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Dossier Gustave Roussy aux archives de l'Académie des Sciences

(note établie par Emmanuelle Picard, 1994)

Né à Vevey en Suisse.
Commence ses études de médecine à la Faculté de Genève.
1902-1906 : Interne des Hôpitaux de Paris.
Chef de travaux au Collège de France.
1906 : Naturalisé français.
1908 : Préparateur d'Anatomie pathologique à la Faculté de Médecine.
1913 : Médecin en chef de l'Hospice départemental Paul Brousse.
1925 : il succède au professeur Letulle à la chaire d'Anatomie pathologique.
1929 : Il entre à l'Académie nationale de médecine dont il devient le Secrétaire général en 1944.
Appelé à siéger au Conseil supérieur de l'Instruction publique.
1933 : Doyen de la Faculté de médecine.
1937 : Recteur de l'Université de Paris (c'est la première fois qu'un médecin est Recteur de l'Université de paris).
1939 : Académie des Sciences

Il est écarté du rectorat en 1940 : "C'est à une conjuration dont il faut taire les mobiles que Roussy, sous le prétexte d'une manifestation d'étudiants, fut révoqué de ses fonctions. C'était le 11 novembre 1940", Jean Lhermitte (adjoint de Roussy à l'Institut du Cancer), Bulletin de l'Académie nationale de médecine, n° 23-24, 1949.
Il est de nouveau recteur de la Libération à mai 1947.
En mai, Gustave Roussy est accusé de fraude fiscale : Robert Schuman, an accord avec Paul Ramadier et André Marie dépose une plainte contre lui pour avoir échangé frauduleusement des bons du trésor. Une instruction est ouverte. Le jugement se termine par un non-lieu, non entérinés par le Garde des Sceaux.
Le 30 septembre 1948, Roussy se suicide. L'Académie des Sciences reçoit après la mort de Roussy, un courrier important (de particuliers médecins comme de la Ligue française des Droits de l'homme) qui demande une réhabilitation publique de Roussy ainsi que de donner son nom à l'Institut du Cancer. Mais l'Académie refuse de prendre position, se réfugiant derrière des arguties juridiques : Roussy n'a pas été judiciairement réhabilité, puisqu'il est mort avant que n'interviennent les décrets lui rendant ses fonctions de recteur.
L'Institut du Cnacer prend le nom d'Institut Gustave Roussy en 1949.

Oeuvre scientifique :

Gustave Roussy s'oriente d'abord vers la neurologie (sa thèse) et travaille sur l'hypophyse en collaboration avec Jean Camus jusqu'en 1914, puis avec M. Mosinger jusqu'en 1932. Ses travaux le classent comme un spécialiste des maladies nerveuses (Pendant la guerre, il est affecté dans des centres de neurologie).
A partir de 1921, il s'attache à l'étude expérimentale du cancer : production expérimentale du cancer par le goudron, études anatomo-pathologiques et biologiques du cancer. Il veut regrouper les forces dans la recherche sur la cancer et se trouve à l'origine de la création, en 1930, de l'Institut du Cancer, dont il est le premier directeur.
Ses études sur le cancer ont été menées dans deux directions :
- le facteur "terrain" dans le développement des tumeurs : prédisposition au cancer liée à un état de réceptivité ou au contraire immunité naturelle propre à certains individus.
- le mode de réaction de défense locale de l'organisme.
Sur le problème des causes, il prend des positions sur des points très discutés de l'étiologie du cancer.
Sur l'origine et la nature du cancer, il met en évidence que le "phénomène cancer", doit être considéré, du point de vue biologique, comme une perturbation intrinsèque de la vie cellulaire. Cela permet la définition du cancer comme "maladie cellulaire" dont les caractères biologiques et morphologiques s'opposent aux autres processus pathologiques connus. Il étudie ensuite divers substances cancérigènes ainsi que le problème des métastases. Puis, il s'intéresse à la lutte contre le cancer, tant du point de vue social que du point de vue scientifique. Il collabore avec Bergonié (de Bordeaux) à l'organisation générale des Centres régionaux de lutte contre le cancer créés par Paul Strauss, ministre de l'Hygiène. L'Institut du cancer a une double fonction : hospitalière et scientifique (laboratoires d'Anatomie pathologique, de chimie biologique, de chimie physique et de médecine expérimentale). Simultanément, il travaille sur certaines glandes endocrines, comme la thyroïde.
Pendant son passage au Rectorat, il s'est plus particulièrement intéressé à la réforme des études médicales dont il a été le rapporteur devant les différentes commissions : création d'une sixième année pour permettre aux étudiants qui ne sont ni internes, ni externes de consacrer à la médecine pratique en hôpital une année entière. Réforme du PCN avec une orientation plus nette vers la biologie et son remplacement par le PCB. Réforme de l'agrégation de médecine. Réforme des spécialités non encore mis en pratique en 1939.

