• Bibliographies

 

La direction de la recherche médico-sociale (DRMS) à l'Inserm

source : arch. Inserm n.c., doss. 'DRMS'

 

DRMS (le Vésinet) Ensemble de sections spécialisées créées par l'Institut national d'hygiène (INH) en 1941, dir. Mlle Laporte. Statistiques de mortalité, centre OMS, Mlle. Guidevaux. Cancer (Brunet), cardiologie, maladies transmissibles, Tuberculose (dr. Alice Lotte), nutrition (dr. Pequignot). Historique : INH créé avec pour mission la tenue de statistiques sanitaires et sans qu’aucune mission de recherche ne soit attachée à cet organisme. Le mot recherche ne figure pas dans les statuts de l’INH. Mais, très rapidement il est apparu que les statistiques sanitaires sans recherche de caractère épidémiologique ou de santé publique avaient peu de sens et le directeur de l’INH s’est efforcé de promouvoir un début de recherche médicale.

A Lotte, S Perdrizet , juillet 1971, Recherche médicale et examens systématiques de santé, problèmes relatives à la tuberculose. L’analyse critique des statistiques ébablies par les services sanitaires prouve que l’on aurant grand tort de se fonder sur la mortalité pour apprécier la situation épidémiologique de la TB. … En raison de la déclaration obligatoire qui permet de mieux connaître les cas de TB, le taux d’incidence est plus élevé en 1969 qu’il ne l’était en 1964 avant la promulagation du décrt. On peut en conclure que la TB est loin d’être éradiquée en France et qu’il est donc important de poursuivre l’éffort de dépistage…

11 janvier 1974, Lucie Laporte à Constant Burg envoi des propositions de crédits hors envoloppe recherche pour 1975 (avec des propositions par objectifs pour le développement éventuel de ces activités). Orientation des recherches. Les SHS trouvent au sein de l’INSERM le développement suivant. Apport des sciences sociales dans le développement de l’information sur l’état de santé et de la recherche épidémiologique. Les recherches épidémiologiques dont les objectifs sont de déceler les facteurs qui sont à l’origine des états morbides tendent à prendre en compte outre des facteurs biologiques , génétiques, somatiques et ceux qui sont liés à l’environnement physique, des facteurs de caractère sociologique, psychologique et culturels. Par ex : enquête par échantilon représentatif des naissances en France en 1972. Enquête sur la maladie ischémique. Etude des sociopathies. Attitudes et comportement sdes adolescents devant les psychotropes, usage de drogue et pharmaocdépendance en France. Etudes sur le suicide : role de l’enironnement.

24 juillet 1974, L. Laporte à DGS dr Charbonneau/ préparation réunion annuelle médecins de la Santé. Participation de l’INSERM, examens de santé : études d’évaluation actuellement en cours, résultats indisponibles. Médecine préventive à l’hôpital, sujet particulièrement intéressant mais nous n’avons aucune contribution… Instituts régionaux de santé, C Burg estime qu’il est prématuré de traiter avec eux (LL pas d’accord pour cet avis)

Laporte à Burnol (DGS), 11 sept 1974. Rapport du pr. R Senault pdt. de la CSS 13. Argumentaire de L. Laporte pour le maintien de la DRMS

C Burg à J P Bader, 23 déc. 1978. A propos d’une lettre de A. Spira (SNCS) à Simone Veil protestant contre le fait que la direction de l’INSERM envisage de démanteler la DRMS.

22 nov 1974 L. Laporte à C Burg qui veut disposer d’une documentation approfondie sur la DRMS (j’attire votre attentiOn sur la mission de la DRMS, vocation nationale (section médico-sociale), mais aussi certains travaux orientés en fonction de demandes gouvernementales.

