médecine de Paris. Il décide alors de devenir médecin d'enfants.

* « Ce fut un besoin puissant de quitter les livres pour les hommes et la pensée pour l'action » (Robert Debré. L'honneur de vivre. Mémoires. Hermann, Paris, 1996, 500p.)

Nommé interne des hôpitaux de Paris en 1906, il devient l'élève du professeur Antoine Marfan à l'hôpital des Enfants-Malades puis du professeur Arnold Netter, à l'hôpital Trousseau, qui jouera un rôle essentiel dans sa formation médicale.
Docteur en médecine en 1911, sa thèse porte sur le traitement de la méningite cérébrospinale par le sérum antiméningococcique mis au point par Simon Flexner à l'Institut Rockefeller à New York.
Nommé chef de laboratoire à l'hôpital Trousseau puis chef de clinique à la faculté de médecine de Paris en 1912.
Suit l'enseignement de bactériologie de l'Institut Pasteur et sera l'élève d'Emile Roux, de Maurice et Charles Nicolle et d'Albert Calmette.
En 1914, il est mobilisé comme médecin-lieutenant dans un régiment d'artillerie.
Il est chargé de la direction de l'Institut d'hygiène et de bactériologie de la faculté de Strasbourg en 1918. Il refuse la chaire de bactériologie de Strasbourg qui lui est proposée et rentre à Paris en 1920, considérant que son métier est de soigner les enfants.
Agrégé de la faculté de médecine de Paris, médecin des hôpitaux de Paris (1920), il est nommé à la tête d'un important service de l'hôpital des Enfants-malades où il prend la succession d'Antoine Marfan. Il définit sa méthode de travail et commence de fonder son école. Il se consacre aux petits tuberculeux et participe avec Albert Calmette aux premiers essais cliniques du BCG.
Afin de parer aux risques de la contagion mère enfant, il crée, avec son confrère Léon Bernard, une œuvre assurant l'élevage des nourrissons à la campagne à l'abri des risques de contagion liés à leur origine familiale.
Cette action de santé publique le conduit alors à participer aux travaux du Service d'hygiène de la Société des Nations fondée par le dr. Ludwig Rajchman dont sortira au lendemain de la Seconde Guerre mondiale le Fond des Nations Unies de Secours à l'Enfance (UNICEF).
Professeur de bactériologie clinique à la faculté de médecine de Paris, il est élu, en 1933, membre de l'Académie nationale de médecine et nommé professeur à la faculté de médecine.
En 1940, il est nommé professeur à la chaire de clinique médicale des Enfants-malades.
Soumis au statut des juifs élaboré par le gouvernement de Vichy, il est écarté de ses activités hospitalières et universitaires. Pendant l'occupation, il participe de diverses façons à la Résistance, notamment au sein du Comité médical de la résistance. En 1943, il est contraint à la clandestinité. Il rédige un projet résultant de la réflexion commune des membres du Comité dont les idées recevront leurs applications après la Libération : création du ministère de la population, de l'Institut national d'études démographiques (INED), de la lutte contre les fléaux sociaux et de la réforme hospitalière et universitaire (réforme Debré).
En juin 1944, il dirige le service de santé des Forces françaises de la région parisienne et participe à la libération de Paris.

À la Libération, il est président du comité technique de l'Institut national d'études démographiques (INED) et garde cette fonction jusqu'à sa mort. Il anime également les travaux du Haut comité de la population et de la famille mis en place par le Général de Gaulle.
En 1946, il est nommé président du conseil d'administration, puis du conseil scientifique de l'Institut national d'hygiène (INH)
La même année, avec l'aide des Etats-Unis, le Dr Ludwig Rajchman crée le Fonds des Nations Unies de secours à l'enfance (UNICEF). Robert Debré en est le représentant français et en devient un des membres les plus actifs.
En 1949, il crée le Centre international de l'enfance, fondation qui a pour objet de favoriser dans les différents pays du monde l'étude des problèmes qui touchent à l'enfance, la diffusion des notions d'hygiène et de puériculture et la formation technique des personnels spécialisés.
Au début des années 1950, Robert Debré, après de longs efforts, voit s'ériger la nouvelle clinique des Enfants malades, service moderne dans lequel fonctionneront de manière harmonieuse et complémentaire un centre de soins aux enfants, une structure d'enseignement aux étudiants et des laboratoires de recherche.
En 1956, il est nommé président du comité interministériel pour la réforme des études médicales mis en place par le ministre de l'éducation nationale René Billières. Il travaille avec Jean Dausset, auprès des ministères de la Santé et de l'Enseignement supérieur, pour l'élaboration de la réforme des études médicales.
(Jean Dausset et Robert Debré)

Le 30 décembre 1958, le général de Gaulle signe l'ordonnance relative à la création de centres hospitaliers et universitaires (CHU), à la réforme de l'enseignement médical et au développement de la recherche médicale.
Robert Debré est élu membre de l'Académie des sciences en 1961.
Il décède en 1978.

Titres et fonctions diverses

Président de la Société médicale des hôpitaux de Paris, membre de l'Assemblée de l'Institut Pasteur, membre du comité consultatif des universités, membre du comité consultatif médical de la direction des relations culturelles, membre du conseil permanent d'hygiène sociale, membre du conseil d'administration, puis du conseil scientifique de l'Institut national d'hygiène (INH).

Œuvre scientifique

Avant de devenir le pédiatre exceptionnel et le fondateur de l'École de pédiatrie française, Robert Debré avait d'abord été formé à la bactériologie et à l'immunologie. Il avait, au début de sa carrière, consacré de nombreux travaux importants aux maladies infectieuses. Il fut ainsi l'instigateur de la prévention de la rougeole par le sérum de convalescent. Il démontra, avec Gaston Ramon, la valeur de la vaccination par l'anatoxine antidiphtérique et fut à l'origine de la pratique des vaccins de rappel.
Il s'était intéressé de très près à la tuberculose de l'enfant et démontra avec Marcel Lelong que cette maladie n'était pas héréditaire mais se transmettait par contagion. Il établit alors les principes de la prophylaxie de la tuberculose du petit enfant issu de femme tuberculeuse.
Ardent partisan de la vaccination par le BCG, il poursuivit des recherches fondamentales sur la réaction immunitaire au cours de la tuberculose. De ses observations découla la pratique de répétition de l'épreuve tuberculinique ou cuti-réaction découverte par le pédiatre Clemens von Pirquet.
Robert Debré est également l'homme qui a pressenti le grand virage de la médecine vers la biologie en introduisant la recherche à l'hôpital. Au milieu des années 1930, grâce à l'aide du gouvernement français et au soutien des fondations nord-américaines (Josiah Macy, Rockefeller), il entreprend d'installer des laboratoires dans le projet de la nouvelle clinique pédiatrique de l'hôpital des Enfants malades. Ces activités scientifiques prendront une remarquable extension au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, il envoie l'un de ses internes, Alexandre Minkowski, s'initier aux techniques modernes de la périnatalité pratiquées aux Etats-Unis. Il installe aux Enfants malades les laboratoires de deux de ses élèves, Georges Schapira et Jean Frézal, qui vont faire de la clinique pédiatrique le berceau de la biochimie, puis de la génétique médicale en France.
La découverte de médicaments chimiques actifs contre la tuberculose, notamment celle de la streptomycine par Waksman aux États-Unis en 1943, va constituer un progrès considérable. Robert Debré, avec une aide de la Fondation Rockefeller, lance en 1948 un protocole expérimental utilisant la streptomycine qui avait fait précédemment l'objet d'essais cliniques concluants aux États-Unis. Sa plus grande réussite fut la guérison, en 1951, avec Jean Bernard, d'un cas de méningite tuberculeuse par cet antibiotique. Robert Debré proposera avec HE Brissaud, sous le nom de chimioprophylaxie, le traitement systématique de toute tuberculose primaire, même si celle-ci ne se traduisait pas par des signes évidents.
Il travailla également sur les maladies virales comme la poliomyélite et décrivit, notamment, en 1950, la maladie des griffes du chat. Il contribua avec son élève, Pierre Royer, au développement de la néphrologie pédiatrique.
Robert Debré est signataire de nombreuses publications (environ 250).