Titres et Travaux , Masson, 1939 :

Sur les réformes nécessaires : "A la médecine d'autrefois a fait place une médecine dont les exigences s'accroissent chaque jour. La place qui revient aux sciences de laboratoire et aux spécialités, les méthodes suivant lesquelles ces sciences doivent être enseignées sont des questions qui ont fait l'objet de nombreuses discussions. (...) Ce projet de réforme vise essentiellement à adapter les études aux nécessités des sciences médicales modernes en vue de maintenir le renom de la médecine française et d'augmenter si possible la valeur de notre corps médical."
(...) Il travaille avec André Mayer à la transformation du PCN. "Il faut retenir d'abord les sciences pour cette année d'initiation, ce qui a une valeur réellement éducative.
Réforme du 6 mars 1934 : Modification du concours d'agrégation de médecine : diminution du nombre de sections de l'agrégation ramenées de 24 à 15 (sections supprimées : Hygiène, Bactériologie, Pathologie expérimentale, Médecine légale, Anatomie pathologique, Neurologie et Psychiatrie, Dermatologie et Syphiligraphie, Hydrologie thérapeutique et et Climatologie, Urologie). L'Urologie est intégré à la Chirurgie, les autres sections le sont à la Médecine générale ; suppression des épreuves écrites et anonymes.
Création de nouveaux bâtiments pour la Faculté de médecine de Paris : le 3 décembre 1936, Jean Zay procède à la première coulée de béton. Ces bâtiments s'élèvent à l'emplacement de l'ancien hôpital de la Charité, (rue des Saint-Pères). Chacune des branches de la médecine disposera d'un amphithéâtre, des laboratoires de travaux pratiques, et des laboratoires de recherche.
Le bâtiment initial devait s'étendre jusqu'à la place Saint-Germain-des-près et au boulevard Saint-Germain.

"Séance de rentrée, discours de M. le Recteur Roussy", Université de Paris, 5 novembre 1938, 12 p.
"C'est parce qu'elle est gardienne de la Science que l'Université est gardienne de liberté. Elle doit sans doute aux étudiants les grades qui leur ouvriront les carrières. Mais elle leur doit aussi, comme elle doit à la Science, d'animer en eux l'esprit de recherche et de découverte. Il nous faut des séminaires de travail, avec des laboratoires et des bibliothèques assez amples pour répondre à l'appel de toutes les curiosités intellectuelles. Et notre éminent ami Jean Perrin l'a compris qui, avec une volonté agissante et une souriante ténacité, poursuit depuis tant d'années devant le Parlement et le Gouvernement, l'effort de persuasion qui vient d'aboutir à la création d'un vaste organisme de recherche scientifique. Ainsi ne verront-nous plus, comme au siècle dernier, un Claude Bernard agé de trente ans et qu'ont déjà rendu notoire de retentissantes découvertes, s'arrêter découragé par la situation faite aux hommes de science et se demander s'il n'abandonnera pas la recherche désintéressée pour la pratique médicale. Ne nous y méprenons donc point : l'oeuvre constructive d'un Jean Perrin ne sert pas seulement la France, mais aussi les libertés spirituelles de la jeunesse française."

Lettre de M. Mosinger à Robert Courrier, 2 janvier 1969, texte dactylo, 19 p. portant l'en-tête de l'Institut de Médecine légale et Institut d'Hygiène industrielle et de médecine de travail, Marseille.