8 sept. 1975. Transfert de la DRMS au Vésinet

 

1976 - Projet de réorganisation de la DRMS

La DRMS est actuellement dans une situation favorable pour une réforme en profondeur et ceci pour les raisons suivantes : nouveau statut de l’INSERM en 1974, départ à la retraite de mlle Laporte (dont les conceptions sont aujourd’hui dépassées). Depuis sa création la DRMS a disposé d’un monopole de fait sur la presque totalité de la recherche épidémiologique avec les conséquences stérilisantes que cela entraine. Il faut développer un contact plus étroit entre les chercheurs en santé publique et en épidémiologie et le corps hospitalo-universitaire dans un but de fécondation réciproque. Renforcer la direction scientifique de cet ensemble pour exploiter rapidement et correctement les résultats, notamment à l’usage du min. Santé . Les labos doivent garder une dimension permettant aux directeurs une action directe au niveau de leurs différents collaborateurs. Faire contrôler leur production scientifique par les CSS. Des sections de la DRMS sont transformées en UR (cf. supra). Un ensemble d’UR de santé publique, d’épidémiologie et périnatalogie et fécondation, UR 149 mme Rumeau Rouquette, U 73 malformations congénitales (Boué), U 155 Feingold. U. d’épidémiologie et de santé publique en santé mentale (U. 110 Sadoun, Sainte Anne). Unité de recherches statistiques de m. Schwartz (U 21) Villejuif

Témoignage de P. Ducimetière sur la DRMS (2002)
Au milieu des années 1970, Philippe Lazar a proposé au DG de l'INSERM (C Burg), de prendre la direction de la DRMS pour en faire un instrument moderne. mais le DG pensait sans doute que l'Institut devait se désengager de ce secteur, puisque le projet n'eut pas de suite. …/ Les évènements avaient tranché : il était difficile de faire cohabiter dans un même organisme la recherche bio médicale et l'épidémiologie descriptive au service de la décision de santé. Le principe de création d'agences comme l’Institut national de veille sanitaire était sans doute en filigrane dans la décision qui avait était prise.

 

Centre Inserm Le Vésinet (13 oct. 2016)

source : http://www.histoire.inserm.fr/les-lieux/centre-inserm-le-vesinet

Le Vésinet est une commune résidentielle des Yvelines, s'ordonnant autour de parcs, lacs et rivières artificielles. Un ensemble de mesures de protection a permis à ce lieu de demeurer l'exemple unique de ville-parc en France. Le centre Inserm du Vésinet a été implanté dans le parc de l’ancien asile impérial du Vésinet, l’actuel hôpital du Vésinet. Cet asile, situé vers l'extrémité sud-ouest de la forêt du Vésinet, a été institué en 1855 par Napoléon III pour recevoir les ouvriers convalescents ou bien mutilés durant leur travail. En 1858, l’Empereur change la destination primitive de l’asile et pour le réserver aux ouvrières convalescentes du département de la Seine, car les hommes disposaient de l’asile de Vincennes. Depuis sa fondation jusqu'en 1866, l'asile a reçu près de 23 000 ouvrières. L’hôpital du Vésinet est entouré d’un parc d’environ 18 hectares, qui contient de nombreux arbres remarquables. A la fin des années 1950, il est décidé d'implanter un centre technique de l'équipement sanitaire et social dans ce grand parc. En effet, le premier ministère de la Santé publique et de la Population de la Vème République avait souhaité développer des recherches dans le domaine des sciences sociales et doter la France des moyens modernes nécessaires aux études statistiques et épidémiologiques. La construction de ce centre fut confiée aux architectes JM Lafon et E d'Allens. Des mesures méticuleuses furent prises pour épargner les arbres centenaires du parc et dissimuler autant que possible les bâtiments sous les frondaisons. Le chantier débuta en octobre 1960 et le centre fut inauguré en 1961, par le ministre Joseph Fontanet. Le centre technique de l'équipement sanitaire et social est devenu la direction générale de l'offre de soins (DGOS) en 2010, une direction générale du ministère de la Santé, maintenant implanté à Paris.