Sélection des principales publications

- Debré R. La maladie des griffes du chat. Mars Med 87 : 375-8, 1950.
- Debré R, Lamy M, Jammet ML, Costil L, Mozziconacci P. La maladie des griffes du chat. Sem Hop 26 : 1895-904, 1950.
- Debré R Traitement de la tuberculose aiguë de l'enfant par la streptomycine; bactériologie. Rev Clin Pediatr 48 : 395-8, 1950.
- Debré R, Mozziconacci P, Brissaud HE, Kaplan S, Bouveau G. Traitement de la tuberculose de l'enfant par la streptomycine. Union Med Can 79 : 1246-9, 1950.
- Debré R. The indications for streptomycin and para-aminosalicylic acid in primary tuberculosis in children. Proc R Soc Med 44:1067-8, 1951.
- Debre R. L'organisation mondiale de la santé et l'enfant. Presse Med 59 : 663-4, 1951.
- Debré R, Herzog F, Guerin JC. Traitement de la coqueluche par le sérum de patients hyperimmunisés (555 cas). Arch Fr Pediatr 8 : 501-13, 1951.
- Debré R, Thieffry S. Le syndrome de Guillain-Barré chez l'enfant ; rapport sur 32 cas. Arch Fr Pediatr 8 : 357-64, 1951.
- Debré R, Van Bogaert L, Thieffry S, Arthuis M. Complications neurologiques de la maladie des griffes du chat. Bull Acad Natl Med 136 : 454-9, 1952.
- Debré R, Brissaud HE, Noufflard H, Naveau M. L'isonicotinylhydrazine dans le traitement de la méningite tuberculeuse de l'enfant. Bull Mem Soc Med Hop Paris 68 : 1072-8, 1952.
- Debré R, Mozziconacci P. Méningite à Hemophilus influenzae. Rev Prat 3:1101-3, 1953.
- Debré R, Leclainche X, Thieffry S. The place of hospital establishment for acute poliomyelitis in general organization of hospitals in the country. Arch Belg Med Soc 12: 414-21, 1954.
- Debré R, Leclainche X, Thieffry S. Poliomyélite ; hospitalisation des patients en phase aiguë. Concours Med 76 : 3599-605, 1954.
- Debré R, Thieffry S. Symptomatology and diagnosis of poliomyelitis. Monogr Ser World Health Organ 26:109-36, 1955.
- Debré R, Royer P, Lestradet H, Straub W. Insuffisance tubulaire congénitale avec retard mental, cataracte et glaucoma (syndrome de Lowe). Arch Fr Pediatr 12 : 337-48, 1955.
- Debré R. Systemic treatment of primary tuberculosis. N Engl J Med 255: 794-8, 1956.
- Debré R, Brissaud HE. Present method and results of treatment of tuberculous meningitis. Am Rev Tuberc 74(2 part 2): 221-4, 1956.
- Debré R. Systematic treatment of primary tuberculosis. Am Rev Tuberc 74(2 part 2): 191-6, 1956.
- Debré R, Schapira F, Dreyfus JC, Schapira G, Frezal J, Labie D, Lamy M, Maroteaux P. Genetics of haemochromatosis. Ann hum genet 23: 16-30, 1958.
- Debré R, Marie J, Royer P, Leveque B, Kaplan L. Pronostic à long terme du syndrome néphrotique de l'enfant. A propos of 193 cas. Ann Pediatr (Paris) 36 : 63-76, 1960.
- Debré R, Celers J, Drouhet V. Vaccination antipoliomyélitique par voie orale avec le vaccin vivant atténué (souches Sabin) à partir de l'âge de 3 ans. CR Hebd Séances Acad Sci 254 : 195-9, 1962.
- Debré R.he teaching of pediatrics and the role of the pediatrician in developing countries. Adv Pediatr 12:227-48, 1962.
- Debré R Correlation between the teaching of medicine and human biology. J Mt Sinai Hosp NY 34: 280-4, 1967.
- Debré R, Levy FM. Immunization schedules. Br Med J 4: 805, 1970.
- Debré R, Perdrizet S, Lotte A, Naveau M, Lert F. Isoniazid chemoprophylaxis of latent primary tuberculosis: in five trial centres in France from 1959 to 1969. Int J Epidemiol 2: 153-60, 1973.

Ouvrages et allocutions

- Debré R. Médecine, santé publique, population. Editions du médecin français, Paris, 1944.
- Debré R. Des Français pour la France. En collaboration avec Alfred Sauvy. Gallimard, Paris, 1946.
- Debré R, Lelong M. Pédiatrie, tomes 1 et 2. Flammarion, Paris, 1952.
- Debré R. Mise au point à propos de la réforme des études médicales et des structures hospitalières. Bull Acad Nat Med, 123e Année, 3e Série. Tome 143, n°13 et 14 : 278-81. Masson, Paris , 21 avril 1959.
- Debré R. Louis Pasteur Vallery-Radot (1886-1970). Allocution à l'Académie de médecine, 3 juin 1971.
- Debré R. L'honneur de vivre. Témoignage. Stock Hermann, Paris, 1974 (nouvelle édition, 1996).
- Debré R, Wolff E. Hommage à Claude Bernard, à l'occasion du centenaire de sa mort. Comptes Rendus de l'Académie des sciences, Paris, 10 février, 1978.

Publications sur Robert Debré

- Wolff E., Robert Debré ou l'honneur de vivre. Revue des deux mondes, septembre 1974.
- Dausset J. Notice nécrologique de Robert Debré. Comptes Rendus de l'Académie des sciences, 1978.
- Debré M. Mon père ou l'honneur de vivre. Revue des deux mondes, juin 1978.

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Pierre Tambourin est né le 23 septembre 1943 à Vouziers (Ardennes). Il a mené ses études secondaires au Lycée Henri Wallon à Valenciennes et Faidherbe à Lille.