"Nous étions tout deux d'extrême-gauche. (...) Il désapprouvait comme moi le stalinisme. Sa mort fut un assassinat politique dont il est encore difficile de dire, actuellement tout le contenu. Roussy, qui avait été candidat à la députation à Villejuif de la SFIO (contre Vaillant-Couturier, communiste!), n'avait pas adhéré officiellement, malheureusement, à aucun parti politique bien qu'il fut un grand ami de Léon Blum, comme il fut un grand ami de Briand dont il approuvait les idées européennes. Il n'a pas davantage voulu adhérer à la franc-maçonnerie, bien qu'il eut été sollicité d'y entrer (c'est cependant le frère Jean Zay qui le nomma recteur). C'est ce qui explique pourquoi le camarade et frère Ramadier, Président du Conseil SFIO, a sacrifié Roussy, considéré comme un communiste , au moment où des affaires judiciaires embarrassantes pour certains hommes politiques dont je tairai le nom allaient éclater. Il fut maladroitement conseillé par notre ami Maurice Garçon qui voulut donner à l'affaire Roussy une grande publicité judiciaire, ce qui fut une faute psychologique vis-à-vis d'un homme n'aimait pas la publicité. Lorsqu'un non-lieu termina l'affaire judiciaire, le frère André Marie, Garde des Sceaux, ne voulut pas avouer l'erreur du gouvernement et refusa de reconnaître ce non-lieu, ce qui parait proprement incroyable. C'est Madame Roussy qui obligea le gouvernement a réhabiliter Roussy et c'est un ministre MRP qui donna son nom à l'Institut de Villejuif. Ceux qui s'étaient concertés pour perdre Roussy, appartenaient à ce même parti MRP (je connais leurs noms) et voyaient en lui un ennemi de l'Ecole libre, ce qui n'était pas le cas car nous avons souvent discuté de ce problème. Roussy était avant tout un libéral, et un seul de ses élèves eut les mêmes idées que lui
(...)
Il est certain que Roussy eut à souffrir de la jalousie de beaucoup. Comme me disait un jour René Leriche : on ne saurait arriver si haut ni avoir une si grosse fortune sans avoir d'ennemis. Et tel ministre que je ne veux nommer parce qu'il est de mon parti et de ma confrérie, a pu dire au successeur de Roussy au rectorat de Paris : Enfin, un recteur qui ne soit pas milliardaire ! Ce que je n'ai pas encore compris, c'est cet acharnement du Gouvernement de l'époque contre Roussy, malgré les interventions de Léon Blum et de Vincent Auriol. Je me reproche amèrement de n'avoir pu obtenir audience auprès de Robert Schuman, né à Luxembourg comme moi-même (nous avons célébré ensemble le centenaire de notre Athénée du Luxembourg 10 ans plus tard) et alors ministre des Finances. Aucun homme ne pouvait en vouloir à Roussy pour n'avoir pas versé à Vichy une somme due pour le rapatriement de capitaux pendant la guerre alors qu'il avait été démis par Pierre Laval pour avoir soutenu la cause des étudiants résistants. Ce capital, venu de Suisse, a servi à l'Institut de Villejuif et lui a permis de me faire vivre, car, également démis de mes fonctions comme étant d'origine luxembourgeoise, j'étais sans ressources. Roussy m'a payé aussi le voyage du Portugal (ayant commis des actes de résistances -car je haïssais Hitler et le germanisme guerrier comme seul un lorrain ou un luxembourgeois est capable de le faire- j'étais obligé de partir parce que d'une part, j'avais à Marseille un ennemi puissant et féroce collaborateur, et parce que d'autre part j'avais été contacté pour aller occuper une chaire à Berlin, par un envoyé secret parce que je dirigeais un laboratoire sur les gaz de combat. Ce sont René Leriche et Gustave Roussy et un ami portugais de Leriche, ancien ministre pro-alliè, ainsi que l'ambassade américaine à Vichy, par l'intermédiaire de laquelle je correspondais avec Londres, qui m'ont incité à aller à Coïmbra où fonctionnait un service allemand secret, pour occuper une chaire réservée primitivement à un grand pathologiste allemand. Le général De Gaulle lui-même m'avait demandé de rester au Portugal où j'ai pu influencer Salazar qui a empêché Franco de laisser les Allemands s'installer dans la