Progressivement, des centres et des services techniques seront implantés au Vésinet, notamment sous l’impulsion de l’Inserm créé en 1964, à la suite de l’INH : le service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), le centre de recherche sur la pollution atmosphérique et l'hygiène de l'environnement (CRPA), la division de la recherche médico-sociale (DRMS). Le service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) est créé en 1956 et est initialement basé au CEA à Châtillon. Il vient s'installer dans le parc du Vésinet au début des années 1960. Ce service technique, dirigé par le professeur Pierre Pellerin, avait pour mission d’effectuer des recherches sur la protection contre les rayonnements ionisants et, en particulier, sur l'établissement des normes et des méthodes de mesure pour déterminer les niveaux de radioactivité ou de rayonnements. Sur le plan international, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) désigna le SCPRI en 1969 comme centre international de référence pour la recherche sur la pollution radioactive de l'environnement, Il est devenu l'Office de protection contre les rayonnements Ionisants (OPRI) en 1994, puis l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) en 2002. Le centre de recherche sur la pollution atmosphérique et l'hygiène de l'environnement (CRPA), dirigé par André Roussel, s’installe au Vésinet en 1964. Il dispose de bureaux pour les services administratifs et la documentation, de plusieurs ateliers (mécanique, menuiserie, électronique) et de laboratoires classiques, auxquels est adjointe une animalerie. Ses centres d'intérêts sur la pollution atmosphérique et l'environnement étaient novateurs à un moment ou personne ou presque ne connaissait encore le mot écologie. Y sera également développée l'étude physiopathologique de toxiques environnementaux pouvant être à l'origine de cancers. Le centre se dote d'un service de documentation d'avant-garde, qui mettait systématiquement sur microfiches plusieurs centaines de périodiques scientifiques.

La division de la recherche médico-sociale (DRMS), initialement située à Boulogne-Billancourt, s'installe au Vésinet en 1961. La création de la DRMS au sein de l'Inserm découlait d'une volonté de développer une recherche autre que biomédicale. Elle aura pour mission principale d'assurer l'information et la recherche en santé publique, activité d'origine de I'INH. Le centre tout neuf accueille une douzaine d'équipes d'épidémiologistes et un centre de calcul doté de moyens informatiques très performants pour l'époque. Les statistiques régulières des causes médicales de décès y sont collectées et analysées à partir de 1968 et des études spécifiques sont menées pour mieux apprécier la fréquence et la distribution des maladies dans les domaines relevant de la santé publique : cancers, maladies transmissibles, tuberculose, mais également pathologies psychiatriques, accidents. Plusieurs sections sont dédiées à la santé publique, aux méthodes statistiques et aux pathologies. Un enseignement est assuré par les épidémiologistes dans le cadre du CESAM (statistiques appliquées à la médecine et à la biologie) sous la direction de Daniel Schwartz et de Claude Rumeau-Rouquette, à Villejuif, et un autre dans le cadre du CIELF (cours international d’épidémiologie en langue française), en lien avec l’OMS, sous la direction de Martin-Bouyer. La DRMS et le CRPA partageaient la même adresse au 44, rue du Chemin-de-Ronde, tandis que le SCPRI, totalement enclos dès l'origine, avait sa propre entrée au 31, rue de l'Ecluse. En 1964, à la demande de Louis Bugnard, directeur de l'INH, André Pellerin accepte d'accueillir dans les locaux du SCPRI, à titre provisoire, une équipe de toxicologie alimentaire dirigée par Philippe Lafont. En 1970, Philippe Lafont obtint l'autorisation d'élever dans le parc un nouveau bâtiment, préfabriqué, doté d'une animalerie indépendante. Ce service, initialement rattaché à la première unité de recherche Inserm “Nutrition et alimentation”, dirigée par Jean Trémolières à l’hôpital Bichat, occupera toujours une situation particulière, tant du point de vue administratif que scientifique, sans lien direct avec les autres équipes du centre de recherches du Vésinet et sera fermé en 1984.