Ingénieur, ancien élève de l'Ecole polytechnique (1966), il obtient une maîtrise es sciences (1968) et un diplôme d’études approfondies de biologie moléculaire (1970).

Titres, Fonctions et activités de recherche
Chargé de recherche Inserm (1967), il travaille dans l’unité de recherche Inserm 48 de pathologie cellulaire, dirigée par Marcel Bessis qu’il quitte pour rejoindre l’équipe de François Zajdela, directeur de l'unité de recherche Inserm 22 « Physiologie cellulaire, cancer et radiobiologie ». Il s’installe alors dans un laboratoire de l'Institut Curie, localisé sur le campus d’Orsay.
Directeur de recherche Inserm 2e classe (1975).
De 1982 à 1985, il est Visiting Scientist et Guest Worker dans le laboratoire d’oncologie cellulaire du Dr D. Lowy, au National Cancer Institute des National Institutes of Health, à Bethesda, Washington. Il y acquiert, notamment, les nouveaux outils de la biologie moléculaire.
Revenu en France, il travaille avec Jean-Paul Lévy. Il est alors responsable d’un groupe de recherche de l’unité Inserm 152 « Immunologie et virologie des cancers » et co-directeur du laboratoire associé 628 du CNRS (1985-1988).
Directeur de la section de biologie, département recherche de l’institut Curie (1989-1993).
Directeur de recherche Inserm 1e classe (1990).
Vice-président du conseil scientifique de l’Inserm (1991-1994).
Directeur du département des sciences de la vie du CNRS (1993-1997).
Directeur classe exceptionnelle (1994).
Président du conseil scientifique de l'Inra - Institut national de la recherche agronomique (1998-2002).
Coordinateur du réseau national des génopoles (mars 2000-avril 2002).
Chargé de mission par le ministre de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie pour le Genopole d’Evry (1998-2002).
Directeur général du GIP Genopole® à Évry depuis 1998.
Président de la Fondation Jean Dausset CEPH (Centre d’étude du polymorphisme humain) de mars 2003 à mars 2005.
Président du Conseil d’Administration de l’Ecole normale supérieure de Cachan depuis mars 2004.

Prix Distinctions
Prix ESSEC - Cancer (1974), prix de la Ligue nationale française contre le cancer - comité de l’Essonne (1982), prix Cochin, cancer-hématologie (1987), prix Gallet-Breton de l’Académie nationale de médecine (1989), prix Rosen de cancérologie de la Fondation pour la recherche médicale (1993).
Chevalier de l’Ordre national du mérite (1989), chevalier de la Légion d’honneur (1997), Officier de l’Ordre national du mérite (2002).

Travaux scientifiques
Les activités de recherche de Pierre Tambourin, consacrées essentiellement à la cancérologie expérimentale et moléculaire, ont eu pour objectif de comprendre les mécanismes qui transforment une cellule normale en cellule cancéreuse et d’identifier les gènes impliqués dans ces mécanismes. Il a ainsi étudié la cancérisation et la différenciation cellulaire par des rétrovirus, découvert un nouveau rétrovirus leucémogène de la souris et plusieurs oncogènes nouveaux.
Dès son entrée à l'Inserm, en 1968, ses recherches ont porté sur l'étude du mécanisme de cancérisation cellulaire par des rétrovirus murins dont Raymond Latarjet avait commencé l'analyse dès 1958 avec Charlotte Friend aux États-Unis, travaux que François Zajdela avait poursuivis à l'Institut Curie.
De 1968 à 1975, à l’Institut Curie d’Orsay, les études de Pierre Tambourin sont essentiellement physiopathologiques, menées in vivo chez la souris, visant à disséquer le processus leucémogène en jeu dans le modèle d’érythroleucémie induite par le virus de Friend. Il s’agissait de mieux comprendre comment ce virus érythroblastique transforme les cellules au sein de l'animal, d’identifier les cellules cibles du virus, d’appréhender le rôle des cellules souches du système hématopoïétique dans ce processus et de préciser les mécanismes pathologiques de la différenciation cellulaire dans ce système. Quinze articles furent publiés durant cette période dont un article majeur dans Nature en 1971 et un premier modèle de cette leucémie, publié également dans la même revue en 1975, qui définit un processus tumoral sans cellule immortalisée, associé à une différenciation érythropoïétique pathologique, puisqu'elle se produit sans l'hormone normalement requise au déclenchement et à l'accomplissement de ce programme.
De 1975 à 1981, Pierre Tambourin et ses collaborateurs vont analyser les événements oncogéniques cellulaires successifs au cours de cette leucémie expérimentale et aboutir à la publication d'un modèle beaucoup plus complet, admis par tous et toujours valable, dans lequel ils affirment le concept de progression tumorale largement repris depuis la découverte des oncogènes. Les cellules transformées morphologiquement, de durée de vie brève, subissent un deuxième événement génétique qui les « immortalise » et les rend hautement malignes. Elles deviennent tumorigènes.
Ces résultats vont amorcer l'étude de nouveaux modèles. Une recherche approfondie sur le rôle respectif des deux espèces rétrovirales présentes dans le complexe de Friend va déboucher sur deux résultats originaux : l’isolement de lignées tumorales érythroblastiques produisant constitutivement de l'érythropoïétine, l'hormone normalement secrétée par le rein qui contrôle la différenciation érythropoïétique normale ; l’isolement, à l'Institut Curie d'Orsay, d'un nouveau rétrovirus murin, le MPLV (Myelo Proliferative Leukemia Virus), aux propriétés particulièrement intéressantes, et dont les résultats ultérieurs montrèrent qu'il a transduit un nouvel oncogène cellulaire, le gène mpl. Ce virus infecte de nombreux types cellulaires et manifeste un pouvoir oncogénique dans les cellules hématopoïétiques de tous types (cellules souches, cellules précurseurs) qu'il rend, en quelques heures, indépendantes des facteurs de croissance requis pour leur prolifération ou leur différenciation.
Pierre Tambourin et ses collaborateurs ont également identifié et caractérisé plusieurs oncogènes impliqués dans les processus leucémogènes (mpl, fim-1, fim-2/c-fms, fim-3/evi-1, Spi-1).
Les travaux de Pierre Tambourin ont ainsi permis d'importantes avancées dans la compréhension des mécanismes de la leucémogenèse, du contrôle de l'hématopoïèse en général et de l'érythropoïèse en particulier.
Entretien avec Pierre Tambourin
Hommage de P. Tambourin à Constant Burg
Les travaux de Pierre Tambourin ont fait l’objet de nombreuses publications, notamment dans les revues scientifiques les plus prestigieuses.