péninsule ibérique. Ce qui a terriblement impressionné Roussy, c'est l'absence de soutien de la part de ses collègues, notamment de l'Académie de Médecine où il se découvrit brutalement des ennemis. Nous n'étions qu'une poignée pour signer une motion publique. Joliot-Curie dont il partageait les idées et pour lequel il avait fait campagne au Collège de France, avait refusé de signer ! (de même Irène a refusé de laisser entrer en France un grand physicien, élève de Pierre et marie Curie, démis de ses fonctions par Salazar pour ses idées de gauche). Je pense que cette absence de soutien fut pour Roussy l'un des motifs de suicide les plus décisifs. Une chose qui nous unissait Roussy et moi-même était notre amour de la France. Il m'a dit un jour : "Nous qui avons choisi la France, moi le genévois et vous le luxembourgeois, nous aimons mieux la France que les Français de naissance car nous comprenons mieux sa grandeur."
(...)
Notre nationalité d'origine nous a valu d'être attaqués par l'Action française sous la rubrique : "Les métèques dans l'Enseignement supérieur", dans un article inspiré par un universitaire et pastorien; cet article avait d'ailleurs soulevé de violente protestations en Suisse et au Luxembourg. C'est par amour de la France que Roussy a refusé de rentrer en Suisse où de nombreux amis l'attendaient et l'auraient aidé à créer un grand institut de Recherches Nestlé . Il a préféré mourir, se mettant en accord avec une parole de son ami Aristide Briand : "Faut-il donc mourir pour vous prouvez qu'on est sincère !" Voilà quelques mots que j'écris avec passion car l'affection profonde que Roussy me portait est le plus riche souvenir de ma vie. Mais sa mort fut, comme je m'y étais attendu, ma propre perte. Obligé de rentrer en France sous le prétexte d'économies, après avoir construit et organisé l'un des plus grands instituts d'anatomie pathologique d'Europe, on m'a refusé la chaire d'anatomie pathologique, puis une chaire de Carcinologie. On a refusé de me réintégrer dans mes fonctions hospitalières puis de m'intégrer, ce qui m'aurait permis de retrouver l'anatomie pathologique et mon domaine de recherche. Robert Debré a fustigé lui-même l'injustice qui m'a frappé. Cependant, resté dans la médecine légale et la médecine du travail, j'ai organisé un grand institut d'enseignement et de recherche (5000 m2 et 100 salles) mais qu'il m'est difficile de faire fonctionner sans intégration dans les hôpitaux. Mais je suis intégré, comme luxembourgeois d'origine, dans la communauté européenne.
(...)
"Ce qui a fait mal également à Roussy, ce sont : 1) le caractère infect des articles de journaux de grande et de petite information (Le Populaire compris, à l'exception de l'Humanité) consacrés à son problème ; 2) Le fait d'avoir été laché par certain de ses proches collaborateurs que je ne veux pas nommer ; 3) Un entrefilet paru dans Le Monde, pourtant notre journal le plus sérieux, où son affaire -qui s'était déjà terminée par un non-lieu- était comparée à celle d'un véritable affairiste. C'est cet entrefilet affreux qui l'a décidé à en terminer avec la vie. J'ajoute enfin, que Roussy multimilliardaire, ne se connaissait absolument pas en affaire et qu'il a fait une véritable névrose dépressive à la suite de son drame, névrose analogue à celle que je viens de traverser en raison de mes déboires marseillais.
(...)
"J'effectuais, en 1929, un stage à l'Institut du Cancer de Villejuif, comme chirurgien, et Roussy me demanda d'entreprendre avec lui, l'étude de ces corrélations éventuelles (travaux sur l'hypophyse).
(...)
Il souligne l'importance des travaux qu'il a effectué avec Roussy sur l'hypophyse tout en expliquant qu'ils sont oubliés : "Je crois pouvoir dire que mon maître Rémy Collin, dont la mémoire m'est également chère, a donné l'ordre à ses élèves de ne jamais nous citer".

Bibliographie :

ROUSSY
"La réforme des Etudes médicales", La Presse médicale, 23 février 1922.
"La réforme du concours d'agrégation des facultés de médecine", La presse médicale, 3 octobre 1934.