En 1968, à l'occasion d'une nouvelle réorganisation ministérielle, la DRMS est placée sous la double tutelle ministérielle "affaires sociales" et "recherche scientifique", tandis que les autres équipes du CRPA vont relever d'une autre double tutelle: "santé" et "recherche scientifique". Le départ d’André Roussel en 1973, donne lieu à la création de plusieurs unités Inserm, à partir du CRPA : l'unité 123 "Mécanismes physiopathologiques des nuisances de l'environnement" de Maurice Stupfel, l’unité de recherche 122 de toxicologie de Claude Boudène, d’abord implanté à Châtenay-Malabry et l'équipe de Georges Rudali de toxicologie appliquée à la cancérologie. Le service de documentation devient alors un service commun national intitulé "Signalement et microfiches". La place ainsi libérée est attribuée à la jeune unité Inserm 120 "Métabolisme hydrominéral", dirigée par Henri Matthieu. Cette nouvelle équipe, partagée entre le Vésinet pour ses activités de recherche et l'hôpital Boussicaut pour ses activités cliniques, illustre bien le problème qu’a posé le développement du Centre de recherche du Vésinet : une hétérogénéité croissante des thématiques et l'écartèlement géographique entre la recherche biologique et la recherche clinique.

En 1973, le regroupement des ministères des Affaires sociales et de la Santé publique sous un seul grand ministère de la Santé, confié à Michel Poniatowski, est l'occasion de dissoudre la DRMS dans l'Inserm, qui s'enrichit ainsi de nouvelles unités de recherches indépendantes dédiées à l'épidémiologie et de plusieurs services communs nationaux ou régionaux. Au Vésinet, ce rapprochement se traduira par la constitution d'un grand centre unifié. Il fut aussi marqué par l'installation d'une clôture entre l'ancien asile impérial et ses dépendances au nord et l'espace occupé par les bâtiments de l'Inserm au sud. A la fin des années 1970, le centre de recherches du Vésinet comptait plus de 300 chercheurs, ingénieurs, techniciens, administratifs, étudiants et stagiaires de nombreuses nationalités, répartis dans 17 unités de recherches, services communs régionaux ou nationaux, sections, centre de calcul, services techniques ou documentaires, ateliers, entrepôts ... Cette apparente unification n'existait cependant que sur le papier, car aucune organisation administrative n'avait été prévue et la gestion du centre (alimentation des chaufferies, gestion des infrastructures, entretien des bâtiments et du parc) restait paradoxalement confiée au directeur du SCPRI, service voisin et totalement séparé du centre Inserm par des clôtures électrifiées.

En 1978, M. Canaméras est nommé secrétaire général, avec à sa disposition une équipe administrative. Le centre de recherches du Vésinet connait alors une sorte d'âge d'or. Le parc, jusque-là totalement livré à lui-même, envahi de ronces et jonché d'arbres morts, est défriché et régulièrement entretenu. En 1982, partageant la tutelle du ministère de la Santé et celle du ministère de la recherche, l'Inserm devient un établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST). L'année suivante, le secrétariat général du Vésinet évolue vers la création d’une administration déléguée régionale (ADR) dirigée par Maurice Brun, avec des attributions étendues. La nouvelle organisation décentralisée de l'Inserm compte alors 17 ADR. Trois ans plus tard, l'équipe administrative prend également en charge une douzaine d'autres formations Inserm, localisées dans le nordouest de Paris et de la proche banlieue. Si cette réorganisation administrative a été salutaire à la vie quotidienne des personnels et à l’amélioration de l'état du parc encore remarquablement boisé, elle ne remédiera en rien à l'isolement scientifique des unités de recherche et des services communs. La grande disparité thématique des équipes rendait très improbable l'acquisition en commun d'équipements lourds, de plus en plus sophistiqués et onéreux. Les collaborations, peu favorisées par l'hétérogénéité des sujets étudiés, étaient compliquées. En outre, les évolutions technologiques considérables dans le domaine de l'informatique, des moyens de calcul, d'archivage, de documentation, rendaient obsolètes les équipements et les méthodes employés au Vésinet. Après quelques années d'euphorie, plusieurs directeurs d'unités annoncèrent leur souhait d'être délocalisés. Le mouvement commença en 1984 par la fermeture administrative de plusieurs formations. Certaines personnes rejoignirent des équipes parisiennes implantées dans les grands centres hospitalo universitaires, l'Institut Pasteur de Paris ou l'Institut Gustave-Roussy à Villejuif. D'autres, profitant d'un effort sans précédent de développement de pôles régionaux, gagnèrent la province.