Sélection des principales publications

- Tambourin P, Wendling F. Malignant transformation and erythroid differentiation by polycythaemia-inducing Friend virus. Nat New Biol 234: 230-3, 1971.
- Wendling F, Tambourin PE, Jullien P. Hematopoietic CFU in mice infected by the polycythemia-inducing Friend virus. I. Number of CFU, and differentiation pattern in the spleen colonies. Int J Cancer 9: 554-66, 1972.
- Tambourin PE, Gallien-Lartigue O, Wendling F, Huaulme D. Erythrocyte production in mice infected by the polycythaemia-inducing Friend virus or by the anaemia-inducing Friend virus. Br J Haematol 24: 511-24, 1973.
- Wendling F, Jullien P, Tambourin P. Hematopoietic CFU in mice infected by the polycythemia-inducing Friend virus. II. Survival of lethally irradiated mice grafted with spleen or bone marrow cells from infected donors. Radiat Res 55: 177-88, 1973.
- Wendling F, Tambourin PE, Jullien P. Hematopoietic colony-forming units in mice infected by the polycythemia-inducing friend virus. 3. Pattern of blood recovery in irradiated mice grafted with normal or infected spleen cells. J Natl Cancer Inst 51: 179-89, 1973.
- Tambourin PE, Wendling F. Target cell for oncogenic action of polycythaemia-inducing Friend virus. Nature 256: 320-2, 1975.
- Wendling F, Tambourin PE. Oncogenicity of Friend-virus-infected cells: determination of origin of spleen colonies by the H-2 antigens as genetic markers. Int J Cancer 22: 479-86, 1978.
- Tambourin PE, Wendling F, Jasmin C, Smadja-Joffe F. The physiopathology of Friend leukemia. Leuk Res 3: 117-29, 1979.
- Tambourin P, Wendling F, Moreau-Gachelin F. Friend leukemia as a multiple-step disease. Blood Cells 7:133-44, 1981.
- Wendling F, Moreau-Gachelin F, Tambourin P. Emergence of tumorigenic cells during the course of Friend virus leukemias. Proc Natl Acad Sci U S A 78: 3614-8, 1981.
- Tambourin P, Casadevall N, Choppin J, Lacombe C, Heard JM, Fichelson S, Wendling F, Varet B. Production of erythropoietin-like activity by a murine erythroleukemia cell line. Proc Natl Acad Sci USA 80: 6269-73, 1983.
- Robert-Lezenes J, Moreau-Gachelin F, Wendling F, Tambourin P, Tavitian A. Expression of c-ras and c-myc oncogenes in murine erythroleukemias induced by Friend viruses. Leuk Res 8: 975-84, 1984.
- Moreau-Gachelin F, Robert-Lezenes J, Wendling F, Tavitian A, Tambourin P. Integration of spleen focus-forming virus proviruses in Friend tumor cells. J Virol 53: 292-5, 1985.
- Wendling F, Varlet P, Charon M, Tambourin P. MPLV: a retrovirus complex inducing an acute myeloproliferative leukemic disorder in adult mice. Virology 149: 242-6, 1986.
- Roop DR, Lowy DR, Tambourin PE, Strickland J, Harper JR, Balaschak M, Spangler EF, Yuspa SH. An activated Harvey ras oncogene produces benign tumours on mouse epidermal tissue. Nature 323: 822-4, 1986.
- Sola B, Fichelson S, Bordereaux D, Tambourin PE, Gisselbrecht S. fim-1 and fim-2: two new integration regions of Friend murine leukemia virus in myeloblastic leukemias. J Virol 60: 718-25, 1986.
- Penciolelli JF, Wendling F, Robert-Lezenes J, Barque JP, Tambourin P, Gisselbrecht S. Genetic analysis of myeloproliferative leukemia virus, a novel acute leukemogenic replication-defective retrovirus. J Virol 61: 579-83, 1987.
- Gisselbrecht S, Fichelson S, Sola B, Bordereaux D, Hampe A, Andre C, Galibert F, Tambourin P. Frequent c-fms activation by proviral insertion in mouse myeloblastic leukaemias. Nature 329: 259-61, 1987.
Moreau-Gachelin F, Tavitian A, Tambourin P. Spi-1 is a putative oncogene in virally induced murine erythroleukaemias. Nature 331: 277-80, 1988.
- Lacombe C, Da Silva JL, Bruneval P, Fournier JG, Wendling F, Casadevall N, Camilleri JP, Bariety J, Varet B, Tambourin P. Peritubular cells are the site of erythropoietin synthesis in the murine hypoxic kidney. J Clin Invest 81: 620-3, 1988.
- Wendling F, Penciolelli JF, Charon M, Tambourin P. Factor-independent erythropoietic progenitor cells in leukemia induced by the myeloproliferative leukemia virus. Blood 73: 1161-7, 1989.
- Fischer S, Wendling F, Boulet I, Cocault L, Soula M, Fagard R, Tambourin P. Elevated level of p60c-src in virus-transformed murine megakaryocytic cell lines. Oncogene 4: 901-5, 1989.
- Wendling F, Vigon I, Souyri M, Tambourin P. Myeloid progenitor cells transformed by the myeloproliferative leukemia virus proliferate and differentiate in vitro without the addition of growth factors. Leukemia 3: 475-80, 1989.
- Souyri M, Vigon I, Charon M, Tambourin P. Oncogenicity of human N-ras oncogene and proto-oncogene introduced into retroviral vectors. J Virol 63: 3944-53, 1989.
- Moreau-Gachelin F, Ray D, de Both NJ, van der Feltz MJ, Tambourin P, Tavitian A. Spi-1 oncogene activation in Rauscher and Friend murine virus-induced acute erythroleukemias. Leukemia 4: 20-3, 1990.
- Souyri M, Vigon I, Penciolelli JF, Heard JM, Tambourin P, Wendling F. A putative truncated cytokine receptor gene transduced by the myeloproliferative leukemia virus immortalizes hematopoietic progenitors. Cell 63: 1137-47, 1990.
- Sitbon M, d'Auriol L, Ellerbrok H, Andre C, Nishio J, Perryman S, Pozo F, Hayes SF, Wehrly K, Tambourin P, et al. Substitution of leucine for isoleucine in a sequence highly conserved among retroviral envelope surface glycoproteins attenuates the lytic effect of the Friend murine leukemia virus. Proc Natl Acad Sci USA 88: 5932-6, 1991.
- Vigon I, Mornon JP, Cocault L, Mitjavila MT, Tambourin P Gisselbrecht S, Souyri M. Molecular cloning and characterization of MPL, the human homolog of the v-mpl oncogene: identification of a member of the hematopoietic growth factor receptor superfamily. Proc Natl Acad Sci USA 89: 5640-4, 1992.


BIOGRAPHIE DE MAURICE TUBIANA (inserm.fr/histoire )

Voir un entretien avec Maurice Tubiana (mai 2001)


Maurice Tubiana est né le 25 mars 1920 à Constantine (Algérie), décédé en 2013 à Paris.
Il a mené ses études secondaires au lycée d'Alger et supérieures dans les facultés de médecine et des sciences de Paris.
Docteur en médecine (1945), interne en médecine (1946) dans le laboratoire de Frédéric Joliot-Curie, docteur en physique (1947), séjour aux Etats-Unis pour étudier la biophysique à l'université de Berkeley (John D. Lawrence) (1948-1949), professeur agrégé de physique médicale (1952), radiologiste des hôpitaux de Paris (1958).

Chef du laboratoire des isotopes et du bêtatron à l'Institut Gustave Roussy (1952), puis chef du département des radiations (1959-1982), professeur de radiothérapie expérimentale et clinique à la faculté de médecine de Paris (1963-1989), directeur de l'unité de recherche Inserm 66 de radiobiologie clinique (1966-1982), directeur de l'institut Gustave Roussy à Villejuif (1982-1988).
Professeur émérite à l'université Paris Sud Orsay, directeur honoraire de l'Institut Gustave Roussy.

Fonctions d'expertises - Instances scientifiques et administratives
Expert consultant à l'OMS (1957), expert consultant à l'Agence internationale de l'énergie atomique (1960), vice-président de l'International Commission of Radiological Unit (1962-1970), conseiller médical à la Direction des enseignements supérieurs (1968-1970), membre de la Commission scientifique et technique de l'Euratom (1968-1972), membre du conseil d'administration de l'Inserm (1970-1974).
Président du conseil scientifique du Centre international de recherches sur le cancer (CIRC) – OMS à Lyon (1979-1981), président de l'International Society of Radiology (1985-1994), président du comité des experts du cancer de l'Union européenne (1986-1994), président du conseil supérieur de la sûreté et de l'information nucléaires (1990-1993), membre du Haut-comité de santé publique (1991-1998).

Membre de l'Académie nationale de médecine (1988), correspondant (1982) puis membre (1988) de l'Académie des sciences – Institut de France.

Travaux scientifiques
Durant son séjour aux Etats-Unis, Maurice Tubiana avait compris l'intérêt majeur pour la médecine de se fonder sur la biologie moderne.
Un des spécialiste mondiaux en radiobiologie, il est à l'origine de l'utilisation des isotopes radioactifs en biologie et en médecine et le pionnier de l'essor de la radiothérapie en France et en Europe dans les années 1960, comme de la radioprotection.
Maurice Tubiana a couvert un large éventail de recherches fondamentales et cliniques, tant dans le champ de la physique des radiations et de la médecine nucléaire qu'en radiobiologie et radiothérapie et notamment radiothérapie en haute énergie.
Sur le plan clinique, il a mené des recherches sur l'utilisation des isotopes radioactifs dans le traitement du cancer de la thyroïde et a déterminé précisément l'action de la radiothérapie dans la maladie de Hodgkin et dans le lymphome non hodgkinien.
Ses recherches fondamentales les plus significatives ont porté sur la cinétique cellulaire en utilisant des isotopes radioactifs pour marquer les cellules (notamment le thymidine tritiée), la durée du cycle cellulaire dans les tumeurs solides humaines et les mécanismes de prolifération cellulaire du tissu hématopoïétique.
J'ai notamment beaucoup travaillé dans la discipline de cinétique cellulaire en utilisant pour marquer les cellules, des isotopes radioactifs,.

Prix - Distinctions
Gray Medal (1981), Breur Medal (1985), prix Roentgen (1986), prix Pezcoller (1991) et médaille Janeway de l'American Radium Society (1991).
Grand-Croix de la Légion d'honneur, Croix de guerre 39-45, Médaille des évadés, Officier du Ouissam alaouite.

Publications et ouvrages

Maurice Tubiana est l'auteur de plus de 300 publications scientifiques et de nombreux ouvrages de formation et de culture scientifiques, parmi lesquels :
Les isotopes radioactifs en médecine et en biologie, avec une préface de Louis Bugnard, Paris, 1950
Les bases physiques de la radiothérapie et de la radiologie, 1963
Le refus du réel, Robert Laffont, Paris,1977
Atlas préhistorique de la Tunisie, Ecole française de Rome, 1985
Introduction to Radiobiology, CRC Press, 1990 (l'un des ouvrages parmi les plus utilisés par les étudiants aux Etats-Unis et en Europe)
La lumière dans l'ombre : le cancer hier et demain, Odile Jacob, Paris 1991
Les chemins d'Esculape, Flammarion, Paris,1995, qui a reçu le prix de l'Académie française 1996 et réédité sous le titre Histoire de la pensée médicale : les chemins d'Esculape, 1999
La radioactivité et ses applications, collection Que sais-je, PUF, Paris, 1997
L'éducation et la vie, Odile Jacob, Paris, 1999
Radiobiologie et radioprotection, PUF, Paris, 2002
Le cancer, collection Que sais-je, PUF, Paris, 2003

BIOGRAPHIE DE J ROSA (http://infodoc.inserm.fr/histoire )

Voir aussi un entretien avec Jean Rosa, 11 oct. 2000 (S. Mouchet, J-F. Picard)

Jean Rosa est né le 12 mai 1927 à Paris. Il a mené ses études secondaires aux lycées Carnot à Paris, Pasteur à Neuilly-sur-Seine et Périer à Marseille, et ses études universitaires aux facultés de médecine et des sciences de Paris.
Docteur en médecine
Interne des hôpitaux de Paris (1953-1958), chef de clinique à la faculté de médecine de Paris. (1958-1959), attaché de recherches au CNRS (1959-1961), maître de conférence de biochimie à la faculté de Rouen (1961-1966), biologiste des hôpitaux de Paris et maître de conférence à la Faculté de Paris(1966), professeur à l'université de Paris-Val de Marne (1971), chef de service à l'hôpital Henri Mondor (1980-1993).

Chef du département des sciences de la vie et de la santé au ministère de la Recherche (1982, 1983), directeur de l'unité de recherche lnserm/ CNRS 91 de génétique moléculaire et d'hématologie (1982-1994), directeur de l'institut fédératif de recherche (IFR) n° 10 « Institut Henri Mondor de médecine moléculaire, IM3 » (1994-1996).

Président du conseil scientifique de l'Inserm (1982-1983), président du conseil scientifique (1986-1987), puis vice-président du conseil d'administration, depuis1993, de la Fondation pour la recherche médicale, président du conseil scientifique de l'Agence française du sang (1994-1997).

Professeur émérite à l'Université de Paris - Val-de-Marne.

Membre des sociétés de biochimie, d'hématologie, de génétique, et de l'American Society of Hematology, membre de l'Académie des Sciences (depuis 1995)
Rédacteur en chef des Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, série Biologies.

Grand prix Claude Bernard de la Ville de Paris (1981), grand prix des sciences de la santé (1983), prix Athena (1990), prix de la Fondation Lounsbery des académies des sciences françaises et américaines (1990).

Membre du comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé jusqu'en 2005.

Officier de la Légion d'honneur, chevalier de l'ordre national du Mérite et des Palmes académiques.