En 1991, la réduction des effectifs va justifier la suppression de l'administration déléguée régionale du Vésinet, dont les locaux sont dédiés au service des archives, à la formation permanente et accueillent de nombreux Ateliers de formation Inserm de 1989 à 2000. Ceux-ci n’auront cependant pas le succès escompté, conjuguant l'inconvénient de l'éloignement de Paris, de la gare et du manque d'infrastructure hôtelière dans le voisinage. La direction générale, qui n’accordera pas les moyens nécessaires à la survie du centre, renonce après les considérables dégâts causés par la tempête de décembre 1999. En 2010, la dernière équipe, le centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc), dirigé par le Eric Jougla, quitte le Vésinet pour l’hôpital du Kremlin-Bicêtre.

Gilbert Bouyer-Martin a dirigé l’unité Inserm 165 "Maladies transmissibles et accidents toxiques" de 1977 à 1983. Ses recherches ont été menées en vue d’améliorer le recueil des don nées sur les maladies à déclaration obligatoire (informatisation), de développer un système informatique pour la surveillance des programmes vaccinaux de la population, de mettre en place réseau de surveillance de la grippe en France. Il a étudié également l’incidence et la prévalence des maladies sexuellement transmissibles et leur résistance aux antibiotiques et mené des enquêtes sur les aspects épidémiologiques et socio-économiques des hépatites virales.

Alice Lotte a dirigé l’unité Inserm 179 "Aspects socio-économiques de la tuberculose et des maladies respiratoires" de 1977 à 1981 et Simone Perdrizet lui a succédé de 1982 à 1988. Les travaux de l’unité ont porté : sur l’étude du concept de surveillance épidémiologique concernant la tuberculose (évolution de l’incidence de cette maladie parmi les groupes à haut risque, gravité de l’invalidité) ; sur des études épidémiologiques sur l’étiologie des maladies respiratoires chroniques (recherche des facteurs de risque concernant, notamment, les bronchites chroniques, les affections respiratoires secondaires à une exposition à l’amiante ; sur des études coût/efficacité relatives à la tuberculose et aux maladies respiratoires chroniques ; sur l’étude du comportement des divers groupes de population à l’égard des mesures de prévention.

 

Le Monde 8 mai 2018

Jean Gayon (1949 - 2018)

Notice nécro par Michel Veuille (Directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études, Paris Sciences Lettres)

Jean Gayon, mort le 28  avril à Paris, a contribué à renouveler les méthodes de l'histoire des sciences au cours d'une carrière consacrée à éclaircir la théorie de Darwin et l'histoire de la génétique en France. Reçu à l'agrégation de philosophie en  1972 et devenu professeur de lycée, il retourne neuf ans à l'université pour devenir biologiste, obtenant le diplôme d'études approfondies d'évolution de Paris-VII en  1983. Sa double formation de philosophe et de scientifique lui donne un pouvoir de pénétration exceptionnel dans l'histoire de la biologie, à laquelle il consacre les trente années suivantes.

Il soutient en  1989, sous la direction de François Dagognet, une thèse sur " la théorie de la sélection naturelle : Darwin et l'après-Darwin ", étude éclairante sur les contradictions du darwinisme avec les conceptions de l'hérédité du XIXe  siècle et leur résolution par la génétique au XXe  siècle. Elle est publiée en anglais aux presses universitaires de Cambridge en  1989. L'accueil d'un Français dans le cercle très fermé des " études darwiniennes ", jusqu'alors réservé aux chercheurs anglo-saxons, est un événement dans le monde de l'histoire des sciences.

Un auteur charnière

Nommé à l'université de Dijon, il inaugure une méthode de travail fondée sur les échanges entre historiens et biologistes qu'il poursuivra une fois nommé professeur à l'université Paris-VII, puis à Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Un moment-clé est sa rencontre avec l'historien des sciences américain Richard Burian, inaugurant une collaboration fructueuse qui explore le paradoxe français en génétique. La faible contribution des Français à l'histoire de la génétique était jusqu'alors attribuée à l'influence du naturaliste Lamarck, ce qui expliquerait qu'aucune chaire de génétique n'ait été créée avant 1946 en France, longtemps après les autres nations scientifiques.

Mais cette explication est contredite par les faits. Les Français ont contribué aux premières années de la génétique, de 1900 à 1911, puis s'en sont détournés avant que quelques pionniers relancent des études brillantes qui mèneront au prix Nobel historique de Jacob, Lwoff et Monod en  1965. Burian et Gayon découvrent que s'il est une constante de la biologie française, c'est celle de l'école de biologie expérimentale positiviste de la fin du XIXe  siècle dont les figures de proue furent Claude Bernard et Louis Pasteur. Les Français ont été peu tentés par la génétique tant qu'il s'agissait de suivre la transmission des gènes, mais ils en furent des pionniers dans des domaines où ils avaient des traditions de recherche fortes, la physiologie – centrée sur l'organisme – et les mathématiques.

Jean Gayon est un auteur charnière. Il partage avec les écoles françaises d'épistémologie le refus de séparer la philosophie des sciences de leur histoire. Il partage avec les chercheurs américains l'attention accordée aux sources primaires, au document, où l'on découvre des merveilles allant à l'encontre de bien des généralisations peu étayées. Il forme en thèse et en postdoctorat une brillante génération d'historiens de la biologie et les ouvre à l'international.

L'épistémologie française a une grande tradition dont elle peut être fière, de Koyré à Canguilhem, de Bachelard à Foucault. Des esprits brillants, d'admirables livres à thèse sur la base de sources connues. Jean Gayon a écrit peu de livres. Il a codirigé beaucoup d'ouvrages collectifs centrés sur un sujet décortiqué par le menu par un collectif de chercheurs de tous horizons et de tous pays. Il a rédigé beaucoup d'articles dans des revues internationales d'histoire des sciences, mais aussi dans des journaux scientifiques phares, comme Nature et Annual Review of Genetics.

Avant que la maladie l'emporte, à 68 ans, il accepta le projet d'un long livre d'interview. Il y situe sa carrière par rapport aux traditions d'histoire des sciences en France et à la philosophie en général. Sa parution prochaine aux éditions ISTE marquera certainement une date dans l'histoire des recherches sur la connaissance.

 

Bibliographie

Boris Ephrussi ('The CNRS laboratories at Gif sur Yvette', R. Burian & J. Gayon)

Boris Ephrussi et le contrôle génétique de la pigmentation de l'œil de drosophile par Jean Gayon (U. de Bourgogne)

Les sciences biologiques et médicales en France, 1920 - 1950, sous la dir. de C. Debru, J. Gayon et J-F Picard, CNRS ed., 1994

Mari d'Agnès Buzyn, le Pr Yves Lévy ne sera pas reconduit à la tête de l'Inserm

Par C. L B le 16-04-2018

Les éventuels conflit d'intérêt pouvant lier la ministre de la Santé à l'Inserm, dirigée par son époux, ont incité l'Elysée à ne pas reconduire le Pr Yves Lévy à ce poste où il avait été nommé en juin 2014, informe Le Figaro. La situation était difficile à tenir, pour les deux époux, depuis que plusieurs articles de presse se sont fait l'écho, ces derniers mois, de décisions prises par la ministre de la Santé – concernant notamment les instituts hospitalo-universitaires – qui arrangeaient l'Inserm dont le PDG est l'époux d'Agnès...