Travaux de recherche
Les travaux du professeur Jean Rosa ont d'abord porté sur la pathologie moléculaire de l'hémoglobine, puis se sont étendus à d'autres composants du globule rouge puis à d'autres systèmes concernant l'hématologie comme les facteurs anti-hémophiliques.
Jean Rosa a très fortement contribué au grand programme international initié par Max Perutz sur «l'identification du rôle des acides aminés constitutifs de l'hémoglobine(Hb)» par l'étude de ses mutants, et en initiant la technique des études de corrélations structures/fonctions chez l'homme. Plus de 50 variants d'hémoglobine furent ainsi identifiés et caractérisés par Jean Rosa dont certains apportèrent des informations totalement inédites sur les mécanismes qui protègent l'hémoglobine contre l'oxydation de son fer, et sur les possibilités qu'ont certaines mutations de celle-ci à engendrer des polyglobulies. C'est dans le domaine de l'hémoglobine responsable de la drépanocytose que ses résultats furent les plus marquants, où Jean Rosa put isoler un «super mutant» l'hémoglobine Antilles, qui est le siège d'une double mutation, ce qui accentue considérablement sa tendance à la polymérisation. Cette mutation est à l'origine d'un nouveau syndrome, "la drépanocytose hétérozygote", qui détruit le dogme selon lequel cette maladie ne pouvait survenir que chez des homozygotes ou des hétérozygotes composites.

Au cours de ses travaux sur les polyglobulies dues à des hémoglobines à affinité augmentée, Jean Rosa eut la chance de découvrir une polyglobulie due, non pas à une hémoglobine anormale, mais à une mutation d'une enzyme clé du métabolisme de l'effecteur allostérique de l'hémoglobine, la diphosphoglycérate mutase. Cela fut à l'origine de recherches tant fondamentales qu'appliquées qui ouvriront peut-être une voie totalement novatrice pour le traitement de la drépanocytose

Les travaux de recherches de Jean Rosa ont également porté sur le vieillissement moléculaire, recherches qui désormais suscitent un grand intérêt. Dans les années 1960, il avait montré qu'il existait, dans les globules rouges de lapin, une hémoglobine très particulière dont la concentration augmentait avec l'âge du globule. Ce phénomène, décrit sous le nom d'hémoglobine vieillie, tomba dans l'oubli jusqu'au moment ou, plus de dix ans après, la même hémoglobine fut trouvée en quantité accrue chez les diabétiques. En collaboration avec une équipe de spectrométrie de masse du CNRS, Jean Rosa adapta cette technique à l'étude des hémoglobines vieillies et put ainsi caractériser deux formes d' hémoglobine produites par modifications post-transcriptionnelles : l'Hb-glycératée et l'Hb- pyruvylée. Il s'agit là d'un phénomène qui déborde le cadre des hémoglobines et qui pourrait jouer un rôle dans l'apoptose.

Les concepts et les techniques utilisées par Jean Rosa dans le champ de l'hémoglobine et de la diphosphoglycérate mutase ont également été appliqués à d'autres domaines chauds de la génétique. C'est ainsi que plus d'une vingtaine de gène normaux ou pathologiques ont été clonés dans le laboratoire de Jean Rosa, qu'il s'agisse du récepteur de l'hormone de croissance ou de gènes de la synthèse des porphyrines.

En conclusion, les recherches de Jean Rosa se sont inscrites, dès le début, dans une perspective d'approches génétique et moléculaire du système hématopoïétique normal et pathologique, intéressant surtout la lignée érythroblastique. Il a découvert plusieurs nouvelles maladies génétiques du globule rouge et développé plusieurs méthodes de diagnostics prénatals de maladies héréditaires. Ses travaux ont permis de développer le diagnostic prénatal de la drépanocytose, des thalassémies, des hémophilies et de la mucoviscidose, ainsi que de cloner et d'étudier plusieurs gènes importants pour le transport de l'oxygène dans le sang.

Patrice Pinell est né le 2 décembre 1944 à Paris. Il a mené ses études secondaires au lycée Condorcet à Paris et ses études supérieures aux facultés de médecine et des sciences de Paris

Voir un entretien avec Patrice Pinell (2002, J-F Picard)

Maîtrise de biochimie (1968), Diplôme d’études approfondies en biochimie (1969).
Docteur en médecine (1972).
En 1971, il intègre l’Inserm, en tant qu’attaché de recherche dans l’unité Inserm 96 « Glande thyroïde et régulation hormonale » dirigée par Jacques Nunez au Kremlin-Bicêtre.
Il commence à s’intéresser à la sociologie et en 1975 rejoint transitoirement l’unité 30 de l’Inserm « Maladies du métabolisme chez l’enfant » dirigée par Pierre Royer, pour participer l’année suivante à la création de l’unité 158 « Recherches psychanalytiques et sociologiques en santé publique ») dirigée par Ginette Rimbault.
Chargé de recherche Inserm (1979), directeur de recherche de 2° classe (1987), directeur de recherche de 1e classe (1996).
En 1986, il est nommé directeur de l’unité 158 dont l’intitulé devient « Savoirs et pratiques dans le champ médical, histoire, sociologie, psychanalyse » (1986-1999).
En 2000, après son troisième mandat de directeur d’unité, il rejoint le Centre de sociologie européenne, unité mixte de recherche CNRS 8035/ Ecole des hautes études en sciences sociales et y anime une équipe « sociologie du champ médical » et un atelier de recherche.

Instances scientifiques

Membre du conseil scientifique de l’Inserm (1983-1986), membre de la commission scientifique spécialisée de l’Inserm « Epidémiologie, santé publique, sciences sociales, environnement, toxicomanie » 1987-1990), membre de l’intercommission Inserm « Handicap » (1989-1991).
Membre de la commission scientifique Sciences humaines et sociales de l’Anrs (1994-1997), de la section 36 (sociologie, droit) du comité national du CNRS (2004-2008), du conseil scientifique du département de sciences humaines et sociales de l’Institut national du cancer, du comité d’évaluation des PHRC Cancer depuis 2006, du comité d’évaluation des cancéropôles (au titre des sciences humaines et sociales).
Membre associé au conseil de rédaction de la revue Actes de la recherche en sciences sociales, membre du conseil scientifique de la revue Sociologie Santé (depuis 2003).