C’est la fin de la République Bananière. L’immunologiste Yves Lévy, à la tête de l’Inserm depuis 2014, ne sera pas reconduit dans ses fonctions annonce Le Figaro. Une décision qui émane directement de l’Elysée qui pointe de possibles conflits d’intérêts, la femme de l’actuel PDG de l’Inserme n’étant autre qu’Agnès Buzyn, la ministre de la Santé.

Fini les bêtises !

La situation commençait à devenir difficile à tenir pour le couple Lévy-Buzyn. Et pour cause, ce sont des dizaines d’articles qui relayaient les décisions prises par la ministre de la Santé en faveur de l’institut placée sous la tutelle du ministère de la Recherche mais aussi du ministère des Solidarités et de la Santé. 

Face à la menace que représenterait un conflit d’intérêt avéré, l’Inserm a reçu l’ordre de ne pas reconduire son actuel PDG sans qu’il passe, comme les autres candidats, par le test de l’appel à candidature. 

Une décision qu’a d’ailleurs salué Philippe Froguel, diabétologue qui a notamment dirigé le programme national de recherche sur le diabète de l’Inserm au côté de l’ex-Président de l’Inserm Christian Bréchot, et candidat à la présidence de l’Inserm.

Je me réjouis que la rumeur qui courait depuis quelques jours, selon laquelle le PDG de l’Inserm serait reconduit sans appel à candidatures, ne soit pas vérifiée. Il faut que les représentants désignés par le ministère de la Santé soient remplacés par les représentants choisis par le Premier ministre. 

La gestion des IHU : une faveur faîte à l’Inserm au détriment de la santé ?

Comme toutes les décisions importantes, elles sont prises à postériori des actes problématiques. En 2017, Agnès Buzyn, tout juste nommée ministre de la Santé dans le gouvernement Macron, se faisait remarquer dans l’affaire qui l’opposait aux Instituts Hospitalo-Universitaires, soit les IHU. 

Instituts créés en 2010 et mondialement reconnus, leur apparition a permis de stimuler la recherche médicale en France. Pour ça, elles bénéficiaient d’un statut de « fondations indépendantes ». Mais de par leur indépendance, elles doivent aussi déposer et vendre des brevets à de grandes entreprises pour vivre. 

Et c’est exactement ce statut indépendant qui est discuté. Le 6 octobre dernier, le président du jury international pour les nouveaux IHU a lui démissionné de son poste en affirmant que l’indépendance du jury est rejetée. Une position reprise par le professeur Richard Frackowiack, ponte de la neurologie, mais aussi Didier Raoult, chercheur biologiste et professeur de microbiologie français.

Sans indépendance de support, le gouvernement remettait alors toutes les clés à Yves Lévy, président de l’Inserm, qui pouvait diriger les IHU depuis Paris. Une position qu’a réfutée le cabinet ministériel expliquant que « le dossier des IHU est plus large que celui de l’Inserm, et la ministre de la Santé était forcément impliquée ». Seulement, c’est bien le cabinet de la ministre de la Santé qui a apposé sa signature sur la décision.

Et quand bien même cela n’aurait pas été le cas, on se doute bien que le simple fait qu’Yves Lévy soit le mari d’Agnès Buzyn, renforce son poids dans les négociations. 

Le diabéto et généticien Philippe Froguel songe à se présenter à la tête de l’Inserm. Il le fera si les conditions d’indépendance de la procédure de nomination sont respectées. Les affaires autour des projets IHU ont visiblement laissé quelques rancunes.

Le Pr Yves Lévy ne sera pas reconduit à la tête de l’Inserm, à l’issue de son mandat qui arrive à  expiration au mois de juin, sur demande de l’Élysée, d’après les informations du Figaro de ce lundi. Qui pour lui succéder ? Philippe Froguel semble être sur le coup. Il a annoncé à l’APMnews qu’il présenterait sa candidature. Mais pas à n’importe quelle condition : seulement si la commission chargée d’examiner les candidatures est « indépendante et sans conflit d’intérêt ».

 

Conflits sur l'oreiller ?

Pourquoi cette petite précision ? Il faut remonter un peu en arrière. Dès sa nomination au ministère de la Santé au printemps 2017, Agnès Buzyn a pu sentir le souffle chaud des chercheurs les plus médiatiques sur sa nuque. L’objet du délit : ses liens maritaux avec le Pr Yves Levy, déjà en place à la tête de l’Inserm depuis 2014. Pour éviter toute suspicion de conflits d’intérêts, la ministre de la Santé et son Premier ministre avaient décidé de couper court, via un décret qui la déchargeait de tout pouvoir décisionnaire auprès de l’Inserm.

Mais quelques mois plus tard, une décision qu’elle a prise conjointement avec la ministre chargée de la recherche, Frédérique Vidal, venait tout remettre en cause. À huit jours seulement de la clôture des appels à projets de recherche pour les Instituts hospitalo-universitaires (IHU), prévue pour le 10 octobre 2017, les deux ministres ont annoncé son report. Provoquant au passage la colère des chercheurs qui avaient planché des mois sur leurs projets, avec des enjeux à hauteur de plusieurs millions d’euros.

Le président du jury, le Pr Richard Frackowiak, chef du service de neurologie du CHU de Lausanne (Suisse) avait démissionné, et plusieurs chercheurs s’étaient fendus d’attaques virulentes envers le couple Lévy-Buzyn, notamment sur Twitter. Leur thèse : Monsieur aurait demandé à Madame de suspendre l’appel à projets IHU.

Ça ne colle pas avec les IHU

La raison ? La gouvernance de ces projets ne lui conviendrait pas. Les IHU sont structurés en fondations, indépendantes et au fonctionnement souple… sur lesquelles l’Inserm n’a pas de pouvoir décisionnaire direct. Et si le statut est discuté, c’est par la voix d’Yves Lévy que ces critiques se sont souvent exprimées. « Les IHU sont un enjeu d’autorité et de territoire pour Yves Lévy », avait ainsi lâché le Pr Didier Raoult, microbiologiste à l’IHU de Marseille, dans Marianne, au moment de la polémique. Théorie appuyée par un ancien ministre, dans Le Canard Enchaîné.

On en revient alors à Philippe Froguel, qui avait réagi à son tour sur Twitter, dénonçant tout simplement une « république bananière » – sans nommer Yves Lévy pour autant. « Il y a des discussions sur qui décide de la recherche médicale en France et, dans cette affaire, l’Inserm imagine tirer un bénéfice », expliquait-il ensuite dans Pourquoidocteur.

Sus aux conflits d’intérêts !

Une histoire d’influences, donc, qui a sans doute poussé le diabétologue à étudier sa propre candidature, suggérée par son entourage. « Je me réjouis que la rumeur qui courait depuis quelques jours, selon laquelle le PDG de l'Inserm serait reconduit sans appel à candidatures, ne soit pas vérifiée », a-t-il expliqué à l’APMnews. Une requête apparaît comme condition à sa candidature : « Il faut que les représentants désignés par le ministère de la Santé soient remplacés par les représentants choisis par le Premier ministre », a-t-il ajouté.

Côté CV, Philippe Froguel a 60 ans, est professeur de génomique à l’Imperial College London (Royaume-Uni), et directeur de recherche à l’Institut génomique de Lille. Son domaine de recherche : les bases génétiques du diabète et de l’obésité. Il a obtenu le prix Minkowski de diabétologie en 1997.

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