Travaux scientifiques

Depuis l’année 1976, Patrice Pinell a mené des recherches sociologiques, principalement sur six grands thèmes :
- analyse socio-historique de la médicalisation des échecs scolaires et construction du secteur médico-psycho-pédagogique en France,
- sociologie des toxicomanies,
- la lutte contre le cancer et les transformations du champ médical français (1890-1940)
- histoire des myopathies,
- analyse socio-historique de la lutte contre le sida en France (1981-1996),
- sociologie historique du processus de spécialisation de la médecine française.
Il s’est agi pour Patrice Pinell, par-delà la diversité des objets traités, de rendre compte de la genèse d’un problème médical, de sa traduction institutionnelle et de la dynamique de son évolution. Ce qui a conduit celui-ci à étudier des processus courant sur des périodes historiques plus ou moins longues (en fonction de la question traitée), de l’ordre du siècle ou de la décennie. Adopter un tel type de posture méthodologique impose de se plier à des contraintes, mais qui confèrent au travail de recherche, une bonne part de son intérêt et de sa richesse. En effet, analyser l’évolution historique d’un problème (quel qu’il soit) suppose d’analyser solidairement le contexte dans lequel il apparaît et l’évolution de ce même contexte. De ce fait, l’objet de recherche, aussi circonscrit soit-il, devient un analyseur des transformations du champ médical et plus largement du monde social. Dans ces conditions, l’addition des thèmes de recherche produit un effet cumulatif en termes de connaissance qui dépasse cette addition proprement dite. En travaillant sur la constitution et l’évolution de différents espaces spécialisés (secteur médico-pédagogique, institutions pour toxicomanes, lutte contre le cancer, ou lutte contre le sida), Patrice Pinell a pu (et a dû, parce que cela était nécessaire) accumuler des connaissances d’ordre général sur le champ médical (le pôle hospitalo-universitaire, la médecine libérale) et d’autres univers sociaux en rapport avec les thèmes étudiés (l’institution scolaire, le champ politique, le champ du travail social, le champ juridique, différentes disciplines scientifiques etc).


Unité de recherche Inserm 158 « Savoir et pratiques dans le champ médical,
histoire, sociologie, psychanalyse »

Ginette Raimbault est à l’origine de la création de l’unité 158 « Systèmes relationnels autour de l’enfant malade » en 1976 à l’hôpital Necker – Enfants malades. En octobre 1983, l’intitulé devient « Recherches psychanalytiques et sociologiques en santé publique ». Ginette Raimbault dirigera cette unité jusqu’au 31 décembre 1986.
Patrice Pinell lui succède en 1987 et l’intitulé de l’unité devient « Savoir et pratiques dans le champ médical, histoire, sociologie, psychanalyse ». En 1999 l’unité sera fermée.
Deux approches différentes ont marqué chacune des deux directions. L’une psychanalytique autour de Ginette Raimbault, l’autre sociologique autour de Patrice Pinell.
Ginette Raimbault a abordé deux thèmes principaux : l’étude de l’enfant malade et de son développement psycho-affectif ; l’étude des systèmes relationnels autour de l’enfant malade dans trois domaines précis (malades porteurs d’affections rénales chroniques, enfants affectés de nanisme, d’anorexie mentale).
Patrice Pinell, quant à lui, a travaillé sur trois thèmes principaux, le cancer, le sida et les maladies génétiques, dans une approche sociologique.

Chronologie des recherches et des événements de l’unité

En 1976, l’unité 158 est créée par scission de l’unité de recherche Inserm 30, « Maladies du métabolisme chez l’enfant », dirigée par le Professeur Pierre Royer.
En 1978, les thèmes de recherche étaient les suivants : aspects psychologiques de la transplantation rénale chez l’enfant ; problèmes psychologiques de la nutrition artificielle chez les enfants porteurs d’entéropathies graves ou ayant subi une résection digestive étendue ; déterminants psychologiques fondamentaux dans la relation de l’enfant à la maladie ; aspects psychologiques du diagnostic prénatal précoce ; valeur de l’information médicale donnée aux diabétiques et son influence dans le contrôle et l’acceptation de la maladie ; facteurs psychologiques à l’origine des nanismes psychosociaux ; origine sociologique de certaines débilités.
Du rapport d’évaluation de I’unité menée par Stanislas Tomkiewicz, directeur de l’unité de recherche lnserm 29 « Santé mentale et déviance de l’enfant et de l’adolescent », en 1979, il ressortira que : « l’orientation psychanalytique signifie ici plutôt un mode d’approche qui permet de saisir l’enfant comme personne humaine entière dotée de désirs conscients et inconscients, ayant de son corps sain ou malade une vision toute autre que celle des anatomistes et des biochimistes et ayant une façon spécifique de répondre à ce que veut, désire, pense, propose et fait pour lui et avec lui la famille, le personnel paramédical et les médecins. »
En 1980, un centre de consultations gratuites de psychanalyses est ouvert au sein de l’unité, le « Centre de recherche psychanalytique », à I’hôpital des enfants malades - clinique Robert Debré, autour de Caroline Eliacheff, Elisabeth Levy-Leblond, Ginette Raimbault, Danielle Silvestre,.
En 1981, les recherches de l’unité sont : psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent (toxicomanie, tentative de suicide,...) ; méthodes et résultats des psychothérapies d’enfants ; étude psychologique des relations de l’enfant malade (nanisme, diabète, nutrition artificielle, ...) ; travail d’analyse descriptive et démarche inductive.
En 1982, les recherches s’orientent : 1) sur la psychologie et la psychopathologie de la vie quotidienne, avec l’étude de la représentation de la fonction paternelle au cours de la première année de vie de l’enfant ; 2) sur étude de l’approche psychologique de la sexualité des adolescents et des tentatives de suicide des adolescents ; 3) sur le retentissement psychologique de l’enfant confronté à l’institution hospitalière et à des technologies médicales de pointe, qu’il s’agisse de maladies héréditaires, de diabète infantile, de l’hypospadias (malformation de l’urètre de l’homme), de problèmes dérivant d’une nutrition artificielle chronique, ou de la « castration » résultant de la chimiothérapie chez des adolescentes ; 4) sur la psychosociologie de l’échec scolaire des enfants et adolescents de petite taille et des handicapés de l’intelligence.
En 1983, de nouveaux thèmes de recherches sont abordés : psychanalyse et argent, maladies organiques chez l’adolescent, l’eugénisme dans la génétique contemporaine, les représentations sociales du cancer...
En 1986, deux axes : questions touchant à la façon dont les formations sociales, les groupes, les individus se rendent intelligibles les maladies et cherchent à donner du sens à leur survenue ; étude de l’hôpital comme espace social de soin et de prise en charge.
Les thèmes de recherche transversaux à ces axes sont les suivants : 1) la maladie somatique comme objet de représentation sociale et enjeu de lutte des classes, objet du discours ; 2) maladie somatique et structure psychique du sujet ; 3) conditionnement de l’institution hospitalière ; 4) les innovations en médecine, sous l’enjeu de leurs conditions de production et de leurs conséquences (modification des pratiques sociales, retentissement psychologique, problèmes éthiques) ; 5) les relations soignants-soignés analysées d’un point de vue sociologique comme interactions entre spécialistes et non-spécialistes et, d’un point de vue psychanalytique, le rôle de la pathologie, la volonté psychique du sujet et le symbolisme introduit par le fonctionnement de la médecine.
En 1987, Patrice Pinell succède à Ginette Raimbault et, en 1989, l’unité est affiliée au CNRS, et Jacques Maître, sociologue chercheur au CNRS, rejoint l’unité.
Celle-ci est constituée de trois grandes équipes : psychanalyse et médecine, sciences sociales, biologie et médecine, cultures, symptômes et maladies (équipe issue de la fermeture de l’unité de recherche Inserm 164, dirigée par Françoise Hatton « Evaluation de l’état de santé et des systèmes de soins et de prévention »)
En 1994, les recherches vont se structurer autour de trois axes principaux : les deux premiers traitant de la genèse de la médecine moderne et de son évolution jusqu’à la période contemporaine, par une approche historique et sociologique ; le troisième traitant des travaux de recherches psychanalytiques conduits en milieu hospitalier.
? Production des connaissances et des pratiques médicales. De la fin du XVIIIème à nos jours, autour d’une dimension épistémologique centrale qui est de comprendre comment s’élaborent, évoluent, se transforment les connaissances (maladie, vivant) et les pratiques (cliniques, recherche fondamentale, épistémologie) constitutives du domaine médical, sachant que leur production est : pour une part déterminée par les problèmes d’articulation entre différents modes d’approches de la maladie (anatomoclinique, biologique, épidémiologique) dont la complémentarité n’est jamais posée a priori ; marquée par le fait qu’elle s’inscrit dans un processus social de division du travail savant, dont la dynamique d’évolution se traduit par une tendance à la constitution de domaines spécialisés.
L’analyse de ces traits caractéristiques de la médecine moderne donne la trame des différentes recherches, que celles-ci soient centrées sur l’histoire d’une spécialité clinique, d’une discipline biomédicale, d’un domaine nouveau en voie de constitution à l’interface de plusieurs disciplines, ou qu’elles traitent, sur un objet particulier, des rapports entre science, clinique, épidémiologie et, plus largement, médecine en santé publique.
? Développement de la médecine en tant que facteur de transformations (culturelles, sociales, politiques) du monde social. L’axe central des recherches est l’étude des processus de médicalisation tel qu’on peut le saisir à travers : l’analyse des discours et des pratiques relevant de la prévention, du dépistage et de la prise en charge ; l’analyse de réseaux institutionnels par lesquels s’opèrent les médiations entre différents groupes d’agents (chercheurs, médecins, philanthropes, politiques, usagers de la santé, malades) impliqués dans des associations de lutte contre la maladie ; l’analyse des rapports entre pratiques de lutte contre la maladie et structuration des professions de santé.
? Travaux de recherches psychanalytiques conduits en milieu hospitalier : maladies somatiques et leurs conséquences en termes de handicaps ; connaissances médicales délivrées aux patients ; modalités de traitements et de prises en charges étudiées sous l’angle de leurs incidences psychologiques et relationnelles.
Deux grands domaines de recherche qui sont le sida et les maladies génétiques, faisait l’objet de recherches menées dans ces trois approches.
Principaux articles

- Pinell P. L’école obligatoire et les recherches en psychopédagogie au début du XXe siècle. Cahiers internationaux de sociologie 63 : 341-62, 1977.
- Pinell P, Zafiropoulos M. La médicalisation de l’échec scolaire. De la pédopsychiatrie à la psychanalyse infantile. Actes de la recherche en sciences sociales 24 : 23-49, 1978.
- Zafiropoulos M, Pinell P. Drogues, déclassement et stratégies de disqualification. Actes de la recherche en sciences sociales 42 : 61-75, 1982.
- Guerrieri R, Pinell P. Expériences des drogués et positions institutionnelles. Sciences sociales et santé. 11 : 39-65, 1984.
- Guerrieri R, Pinell P. Aspetti sociologici dell’intervento terapeutico-reabilitativo per i tossico-dipendenti in Francia. Affari sociali internazionali 1 : 31-55, 1985.
- Pinell P. Le paradis perdu. Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : 100-4, 1986.
- Pinell P. How do cancer patients express their points of view? Sociology of Health & Illness 9: 25-44, 1987.
- Pinell P. Fléau moderne et médecine d’avenir : la cancérologie française entre les deux guerres. Actes de la recherche en sciences sociales 68 : 45-76, 1987.
- Pinell P, Brossat S. The birth of cancer policies in France. Sociology of Health & Illness 10: 579-607, 1988.
- Brossat S, Pinell P. Coping with parents, Sociology of Health & Illness 12(1), 69-83, 1990.
- Pinell P. Cancer policy and the health system in France : “ big medicine ” challenges the conception and organization of medical practice, Social history of medicine, 1991, 4(1): 75-101.
- Pinell P, Steffen M. Les médecins français : genèse historique d’une profession divisée. Espace social européen 258 : 41-55, 1994.
- Pinell P. L’invention de l’échelle métrique de l’intelligence. Actes de la recherche en sciences sociales 108 : 19-35, 1995.
- Pinell P. Modern medicine and the civilizing process. Sociology of Health & Illness 18: 1-16, 1996.
- Pinell P. Incurabilité et genèse de l'idée de rémission. Frontières 11 : 6-9, 1998-1999.
- Pinell P. Du patient à l'acteur : le malade et la division du savoir médical. Environnement & société 23: 65-73, 1999.
- Rosenbrock R, Dubois-Arber F, Moers M, Pinell P, Schaeffer D, Setbon M. The normalisation of AIDS in Western European countries. Social Science & Medicine 50: 1607-29, 2000.
- Pinell P. Champ médical et processus de spécialisation. Actes de la Recherche en Sciences Sociales 156-157 : 4-36, 2005.
- Pinell P. La normalisation de la psychiatrie française. Regards Sociologiques 29 : 3-21, 2005.

Chapitres d’ouvrages collectifs

- Pinell P. Scientific medicine of cancer and new schemata of thought. In Löwy I, Ed. L’innovation en médecine : études historiques et sociologiques. Editions Inserm/John Libbey, Paris, 1993, p361-369.
- De Busscher PO, Pinell P. La création des associations de lutte contre le Sida. In Serge Hefez, Ed. Sida et vie psychique. La Découverte, Paris, 1996, p316-23.
- Pinell P. Cancer. In Cooter R, Pickstone J, Eds. Medicine in the 20 TH Century. Harwood academic publishers, 2000, p671-686.
- Pinell P. Degeneration theory and heredity patterns between 1850 and 1900. In Gaudillière JP, Löwy I, Eds. Heredity and infection. The history of disease transmission. Routledge, London and New York, 2001, p245-260.
- Pinell P. Dictionnaire de la pensée médicale, sous la direction de Lecourt D. Comité scientifique : Delaporte F, - - Pinell P, Sinding C. Presses Universitaires de France, Paris, 2004, 1 290 p.

Ouvrages

- Pinell P, Zafiropoulos M. Un siècle d’échecs scolaires (1882-1992). Les éditions ouvrières, Paris, 1983, 198p.
- Pinell P. Naissance d’un fléau. Histoire de la lutte contre le cancer en France (1890-1940). AM Métailié, Paris, 1992, 367p.
- Delaporte F, Pinell P. Histoire des myopathies. Bibliothèque Scientifique Payot, Payot, Paris, 1998, 274p.
- Pinell P, Broqua C, de Busscher PO, Jauffret M, Thiaudière C. Une épidémie politique. La lutte contre le sida en France, 1981-1996. Presses Universitaires de France, Paris, 2002, 418p.
- Pinell P. The fight against cancer. France (1890-1940). Routledge, London and New York, 2002, 243p.

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